PAQUES. 7° SEMAINE. LUNDI
43. LE DON DE CONSEIL
— Le don de conseil affirme la vertu de la prudence.
— Le don de conseil est d’un grand secours dans la formation de la conscience.
— La grâce de la direction spirituelle.
I. Nombreuses sont les occasions de perdre le chemin qui mène à Dieu, nombreux sont les faux sentiers. Mais, promet le Seigneur : « Je t’instruirai et te montrerai la voie que tu dois suivre, je serai ton conseiller, mon œil sera posé sur toi. [01] » Le Saint-Esprit est le meilleur des conseillers, le plus sage des maîtres, le plus avisé des guides. La promesse du Seigneur à ses apôtres quand il leur parlait des contradictions qu’ils allaient rencontrer est très claire : Quand on vous livrera, ne vous préoccupez ni de la manière dont vous parlerez, ni de ce que vous direz : ce que vous devrez dire vous sera suggéré au moment même, car ce n’est pas vous qui parlerez, c’est l’Esprit de votre Père qui parlera par vous[02]. Les Apôtres devaient recevoir une assistance spéciale du Paraclet comme, en fait, tous les chrétiens fidèles confrontés au long des siècles à de pareilles difficultés.
La conduite héroïque de tant de martyrs chrétiens manifeste l’accomplissement de la promesse du Christ.
La sérénité et la sagesse de personnes humbles, parfois peu cultivées, et même d’enfants, — comme en témoignent de nombreux documents qui sont parvenus jusqu’à nous — ne peuvent que nous édifier. L’Esprit Saint, qui nous assiste déjà dans les circonstances de moindre importance, ne nous assisterait-il plus quand nous devons témoigner de notre foi en des situations difficiles, voire hostiles ?
Le Saint-Esprit, par le don de conseil, perfectionne les actes de la vertu de prudence, qui aide à déterminer les moyens à employer dans chaque situation. Combien de fois par jour doit-on prendre des décisions qui, dans certains cas, sont importantes ? Quoi qu’il en soit et, d’une certaine manière, notre sainteté s’y trouve chaque fois engagée. C’est la raison pour laquelle Dieu concède le don de conseil aux âmes dociles à l’action du Saint-Esprit, pour les aider à déterminer leur choix avec droiture et rapidité. Il donne comme un instinct divin qui indique la meilleure façon de rendre gloire à Dieu. De même que la prudence embrasse tout le champ de notre conduite, de même le Saint-Esprit, par le don de conseil, est Lumière et Principe permanent de nos actions. Le Paraclet guide le choix des moyens à employer pour accomplir la volonté de Dieu dans chacune des occupations. Il mène qui lui est docile par les voies de la charité, de la paix, de la joie, du don de soi, de l’accomplissement du devoir, de la fidélité dans les petites choses. Il suggère le chemin dans chaque circonstance.
La vie intérieure de chacun est évidemment son premier champ d’action, et dans l’âme en état de grâce, le Paraclet agit d’une manière silencieuse, mais en même temps douce et forte . « Ce très sage Maître est si habile pour enseigner, que voir sa manière de le faire est ce qu’il y a de plus admirable. Tout est douceur, tout est affection, tout est bonté, tout est prudence, tout est discrétion. [03] » C’est de ces discrets "enseignements", de cette lumière dans l’âme, que proviennent ces impulsions, ces appels à être meilleurs et à mieux correspondre à la grâce. C’est également la source de ces fermes résolutions, quasi instinctives, qui transforment une vie ou suscitent une amélioration réelle dans les relations avec Dieu, dans le travail, dans la conduite habituelle en famille ou avec des amis.
