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PÂQUES. 6° SEMAINE. VENDREDI

40. LE DON D’INTELLIGENCE

Pour vivre la plénitude de la vie chrétienne, il faut avoir une connaissance profonde des mystères de la foi.

Dieu donne à tous ses enfants l’intelligence nécessaire, mais demande à chacun sa coopération.

La purification de l’âme est le chemin de la vie contemplative.

 

I. Chaque page de la sainte Écriture est une preuve de la sollicitude de Dieu pour nous. Le Seigneur se révèle dans l’Ancien Testament comme la vraie lumière d’Israël sans laquelle le peuple s’égare et trébuche dans l’obscurité. Et de fait, les grands personnages de l’Ancien Testament se tournent sans cesse vers Yahweh pour qu’il les aide dans les heures difficiles. Fais-moi connaître tes voies[01], demande Moïse pour guider le peuple jusqu’à la Terre promise. Sans la lumière divine, il se sent perdu. Le roi David demande : Donne-moi l’intelligence pour que je garde ta loi et que je l’observe de tout mon cœur [02].

Jésus, enfin, promet l’Esprit de vérité pour illuminer l’Église entière[03]. L’envoi du Paraclet « donne à la Révélation son dernier achèvement et la confirme par le témoignage divin.[04] » Les Apôtres eux-mêmes ne comprennent vraiment qu’au jour de la Pentecôte le sens des paroles du Seigneur. « C’est lui qui est l’âme de l’Église, enseigne Paul VI. C’est lui qui explique aux fidèles le sens profond des enseignements de Jésus et son mystère. [05] »

Le Paraclet conduit la foi à une « intelligence plus profonde de la révélation[06] ». Par le don d’intelligence est donnée au fidèle chrétien une connaissance plus profonde des mystères révélés. Le Saint-Esprit éclaire l’intelligence d’une lumière puissante et lui fait connaître avec une clarté inconnue jusqu’alors le sens ineffable des mystères de la foi. « Nous connaissons ce mystère depuis très longtemps ; nous avons écouté cette parole et même nous l’avons méditée très souvent ; mais, à un moment donné, elle s’exprime dans notre esprit d’une manière nouvelle ; il nous semble que jamais jusqu’alors nous ne l’avions vraiment comprise.[07] »

Sous cette influence, l’âme a une plus grande certitude de ce qu’elle croit, elle comprend plus clairement et elle éprouve une joie indescriptible, qui est avant-goût de la vision béatifique.

Grâce à ce don, explique saint Thomas d’Aquin, « Dieu est entrevu ici-bas[08] » par le regard purifié de ceux qui sont dociles aux motions du Saint Esprit, bien que les mystères de la foi continuent d’être enveloppés d’une certaine obscurité.

Les lumières ordinaires de la foi ne suffisent pas à cette connaissance. Elle nécessite une effusion spéciale du Saint-Esprit que l’on reçoit dans la mesure où l’on correspond à la grâce, où l’on purifie son cœur et ravive ses désirs de sainteté. Le don d’intelligence permet à l’âme de participer plus facilement de ce regard de Dieu qui pénètre tout. Il l’aide aussi à estimer plus justement la grandeur infinie de Dieu, à lui témoigner une affection filiale, à juger convenablement des choses créées... « Peu à peu, dans la mesure où l’amour grandit dans l’âme, l’intelligence de l’homme resplendit de plus en plus de la clarté de Dieu [09] », et donne une grande familiarité avec les mystères de Dieu.

En ce jour qui entame les dix jours de préparation à la fête de la Pentecôte, nous pourrions nous demander si nous avons le désir de purifier notre âme, et si ce désir se manifeste, en particulier, par notre lutte pour profiter le mieux possible des grâces du sacrement de pénitence. Y as-tu recours fréquemment et avec une certaine ponctualité ? Comment prépares-tu l’examen de conscience ? Te fais-tu aider par l’Esprit Saint ? Lui demandes-tu de faire grandir en ton âme la contrition et le désir d’éviter tout péché et toute faute délibérée ?

