PÂQUES. 7° SEMAINE. JEUDI
46. LA CRAINTE DE DIEU
— L’humilité et la tempérance augmentent la délicatesse d’âme.
— La crainte de Dieu et l’abomination du péché.
— Qu’est-ce que la crainte de Dieu ?
I. Sainte Thérèse d’Avila disait que le Seigneur nous avait laissé deux armes pour combattre la tentation et l’épreuve : « l’amour et la crainte ». « L’amour nous fera allonger le pas et la crainte nous fera regarder où nous mettons les pieds pour ne pas tomber [01]. »
Mais toute crainte n’est pas bonne. La crainte mondaine [02] de ceux qui ont surtout peur du mal physique ou des désavantages sociaux cause de graves préjudices à ceux qui y succombent, car elle les amène à préférer abandonner le Christ plutôt que de souffrir d’éventuelles contrariétés pour lui rester fidèle. Paralysés par le respect humain, ils capitulent devant le moindre effort et finissent par trahir à cause de leur faiblesse. Cela n’a rien à voir avec la crainte servile de celui qui fuit le péché par peur de l’enfer ou pour n’importe quel autre motif intéressé, mais d’un intérêt d’ordre surnaturel. C’est une bonne crainte car elle peut être le premier pas d’une conversion et le début de l’amour [03]. Bien sûr elle ne constitue pas l’idéal de la vie chrétienne, mais bien souvent elle est une puissante défense contre la tentation et les attraits mensongers du mal.
Celui qui craint n’est pas parfait dans la charité[04], disait l’apôtre saint Jean, car le vrai chrétien agit par amour, sa vie est ordonnée à l’amour. La sainte crainte de Dieu est ce don du Saint-Esprit qui exprime l’immense respect du Christ, de la sainte Vierge, des anges et de tous les saints, pour l’infinie grandeur, l’infinie bonté de Dieu le Père. Saint Thomas enseigne qu’il est la conséquence du don de sagesse et sa manifestation extérieure[05].
Cette crainte filiale remplie l’âme de ceux qui se savent protégés par leur Père qu’ils ne veulent offenser sous aucun prétexte. Elle a deux effets principaux dont le plus important— qui est le seul qui se trouve chez le Christ et la Très Sainte Vierge — est cet immense respect dont nous parlions. Ce don anime les âmes saintes qui reconnaissent leur néant devant la grandeur de Dieu. Avec le bienheureux Josémaria Escriva nous pouvons reconnaître, toi et moi : « je ne vaux rien, je n’ai rien, je ne peux rien, je ne sais rien, je ne suis rien, rien[06] ! » Et ce n’est pas une fausse et niaise humilité, car il considérait en même temps la grandeur incommensurable que signifie l’adoption qui nous a fait réellement enfants de Dieu.
Mais en plus, sur la terre, le don de crainte soutient perpétuellement l’horreur du péché et, quand on l’a commis, la contrition profonde. À la lumière de la foi, à l’éclat des dons du Saint-Esprit, l’âme commence à entrevoir la transcendance de Dieu et la distance infinie, l’abîme, que le péché ouvre entre l’homme et Dieu. Elle comprend ainsi qu’» à la racine des maux moraux qui divisent et déchirent la société se trouve le péché[07]. »
Comme il est juste, comme il est raisonnable, n’est-ce-pas, de détester le péché véniel délibéré, de réagir vivement aux premiers symptômes de la tiédeur, de la paresse, de l’embourgeoisement, du mensonge... ? Mon ange gardien, aide-moi à rectifier rapidement, secoue-moi, « je ne veux pas être tiède ! Confige timore tuo carnes meas ! donne-moi, mon Dieu, cette crainte filiale qui me fera réagir[08] ! »
II. Amour et sainte crainte, voilà les atouts du chrétien ! « Quand l’amour en arrive à éliminer complètement la crainte, la crainte elle-même se transforme en amour[09]. » La crainte de Dieu, en effet, pousse à ne se séparer de lui sous aucun prétexte ; car si l’on considère à la fois la distance infinie qui sépare l’homme de Dieu et le fait que l’on est malgré tout son enfant, on apprend à traiter Dieu avec une confiance toujours plus grande, un respect et une vénération croissants. En revanche, qui perd la sainte crainte de Dieu, perd en même temps le sens du péché, commence à sommeiller intérieurement, oublie la toute-puissance de Dieu et de ce qui lui est dû ne serait-ce que du point de vue de la stricte justice.