Qui désire être conseillé et dirigé par le Paraclet, doit désirer appartenir entièrement à Dieu, sans opposer, du moins consciemment, de limites à l’action de la grâce ; chercher Dieu parce qu’il est qui il est, infiniment digne d’être aimé, aussi bien dans les moments où la prière est plus facile que dans les situations d’aridité intérieure ; et cela sans attendre d’autres compensations. « Dieu, il faut le chercher, le servir et l’aimer d’une manière désintéressée ; ni pour être vertueux, ni pour acquérir la sainteté, ni pour la grâce, ni pour le Ciel, ni pour le bonheur de le posséder, mais seulement pour l’aimer ; et quand il nous offre grâces et dons, lui dire que nous ne voulons rien de plus que l’amour pour l’aimer ; et s’il en vient à nous dire "demande-moi ce que tu veux", nous ne devons absolument rien lui demander, rien, seulement l’amour et plus d’amour, pour l’aimer et l’aimer davantage.[04] » Et quelle richesse, car avec l’amour de Dieu vient tout ce qui peut rassasier le cœur de l’homme.
II. Le don de conseil suppose la mise en pratique de la vertu de prudence : chercher les renseignements nécessaires, prévoir les éventuelles conséquences de nos actions, accepter d’apprendre de l’expérience, demander conseil c’est opportun... Bref, laisser la grâce perfectionner la prudence naturelle, permettre au don de conseil de la rendre plus rapide, plus aisée, plus pragmatique. Dans certaines circonstances, il est impossible de différer la décision, parce que les circonstances exigent une réponse sûre et immédiate, comme celle que donna le Seigneur aux pharisiens qui lui demandaient, au comble de la mauvaise foi, s’il était permis ou non de payer le tribut à César. Le Seigneur demanda une pièce de monnaie avec laquelle on payait ce tribut et leur posa cette question : De qui sont cette effigie et cette inscription ?
— De César, lui dirent-ils. Alors il leur dit : Rendez donc à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu. En entendant cela, ils furent dans l’étonnement et, le laissant, ils s’en allèrent [05].
Le don de conseil favorise l’intégralité de la conscience droite, car, si elle reste docile aux lumières et aux conseils de l’Esprit Saint, l’âme ne cherche ni à se justifier ni à cacher les fautes ou péchés, mais elle manifeste sa contrition, la douleur sincère d’avoir offensé Dieu. De plus ce don illumine clairement l’âme fidèle à Dieu pour qu’elle vive loin des limites du péché et ne se laisse pas mener par le respect humain, les opinions ou les modes, mais qu’elle agisse selon la volonté de Dieu. Le Paraclet indique, directement ou par l’intermédiaire de ceux qu’il a placés à nos côtés, la bonne direction, le chemin à suivre, et nous détourne de ceux que suggère la commodité immédiate. Si l’on se ferme à toute motion de l’Esprit Saint, on court le risque de céder très rapidement au caprice, au refus d’accomplir la volonté de Dieu.
La docilité aux lumières du Saint-Esprit n’exclut absolument pas le fait « de consulter les autres, ni d’écouter humblement les directives de l’Église. Au contraire, les saints se sont toujours montrés prompts à se soumettre à leurs supérieurs, en étant convaincus de ce que l’obéissance est le chemin royal, le plus rapide et le plus sûr, vers la plus haute sainteté. Le Saint-Esprit inspire lui-même cette soumission filiale aux légitimes représentants de l’Église du Christ : Celui qui vous écoute, c’est mol qu’il écoute, et celui qui vous rejette, c’est moi qu’il rejette (Lc 10, 16).[06] »
III. Ce don de conseil est particulièrement nécessaire à ceux qui ont la mission d’orienter et de guider d’autres âmes. Saint Thomas enseigne que « tout bon conseil au sujet du salut des hommes vient du Saint-Esprit[07] ». Les conseils de la direction spirituelle — à travers lesquels l’Esprit Saint parle si souvent et d’une manière si claire — ne sont-ils pas en effet cause de la joie avec laquelle l’on redécouvre chaque fois plus distinctement le chemin qui mène à Dieu ? Combien nous devons être reconnaissants à Dieu et à celui qui le représente ! La lutte pour les mettre en pratique n’est-elle pas la meilleure manière de le manifester ? Le don de conseil n’est-il pas également nécessaire dans la vie quotidienne, pour mener à bien nos affaires comme pour conseiller un ami dans la vie matérielle et spirituelle ? Il correspond en tout cas à la béatitude des miséricordieux [08], car « il faut être miséricordieux pour savoir donner discrètement un conseil salutaire à ceux qui en ont besoin ; un conseil profitable qui, loin de les décourager, les anime avec force et douceur en même temps[09] ».
