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11 dimanche

 

Livre des Juges (Jg 2, 6-23 ; 3, 1-4)

Pour sauver Israël, Dieu suscite des juges

Sans s'attacher aux aspects économiques de la crise, l'auteur des Juges en dégage le sens religieux : toute compromission avec l'idolâtrie du monde est un abandon du Seigneur. Mais si ingrats que nous soyons, il n'abandonne pas, lui, son œuvre.

Josué renvoya le peuple, et les fils d'Israël se rendirent chacun dans son patrimoine pour prendre possession du pays. Le peuple servit le Seigneur durant toute la vie de Josué et toute la vie des anciens qui vécurent encore après Josué et qui avaient vu toute la grande œuvre que le Seigneur avait faite pour Israël. Josué, fils de Noun, serviteur du Seigneur, mourut à l'âge de cent dix ans. On l'ensevelit dans le territoire de son patrimoine à Timnath-Hèrès, dans la montagne d'Éphraïm, au nord du mont Gaash. Et puis toute cette génération fut réunie à ses pères ; après elle ce fut une autre génération qui se leva, mais elle n'avait connu ni le Seigneur, ni l'œuvre qu'il avait faite pour Israël.

Les fils d'Israël firent ce qui est mal aux yeux du Seigneur et ils servirent les Baals. Ils abandonnèrent le Seigneur, le Dieu de leurs pères, qui les avait fait sortir du pays d'Égypte, et ils suivirent d'autres dieux parmi ceux des peuples qui les entouraient ; ils se prosternèrent devant eux et ils offensèrent le Seigneur. Ils abandonnèrent le Seigneur et ils servirent Baal et les Astartés. La colère du Seigneur s'enflamma contre Israël : il les livra aux mains des pillards qui les pillèrent et il les vendit à leurs ennemis d'alentour. Ils ne furent plus capables de tenir devant leurs ennemis. Dans toutes leurs sorties la main du Seigneur était sur eux pour leur malheur, comme le Seigneur l'avait dit et le leur avait juré ; leur détresse devint extrême. Alors le Seigneur suscita des juges qui les délivrèrent de ceux qui les pillaient. Mais, même leurs juges, ils ne les écoutèrent pas, car ils se prostituèrent à d'autres dieux et se prosternèrent devant eux ; ils s'écartèrent très vite du chemin où avaient marché leurs pères qui avaient écouté les commandements du Seigneur ; ils n'agirent pas ainsi. Quand le Seigneur leur suscitait des juges, le Seigneur était avec le juge et il les délivrait de leurs ennemis durant toute la vie du juge, car le Seigneur se laissait émouvoir par leur plainte devant ceux qui les opprimaient et les maltraitaient. Mais, à la mort du juge, ils recommençaient à se pervertir, plus encore que leurs pères, suivant d'autres dieux, les servant et se prosternant devant eux ; ils ne renonçaient en rien à leurs pratiques et à leur conduite endurcie.

La colère du Seigneur s'enflamma contre Israël. Il dit : "Puisque cette nation a transgressé mon alliance, celle que j'avais prescrite à leurs pères, et qu'elle n'a pas écouté ma voix, moi non plus, je ne continuerai plus à déposséder devant elle aucune de ces nations que Josué a laissées en place avant de mourir." C'était pour mettre par elles Israël à l'épreuve et savoir s'il garderait ou non le chemin du Seigneur en y marchant comme l'avaient fait leurs pères. Aussi le Seigneur laissa subsister ces nations sans les déposséder trop vite et il ne les livra pas à Josué.

Voici les nations que le Seigneur laissa subsister pour mettre par elles Israël à l'épreuve, tous ceux qui n'avaient pas connu toutes les guerres de Canaan – ce fut seulement pour instruire les générations des fils d'Israël, pour leur apprendre la guerre, seulement parce qu'auparavant ils ne l'avaient pas connue : cinq tyrans philistins, tous les Cananéens, les Sidoniens et les Hivvites qui habitaient la montagne du Liban, depuis la montagne de Baal-Hermon jusqu'à Lebo-Hamath.

Ce fut pour mettre par elles Israël à l'épreuve, pour savoir s'ils écouteraient les commandements que le Seigneur avait prescrits à leurs pères par l'intermédiaire de Moïse.

 

R/ Sauve-nous, Seigneur notre Dieu,

Que nous puissions fêter ton saint nom.

 

Seigneur prend feu contre son peuple,

Ses héritiers lui font horreur.

 

Il regarde encore leur détresse

Quand lui parviennent leurs cris.