On ne peut entrer dans le monde surnaturel en prétendant éliminer la transcendance de Dieu, ce qui d’ailleurs serait vain ! Le chemin du Royaume de Dieu passe par cette divinisation que la grâce produit dans l’âme, par l’humilité, par l’amour, par la lutte contre le péché.
« Pour commencer à chasser ce mal (...), il faut maintenir une disposition claire, habituelle et permanente d’aversion pour le péché. Le péché grave dont notre cœur et notre intelligence devraient ressentir avec vigueur et sincérité toute l’horreur. Détester les péchés véniels délibérés devrait également être une attitude profondément enracinée en nous ; sans nous priver de la grâce divine, ces défaillances affaiblissent les canaux par lesquels celle-ci arrive jusqu’à nous [11]. » Aujourd’hui beaucoup semblent avoir perdu la sainte crainte de Dieu et même certains chrétiens la méprisent, parce qu’ils la regardent comme une attitude archaïque remontant à ce qu’ils croient être une époque obscure du christianisme. Ils oublient qui est Dieu et... qui est l’homme. Ces âmes mondaines misent sur la miséricorde de Dieu oubliant que, si Dieu notre Seigneur est infiniment miséricordieux, il est aussi infiniment juste. Elles se leurrent encourageant ainsi leurs dérèglements". Et toi, tu te demandes comment l’on peut pousser l’Esprit Saint à infuser dans l’âme ce don merveilleux si proche de l’amour ? — En méditant sur la finalité de ta vie, les fins dernières, cette rencontre décisive avec Dieu que tu vivras peut-être plus tôt que tu ne le penses.
III. Combien de fois le Seigneur a-t-il répété que nous n’avions rien à craindre, sinon le péché qui détruit l’amitié avec Dieu : devant la difficulté, devant un environnement hostile, un futur incertain... n’ayez pas peur, je suis votre Dieu, je suis votre Père. « Le Christ répète souvent : N’ayez pas peur... ne craignez pas. Et en même temps, à côté de ces appels à la force, résonne l’exhortation : Craignez, craignez plutôt celui qui peut faire périr l’âme et le corps dans la géhenne (Mt 10, 28). Nous sommes appelés à la force et, en même temps, à la crainte de Dieu, et ce doit être une crainte d’amour, une crainte filiale. Ce n’est que lorsque cette crainte pénétrera dans nos cœurs, que nous pourrons être réellement forts de la force des apôtres, des martyrs, des confesseurs de la foi[12]. »
La crainte de Dieu fortifie l’âme en lui enseignant les voies du détachement des biens créés et de la sensibilité nécessaire pour détecter et fuir tout ce qui peut attrister l’Esprit Saint[13]. Elle prend racine dans l’humilité qui donne à l’âme la conscience de sa fragilité et lui fait ressentir le besoin de soumettre fidèlement et amoureusement sa volonté à l’infinie Majesté de Dieu. Car c’est l’humilité qui donne à l’âme la lucidité nécessaire pour reconnaître son néant devant Dieu. L’ignorance de la crainte de Dieu trahit souvent beaucoup d’orgueil.
D’autre part, et en plus de l’humilité, le don de crainte de Dieu a une singulière affinité avec la vertu de la tempérance par laquelle on subordonne l’usage des biens créés à la fin surnaturelle de la vie humaine. La cause la plus fréquente du péché n’est-elle pas, précisément dans la recherche et l’usage désordonnés des plaisirs sensibles ou des choses matérielles ? Or, la crainte de Dieu favorise la purification du cœur qui veut se garder tout à Dieu.
Tu comprends maintenant pourquoi le don de crainte est par excellence celui de la lutte contre le péché et comment tous les autres lui sont une aide dans cette mission particulière : les lumières des dons d’intelligence et de sagesse lui font découvrir la grandeur de Dieu et la vraie signification du péché ; les inspirations pratiques du don de conseil le maintiennent dans l’admiration de Dieu ; le don de force d’âme le soutient dans une lutte sans défaillance contre le mal [14].