Esprit Saint, rends-nous dociles à tes inspirations. Arrache de nos âmes l’attachement à notre propre jugement, l’entêtement, l’opiniâtreté, le manque d’humilité et la précipitation dans la conduite. Rappelle-moi à l’ordre quand j’oublie ce conseil : « ne prends aucune décision, sans d’abord examiner la question en présence de Dieu [10] ». Aide-moi à me détacher de mes opinions, à « renoncer à mon propre jugement [11] ». Fais-nous grandir en sincérité dans la direction spirituelle, ou lorsque nous nous posons des questions d’ordre moral à propos d’un problème familial ou d’éthique professionnelle. Je vois bien, Seigneur, quel profit je tirerais, pour mon âme et pour ma vie, d’avoir recours fréquemment à un conseiller spirituel.
Guide-moi vers « celui qui en a la capacité et qui est animé des mêmes désirs sincères que nous d’aimer Dieu, de le suivre fidèlement. Demander un avis ne suffit pas ; nous devons nous adresser à celui qui peut nous le donner de façon désintéressée et droite (...). Nous rencontrerons dans notre vie des collègues pondérés, objectifs, n’inclinant pas, par passion, la balance du côté qui leur convient. Nous nous fions, presque instinctivement, à ces personnes ; parce que sans présomption ni démonstrations bruyantes, elles agissent toujours bien, avec droiture. [12] »
Celui qui me suivra ne marchera pas dans les ténèbres, mais il aura la lumière de la vie [13]. Si nous essayons de suivre le Seigneur chaque jour de notre vie la lumière du Saint-Esprit nous guidera en toutes circonstances. Si notre intention est droite, il ne permettra pas que nous tombions dans l’erreur. Marie, Mère du Bon Conseil obtiens-nous les grâces nécessaires, prépare-nous un chemin sûr.
NOTES
[01] PS 32, 8.
[02] Mt 10, 19-20.
[03] F.-J. del Valle, Dix jours pour Esprit Saint.
[04] Idem.
[05] Mt 22, 20-22.
[06] M. Philipon, Les dons du Saint-Esprit.
[07] Saint Thomas, Sur le Notre Père.
[08] Idem, Summa Theologiae, II-II, q. 52, a. 4.
[09] R. Garrigou-Lagrange, Les trois âges de la vie intérieure, vol. II.
[10] Saint Josémaria Escriva, Chemin, n. 266.
[11] Idem, cf. n. 177.
[12] Idem, Amis de Dieu, 86 et 88.
[13] Jn 8, 12.
PÂQUES. 7° SEMAINE. MARDI
44. LE DON DE PIETÉ
— Fréquenter Dieu avec la tendresse et l’affection d’un fils envers son père.
— Le don de piété et la charité.
— L’esprit de piété.
I. Le sens de la filiation divine, effet du don de piété, nous pousse à fréquenter Dieu avec la tendresse et l’affection d’un fils envers son père, à traiter les hommes comme des frères de la même famille. L’Ancien Testament manifeste ce don, particulièrement dans la prière que le Peuple choisi adresse constamment à Dieu : louange et demande ; sentiments d’adoration face à l’infinie grandeur divine ; confidences intimes, où l’homme expose en toute simplicité au Père céleste ses joies et ses angoisses, son espérance... Nous trouvons dans les psaumes tous les sentiments qui envahissent l’âme dans ses rapports pleins de confiance avec le Seigneur.