 

II. Par le don d’intelligence, le Saint-Esprit introduit l’âme dans les profondeurs des mystères révélés. D’une façon surnaturelle, et donc imméritée et gratuite, il enseigne au plus intime du cœur le contenu des vérités les plus profondes de la foi. « C’est comme si quelqu’un sans avoir rien appris ni étudié pour savoir lire (...), explique sainte Thérèse d’Avila, commençait à posséder toute la science, ignorant comment et par où elle lui est venue, sachant qu’il n’avait jamais travaillé ne serait-ce que pour apprendre l’alphabet. Cette dernière comparaison enseigne quelque chose de ce don céleste, parce que l’âme voit en un moment le mystère de la très Sainte Trinité et d’autres choses très élevées avec une telle clarté qu’il n’y a plus de théologien avec qui elle craigne de discuter de ces vérités si grandes. [10] »

Le don d’intelligence permet de saisir le sens humainement inaccessible de la sainte Écriture, de la vie surnaturelle, de la présence du Christ dans chaque sacrement, de sa présence réelle et substantielle dans la sainte Eucharistie. Ce don donne comme un instinct divin, une vision surnaturelle du monde. C’est un nouvel univers qui apparaît alors aux yeux du croyant illuminé par l’Esprit. Les mystères de la très Sainte Trinité, de l’Incarnation, de la Rédemption, de l’Église deviennent des réalités extraordinairement vivantes et présentes, capables d’orienter toute la vie du chrétien, d’influencer d’une manière décisive son travail, sa vie en famille et avec ses amis... Que dire de son effet sur la prière, qui devient plus simple et plus profonde.

Un âme docile aux inspirations du Saint-Esprit se purifie, veille à garder sa foi bien vivante, découvre Dieu dans toutes les circonstances de la vie ordinaire. La tiédeur, au contraire, engourdit l’âme qui ne perçoit plus les appels de la grâce, les inspirations divines et perd le sens de la foi et de ses exigences.

Le don d’intelligence favorise la contemplation de Dieu dans les tâches ordinaires de la vie, que les situations soient agréables ou douloureuses. Pour atteindre sa plénitude, le don d’intelligence se nourrit de la méditation des vérités de la foi, de la lutte, joyeuse et pleine d’amour, pour maintenir la présence de Dieu pendant la journée, et multiplier les actes de contrition quand on s’est éloigné du Seigneur. Il ne s’agit pas d’une aide surnaturelle extraordinaire que Dieu ne concéderait qu’à des personnes exceptionnelles. Non ! Dieu l’accorde à tous ceux qui veulent être fidèles là où ils se trouvent, en offrant leurs joies et leurs douleurs, leur travail et leur repos.

 

III. Comment aller de l’avant sur ce chemin de sainteté sinon en favorisant le recueillement intérieur par la maîtrise des sens, l’ordre, la présence de Dieu..., mais aussi la mortification des sens internes, le contrôle de l’imagination, des souvenirs, des pensées inutiles... ? En un mot, cherche à rester constamment en présence de Dieu, profite des événements et des incidents de chaque jour.

Purifier son cœur ? Oui, car seuls les cœurs purs verront Dieu [11]. L’impureté, l’attachement aux biens de la terre, la satisfaction systématique des caprices du corps, sont autant de poids pour l’âme qui l’empêchent de voir Dieu. L’homme non spirituel ne perçoit pas ce qui vient de l’Esprit de Dieu : c’est en effet folie pour lui ; et il ne peut en avoir l’intelligence, car c’est par l’Esprit qu’on en juge[12].

L’homme spirituel, c’est le chrétien dont l’âme en état de grâce est la demeure de l’Esprit Saint, et dont la pensée reste fixée sur le Christ. Mener une vie droite, sobre et mortifiée, c’est la meilleure manière de se préparer à recevoir l’Esprit et tous ses dons.