Ce don qui, comme les autres, est infusé dans l’âme au moment du Baptême, augmente dans la mesure où l’on correspond à la grâce, aux motions du Saint-Esprit. Et la crainte de Dieu, plus spécifiquement, grandit lorsque l’on considère, dans la prière ou à l’occasion de tel ou tel événement, la grandeur et la majesté de Dieu ; lorsque l’on fait un examen de conscience sincère et profond, donnant toute leur importance aux fautes et aux péchés — qui sont importants justement parce que Dieu, étant Amour infini, en est toujours infiniment offensé. La sainte crainte de Dieu facilite la vraie contrition, le repentir motivé par un amour filial : « amour et crainte de Dieu (...) sont deux châteaux forts d’où l’on fait la guerre au monde et aux démons[15]. »
La sainte crainte de Dieu te conduira avec douceur à te méfier de ta « force », à fuir sans hésitation les occasions de péché, à grandir en délicatesse avec Dieu... Esprit Saint donne-moi la vraie crainte de Dieu, aide-moi à reconnaître sincèrement mes fautes, à en avoir une profonde douleur d’amour. Mes yeux versent des ruisseaux de larmes, parce qu’on n’a pas observé ta loi[16]. Je voudrais avoir une horreur du péché à fleur de peau. Sainte Vierge Marie apprenez-moi le chemin de la délicatesse d’âme, vous qui êtes la plus pure des filles de Dieu.
NOTES
[01] Sainte Thérèse d’Avila, Chemin de la perfection, 40, 1.
[02] Cf. M. Philipon, Les dons du Saint-Esprit.
[03] Si 25, 16.
[04] 1 Jn 4, 18.
[05] Saint Thomas, Summa Theologiœ, II-II, q. 45, a. 1, ad 3.
[06] Cité par À. Vazquez, Le Fondateur de l’Opus Del.
[07] Jean Paul II, Lettre de présentation de l’Instrumentum laboris pour le Vl°Synode des Évêques, 25 janvier 1983.
[08] Saint Josémaria Escriva, Chemin, n. 326.
[09] Saint Grégoire de Nysse, Homélie 15.
[10] Saint Josémaria Escriva, Amis de Dieu, 243.
[11] Cf. Idem, Chemin, n. 747.
[12] Jean Paul II, Discours aux nouveaux cardinaux, 30 juin 1979.
[13] Ep 4, 30.
[14] Cf. M. Philipon, o. c.
[15] Sainte Thérèse d’Avila, o. t., 40, 2. -16. PS 118, 136.
PAQUES 7° SEMAINE. VENDREDI
47. LES FRUITS DU SAINT-ESPRIT
— L’amour, la joie et la paix, fruits du Saint-Esprit dans l’âme, sont une manifestation de la gloire de Dieu.
— L’importance de la patience dans l’apostolat.
— Bonté, douceur, mansuétude, fidélité, modestie, continence et chasteté.
I. Une âme docile aux inspirations du Saint-Esprit ressemble à un arbre qui donne de bons fruits. Ces fruits font la richesse de la vie chrétienne et sont une manifestation de la gloire de Dieu : C’est la gloire de mon Père que vous donniez du fruit en abondance [01], dira le Seigneur au cours de la dernière Cène.
Ces fruits surnaturels sont innombrables. À titre d’exemple, saint Paul en indique douze, fruit des dons que le Saint-Esprit a infusés dans l’âme : charité, joie, paix, patience, douceur, bonté, longanimité, mansuétude, foi, modestie, continence et chasteté[02].
