V/ Le Fils de Dieu est venu,
R/ Nous faire connaître le Père.
Livre d'Isaïe (Is 63, 19-20 ; 64, 1-11)
Nous sommes tous l'ouvrage de tes mains
L'espoir d'une intervention divine apportant le salut a toujours animé Israël. Mais peu de passages de l'Ancien Testament l'expriment avec autant de force que celui-ci. Pourtant, si utopique qu'ait pu paraître aux auditeurs du prophète cet espoir d'un ciel s'ouvrant pour la venue du Dieu sauveur en personne, l'amour du Père pour sa créature a surpassé cette attente insensée !
Ah ! si tu déchirais les cieux et si tu descendais, tel que les montagnes soient secouées devant toi, tel un feu qui brûle des taillis, tel un feu qui fait bouillonner des eaux, pour faire connaître ton nom à tes adversaires ; les nations seraient commotionnées devant toi, si tu faisais des choses terrifiantes, que nous n'attendons pas : tu descendrais, les montagnes seraient secouées devant toi.
Jamais on n'a entendu, jamais on n'a ouï dire, jamais l'œil n'a vu qu'un dieu, toi excepté, ait agi pour qui comptait sur lui.
Tu surprends celui qui se réjouit de pratiquer la justice, ceux qui sur tes chemins se souviennent de toi. Te voilà irrité, car nous avons dévié ; c'est sur ces chemins d'autrefois que nous serons sauvés.
Tous, nous avons été comme l'impur, et tous nos actes de justice, comme les linges répugnants ; tous, nous nous sommes fanés comme la feuille, et nos perversités, comme le vent, nous emportent. Nul n'en appelle à ton nom, nul ne se réveille pour t'en saisir, car tu nous as caché ton visage, tu as laissé notre perversité nous prendre en main pour faire de nous des dissolus.
Cependant, Seigneur, notre Père c'est toi ; c'est nous l'argile, c'est toi qui nous façonnes, tous nous sommes l'ouvrage de ta main. Ne t'irrite pas, Seigneur, jusqu'à l'excès, ne te rappelle pas à jamais la perversité. Mais regarde donc : ton peuple, c'est nous tous ! Tes villes saintes sont un désert, Sion est un désert, Jérusalem, une désolation !
Notre Maison sainte et splendide où nos pères chantaient tes louanges, a été embrasée par le feu, et tout ce qui faisait notre passion devenu dévastation ! Est-ce que, devant tout cela, tu pourrais te contenir, Seigneur ? Tu resterais inactif et tu nous humilierais jusqu'à l'excès ?
R/ Dieu est amour, Dieu est lumière !
Nulle oreille n'a entendu, nul œil n'a vu
Un Dieu agir ainsi pour qui se fie en lui.
Tu as tellement aimé le monde
Que tu as donné ton Fils, ton unique.
Tu n'as pas envoyé ton Fils pour juger le monde,
Mais pour que le monde soit sauvé par lui.
COMMENTAIRE DE SAINT CYRILLE D'ALEXANDRIE SUR L'EVANGILE DE JEAN
C'est pour nous que le Christ, au baptême, a reçu le Saint-Esprit.
Le Créateur de l'univers avait décidé de tout réunir sous un seul chef, le Christ, par une réalisation magnifique, et de restaurer la nature humaine dans son premier état. Il promet donc de lui rendre, avec ses autres dons, le Saint-Esprit. En effet, elle n'aurait pas pu autrement retrouver la possession paisible et durable de ses biens.
Aussi Dieu a-t-il fixé le moment où le Saint-Esprit descendrait vers nous, et il nous en a fait la promesse : En ces jours-là, – évidemment ceux de notre Sauveur – je répandrai de mon Esprit sur toute chair.
Lorsque le temps de cette générosité a fait venir sur cette terre le Fils unique incarné, c'est-à-dire un homme né d'une femme, selon la sainte Écriture, Dieu le Père nous a encore donné son Esprit, et le premier qui le reçut fut le Christ, comme étant le premier exemplaire de la nature à renouveler. Jean Baptiste l'affirme : J'ai vu l'Esprit descendre du ciel et demeurer sur lui.
Si l'on dit que le Christ a reçu le Saint-Esprit, c'est en tant qu'il s'est fait homme et en tant qu'il convenait à l'homme de le recevoir.