 

Il n'oublie pas son alliance avec eux,

Dans son amour fidèle, il se ravise.

 

COMMENTAIRE DE SAINT CYPRIEN SUR LA PRIÈRE DU SEIGNEUR

Une prière humble et secrète

Chez les hommes qui prient, la parole et la demande doivent être bien réglées, paisibles et modestes. Pensons que nous sommes en présence de Dieu. Il faut que le regard divin trouve plaisir à l'attitude du corps et au ton de la voix. Autant il est inconvenant de vociférer, autant il convient de prier avec modestie et réserve. Le Seigneur nous a ordonné de prier dans le secret, dans des lieux cachés et retirés et même dans notre chambre. C'est ce qui s'accorde le mieux avec la foi, car nous devons savoir que Dieu est présent partout, qu'il entend et voit tous les hommes, que par la plénitude de sa gloire il pénètre dans ce qu'il y a de secret et de caché. Ainsi est-il écrit : Moi, je suis un Dieu proche, et non un Dieu lointain. Si un homme s'enfonce dans des retraites, est-ce que moi, je ne le verrai pas ? Est-ce que moi, je ne remplis pas le ciel et la terre ? Et encore : En tout lieu les regards de Dieu observent les bons et les méchants.

Lorsque, dans l'unité, nous nous rassemblons avec les frères, et que nous célébrons les sacrifices divins avec le prêtre de Dieu, nous devons rester attentifs à la modestie et au bon ordre. Nous ne devons pas éparpiller nos prières en paroles informes ni jeter vers Dieu avec un bavardage bruyant une requête qui devrait être recommandée par la modestie. Car Dieu écoute non la voix mais le cœur. Et nous n'avons pas à attirer par nos cris l'attention de celui qui voit les pensées. Le Seigneur le prouve quand il dit : Pourquoi ces pensées dans vos cœurs ? Et dans un autre passage : Que toutes les Églises le sachent : Moi, je sonde les reins et les cœurs.

Au premier livre des Rois, Anne, qui préfigure l'Église, observe cette règle. Elle n'implorait pas Dieu à grands cris, mais le priait en silence et modestement dans le secret de son cœur. Lorsqu'elle parlait, sa prière était cachée, mais sa foi était manifeste : elle parlait non des lèvres mais du cœur, car elle savait que Dieu entend ce langage. C'est pourquoi elle a obtenu ce qu'elle demandait, car elle suppliait avec foi. L'Écriture le montre, lorsqu'elle dit : Elle parlait dans son cœur, elle remuait les lèvres mais on n'entendait pas sa voix et le Seigneur l'exauça. De même, nous lisons dans les psaumes : Parlez dans vos cœurs, et sur vos lits regrettez vos fautes. Par Jérémie, le Saint-Esprit nous donne le même enseignement : C'est dans notre esprit qu'il faut t'adorer, Seigneur.

Celui qui adore, mes frères bien-aimés, ne doit pas ignorer comment, dans le Temple, à côté du pharisien, priait le publicain. Il ne levait pas les yeux vers le ciel avec effronterie, il ne tendait pas les mains avec insolence. Il se frappait la poitrine, il reconnaissait ses péchés intérieurs et cachés, il implorait le secours de la divine miséricorde.

Alors que le pharisien se complaisait en lui-même ; il obtint d'être sanctifié de préférence à celui-ci. Car il priait sans mettre l'espérance de son salut dans son innocence puisque personne n'est innocent. Mais il priait en confessant ses péchés et sa prière fut exaucée par celui qui pardonne aux humbles.

 

Tu connais ton œuvre, Dieu créateur :

Souviens-toi que nous sommes poussière ;

Ferme les yeux sur les péchés des hommes,

Et ne condamne pas le pauvre qui t'implore :

 

R/ N'oublie pas tes miséricordes, Seigneur,

Pardonne-moi.

 

Pitié pour moi, ô Dieu, pitié pour moi,

En toi s'abrite mon âme.

 

J'appelle vers Dieu, le Très-Haut,

Le Dieu qui a tout fait pour moi.

 

Te Deum

Oraison 11

Dieu tout-puissant, force de ceux qui espèrent en toi, sois favorable à nos appels : puisque l'homme est fragile et que sans toi il ne peut rien, donne-nous toujours le secours de ta grâce ; ainsi nous pourrons, en observant tes commandements, vouloir et agir de manière à répondre à ton amour.