En premier lieu vient l’amour, la charité, première manifestation de l’union avec le Christ. C’est le fruit le plus savoureux, celui qui fait ressentir la proximité de Dieu , celui qui incite à alléger la charge de ceux que l’on côtoie. Cette charité délicate et opérative avec ses proches est la première manifestation de l’action du Saint-Esprit dans l’âme chrétienne : « Il n’y a pas de meilleur signe ou marque qui distingue le chrétien et celui qui aime le Christ, que le soin de ses frères et le zèle pour le salut des âmes.[03] »
Immédiatement après vient la « joie, car celui qui aime se réjouit dans l’union avec l’aimé.[04] » La joie étant la conséquence de l’amour, on devrait toujours remarquer le chrétien à la joie dont il témoigne, jusque dans la douleur et dans l’échec. Pense au grand bien que la joie des chrétiens a fait dans le monde ! » Se réjouir dans les épreuves, sourire dans la souffrance..., chanter avec le cœur d’une voix d’autant plus claire que les épines sont plus longues et plus piquantes, (...) et tout cela par amour,... voilà quel est, avec l’amour, le fruit que le Vigneron divin veut cueillir sur les sarments de la Vigne mystique, fruit que seul le Saint-Esprit peut produire en nous.[05] »
L’amour et la joie laissent dans l’âme la paix de Dieu qui surpasse toute connaissance[06], et dont saint Augustin dit qu’elle est « la tranquillité dans l’ordre[07] ». Il y a bien une fausse paix, celle du désordre, qui règne dans une famille dans laquelle les parents cèdent toujours aux caprices de leurs enfants, pour "avoir la paix" ; celle de la peur qui trouble la cité qui, sous prétexte de n’attrister personne, laisserait les scélérats commettre leurs méfaits. La paix, fruit du Saint-Esprit, est absence d’agitation, repos de la volonté dans la possession stable du bien. Cette paix suppose la guerre : la lutte constante contre les tendances désordonnées des passions.
II. Ce n’est qu’au ciel que l’on connaîtra la plénitude de l’amour, de la joie et de la paix. Ici-bas, celui qui est fidèle reçoit un avant-goût. Les âmes qui se laissent guider par le Paraclet font mûrir la patience, par laquelle elles supportent avec sérénité, sans plaintes ni lamentations stériles, les souffrances physiques et morales inhérentes à toute vie. Il n’y a pas de charité sans patience, car la patience est souvent le support de l’amour. « La charité, écrivait saint Cyprien, est le lien qui unit les frères, le fondement de la paix, le ferment de l’unité... Mais enlève-lui la patience, et elle en restera dévastée ; enlève-lui la substance de la souffrance et de la résignation, et elle perdra ses racines et sa vigueur.[08] »
Le chrétien doit reconnaître la main amoureuse de Dieu qui permet souffrances et douleurs pour la purification et la sanctification de ceux qu’il aime. C’est la raison pour laquelle il reste serein dans la maladie, devant la contradiction, les défauts d’autrui, les calomnies et même devant ses propres échecs spirituels.
La longanimité ressemble à la patience. Elle est cette disposition stable par laquelle on accepte avec égalité d’humeur, sans plaintes ni amertumes, aussi longtemps que Dieu le permet, le manque de résultats immédiats dans la vie intérieure et l’apostolat.
Qu’importe le retard, pense l’âme longanime. Dieu veut la sainteté de ses enfants, il bénira donc mes résolutions si je lutte et recommence jour après jour la lutte.
Cette âme se propose d’autre part des buts élevés, à la mesure du vouloir de Dieu, aussi bien dans la lutte ascétique que dans l’apostolat et met en œuvre tous les moyens humains et surnaturels à sa portée, avec une sainte ténacité et avec constance. « La foi est une condition indispensable à l’apostolat : bien souvent, elle se manifeste dans la constance pour parler de Dieu, même si les fruits tardent à venir.
« Si nous persévérons, si nous insistons, bien convaincus que le Seigneur le veut, on remarquera aussi autour de toi, de tous côtés, les symptômes d’une révolution chrétienne : les uns se donneront, d’autres prendront au sérieux leur vie intérieure, et d’autres (les plus faibles) seront au moins prévenus.[09] »
Le Seigneur attend de ses enfants un apostolat sans relâche. Si parfois les fruits tardent à venir, si tout effort semble stérile, rappelle-toi la promesse du Seigneur à ceux qui travaillent avec droiture d’intention : Mes élus ne travailleront pas en vain [10]. Finalement la longanimité est le prolongement de la vertu de l’espérance.