Sans doute, il est le Fils de Dieu le Père, et engendré de sa substance, et cela avant l'incarnation et même avant tous les siècles. Malgré cela, il n'éprouve aucune tristesse à entendre le Père lui dire, maintenant qu'il s'est fait homme : Tu es mon Fils ; moi, aujourd'hui, je t'ai engendré.
Celui qui était Dieu, engendré par lui avant les siècles, le Père dit qu'il est engendré aujourd'hui : cela signifie qu'il nous accueille en lui comme des fils adoptifs, car toute l'humanité était contenue dans le Christ en tant qu'il était homme. En ce sens, on dit que le Père, alors que son Fils possédait déjà son Esprit, le lui donne de nouveau de telle sorte que nous soyons gratifiés de l'Esprit en lui. C'est pour cela qu'il vient aider les fils d'Abraham, selon l'Écriture, et qu'il est devenu en tout semblable à ses frères.
Ce n'est donc pas pour lui-même que le Fils unique a reçu le Saint-Esprit. Car l'Esprit est à lui, en lui et par lui, comme nous l'avons déjà dit. Mais parce que, s'étant fait homme, il possédait en lui toute la nature humaine, il a reçu l'Esprit afin de la redresser tout entière en la restaurant dans son premier état. Nous pouvons donc voir, par un sage raisonnement et en nous appuyant sur les affirmations de la sainte Écriture, que le Christ n'a pas reçu l'Esprit Saint pour lui-même, mais plutôt pour nous, qui étions en lui. Car c'est par lui que nous parviennent tous les biens.
R/ Le Seigneur, c'est l'Esprit,
L'Esprit du Seigneur, est la liberté.
Nous tous, à visage découvert,
Réfléchissons comme en un miroir la gloire de Dieu.
Laissons-nous transformer
En l'image du Seigneur, toujours plus glorieuse.
Oraison
Seigneur, avec ton Fils bien-aimé, l'aurore de ton jour éternel s'est levée sur toutes les nations : accorde à ton peuple de reconnaître la gloire de son Rédempteur et de parvenir à la lumière qui ne s'éteint pas.
V/ Le verbe était la vie,
R/ Lumière pour les hommes.
Livre d'Isaïe (Is 65, 13-25)
Promesses de paix et de bonheur
Dieu nous annonce l'achèvement de son œuvre sous la forme d'une création nouvelle. Nous sommes déjà cette création, nous apprendra saint Paul. Mais elle ne paraîtra en pleine lumière qu'au retour glorieux du Christ. Soyons tendus vers ce but, qui établira enfin la parfaite justice dont nous rêvons et pour laquelle nous lutterions en vain si nous la limitions au monde présent.
C'est pourquoi ainsi parle le Seigneur Dieu :
Voici que mes serviteurs mangeront, et vous, vous endurerez la faim ; voici que mes serviteurs boiront, et vous, vous endurerez la soif ; voici que mes serviteurs jubileront, et vous, vous aurez honte ; voici que mes serviteurs pousseront des acclamations dans le bien-être de leur cœur, et vous, vous pousserez des cris, dans le malaise de votre cœur, oui, l'esprit brisé, vous hurlerez !
Dans leurs jurons, mes élus mettront votre nom, en ajoutant : "Qu'ainsi le Seigneur Dieu te fasse mourir !" Mais en faveur de mes serviteurs sera évoqué un Nom tout différent ; quiconque voudra se bénir sur la terre se bénira par : "le Dieu de l'amen", quiconque jurera sur la terre jurera par : "le Dieu de l'amen". En effet, les détresses du passé seront oubliées, oui, elles seront cachées à mes yeux.
En effet, voici que je vais créer des cieux nouveaux et une terre nouvelle ; ainsi le passé ne sera plus rappelé, il ne remontera plus jusqu'au secret du cœur. Au contraire, c'est un enthousiasme et une exultation perpétuels que je vais créer : en effet, l'exultation que je vais créer, ce sera Jérusalem, et l'enthousiasme, ce sera son peuple ; oui, j'exulterai au sujet de Jérusalem et je serai dans l'enthousiasme au sujet de mon peuple ! Désormais, on n'y entendra plus retentir ni pleurs, ni cris. Il n'y aura plus là de nourrisson emporté en quelques jours, ni de vieillard qui n'accomplisse pas ses jours ; le plus jeune, en effet, mourra centenaire, et le plus malchanceux, c'est centenaire aussi qu'il deviendra moins que rien.