Le Saint-Esprit aime l’âme qui se dispose à bien l’accueillir. Il y fait sa demeure et la mène par des chemins de prière de plus en plus profonde, jusqu’à ce que « les mots paraissent pauvres... : alors on donne libre cours à l’intimité divine, dans une contemplation de Dieu qui ne connaît ni repos, ni fatigue. Nous vivons alors comme des captifs, comme des prisonniers. Tandis que nous réalisons avec la plus grande perfection possible, malgré nos erreurs et nos limites, les occupations propres à notre condition et à notre métier, notre âme désire ardemment s’échapper. Elle va vers Dieu, comme le fer attiré par la force de l’aimant. L’on commence à aimer Jésus, de façon plus efficace, et à ressentir une tendre émotion. [13] »

Le bienheureux Josémaria Escriva en était convaincu : les occupations les plus ordinaires, quelles que soient la culture, la profession ou l’état de vie, peuvent mener toutes les âmes à la prière contemplative. On commence par la considération fréquente de la très sainte Humanité du Seigneur, à laquelle on arrive grâce à la Vierge, et qui passe nécessairement par la Croix, et on entre peu à peu dans l’intimité de la très Sainte Trinité. « Notre cœur a besoin alors de distinguer et d’adorer chacune des Personnes divines. L’âme fait en quelque sorte une découverte dans la vie surnaturelle, comme une créature qui ouvre peu à peu les yeux à l’existence. Et elle amorce un dialogue d’amour avec le Père, avec le Fils et avec l’Esprit Saint ; et elle se soumet avec simplicité à l’activité du Paraclet vivificateur, qui se donne à nous sans que nous le méritions :

ce sont les dons et les vertus surnaturelles ! [14] »

En terminant notre prière, ayons recours à la Vierge, pleine de grâces, épouse de l’Esprit Saint, et demandons-lui de nous apprendre à fréquenter et à aimer le Paraclet, particulièrement en ces dix jours de préparation à la Pentecôte. Qu’elle nous aide à ne pas rester à mi-chemin sur ce sentier qui conduit à la sainteté à laquelle nous avons été appelés.

 

NOTES

[01] Ex 33, 13.

[02] PS 119, 34.

[03] Cf. Jn 16, 13.

[04] Concile Vatican II, Const. Dei Verbum, 4.

[05] Paul VI, Exhor. Apost. Evangelii nuntiandi, 8 décembre 1975, 75.

[06] Concile Vatican II, Const. Dei Verbum, 5.

[07] A. Riaud, L’action de l’Esprit-Saint dans les âmes.

[08] Saint Thomas, Summa Theologiae, I-II, q. 69, a. 2.

[09] M. M. Philipon, Les dons du Saint-Esprit.

[10] Sainte Thérèse, Vie, 27, 8-9

[11] Mt 5, 8

[12] 1 Cor 2, 14.

[13] Saint Josémaria Escriva, Amis de Dieu, 296.

[14] Idem, 306.



PAQUES. 6° SEMAINE. SAMEDI

41. LE DON DE SCIENCE

Ce don nous fait comprendre ce que sont les créatures, selon le dessein de Dieu.

Le don de science soutient la sanctification des réalités temporelles.

Le détachement et l’humilité donnent leur vraie valeur et leur vrai sens aux choses de ce monde.

 

I. « Les créatures sont comme une trace du passage de Dieu. Grâce à cette trace on peut découvrir sa grandeur, son pouvoir et sa sagesse, ainsi que tous ses attributs. [01] » Elles sont comme un miroir dans lequel se reflète la splendeur de sa beauté, de sa bonté, de sa puissance... : les deux racontent la gloire de Dieu, et le firmament fait connaître l’œuvre de ses mains[02].