III. Après avoir cité les fruits de l’union de l’âme avec Dieu, saint Paul en énumère d’autres qui sont plutôt le fait de la charité fraternelle : Revêtez donc des sentiments de miséricorde, de bonté, d’humilité, de douceur (...), vous supportant les uns les autres et vous pardonnant mutuellement. [11]
La bonté dont parle l’apôtre est une disposition stable de la volonté qui désire le bien pour les autres, sans aucune discrimination : amis ou ennemis, parents ou inconnus, voisins ou étrangers. L’âme qui se sait aimée de Dieu ne peut, en effet, être jalouse et envieuse. Elle voit en chaque âme un enfant de Dieu, aimée de lui, et pour qui Jésus-Christ est mort.
Cette bonté n’est ni bonasse ni théorique. La vraie charité agit en acte et en vérité. La charité est serviable [12], dit saint Paul. Et cette disposition du cœur à faire le bien aux autres est la bénignité, que traduit la multitude d’œuvres de miséricorde, corporelles et spirituelles, que les chrétiens réalisent dans le monde entier sans faire acception des personnes. Elle consiste en ces mille détails de service à rendre à ceux avec qui nous vivons.
La bénignité sème la paix et la joie partout où elle passe, accueille avec indulgence et affabilité tous ceux qu’elle rencontre.
La mansuétude est intimement unie à la bonté et à la bénignité. Elle en est comme l’achèvement et la perfection, s’opposant aux manifestations stériles de colère, qui sont au fond une preuve de faiblesse. La charité ne s’irrite pas[13].
La mansuétude fuit l’impatience, ne nourrit ni ressentiment ni rancœur face à l’injure ; elle reste douce et délicate en tout, car elle repose sur une grande force d’âme. Cela ne l’empêche pas d’être sensible aux rudesses des autres, aux affronts et aux humiliations, et de les ressentir parfois très vivement, par suite de la plus grande finesse qu’elle acquiert dans ses rapports avec Dieu. Elle sait que Dieu se sert de tout cela pour purifier les âmes.
Après la mansuétude, saint Paul parle de la fidélité. Une personne accomplit ses devoirs, même les plus insignifiants. Elle mérite la confiance de tous. Un ami fidèle n’a pas de prix, dit la sainte Écriture, il n’y pas de poids pour peser sa valeur[14], car la fidélité constitue comme un résumé de tous les fruits.
Les trois derniers fruits qu’indiqué saint Paul découlent de la vertu de la tempérance qui, sous l’influence des dons du Saint-Esprit, produit des fruits de modestie, de continence et de chasteté.
Une personne modeste comporte d’une manière équilibrée et juste dans chaque situation. Elle apprécie les talents qu’elle possède sans les exagérer ni les amoindrir, parce qu’elle y voit un cadeau reçu de Dieu à mettre au service des autres. On remarque la modestie de quelqu’un dans son allure extérieure, dans sa manière de parler et de s’habiller, de traiter les autres et de se comporter socialement. La modestie est attrayante parce qu’elle reflète la simplicité et l’ordre intérieur.
Les deux derniers fruits mentionnés par saint Paul sont la continence et la chasteté. Comme par instinct, une âme chrétienne est extrêmement vigilante pour éviter tout ce qui peut nuire à la pureté intérieure et extérieure, si agréable au Seigneur. Ces fruits, qui embellissent la vie chrétienne et disposent l’âme à pénétrer les mystères de Dieu, mûrissent même au milieu de grandes tentations, si l’on écarte l’occasion de pécher et si l’on lutte avec fermeté, confiant en la grâce du Seigneur.
À la fin de notre prière, recourons à la Très Sainte Vierge, qui selon la volonté du Père et la puissance du Paraclet, produit des fruits abondants dans les âmes. Je suis la Mère du bel amour, de la crainte, de la science et de la sainte espérance. Venez à moi, vous tous qui me désirez, et rassasiez-vous de mes fruits. Car mon souvenir est plus doux que le miel et ma possession plus douce que le rayon de miel...[15]S.
NOTES
[01] Jn 15, 8.
[02] Cf. Cal 5, 22-23.