Une fois la plénitude des temps arrivée, Jésus-Christ nous a appris sur quel ton nous devons nous adresser à Dieu. Quand vous priez, vous devez dire : Père... [01]. Dans toutes les circonstances nous pouvons nous adresser à Dieu avec cette filiale confiance : Père, Abba... Nombreux sont les passages du Nouveau Testament où le Saint-Esprit a voulu laisser ce mot araméen : abba, nom affectueux avec lequel les enfants Hébreux s’adressaient à leur père. Ce mot définit notre attitude et canalise notre prière à Dieu, qui « n’est pas un être lointain, qui contemple avec indifférence le sort des hommes : leurs aspirations, leurs luttes, leurs angoisses. C’est un Père qui aime ses enfants jusqu’au point d’envoyer le Verbe, Seconde Personne de la Très Sainte Trinité, pour que, en s’incarnant, Il meure pour nous et nous rachète. C’est ce même Père aimant qui nous attire maintenant doucement vers Lui, par l’action du Saint-Esprit qui habite en nos cœurs.[02] »
Dieu veut que nous le fréquentions avec une entière confiance, comme des petits enfants, car nous sommes enfants de Dieu. Par le don de piété, le Saint-Esprit nous apprend à vivre et rend faciles ces rapports pleins de confiance d’un enfant avec son Père.
Voyez quel grand amour nous a témoigné le Père, pour que nous soyons appelés enfants de Dieu, et nous le sommes[03]. « On dirait qu’après les mots que nous soyons appelés enfants de Dieu, saint Jean voulait faire une longue pause, tandis que son esprit pénétrait profondément dans l’immensité de l’amour que le Père nous adonné, en ne se limitant pas à nous appeler simplement enfants de Dieu, mais en nous faisant ses enfants au sens le plus authentique. C’est ce qui conduit saint Jean à s’exclamer : et nous le sommes ![04] ». L’Apôtre nous invite à considérer le bien immense de la filiation divine reçu dans le Baptême, et nous encourage à seconder l’action du Saint-Esprit pour fréquenter Dieu notre Père avec une confiance et une tendresse ineffables.
II. Cette confiance filiale se manifeste particulièrement dans la prière que l’Esprit lui-même suscite dans notre cœur. L’Esprit aussi vient en aide à notre faiblesse, car nous ne savons pas ce que dans nos prières il nous faut demander ; mais l’Esprit Lui-même intercède pour nous par des gémissements ineffables[05]. Grâce à ces motions, nous nous adressons à Dieu avec le ton approprié, dans une prière riche et variée en nuances. En certaines occasions, nous parlons à Dieu notre Père en une plainte familière : Pourquoi caches-tu ta face... ?[06] ; ou bien nous lui exposons les désirs de plus grande sainteté : je te cherche de toutes mes forces. Mon âme a soif de toi, ma chair languit après toi, comme une terre aride et assoiffée, faute d’eau[07] ; ou F union avec Lui : en dehors de toi, je ne désire rien sur la terre [08] ; ou l’espérance inébranlable en sa miséricorde : Tu es le Dieu qui me sauve : en toi j’espère tout le jour[09].
Le don de piété se manifeste aussi par la ténacité à demander sans cesse comme des enfants dans le besoin, jusqu’à ce qu’il nous accorde ce que nous lui demandons. Dans la prière, notre volonté s’identifie avec celle de notre Père, qui veut toujours ce qu’il y a de mieux pour ses enfants. Cette confiance en la prière nous rend sûrs de nous, fermes, sereins, audacieux. Elle éloigne l’angoisse et l’inquiétude propres à celui qui ne s’appuie que sur ses seules forces.