Cependant, souvent, à cause du péché originel et de leurs propres péchés, les hommes ne savent pas interpréter cette empreinte de Dieu dans le monde ; ils n’arrivent pas à reconnaître celui qui est la source de tous les biens. Le Livre de la Sagesse le dit : Insensés par nature tous les hommes qui n’avaient pas la science de Dieu, et qui n’ont pas pu, par la vue des ses bienfaits, connaître Celui qui est, ni, par la considération de ses œuvres, reconnaître l’Ouvrier (...). Si, charmés de leur beauté, ils ont pris ces créatures pour des dieux, qu’ils sachent combien le Maître l’emporte sur elles ; car c’est lui la beauté créatrice qui les a faites[03].

Le don de science facilite la compréhension des choses créées qui deviennent alors chemin vers Dieu, et de ce que signifie l’élévation à l’ordre surnaturel. Le Saint-Esprit, à travers l’ordre naturel comme l’ordre surnaturel, fait percevoir et contempler l’infinie sagesse, la toute-puissance, la bonté ineffable, la nature intime de Dieu. « C’est un don contemplatif dont le regard pénètre, comme celui du don d’intelligence et celui du don de sagesse, dans le mystère même de Dieu.[04] »

Par ce don, le chrétien perçoit et comprend en toute clarté « que la création tout entière, le mouvement de la terre et des astres, les actions droites des créatures et tout ce qu’il y a de bon dans le déroulement de l’histoire, en un mot, tout vient de Dieu et se dirige vers lui[05] ». Le don de science est une disposition surnaturelle par laquelle l’âme participe de la science même de Dieu, découvre les relations qui existent entre le créé et son Créateur et comprend dans quelle mesure et en quel sens la création sert le but ultime de l’homme.

L’hymne des trois jeunes gens recueilli dans le Livre de Daniel, et que beaucoup de chrétiens prient dans /’action de grâces après la sainte Messe, est une manifestation du don de science. On y demande à toutes les choses créées de bénir et de rendre gloire au Créateur : Benedicite, omnia opera Domini, Domino... : Toutes les œuvres du Seigneur, bénissez le Seigneur ; louez-le et exaltez-le à jamais. Anges du Seigneur, bénissez le Seigneur. Cieux... Toutes les eaux au-dessus des cieux... Soleil et lune... Étoiles du ciel... Pluies et rosées... Vents... Froid et chaleur. .. Rosées et givres... Nuits et jours... Lumière et ténèbres... Montagnes et collines... Toutes les plantes... Fontaines... Mers et fleuves... Baleines et poissons... Oiseaux... Fauves et troupeaux... Prêtres du Seigneur... Esprits et âmes des justes... Saints et humbles de cœur... Chantez et rendez-lui grâces parce que sa miséricorde est éternelle[06].

Dans cette hymne admirable, toute la création, animée et inanimée, rend gloire à son Créateur. C’est « u ne des pi us pures et ardentes expressions du don de science : que les cieux et toute la création chantent la gloire de Dieu[07] ». Il nous aidera, nous aussi, à rendre grâce d’avoir pu participer à l’action qui rend le plus gloire à Dieu : la sainte Messe.

 