[03] Saint Jean Chrysostome, Homélies sur l’incompréhensible, 6, 3.
[04] Saint Thomas, Summa Theologiae, I-II, q. 70, a. 3.
[05] A. Riaud, L’action du Saint-Esprit dans les âmes.
[06] Ph 4, 7.
[07] Saint Augustin, La cité de Dieu, 19, 13, 1.
[08] Saint Cyprien , Du bien de la patience, 15.
[09] J. Escriva, Sillon, n. 207.
[10] Is 45, 23.
[11] Col 3, 12-13.
[12] 1 Cor 13, 4.
[13] 1 Cor 13, 5.
[14] Si 6, 15.
[15] Si 24, 17-19.
PÂQUES. 7° SEMAINE. SAMEDI VEILLE DE LA PENTECÔTE
48. LE SAINT-ESPRIT ET MARIE
— Attendre la venue du Paraclet près de la Très Sainte Vierge.
— Le Saint-Esprit dans la vie de Marie.
— La Vierge Marie, "cœur de l’Église naissante", collabore activement à l’action du Saint-Esprit dans les âmes.
I. Tant que dura l’attente de la venue du Saint-Esprit promis, tous, d’un même cœur, persévéraient dans la prière, ainsi que des femmes et Marie, la Mère de Jésus... [01]. Tous sont en un même lieu, au Cénacle, animés d’un même amour et d’une seule espérance. Au milieu d’eux se trouve la Mère de Dieu. Méditant ce passage de la Sainte Écriture, la tradition y a vu la maternité spirituelle de Marie sur toute l’Église.
« L’ère de l’Église commença avec la venue, c’est-à-dire avec la descente du Saint-Esprit sur les Apôtres réunis dans le Cénacle de Jérusalem près de Marie, la Mère du Seigneur.[02] »
Notre Dame vit une sorte de deuxième Avent, une attente, qui prépare la pleine communication du Saint-Esprit et de ses dons à l’Église naissante. Cet Avent est très semblable et très différent du premier, celui qui prépara la naissance de Jésus. Très semblable, parce que dans les deux il y a prière, recueillement, foi en la promesse, désir ardent qu’elle se réalise. Marie, en portant Jésus caché en son sein, restait dans le silence de sa contemplation. Maintenant, Notre Dame vit profondément unie à son Fils glorifié[03].
Cette deuxième attente est aussi très différente de la première. Dans le premier Avent, la Vierge est seule à vivre la promesse réalisée en son sein ; ici en revanche elle attend en compagnie des Apôtres et des saintes femmes. C’est une attente partagée, celle de l’Église qui est sur le point de se manifester publiquement autour de Notre Dame : « Marie, qui conçut le Christ par l’action du Saint-Esprit, l’amour du Dieu vivant, préside la naissance de l’Église le jour de Pentecôte, quand le même Esprit Saint descend sur les disciples et vivifie dans l’unité et dans la charité le Corps mystique des chrétiens. [04] »
La résolution de notre prière d’aujourd’hui, veille de la grande solennité de la Pentecôte, est d’attendre la venue du Paraclet très unis à notre Mère, « qui implore par ses prières le don de l’Esprit, cet Esprit qui l’avait déjà couverte elle-même de son ombre à l’Annonciation [05] » la transformant en nouveau Tabernacle de Dieu. Au début de la Rédemption, elle nous a donné son Fils ; maintenant, « par ses très efficaces suppliques, elle a obtenu que l’Esprit du divin Rédempteur, octroyé déjà sur la Croix, se communique avec ses dons prodigieux à l’Église, nouvelle née le jour de Pentecôte.[06] »
« Celui qui nous transmet ce renseignement est saint Luc, l’évangéliste qui s’est le plus étendu sur l’enfance de Jésus. On dirait qu’il veut nous faire bien comprendre que Marie, tout comme elle a joué un rôle de premier plan dans l’Incarnation du Verbe, a également, d’une manière analogue, été présente à l’origine de l’Église, qui est le Corps du Christ.[07] »
Pour être bien disposés à une plus grande intimité avec le Paraclet, pour être plus dociles à ses inspirations, le chemin est Notre-Dame. Les Apôtres l’on bien compris. C’est pourquoi nous les voyons près de Marie au Cénacle.