S’il se laisse mener par l’esprit de piété le chrétien comprend que Dieu notre Père veut ce qu’il y a de mieux pour tous ses enfants. Il a préparé tout ce qu’il faut pour notre plus grand bien. C’est pourquoi le bonheur consiste à connaître ce que Dieu veut de nous à chaque moment de notre vie et à l’accomplir. La sérénité naît de cette confiance en la paternité divine, parce que nous savons que ce qui semble un mal irréparable contribue au bien de ceux qui aiment Dieu [10]. Le Seigneur nous montrera un jour le pourquoi de cette humiliation, de ce revers financier, de cette maladie...
Ce don du Saint-Esprit permet d’accomplir avec promptitude et facilité les devoirs de justice et la pratique de la charité : il aide à voir chez les autres hommes des enfants de Dieu, des créatures d’une valeur infinie parce que Dieu les aime avec un amour sans limite et les a rachetés avec le Sang de son Fils répandu sur la Croix. Le don de piété pousse à traiter avec un immense respect ceux qui nous entourent, à compatir à leurs besoins et à essayer de leur porter remède. Plus encore, l’Esprit Saint nous fait voir le Christ lui-même dans ceux à qui nous venons en aide : En vérité je vous le dis : Autant de fois que vous l’avez fait pour le moindre de mes frères que voici, c’est à moi que vous l’avez fait [11].
La piété envers les autres nous amène à les juger toujours avec une bienveillance, « qui va main dans la main avec une affection filiale envers Dieu, notre Père commun. [12]. Elle nous dispose à pardonner facilement les offenses subies, même les plus douloureuses. Ainsi nous l’a demandé le Seigneur : Aimez vos ennemis et priez pour ceux qui vous persécutent. Ce faisant, vous deviendrez les fils de votre Père qui est dans les deux, car Il fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, et tomber la pluie sur les justes et sur ceux qui ne le sont pas [13]. Si le Seigneur se réfère ici aux offenses graves, comment n’allons-nous pas pardonner et excuser les petites frictions propres à toute vie en commun ? Le pardon inconditionnel est un signe distinctif des enfants de Dieu.
III. Ce don du Saint-Esprit développe chez nous un amour filial envers notre Mère du Ciel, que nous essayons de fréquenter avec la plus tendre affection possible. Il nous pousse à la dévotion envers les anges et les saints, particulièrement envers ceux qui exercent sur nous un patronage spécial [14], ainsi qu’envers les âmes du purgatoire, des âmes chéries nécessitant nos prières. Il nous fait éprouver un grand amour pour le Pape, Père commun des chrétiens...
La vertu de la piété, que ce don perfectionne, incline aussi à rendre honneur et révérence aux personnes légitimement constituées en autorité ; en premier lieu à nos parents, car la paternité de la terre est une participation de celle de Dieu, de qui provient toute paternité au ciel et sur la terre [15]. Nos parents « nous ont donné la vie, et le Très-Haut s’est servi d’eux pour nous communiquer l’âme et l’intelligence. Ils nous ont instruit dans la religion, dans les rapports humains et dans la vie civile. [16] »
Le sens de la filiation divine nous pousse à aimer et à honorer toujours plus nos parents, à respecter les personnes âgés (combien le Seigneur récompensera le soin des personnes âgées !) et les autorités légitimes. Le don de piété va au delà des actes de la vertu de la religion [17]. Par ce don, l’Esprit Saint fait progresser les vertus qui se rattachent à la justice. Son champ d’action inclut les relations avec Dieu, avec les anges et avec les hommes. Et même avec les choses créées, « considérées comme des biens familiaux de la Maison de Dieu. [18] » ;le don de piété nous invite à les traiter avec respect à cause de leur relation au Créateur.