II. Le don de science aide aussi le chrétien sensible aux motions du Saint-Esprit à discerner clairement ce qui le mène à Dieu de ce qui l’en éloigne. Et cela dans les arts, dans les modes, dans les habitudes de son milieu, dans le monde des idées... Il peut vraiment dire : C’est la Sagesse qui conduisit par des voies droites le juste (...) et lui donna la science des choses saintes[08]. Le Paraclet aide enfin à discerner les mauvais effets que des choses, bonnes et droites en elles-mêmes, peuvent avoir sur l’homme quand elles le séparent de son but surnaturel, à cause du mauvais usage qu’il en fait, à cause d’un désir désordonné de possession, d’un attachement excessif à ces biens matériels qui détourne de l’essentiel... Le don de science est particulièrement utile au laïc qui se sanctifie en dirigeant vers Dieu les activités temporelles, et les transforme ainsi en moyen de sainteté et d’apostolat. Grâce au don de science, la mère de famille comprend plus profondément que son travail ménager est chemin qui la conduit à Dieu si elle l’accomplit avec droiture d’intention et dans le désir de lui plaire ; il montre à l’étudiant que c’est par l’étude, son travail ordinaire, qu’il peut manifester son amour à Dieu, être un instrument d’apostolat et servir réellement la société ; ce don guide l’architecte dans la réalisation de plans et de projets, apprend à l’infirmière à découvrir le Christ derrière chaque malade... Finalement, grâce au don de science on comprend que le chrétien doit aimer le monde et les réalités temporelles parce qu’ »il y a quelque chose de saint, de divin, qui se cache dans les situations les plus ordinaires et c’est à chacun d’entre vous qu’il appartient de le découvrir[09]. » Ainsi, continue le bienheureux Josémaria Escriva, « lorsqu’un chrétien accomplit avec amour les actions quotidiennes les moins transcendantes, ce qu’il fait déborde de transcendance divine. Voilà pourquoi je vous ai dit et répété, jusqu’au ressassement, que la vocation chrétienne consiste à convertir en alexandrins la prose de chaque jour [10] ». Ce poème épique que les hommes écrivent pour Dieu est composé des bagatelles de leur travail quotidien, de leurs problèmes et de leurs joies ordinaires...

Aimer les choses de la terre, certes ! Mais en les appréciant à leur juste valeur, celle qu’elles ont pour Dieu, et en s’efforçant de devenir temples du Saint-Esprit, parce que « si Dieu habite en notre âme, tout le reste, pour important que cela paraisse, n’est qu’accidentel, transitoire ; en Dieu, en revanche, nous sommes ce qu’il y a de permanent [11] ». Voilà le chemin de sainteté du chrétien qui vit au milieu du monde, plaçant la foi au-dessus de toute réalité terrestre, et même au-dessus de la vie ; et qui, guidé par le don de science, avance par la force de la prière et de la mortification dont il sait ne pouvoir se dispenser sans grand dommage.

 

III. Quelle valeur ont, en effet, ces réalités temporelles contingentes, si elles ne mènent pas vers Dieu qui est éternel ? Une âme qui a commencé à prendre Dieu au sérieux et à lui donner la première place dans sa vie, comprend, avec une profonde contrition, tout le mal qu’elle a peut-être fait et, en tout cas, toutes les occasions qu’elle a perdues de le servir. Et de cette contrition naît le désir de rattraper le temps perdu par une plus grande fidélité au Seigneur.

À la lumière de ce don, ne découvres-tu pas un nouvel horizon de sainteté ? Toutes les réalités terrestres et honnêtes mais contingentes, deviennent chemin de bonheur éternel pour peu que tu les abandonnes à la volonté de Dieu !

L’adversaire de la vision surnaturelle, prévient saint Jean, c’est la concupiscence des yeux[12], qui ferme l’esprit à la vraie lumière, l’empêche d’ordonner les réalités terrestres vers Dieu, le pousse à ne chercher que sa propre satisfaction et étouffe le don de science. C’est une maladie de l’âme qui, aveuglée, devient incapable de reconnaître et de savourer les vrais biens, ceux qui ne périssent pas. Elle perd facilement l’espérance surnaturelle, car elle se laisse dominer par l’attrait de la satisfaction terrestre de ses besoins, dans la crainte fébrile de la souffrance ou du sacrifice.

Cette vision purement humaine si partagée dans notre monde, débouche sur l’ignorance des vérités divines ou le refus de celles-ci, sous prétexte qu’elles n’ont pas d’utilité pour la vie courante, qu’elles sont trop théoriques. Dans cette obscurité il devient difficile de comprendre ou d’assimiler les vérités surnaturelles. Profitons de ce moment de prière pour demander à l’Esprit Saint de nous aider à rester libres et détachés des biens matériels, à grandir en humilité pour coopérer à l’action de ce don dans l’âme. Seigneur, aide-moi à me rappeler ta présence à mes côtés quand je travaille, quand je suis en famille, avec mes amis ; qu’à chaque instant je te place au sommet de toutes mes activités !