Quels sont nos rapports habituels avec Notre-Dame ? Aujourd’hui c’est un bon jour pour prendre quelques résolution, par exemple mieux soigner la récitation du Saint Rosaire, en contemplant ses mystères ; lui offrir une petite mortification en plus de celles que nous faisons habituellement ; vivre avec plus d’affection la coutume de la saluer dans les images qu’il y a dans les rues, dans une pièce, etc.
II. Le jour de la Pentecôte, la Très Sainte Vierge a reçu l’Esprit « Saint avec une plénitude unique, parce que son cœur était le plus pur, le plus libre, le cœur qui aimait la Très Sainte Trinité d’une manière incomparable. Le Paraclet est descendu sur l’âme de la Vierge et l’a inondé d’une nouvelle manière. Il est le doux Hôte de l’âme de Marie. Notre Seigneur avait promis à qui aime Dieu : Nous viendrons à lui et nous établirons chez lui notre demeure[08], promesse qui se réalise, avant tout, en Notre-Dame.
Elle, « le chef-d’œuvre de Dieu[09], avait été préparée avec soin par le Saint-Esprit pour être le Tabernacle vivant du Fils de Dieu. C’est pourquoi l’Ange lui dit : Salut, pleine de grâce[10]. Déjà possédée par le Saint-Esprit et pleine de grâce, elle reçut encore une plénitude de grâce nouvelle et singulière : L’Esprit Saint viendra sur toi et te couvrira de son ombre[11]. « Rachetée d’une manière très sublime en considération des mérites de son Fils et unie à Lui par un lien étroit et indissoluble, elle est revêtue de la fonction et de la dignité suprême de Mère du Fils de Dieu. Aussi est-elle la fille préférée du Père et le temple de l’Esprit Saint. Par le don de cette grâce suprême, elle dépasse de loin toutes les autres créatures célestes et terrestres. [12] »
Sa vie durant, Notre-Dame a grandi en amour de Dieu le Père, de Dieu le Fils (son Fils Jésus), de Dieu le Saint-Esprit. Elle a répondu à toutes les inspirations et motions du Paraclet. Chaque fois qu’elle y était docile, elle recevait de nouvelles grâces. À aucun moment elle ne leur opposa la moindre résistance. Elle n’a jamais rien refusé à Dieu ; la croissance des vertus surnaturelles et humaines (sous une spéciale influence de la grâce) a été continuelle.
Tous ceux qui sont conduits par l’Esprit de Dieu, ceux-là sont fils de Dieu[13]. Aucune créature ne se laissa mener et guider par le Saint-Esprit comme notre Mère Sainte Marie : aucune n’a vécu la filiation divine comme elle. Toutes les promesses que Jésus avait faites au sujet du Paraclet se sont accomplies pleinement dans l’âme de la Sainte Vierge : Lui vous rappellera tout ce que je vous ai dit[14]. Lui vous guidera vers la vérité totale [15]. La Vierge est la créature la plus aimée de Dieu. Si nous, malgré nos offenses, il nous reçoit comme le père l’enfant prodigue ; s’il nous aime, nous, d’un amour infini et nous remplit de biens chaque fois que nous correspondons à ses grâces, « s’il agit ainsi à l’égard de celui qui l’a offensé, que ne fera-t-il pas pour honorer sa Mère, l’immaculée, Virgo fidelis, la très sainte Vierge, toujours fidèle ?
« Si tel est l’amour de Dieu, alors que le fond du cœur humain est si souvent traître, misérable, qu’en sera-t-il du Cœur de Marie, qui n’a jamais opposé le moindre obstacle à la volonté de Dieu ?[16] »
III. Tout ce qui s’est fait dans l’Église depuis sa naissance jusqu’à nos jours est l’œuvre du Saint-Esprit : l’évangélisation du monde, les conversions, la force des martyrs, la sainteté de ses membres... Saint Augustin a écrit : « Ce que l’âme est au corps, le Saint-Esprit l’est pour le Corps de Jésus-Christ qu’est l’Église. Le Saint-Esprit fait dans l’Église ce que l’âme fait dans les membres d’un corps. [17] « Il lui donne vie, la développe, il est son principe d’unité... Par Lui nous vivons la vie même du Christ Notre Seigneur en union avec Sainte Marie, avec tous les anges et les saints du Ciel, avec ceux qui se purifient dans le purgatoire et ceux qui cheminent encore sur la terre.