Ils bâtiront des maisons et ils les habiteront, ils planteront des vignes et ils en mangeront les fruits ; ils ne bâtiront plus pour qu'un autre habite, ils ne planteront plus pour qu'un autre mange, car tels les jours d'un arbre, tels les jours de mon peuple, mes élus pourront user les produits de leurs mains. Ils ne se fatigueront plus en vain, ils n'enfanteront plus pour l'hécatombe, car ils seront la descendance des bénis du Seigneur et leurs rejetons resteront avec eux. Avant même qu'ils appellent, moi, je leur répondrai, alors qu'ils parleront encore, moi, je les aurai écoutés !
Le loup et l'agneau brouteront ensemble, le lion, comme le bœuf, mangera du fourrage ; quant au serpent, la poussière sera sa nourriture. Il ne se fera ni mal ni destruction sur toute ma montagne sainte, dit le Seigneur.
R/ Voici la demeure de Dieu avec les hommes !
Le Verbe s'est fait chair,
Il a habité parmi nous
Et nous avons vu sa gloire !
Dieu va créer des cieux nouveaux
Et une terre nouvelle : on ne se souviendra plus du passé.
Dieu-avec-nous
Se réjouira de Jérusalem,
Il sera joyeux de son peuple.
SERMON DE SAINT MAXIME DE TURIN POUR L'ÉPIPHANIE
Les mystères du baptême du Seigneur.
L'Évangile rapporte que le Seigneur s'est rendu au Jourdain afin d'être baptisé et qu'il a voulu être consacré dans ce fleuve aux mystères célestes.
Il est dans l'ordre, en effet, qu'après le jour de la naissance du Sauveur –bien des années plus tard, mais à la même époque – vienne cette fête, que l'on doit, à mon avis, appeler aussi la fête de sa nativité.
Né alors pour les hommes, il renaît aujourd'hui dans les sacrements. Alors, il a été mis au monde par la Vierge, aujourd'hui il a été engendré par le mystère. Là, lorsqu'il naît à notre humanité, sa mère Marie le réchauffe dans son sein ; ici, lorsqu'il est engendré selon le mystère, Dieu le Père l'accueille par sa parole. Il dit en effet : Celui-ci est mon Fils, en qui j'ai mis tout mon amour. Écoutez-le.
Sa Mère, en l'enfantant, le caresse tendrement sur son sein, le Père le soutient par un affectueux témoignage ; sa Mère le présente à l'adoration des mages, le Père le manifeste aux païens pour qu'ils le vénèrent.
Seigneur Jésus est venu au baptême, et il a voulu que son corps très saint soit lavé par l'eau.
Quelqu'un dira peut-être : "Lui qui est Saint, pourquoi a-t-il voulu être baptisé ?" Écoutez donc. Le Christ est baptisé non pas pour être sanctifié par l'eau, mais pour sanctifier lui-même l'eau et pour purifier par sa pureté ces flots qu'il touche. La consécration du Christ est en effet la consécration fondamentale de l'élément.
Lorsque le Sauveur est lavé, c'est alors que l'eau est d'avance purifiée tout entière en vue de notre baptême ; la source est purifiée pour que, dorénavant, la grâce du baptême soit administrée aux peuples à venir. Le Christ a donc reçu le baptême par avance, pour que les peuples chrétiens prennent sa suite avec confiance.
Je comprends le mystère : car c'est ainsi que la colonne de feu s'est avancée la première à travers la mer Rouge, pour que les fils d'Israël marchent sur ses traces avec intrépidité. Elle a traversé les eaux en premier pour préparer la voie à ceux qui viendraient après elle. Ce fut là, dit l'Apôtre, un mystère préfigurant le baptême. Oui, ce fut comme un baptême, lorsque la nuée recouvrait les hommes, et que l'eau les portait.
Mais c'est le Christ Seigneur qui a réalisé tout cela. C'est lui, jadis, qui précéda les fils d'Israël, à travers la mer, dans la colonne de feu. De même, c'est lui maintenant qui, par son baptême, précède les peuples chrétiens en son propre corps. Il est, dirai-je, cette colonne qui alors présenta sa lumière aux regards de ceux qui le suivaient et qui, maintenant, offre la lumière aux cœurs des croyants. Alors, il offrit un chemin solide à travers les eaux ; maintenant il fortifie notre marche dans le bain de la foi.