Vierge Marie, Notre Dame, Mère du Bel Amour, Mère de la crainte et de la science, Mère de la sainte espérance [13], dispose-nous à recevoir efficacement ce don du Saint-Esprit.

« Marie est Mère de la science, parce que l’on apprend d’elle la leçon la plus importante : que rien n’est estimable si nous ne sommes pas près du Seigneur ; que toutes les merveilles de la terre, toutes les ambitions satisfaites, ne servent à rien si dans notre cœur ne brûle la flamme d’amour vivant, la lumière de la sainte espérance, anticipation de l’amour sans fin dans notre Patrie définitive. [14] »

 

NOTES

[01] Saint Jean de la Croix, Cantique spirituel, 5, 3.

[02] PS 19, 1 -2.

[03] Sg 13, 1. 3.

[04] M. Philipon, Les dons du Saint-Esprit.

[05] Saint Josémaria Escriva, Quand le Christ passe, 130.

[06] Cf. Dan 3, 52-90.

[07] M. Philipon, o. c.

[08] Sg 10, 10.

[09] Entretiens avec Mgr. Escriva de Balaguer, 114.

[10] Idem, 116.

[11] Saint Josémaria Escriva, Amis de Dieu, 92.

[12] 1 Jn 2, 16.

[13] Si 24, 24.

[14] Saint Josémaria Escriva, Amis de Dieu, 278.



SEPTIÈME DIMANCHE DE PÂQUES

42. LE DON DE SAGESSE

Le don de sagesse, profondément lié à la charité, donne une connaissance aimante de Dieu et des créatures dans la mesure où elles procèdent de lui.

Le don de sagesse nous apprend à aimer comme le Christ.

Le don de sagesse et la vie contemplative sont des trésors pour la vie ordinaire.

 

I. Par la sainteté on arrive peu à peu à une connaissance de Dieu et de ses créatures inégalable. Car le Saint-Esprit dépose le don de sagesse dans les âmes simples qui aiment le Seigneur. Je te loue, ô Père, Seigneur du ciel et de la terre, s’exclama Jésus devant des enfants, d’avoir caché cela à ceux qui ont la science et l’entendement et de l’avoir révélé aux tout petits [01]. Sagesse qui ne vient pas de l’étude, mais que Dieu infuse directement dans l’âme et qui illumine à la fois l’esprit et le cœur, l’intelligence et la volonté, en les comblant d’amour. La lumière que donne l’amour affine l’intelligence qui, grâce au don de sagesse, pénètre mieux les mystères de Dieu.

« Quand nous avons un fruit dans la bouche, nous apprécions bien mieux sa saveur que si nous lisions les descriptions qu’en font tous les traités de botanique. Quelle description en effet pourrait être comparable à la saveur que nous ressentons quand nous goûtons un fruit ? Ainsi, quand nous sommes unis à Dieu et jouissons de lui par l’expérience intime, nous connaissons beaucoup mieux les choses divines que par toutes les descriptions qu’ont pu nous en donner les érudits et les livres les plus savants.[02] » Cette connaissance procède du don de sagesse.

De même qu’une mère connaît son fils grâce à l’amour qu’elle a pour lui, de même l’âme, par la charité, atteint à une profonde connaissance de Dieu. C’est un don du Saint-Esprit parce que la sagesse est le fruit de la charité qu’il infuse dans l’âme et la participation de sa Sagesse infinie. Saint Paul priait Dieu pour les premiers chrétiens, afin qu’il leur accorde (...) d’être puissamment fortifiés par son Esprit (...), demeurant enracinés dans la charité et fondés sur elle. Cela, pour qu’ils puissent comprendre avec tous les saints ce que sont la largeur et la longueur, la hauteur et la profondeur, et connaître la charité du Christ, qui surpasse toute connaissance [03]. Comprendre, d’une intelligence fondée sur la charité..., dit l’Apôtre. Il s’agit donc d’une connaissance profonde et amoureuse.