Poussé par le Saint-Esprit, le chrétien lit avec vénération la Sainte Écriture, qui est comme une lettre que son Père lui envoie : « Dans les Livres saints, le Père qui est aux Cieux s’avance de façon très aimante à la rencontre de ses fils, engage conversation avec eux. [19] »
Parmi les fruits du don de piété se trouve la sérénité en toutes circonstances, l’abandon plein de confiance en la Providence, car Dieu s’occupe de tout ce qui est créé et il manifeste de la tendresse envers ses enfants[20] ; « Que personne ne lise ni tristesse ni douleur sur ton visage, lorsque tu répands de par le monde le parfum de ton sacrifice : les enfants de Dieu doivent toujours être des semeurs de paix et de joie.[21] »
Si nous considérons souvent chaque jour notre filiation divine, le Saint-Esprit développera de plus en plus ces rapports filiaux et pleins de confiance avec notre Père du Ciel. La pratique de la charité envers les autres rendra plus aisé le développement de ce don en nos âmes.
NOTES
[01] Lc 11, 2.
[02] Saint Josémaria Escriva, Quand le Christ passe, 84.
[03] Un 3, 1.
[04] B. Perquin,/4ète, Père.
[05] Rom 8, 26.
[06] PS 43, 25.
[07] PS 62, 2.
[08] PS 72, 25.
[09] PS 24, 5.
[10] Cf. Rom 8, 28.
[11] Mt 25, 40.
[12] R. Garrigou-Lagrange, Les trois âges de la vie intérieure, vol. I.
[13] Mt 5, 44-45.
[14] Cf. Saint Thomas, Summa Theologiœ, II-II, q. 121.
[15] Ep 3, 15.
[16] Catéchisme Romain, III, 5, 9.
[17] Cf. M. Philipon, Les dons du Saint-Esprit.
[18] Idem.
[19] Concile Vatican II, Const. Dei Verbum, 21.
[20] Cf. Mt 6, 28.
[21] Saint Josémaria Escriva, Sillon, n. 59.
PÂQUES. 7° SEMAINE. MERCREDI
45. LE DON DE FORCE D’ÂME
— Le Saint-Esprit donne à l’âme la force nécessaire pour pratiquer les vertus.
— L’héroïsme dans les petites choses.
— Le don de la force d’âme dans la vie ordinaire.
I. L’histoire du peuple d’Israël manifeste la protection continuelle de Dieu. La mission de ceux qui devaient le guider et le protéger jusqu’à la Terre Promise dépassait leurs forces et leurs possibilités. Quand Moïse expose au Seigneur son inaptitude à se présenter au Pharaon pour libérer les Israélites d’Egypte, le Seigneur lui dit : Je serai avec toi [01]. Cette aide divine est garantie aussi aux Prophètes et à tous ceux qui reçoivent une mission particulière. Dans leurs cantiques d’action de grâces, ils manifestent toujours avoir pu mener à bien leur tâche grâce à la force d’âme qu’ils ont reçu d’en haut. Les psaumes ne cessent d’exalter la force protectrice de Dieu : Yahweh est le Rocher d’Israël, sa force et sa sécurité.
Le Seigneur promet aux Apôtres, colonnes de l’Église, qu’ils seront revêtus par le Saint-Esprit de la force d’en haut[02]. Le Paraclet lui-même assistera l’Église et chacun de ses membres jusqu’à la fin des siècles. La vertu surnaturelle de la force, l’aide spécifique de Dieu, est indispensable au chrétien pour surmonter les obstacles qui se présentent à lui dans sa lutte intérieure, pour aimer davantage le Seigneur et accomplir ses devoirs. Cette vertu est perfectionnée par le don de force d’âme, qui rend les actes prompts et faciles. Chacun de nous peut dire avec saint Paul : Je peux tout en celui qui me fortifie. [03] Sous l’action du Saint-Esprit, le chrétien se sent capable des actions les plus difficiles et de supporter, par amour de Dieu, les épreuves les plus dures. L’âme, grâce à ce don, ne met pas sa confiance en ses propres efforts, car, si elle est humble, elle a conscience de sa propre faiblesse et de son incapacité à mener à bien la tâche de sa sanctification et la mission que le Seigneur lui confie. Mais elle entend le Seigneur lui dire, tout particulièrement aux moments difficiles : Je serai avec toi. Alors elle ose dire : Si Dieu est avec nous, qui peut être contre nous ? (...). Qui nous séparera de l’amour du Christ ? Tribulation, angoisse, persécution, faim, nudité, péril, glaive ? (...). Mais en tout cela nous sommes plus que vainqueurs grâce à celui qui nous a aimés ; car je suis convaincu que ni mort ni vie, ni anges ni Principautés, ni présent ni futur, ni Puissances, ni hauteur, ni profondeur, ni rien d’autre de créé ne pourra nous séparer de l’amour que Dieu a pour nous dans le Christ Jésus notre Seigneur[04]. Voilà un cri de force et d’optimisme qui s’appuie en Dieu.