R/ L'amour de Dieu est répandu dans nos cœurs
Par le Saint-Esprit.
Les nations sauront que je suis le Seigneur
Quand éclatera ma sainteté à votre sujet.
Je vous purifierai de tous vos péchés,
Les nations le sauront : Je suis le Seigneur.
Je vous donnerai un cœur nouveau,
Je mettrai en vous un esprit nouveau.
Je mettrai en vous, mon Esprit,
Et vous marcherez selon mes lois.
Oraison
Dieu tout-puissant, tu as signifié par une étoile qu'un Sauveur était né pour le monde ; maintiens ta lumière en nos cœurs pour que nous entrions plus avant dans ce mystère.
V/ Le verbe est la vraie lumière
R/ Qui éclaire tous les hommes.
Livre d'Isaïe (Is 66, 10-14.18-23)
Renaissance d'un peuple
C'est seulement au jour où Dieu jugera le monde, mettant fin à l'ancienne création, que l'Église apparaîtra pleinement telle que le Christ l'a voulue : un peuple à la fois universel et sans frontières, où tous auront leur place, et pourtant le peuple particulier, choisi et sauvé par celui qui est sa Tête, et qui pourra contempler, sans manquer à l'amour, la défaite cuisante de ses ennemis.
Réjouissez-vous avec Jérusalem, exultez à cause d'elle, vous tous qui l'aimez ! Avec elle soyez pleins d'allégresse, vous tous qui portiez son deuil ! Ainsi vous serez nourris et rassasiés du lait de ses consolations, et vous puiserez avec délices à l'abondance de sa gloire.
Voici ce que dit le Seigneur : Je dirigerai vers elle la paix comme un fleuve, et la gloire des nations comme un torrent qui déborde. Vous serez comme des nourrissons que l'on porte sur son bras, que l'on caresse sur ses genoux. De même qu'une mère console son enfant, moi-même je vous consolerai, dans Jérusalem vous serez consolés. Vous le verrez, et votre cœur se réjouira ; vos membres, comme l'herbe nouvelle, seront rajeunis. Et le Seigneur fera connaître sa puissance à ses serviteurs.
Parole du Seigneur : Je viens rassembler les hommes de toute nation et de toute langue. Ils viendront et ils verront ma gloire : je mettrai un signe au milieu d'eux ! J'enverrai des rescapés de mon peuple vers les nations les plus éloignées, vers les îles lointaines qui n'ont pas entendu parler de moi et qui n'ont pas vu ma gloire : ces messagers de mon peuple annonceront ma gloire parmi les nations.
Et, de toutes les nations, ils ramèneront tous vos frères, en offrande au Seigneur, sur des chevaux ou dans des chariots, en litière, à dos de mulets ou de dromadaires. Ils les conduiront jusqu'à ma montagne sainte, à Jérusalem, comme les fils d'Israël apportent l'offrande, dans des vases purs, au temple du Seigneur.
Et même je prendrai des prêtres et des lévites parmi eux. Parole du Seigneur.
Oui, comme les cieux nouveaux et la terre nouvelle que je fais restent fermes devant moi – oracle du Seigneur – ainsi resteront fermes votre descendance et votre nom ! Et il adviendra que de nouvelle lune en nouvelle lune et de sabbat en sabbat toute chair viendra se prosterner devant moi, dit le Seigneur.
R/ Le Verbe s'est fait chair,
Nous avons vu sa gloire !
Je viens rassembler tous les hommes
De toute nation et de toute langue.
Ils viendront et ils verront ma gloire.
Père, j'ai manifesté ton nom
Aux hommes que tu m'as donnés : ils ont vu que tu m'as envoyé !
Je veux que là où je suis,
Ceux que tu m'as donnés
Soient aussi avec moi.
SERMON DE FAUSTE DE RIEZ POUR L'ÉPIPHANIE
L'eau changée en vin, mystère du passage de l'ancienne alliance à la nouvelle.
Le troisième jour, il y eut des noces. Que sont ces noces, sinon les vœux et les joies de l'humanité sauvée, célébrées le troisième jour, dans le mystère de ce chiffre qui désigne soit la confession de la Trinité, soit la foi en la résurrection.
Car, dans un autre passage de l'Évangile, c'est avec la musique et les danses et la robe des noces que l'on accueille le retour du fils cadet, c'est-à-dire la conversion du peuple païen.