Saint Thomas d’Aquin enseigne[04] que l’objet de ce don est d’abord Dieu lui-même et les choses divines ; en second lieu les choses de ce monde en tant qu’elles sont ordonnées à Dieu et procèdent de lui. Le chrétien ne peut aspirer à aucune connaissance plus élevée de Dieu que ce savoureux savoir qui enrichit et facilite la prière et le don de sa vie au service de Dieu et des hommes pour Dieu : La sagesse, dit la Sainte Écriture, vaut mieux que les perles, et il n’est pas de joyau qui lui soit comparable [05]. Je l’ai préférée aux sceptres et aux trônes, et à son prix j’ai tenu pour rien les richesses (...). Tout l’or n’est auprès d’elle qu’un peu de sable, et l’argent, à son regard, doit être estimé comme de la boue. Je l’ai aimée plus que la santé et la beauté ; j’ai préféré la posséder plutôt que la lumière, car l’éclat dont elle rayonne n’a pas de relâche. Avec elle me sont venus à la fois tous les biens (...), car la sagesse les dirige ; j’ignorais pourtant qu’elle en était la mère (...). Elle est pour les hommes un trésor inépuisable, et ceux qui en usent obtiennent l’amitié de Dieu[06].

Le don de sagesse est intimement uni à la vertu théologale de la charité, qui donne une connaissance particulière de Dieu et des personnes, qui dispose l’âme à posséder « une certaine expérience de la douceur de Dieu [07] »en lui-même comme dans les créatures en tant qu’elles se réfèrent à lui. Par conséquent on se dispose d’autant mieux à le recevoir que l’on vit plus intensément la vertu de la charité.

Chaque jour les occasions d’aider les autres et de leur rendre service sont innombrables. Demandons-nous aujourd’hui si nous multiplions ces petits services désintéressés, si nous nous efforçons de rendre la vie plus aimable à ceux qui nous entourent.

 

II. « Je dirai que, parmi les dons du Saint-Esprit, il en est un dont les chrétiens ont spécialement besoin : le don de sagesse qui, en nous faisant connaître Dieu et jouir de Dieu, nous rend capables déjuger sans erreur les situations et les choses de cette vie.[08] » Grâce à la vision spécifique que ce don donne à l’âme, le chrétien qui suit de près le Seigneur contemple la réalité créée avec un regard plus élevé, car il participe d’une certaine manière de la vision que Dieu a en lui-même de tout ce qu’il a créé. Il juge de tout avec clarté.

Les autres deviennent alors une occasion d’exercer la miséricorde, d’être apostoliques : le chrétien comprend mieux le besoin que les hommes ont d’être aidés dans le chemin qui les conduit au Christ. L’on regarde plus facilement chaque personne comme une âme qui a un besoin vital de Dieu ; exactement comme Jésus voyait ceux qu’il rencontrait.

Éclairés par ce don, les saints découvrent le vrai sens des événements de cette vie, qu’ils semblent importants ou apparemment insignifiants. C’est la raison pour laquelle ils ne s’affligent pas beaucoup de la maladie ou des tribulations, parce qu’ils savent que Dieu bénit de diverses façons, et bien souvent avec la Croix.

Ils savent aussi que toutes choses, même ce qui est humainement inexplicable, coopèrent au bien de ceux qui aiment Dieu[09].

« Les inspirations de l’Esprit Saint, auxquelles ce don nous rend dociles, nous éclaircissent peu à peu l’ordre admirable du plan de la Providence, même et précisément dans ces choses qui avant nous déconcertaient, dans les cas douloureux et imprévus, permis par Dieu en vue d’un bien supérieur. [10] »

Les motions de la grâce à travers le don de sagesse donnent une grande paix. Aussi le chrétien amène-t-il la joie partout où il va, il trouve le mot opportun pour réconcilier ceux qui étaient désunis. La paix qui se communique est la paix intérieure que donne la grâce ; c’est une paix que le monde ne peut donner, qui résulte de la vision surnaturelle de ceux qui savent que Dieu est un Père qui n’oublie jamais ses enfants.