Le Saint-Esprit est aussi le sanctificateur de notre âme. Toutes les bonnes œuvres, les inspirations et désirs qui nous incitent à être meilleurs, l’aide nécessaire pour les mettre en pratique... tout est l’œuvre du Paraclet.
« Ce divin Maître établit son école à l’intérieur des âmes qui le lui demandent et qui désirent ardemment l’avoir pour Maître. [18] » « Son action dans l’âme est douce, son expérience est agréable et plaisante, et son joug est très léger. Sa venue est précédée des rayons brillants de sa lumière et de sa science. Il vient avec la vérité de l’authentique protecteur ; car Il vient sauver, soigner, enseigner, conseiller, fortifier, consoler, illuminer, en premier lieu l’esprit de celui qui le reçoit et ensuite, par les actions de celui-ci, l’esprit des autres. [19] »
De même que lorsque le soleil apparaît celui qui se trouvait plongé dans les ténèbres reçoit la lumière dans les yeux et contemple avec clarté ce qu’il ne voyait pas auparavant, ainsi l’âme de celui qui est trouvé digne du don du Saint-Esprit s’illumine et, s’élève et il voit ce qu’avant il ignorait.
Après la Pentecôte, la Vierge est « comme le cœur de l’Eglise naissante[20] ». Le Saint-Esprit, qui l’avait préparée pour être Mère de Dieu, maintenant, le jour de la Pentecôte, la dispose pour être la Mère de l’Église et de chacun de nous.
Le Saint-Esprit ne cesse d’agir dans l’Église, en faisant surgir de tous côtés de nouveaux désirs de sainteté, de nouveaux enfants et en même temps de meilleurs enfants de Dieu, qui trouvent en Jésus-Christ le Modèle achevé, car Il est le premier-né de beaucoup de frères. En collaborant activement avec le Saint-Esprit, Notre-Dame exerce sa maternité sur tous ses enfants. C’est pourquoi elle est vénérée sous le titre de Mère de l’Église, « c’est-à-dire Mère de tout le Peuple de Dieu, aussi bien des fidèles que des Pasteurs, qui l’appellent Mère amoureuse, et nous voulons, proclamait Paul VI, qu’à partir de maintenant elle soit honorée et invoquée par tout le peuple chrétien avec ce titre très agréable.[21] »
Sainte Marie, Mère de l’Église, priez pour nous et aidez-nous à préparer la venue du Paraclet dans notre âme.
NOTES
[01] Ac 1, 14.
[02] Jean-Paul II, enc. Dominum et vivificantem, 18 mai 1986, 25.
[03] Cf. M-D. Philippe, Mystère de Marie.
[04] Paul VI, Discours, 25 octobre 1969.
[05] Concile Vatican II, const. Lumen Gentium, 59.
[06] Pie XII, enc. Mystici Corporis, 29 juin 1943.
[07] Saint Josémaria Escriva, Quand le Christ passe, 141.
[08] Jn 14, 23.
[09] Cf. Saint Josémaria Escriva, Amis de Dieu, 292.
[10] Lc 1, 28.
[11] Lc 1, 35. – 12. Concile Vatican II, const. Lumen gentium, 53.
[13] Rom 8, 14.
[14] Jn 14, 26.
[15] Jn 16, 13.
[16] Saint Josémaria Escriva, Quand le Christ passe, 178.
[17] Saint Augustin, Sermon 267.
[18] F.-J. Del Valle, "Decenario" au Saint-Esprit, Considération pour le 4° jour.
[19] Saint Cyrille de Jérusalem, Catéchèse 16, sur l’Esprit Saint, 1.
[20] R. Garrigou-Lagrange, La Mère du Sauveur.
[21] Paul VI, Discours au Concile, 2 septembre 1964.