Si le Paraclet prend possession de notre vie, notre confiance n’aura pas de limites. Nous comprenons alors d’une manière plus profonde que le Seigneur choisit ce qui est faible, ce qui pour le monde est sans naissance et méprisable (...), afin que nul être ne se glorifie devant Dieu[05]. Il ne demande à ses enfants que la bonne volonté de faire tout leur possible pour réaliser en eux des merveilles de grâce et de miséricorde.
Rien ne paraît alors trop difficile, car nous attendons tout de Dieu. Nous ne mettons absolument pas notre confiance en l’un ou l’autre des moyens humains utilisés, mais en la grâce du Seigneur. L’esprit de force communique à l’âme une énergie renouvelée devant les obstacles intérieurs ou extérieurs, et la rend à même de pratiquer les vertus dans son milieu et dans ses occupations.
II. La Tradition associe le don de force d’âme à la faim et soif de justice[06]. « Le vif désir de servir Dieu malgré toutes les difficultés est justement cette faim que le Seigneur suscite en nous. Il la fait naître et grandir, selon ce qui a été dit à Daniel : Et Moi Je viens pour t’instruire, car tu es un homme de désirs (Dan 9, 23).[07] » Ce don produit dans l’âme docile à l’Esprit Saint un désir toujours plus grand de sainteté, que les obstacles et les difficultés n’affaiblissent pas. Saint Thomas dit que nous devons désirer cette sainteté de telle manière, « sans jamais être satisfaits en cette vie, comme l’avare n’est jamais satisfait[08] ».
L’exemple des saints nous invite à être de plus en plus fidèles à Dieu au milieu de nos obligations, à l’aimer d’autant plus que les difficultés rencontrées sont plus grandes, sans laisser le découragement prendre corps devant le manque éventuel de moyens d’apostolat ou le constat d’une absence de progrès, au moins apparent, dans la vie intérieure ou dans l’apostolat. Sainte Thérèse a écrit : « il est très important, tout à fait important, d’avoir une grande et très déterminée détermination de ne pas s’arrêter jusqu’à arriver à elle (la sainteté), quoi qu’il arrive, quoi qu’il se passe, quoi qu’il faille travailler, même s’il y a des murmures, même si l’on atteint notre but ou que l’on meure en chemin ou que l’on n’ait pas le cœur à faire les travaux qu’il y a sur ce chemin, même si le monde s’écroule.[09] »
La vertu de la force, perfectionnée par le don du Saint-Esprit, nous permet de surmonter les obstacles rencontrés sur le chemin de la sainteté, mais elle ne supprime pas la faiblesse de la nature humaine, la crainte du danger, la peur de la douleur, la fatigue... Le fort peut connaître la peur, mais il la surmonte grâce à l’amour. C’est parce qu’il aime que le chrétien est capable d’affronter les plus grands risques, alors même que sa sensibilité ressent de la répugnance, au début, tant que dure l’épreuve ou tant qu’il n’a pas obtenu ce qu’il aime.