Aussi, comme un époux sortant de la chambre nuptiale, le Verbe descend jusqu'à la terre, jusqu'à l'Église qui doit rassembler les nations ; en assumant l'incarnation, il va s'unir à celle qu'il a gratifiée d'un contrat de mariage et d'une dot. Un contrat, quand Dieu s'est uni à l'homme ; une dot, quand il a été immolé pour le salut de l'homme. Le contrat, c'est la rédemption présente ; par la dot, nous entendons la vie éternelle. Aussi était-ce des miracles pour ceux qui voyaient, des mystères pour ceux qui comprenaient. C'est pourquoi, Si nous regardons bien, on découvre d'une certaine manière, dans les eaux elles-mêmes, une ressemblance avec le baptême et la nouvelle naissance. En effet, lorsqu'une chose se transforme intérieurement en une autre, lorsque la créature inférieure, par un changement invisible, se transmue en une nature meilleure, le mystère de la seconde naissance s'accomplit. Les eaux sont changées tout à coup, elles qui plus tard doivent changer les hommes.
Par l'action du Christ en Galilée, voici du vin. C'est-à-dire que la loi disparaît et la grâce la remplace : le reflet est écarté, la vérité est rendue présente ; les réalités charnelles conduisent aux spirituelles, l'observance ancienne disparaît au profit de l'alliance nouvelle. Comme dit l'Apôtre : Le monde ancien s'en est allé, un monde nouveau est déjà né. De même que l'eau contenue dans les cuves ne disparaît pas, mais reçoit alors une existence qu'elle ne possédait pas auparavant, ainsi la loi ne disparaît pas, mais se perfectionne par l'avènement du Christ.
Le vin venant à manquer, un autre vin est procuré ; le vin de l'ancienne alliance était bon, mais celui de la nouvelle est meilleur. L'ancienne alliance, celle que les Juifs observent, s'évapore dans la lettre. La nouvelle alliance, celle qui nous concerne, nous restitue le goût de la vie en nous donnant la grâce.
Le bon vin, c'est-à-dire le bon commandement, est celui de la loi qui t'enseigne : Tu aimeras ton prochain et tu haïras ton ennemi. Mais le vin de l'Évangile est meilleur et plus fort, lorsqu'on t'enseigne : Eh bien moi, je vous dis : Aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous haïssent.
R/ Ton Dieu sera ta beauté, ta lumière éternelle !
Jérusalem, tes portes seront de cristal,
Et tes murs, de rubis,
Et l'on chantera sur tes places :
Alléluia, alléluia !
Ta splendeur illuminera
Toutes les contrées de la terre ;
les peuples viendront de loin
Adorer le Seigneur dans tes murs.
Oraison
Dieu éternel et tout-puissant, tu as voulu que, dans ton Fils unique, nous devenions pour toi de nouvelles créatures ; que ta grâce nous modèle à l'image du Christ en qui notre nature est unie à la tienne. Lui qui règne.
Isaïe 61,1-11
L'esprit du Seigneur est sur moi parce que le Seigneur m'a consacré par l'onction. Il m'a envoyé porter la bonne nouvelle aux pauvres, guérir ceux qui ont le cœur brisé, annoncer aux prisonniers la délivrance et aux captifs la liberté, annoncer une année de bienfaits, accordée par le Seigneur, et un jour de revanche pour notre Dieu. Alors, tous ceux qui pleurent, je les consolerai. Au lieu de la cendre de pénitence, je mettrai sur leur tête le diadème ; ils étaient en deuil, je les parfumerai avec l'huile de joie ; ils étaient dans le désespoir, je leur donnerai des habits de fête. Et vous, vous serez appelés : « Les prêtres du Seigneur », on vous nommera : « Les serviteurs de notre Dieu ». Je vous donnerai fidèlement la récompense, et je conclurai avec vous une Alliance éternelle. Votre descendance sera célèbre parmi les nations, et votre postérité au milieu des peuples. Tous ceux qui la verront reconnaîtront en elle une descendance bénie par le Seigneur. Je tressaille de joie dans le Seigneur, mon âme exulte en mon Dieu. Car il m'a enveloppé du manteau de l'innocence, il m'a fait revêtir les vêtements du salut, comme un jeune époux se pare du diadème, comme une mariée met ses bijoux. De même que la terre fait éclore ses germes, et qu'un jardin fait germer ses semences, ainsi le Seigneur fera germer la justice et la louange devant toutes les nations.