 

III. Le don de sagesse affermit la foi dans l’amour, et donne une clarté et une sécurité dans le mystère de Dieu, que nous n’aurions jamais pu soupçonner. On peut, par exemple, éprouver le bonheur de se savoir en présence de Dieu, a fortiori d’être à proximité de Jésus-Christ réellement présent dans le Tabernacle. « L’âme reste là, sans rien dire ou en répétant simplement quelques mots d’amour, en contemplation profonde, les yeux fixés sur la sainte Hostie, sans se fatiguer de le regarder. Il lui semble que Jésus pénètre par ses yeux jusqu’au plus profond d’elle-même... "«

Mais en général le don de sagesse révèle Dieu dans la vie courante, sans manifestations particulières, en donnant la certitude profonde qu’il nous contemple et nous regarde comme ses enfants, et surtout que le travail et la vie familiale sont le chemin ordinaire pour aller vers Dieu si l’on est fidèle aux motions du Saint-Esprit.

Dans la mesure où l’on purifie, peu à peu, son cœur, on comprend donc mieux la réalité du monde, des personnes (que l’on voit comme ce qu’elles sont, des enfants de Dieu) ; avec les limitations propres à la condition de créatures, on voit de plus en plus la réalité avec les "yeux" de Dieu.

Le don de sagesse éclaire l’intelligence et ravive la volonté de telle sorte que l’on découvre Dieu dans les affaires quotidiennes, dans la sanctification du travail, dans I’amour que l’on met à tout achever avec perfection, dans l’effort pour être toujours prêt à servir les autres.

Cette action amoureuse du Saint-Esprit n’est efficace que si l’on s’efforce de soigner les moments de la journée plus spécialement consacrés à Dieu : la sainte Messe, les moments de méditation personnelle, la visite au Saint Sacrement... Et cela aussi bien dans les moments calmes que dans les périodes où le travail est tel qu’il semble dépasser toute possibilité humaine, aussi bien aux heures de dévotion facile et simple qu’à celles de l’aridité intérieure ; aussi bien dans les voyages que dans le repos, la maladie ou toute autre situation permise par Dieu. Le soin apporté à ces moments, facilite en plus la considération habituelle dans la journée, de la présence de Dieu, que l’on alimente d’oraisons jaculatoires, d’actions de grâces, de demandes d’aide, d’actes de réparation, de petites mortifications qui naissent des obligations du travail ou que l’on recherche librement...

« Que la Mère de Dieu et notre Mère nous protège, afin que chacun d’entre nous puisse servir l’Église dans la plénitude de la foi, avec les dons de l’Esprit Saint et avec la vie contemplative. En accomplissant chacun les devoirs qui lui sont propres, que chacun dans son métier et sa profession, et dans l’accomplissement des obligations de son état, serve joyeusement le Seigneur. [12] »

 

NOTES

[01] Mt 11, 25.

[02] L. M. Martinez, Le Saint-Esprit.

[03] Ep 3, 16-19.

[04] Cf. Saint Thomas, Summa Theologiae, I, q. 45, a. 2.

[05] Pr 8, 11.

[06] Sg 7, 8-14.

[07] Saint Thomas, Summa Theologiae, I-II, q. 112, a. 5.

[08] Saint Josémaria Escriva, Quand le Christ passe, 133.

[09] Cf. Rom 8, 28.

[10] R. Garrigou-Lagrange, Les trois âges de la vie intérieure, vol. II.

[11] A. Riaud, L’action du Saint-Esprit dans les âmes.

[12] Saint Josémaria Escriva, Amis de Dieu, 316.


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