Cette vertu peut nous amener à donner notre vie en témoignage de la foi, si le Seigneur le demande. Le martyre est l’acte suprême de la force d’âme. Dieu l’a demandé à de nombreux fidèles tout au long de l’histoire de l’Église. Les martyrs ont été, et sont toujours, la couronne de l’Église, une preuve supplémentaire de son origine divine et de sa sainteté. Chaque chrétien devrait être disposé à donner sa vie pour le Christ si les circonstances l’exigent. Le Saint-Esprit lui communiquerait alors les forces et le courage nécessaires pour affronter l’épreuve suprême. D’ordinaire, cependant, il attend de nous l’héroïsme dans les petites choses, dans l’accomplissement quotidien de nos devoirs. Nous avons besoin du don de force pour vaincre, chaque jour, dans de petites choses : caprices, égoïsme et commodité... Savons-nous faire preuve de fermeté face à une ambiance, souvent hostile à la doctrine de Jésus-Christ, pour vaincre les respects humains, et donner un témoignage simple mais éloquent du Seigneur, comme l’on fait les Apôtres ?
III. Le don de force d’âme est une grande aide pour surmonter la résistance à accomplir les devoirs qui coûtent, pour affronter les obstacles ordinaires de toute existence, pour accepter avec patience la maladie quand elle arrive, pour persévérer dans notre tâche quotidienne, pour être constants dans l’apostolat, pour supporter l’adversité avec sérénité et esprit surnaturel.
Autres fruits du don de force : avoir la force intérieure qui donne la facilité de s’oublier soi-même et d’être plus attentifs aux autres, mortifier le désir d’attirer l’attention, servir les autres sans le faire remarquer, vaincre l’impatience, ne pas toujours ressasser ses propres problèmes et difficultés, ne pas se plaindre devant la difficulté ou le manque de bien-être, mortifier l’imagination en repoussant les pensées inutiles...
La force d’âme dans l’apostolat se manifeste dans le fait de parler de Dieu sans crainte, de se comporter toujours en bons chrétiens, sans crainte de se heurter à une ambiance paganisée, pratiquer la correction fraternelle quand il le faut... Force d’âme pour accomplir efficacement le devoir : en apportant une aide inconditionnelle à qui dépend de nous, sachant exiger avec amabilité et fermeté... Le don de force se transforme ainsi en un grand recours contre le laisser-aller et l’embourgeoisement.
Les difficultés sont une occasion exceptionnelle pour que le don de force se consolide. « Les arbres qui croissent en des lieux ombragés et libres de vent, tandis qu’extérieurement ils se développent avec un bon aspect, deviennent mou et boueux, et n’importe quoi peut facilement les blesser ; cependant, les arbres qui vivent au sommet des montagnes les plus hautes, agités par de nombreux vents et exposés constamment aux intempéries et à toutes les rigueurs, frappés par de très fortes tempêtes et couverts fréquemment par la neige, deviennent plus robustes que le fer. [10] »
Le sacrement de la confirmation nous a fortifiés pour que nous luttions comme milites Christi [11], comme soldats du Christ. La communion — "aliment pour être forts" [12] — restaure nos énergies ; le sacrement de la pénitence nous fortifie contre le péché et les tentations. Dans le sacrement des malades, le Seigneur apporte une aide pour la dernière bataille, celle où se décide l’éternité pour toujours.
« Demandons à Marie, que nous saluons maintenant comme Regina Cœli, de nous obtenir le don de la force, à chaque moment de notre vie et à l’heure de la mort. [13] »
NOTES
[01] Ex 3, 12.
[02] Lc 24, 49.
[03] Ph 4, 13.
[04] Rom 8, 31 -39.
[05] Cf. 1 Cor 1, 27-29.
[06] Mt 5, 6.
[07] R. Garrigou-Lagrange, Les trois âges de la vie intérieure, vol. II.
[08] Saint Thomas, Commentaire sur Saint Matthieu, 5, 2.
[09] Sainte Thérèse, Chemin de la perfection, 21, 2.
[10] Saint Jean Chrysostome, Homélie sur la gloire dans la tribulation.
[11] Cf. 2 Tim 2, 3.
[12] Cf. Saint Augustin, Confessions, !, 10.
[13] Jean-Paul II, Angélus du 14 mai 1989.