R/ Seigneur Jésus, tu es la lumière du monde !
L’Esprit du Seigneur est sur moi, disait-il,
car il m’a consacré par l’onction.
Il m’a envoyé porter la Bonne Nouvelle aux pauvres,
proclamer la liberté, annoncer le temps de grâce.
C’est de Dieu que je suis sorti et que je viens,
je ne suis pas venu de moi-même. Dieu m’a envoyé.
SERMON DE SAINT PIERRE CHRYSOLOGUE POUR L'ÉPIPHANIE
L'Épiphanie nous révèle Dieu dans l'homme
Le Mystère de l’incarnation du Seigneur apporte par lui-même des marques toujours bien reconnaissables de la Divinité. Cependant, la solennité de l’Épiphanie nous découvre et nous révèle de plusieurs manières que Dieu est venu dans un corps d’homme ; ainsi notre condition mortelle, toujours enveloppée d’obscurités, ne risque pas de perdre par son ignorance la richesse qu’elle a pu saisir et posséder par la grâce.
Car celui qui a voulu naître pour nous n’a pas voulu être ignoré de nous, et c’est pourquoi il se découvre de telle sorte que ce grand mystère de la bonté divine ne devienne pas l’occasion d’une grande erreur.
Aujourd’hui, les mages, cherchant celui qui brillerait parmi les étoiles, le trouvent vagissant au berceau. Aujourd’hui, les mages s’étonnent de découvrir glorieux dans ses langes celui qui s’était longtemps dissimulé dans le ciel où il demeurait obscur.
Aujourd’hui, les mages considèrent avec une profonde stupeur ce qu’ils voient ici : le ciel sur la terre, la terre dans le ciel ; l’homme en Dieu, Dieu dans l’homme ; et celui que le monde entier ne peut contenir, enfermé dans le corps d’un tout-petit ! Et dès qu’ils voient, ils proclament qu’ils croient sans discuter, en offrant leurs dons symboliques : par l’encens, ils confessent Dieu ; par l’or, le roi ; par la myrrhe, sa mort future.
C’est ainsi que les païens, qui étaient les derniers, deviennent premiers ; car c’est alors que la venue des païens à la croyance est inaugurée par la foi des mages.
Aujourd’hui, le Christ, qui va laver le péché du monde, est entré dans le Jourdain. Jean lui-même atteste qu’il est venu pour cela : Voici l’Agneau de Dieu, voici celui qui enlève le péché du monde. Aujourd’hui, le serviteur s’empare du Seigneur ; l’homme, de Dieu ; Jean, du Christ ; il s’en empare pour recevoir le pardon, non pour le donner. Aujourd’hui, comme dit le Prophète : La voix du Seigneur domine les eaux. Que dit cette voix ? Celui-ci est mon Fils bien-aimé en qui j’ai toute ma joie.
Aujourd’hui, l’Esprit Saint survole les eaux sous l’apparence d’une colombe. De même qu’une autre avait annoncé à Noé que le déluge du monde se retirait, c’est ainsi qu’en voyant cette colombe, on apprenait que le naufrage inéluctable du monde avait cessé. Elle n’apportait pas, comme celle d’autrefois, un rameau d’olivier, mais elle répandit sur la tête de notre chef toute la richesse d’une onction nouvelle, pour accomplir la prédiction du Prophète : Dieu, ton Dieu, t’a consacré d’une onction de joie, comme aucun de tes semblables.
Aujourd’hui, le Christ fait commencer les signes du ciel en changeant l’eau en vin. Mais l’eau devait être changée pour le sacrement du sang, lorsque le Christ verserait des coupes de vin à ceux qui boiraient au vase de son corps, afin que s’accomplisse cette prophétie : La coupe qui me donne l’ivresse, elle est incomparable !
R/ Seigneur Jésus, tu es la lumière du monde.
Voici, dit le Seigneur, que je suscite mon serviteur :
et j’écarterai l’impiété de ce pays.
Jésus vint avec la puissance de l’Esprit
et sa renommée se répandit alentour.
L’Esprit du Seigneur est sur moi, disait-il,
car il m’a consacré par l’onction.
Oraison
Seigneur, nous t'en prions, éclaire nos cœurs de ta lumière souveraine : nous trouverons alors la force d'avancer dans un monde obscur pour atteindre le pays du jour sans déclin.
V/ Celui-ci est mon Fils bien-aimé,
R/ Écoutez-le.
Livre d'Isaïe (Is 42, 1-9 ; 49, 1-9)
Le "serviteur" de Dieu, lumière des peuples
Dès la première génération chrétienne, les évangiles en témoignent, le mystérieux Serviteur du livre d'Isaïe est apparu comme une figure biblique privilégiée pour nous introduire dans le mystère du Christ. Dieu le proclame ici son élu dans les termes mêmes que sa voix reprendra dans la scène du baptême. Qu'il reste pour nous, à tout instant, la lumière des nations et le rassembleur de son peuple, et qu'il nous aide à accepter avec lui la souffrance et la mort.
Voici mon serviteur que je soutiens, mon élu que j'ai moi-même en faveur, j'ai mis mon Esprit sur lui. Pour les nations il fera paraître le jugement, il ne criera pas, il n'élèvera pas le ton, il ne fera pas entendre dans la rue sa clameur ; il ne brisera pas le roseau ployé, il n'éteindra pas la mèche qui s'étiole ; à coup sûr, il fera paraître le jugement. Lui ne s'étiolera pas, lui ne ploiera pas, jusqu'à ce qu'il ait imposé sur la terre le jugement, et les îles seront dans l'attente de ses lois.
Ainsi parle Dieu, le Seigneur, qui a créé les cieux et qui les a tendus, qui a étalé la terre porteuse de ses rejetons, donné respiration à la multitude qui la couvre et souffle à ceux qui la parcourent.
C'est moi le Seigneur, je t'ai appelé selon la justice, je t'ai tenu par la main, je t'ai mis en réserve et je t'ai destiné à être l'alliance du peuple, à être la lumière des nations, à ouvrir les yeux aveuglés, à tirer du cachot le prisonnier, de la maison d'arrêt, les habitants des ténèbres.
C'est moi le Seigneur, tel est mon nom ; et ma gloire, je ne la donnerai pas à un autre, ni aux idoles la louange qui m'est due. Les premiers événements, les voilà passés, et moi j'en annonce de nouveaux, avant qu'ils se produisent, je vous les laisse entendre. Écoutez-moi, vous les îles, soyez attentives, populations du lointain : le Seigneur m'a appelé dès le sein maternel, dès le ventre de ma mère, il s'est répété mon nom. Il a disposé ma bouche comme une épée pointue, dans l'ombre de sa main il m'a dissimulé. Il m'a disposé comme une flèche acérée, dans son carquois il m'a tenu caché.
Il m'a dit : "Mon serviteur, c'est toi, Israël, toi par qui je manifesterai ma splendeur." Mais moi je disais : "C'est en vain que je me suis fatigué, c'est pour du vide, pour du vent, que j'ai épuisé mon énergie !" En fait, mon droit m'attendait auprès du Seigneur, ma récompense, auprès de mon Dieu.
À présent, en effet, le Seigneur a parlé, lui qui m'a formé dès le sein maternel pour être son serviteur, afin de ramener Jacob vers lui, afin qu'Israël pour lui soit regroupé : dès lors j'ai du poids aux yeux du Seigneur, et ma puissance, c'est mon Dieu.
Il m'a dit : "C'est trop peu que tu sois pour moi un serviteur en relevant les tribus de Jacob, et en ramenant les préservés d'Israël ; je t'ai destiné à être la lumière des nations, afin que mon salut soit présent jusqu'à l'extrémité de la terre."
Ainsi parle le Seigneur, le Rédempteur et le Saint d'Israël, à celui dont la personne est méprisée et que le monde regarde comme un être abject, à l'esclave des despotes : Des rois verront et se lèveront, des princes aussi, et ils se prosterneront, par égard pour le Seigneur, qui est fidèle, pour le Saint d'Israël qui t'a choisi.
Ainsi parle le Seigneur : Au temps de la faveur, je t'ai répondu, au jour du salut, je te suis venu en aide ; je t'ai mis en réserve et destiné à être l'alliance du peuple, en relevant le pays, en redonnant en partage les patrimoines désolés, en disant aux prisonniers : "Sortez !", à ceux qui sont dans les ténèbres : "Montrez-vous !" Le long des chemins ils auront leurs pâtures, sur tous les coteaux pelés, leurs pâturages.
R/ Jésus, tu es le Messie, le Fils du Dieu vivant !
Le Seigneur l'avait d'avance annoncé : Voici mon serviteur que je soutiens,
Mon élu en qui j'ai mis toute ma joie.
Christ aujourd'hui se fait baptiser au Jourdain.
Les cieux s'ouvrent,
Une voix se fait entendre.
L'Esprit descend, des cieux la voix proclame :
Celui-ci est mon Fils bien-aimé,
Celui qu'il m'a plu de choisir.
SERMON DE SAINT GRÉGOIRE DE NAZIANZE POUR LA FÊTE DES LUMIÈRES
"Ceux qui voient la lumière sont dans la lumière"
Le Christ est illuminé par le baptême, resplendissons avec lui ; il est plongé dans l'eau, descendons avec lui pour remonter avec lui.
Jean est en train de baptiser, et Jésus s'approche ; peut-être pour sanctifier celui qui va le baptiser ; certainement pour ensevelir tout entier le vieil Adam au fond de l'eau. Mais avant cela et en vue de cela, il sanctifie le Jourdain. Et comme il est esprit et chair, il veut pouvoir initier par l'eau et par l'Esprit.
Le Baptiste n'accepte pas de le baptiser. Jésus insiste. Mais : C'est moi qui ai besoin d'être baptisé par toi. Voilà comment la lampe s'adresse au soleil, la voix à la Parole, l'ami de l'Époux à l'Époux, le plus grand des enfants des femmes au premier-né de toute la création ; celui qui avait bondi dans le sein de sa mère à celui qui avait été adoré dans le sein de la sienne, le précurseur présent et futur à celui qui vient d'apparaître et qui réapparaîtra. C'est moi qui ai besoin d'être baptisé par toi. Que Jean ajoute donc : et en me sacrifiant pour toi. Il savait en effet qu'il recevrait le baptême du martyre ; ou, comme Pierre, que ses pieds ne seraient pas seuls purifiés.
Mais voici Jésus qui remonte hors de l'eau. En effet, il porte le monde. Avec lui, il le fait monter ; il voit les cieux se déchirer et s'ouvrir, alors qu'Adam les avait fermés pour lui et sa descendance, quand il fut expulsé du paradis que défendait l'épée de feu.
Alors l'Esprit atteste sa divinité, car il accourt vers celui qui est de même nature. Une voix descend du ciel, pour rendre témoignage à celui qui en venait ; et, sous l'apparence d'une colombe, elle honore le corps, puisque Dieu, en se montrant sous une apparence corporelle, divinise aussi le corps. C'est ainsi que, bien des siècles auparavant, une colombe est venue annoncer la bonne nouvelle de la fin du déluge.
Pour nous, honorons aujourd'hui le baptême du Christ, et célébrons cette fête de façon irréprochable.
Soyez entièrement purifiés, et purifiez-vous encore. Car rien ne donne à Dieu autant de joie que le redressement et salut de l'homme : c'est à cela que tend tout ce discours tout ce mystère. Soyez comme des sources de lumière dans le monde, une force vitale pour les autres hommes. Comme des lumières parfaites secondant la grande Lumière, soyez initiés à la vie de lumière qui est au ciel ; soyez illuminés avec plus de clarté et d'éclat par la sainte Trinité, dont vous avez reçu maintenant, d'une façon restreinte, un seul rayon, venant de l'unique divinité, en Jésus Christ notre Seigneur, à qui appartiennent la gloire et la puissance pour les siècles des siècles. Amen.
R/ Seigneur Jésus, tu es la lumière du monde !
L'Esprit du Seigneur Dieu est sur moi, disait-il,
Car il m'a consacré par l'onction.
Il m'a envoyé porter la Bonne Nouvelle aux pauvres,
Proclamer la liberté, annoncer le temps de grâce.
C'est de Dieu que je suis sorti et que je viens,
Je ne suis pas venu de moi-même. Dieu m'a envoyé.
Oraison
Dieu éternel et tout-puissant, quand le Christ fut baptisé dans le Jourdain, et que l'Esprit Saint reposa sur lui, tu l'as désigné comme ton Fils bien-aimé ; accorde à tes fils adoptifs, né de l'eau et de l'Esprit, de se garder toujours dans ta sainte volonté.