11 lundi

 

Livre des Juges (Jg 4, 1-24)

Debora, juge et prophète

Première maille de la lignée des prophètes, Débora inaugure une tradition que beaucoup d'autres suivront : faire connaître à l'homme ce que Dieu attend de lui pour le salut de son peuple.

Éhoud mort, les fils d'Israël recommencèrent à faire ce qui est mal aux yeux du Seigneur. Le Seigneur les vendit à Yavîn, roi de Canaan, qui régnait à Haçor. Le chef de son armée était Sisera, mais celui-ci habitait à Harosheth-Goïm. Les fils d'Israël crièrent vers le Seigneur, car Sisera avait neuf cents chars de fer et il avait opprimé durement les fils d'Israël pendant vingt ans.

Or Débora, une prophétesse, femme de Lappidoth, jugeait Israël en ce temps-là. Elle siégeait sous le Palmier de Débora, entre Rama et Béthel, dans la montagne d'Éphraïm, et les fils d'Israël montaient vers elle pour des questions d'arbitrage. Elle fit appeler Baraq, fils d'Avinoam, de Qèdesh de Nephtali et elle lui dit : "Le Seigneur, Dieu d'Israël, a vraiment donné un ordre. Va, rassemble au mont Tabor et prends avec toi dix mille hommes parmi les fils de Nephtali et les fils de Zabulon. J'attirerai vers toi au torrent du Qishôn Sisera, chef de l'armée de Yavîn, ainsi que ses chars et ses troupes, et je le livrerai entre tes mains." Baraq lui dit : "Si tu marches avec moi, je marcherai, mais si tu ne marches pas avec moi, je ne marcherai pas." Elle dit : "Je marcherai donc avec toi ; toutefois sur le chemin où tu marches, la gloire ne sera pas pour toi, car c'est à une femme que le Seigneur vendra Sisera." Débora se leva et elle alla vers Baraq à Qèdesh. Baraq convoqua Zabulon et Nephtali à Qèdesh. Dix mille hommes montèrent sur ses pas et avec lui monta Débora.

Héber le Qénite s'était séparé de Caïn, des fils de Hobab, beau-père de Moïse, et il avait dressé sa tente aussi loin que le chêne de Caannaïm, près de Qèdesh.

On annonça à Sisera que Baraq, fils d'Avinoam, était monté au mont Tabor. Alors Sisera convoqua tous ses chars, neuf cents chars de fer, ainsi que tout le peuple qui était avec lui, depuis Harosheth-Goïm au torrent du Qishôn. Débora dit à Baraq : "Lève-toi, car voici le jour où le Seigneur a livré Sisera entre tes mains. Oui, le Seigneur est sorti devant toi." Baraq descendit du mont Tabor, ayant dix mille hommes derrière lui. Alors, devant Baraq, le Seigneur mit en déroute Sisera, tous ses chars et toute son armée – au tranchant de l'épée. Sisera descendit de son char et s'enfuit à pied. Baraq poursuivit les chars et l'armée jusqu'à Harosheth-Goïm ; toute l'armée de Sisera tomba sous le tranchant de l'épée ; il n'en resta pas un seul.

Or Sisera s'enfuyait à pied vers la tente de Yaël, femme de Héber le Qénite, car il y avait la paix entre Yavîn, roi de Haçor, et la maison de Héber le Qénite. Yaël sortit à la rencontre de Sisera et lui dit : "Arrête-toi, mon seigneur, arrête-toi chez moi ; ne crains rien." Il s'arrêta chez elle, dans sa tente, et elle le recouvrit d'une couverture. Il lui dit : "Peux-tu me donner à boire un peu d'eau, car j'ai soif." Elle ouvrit l'outre de lait, le fit boire et le recouvrit. Il lui dit : "Tiens-toi à l'entrée de la tente et si quelqu'un vient, t'interroge et dit : Y a-t-il quelqu'un ici ?, tu diras : Non. " Mais Yaël, femme de Héber, prit un piquet de la tente, saisit dans sa main le marteau, entra auprès de lui doucement et lui enfonça dans la tempe le piquet, qui alla se planter dans la terre. Sisera qui, épuisé, était profondément endormi, mourut. Or, voici Baraq à la poursuite de Sisera ! Yaël sortit à sa rencontre et lui dit : "Viens, et je te ferai voir l'homme que tu cherches." Il entra chez elle et voilà que Sisera gisait, mort, le piquet dans la tempe.

En ce jour-là Dieu abaissa Yavîn, roi de Canaan, devant les fils d'Israël. La main des fils d'Israël se fit de plus en plus lourde contre Yavîn, roi de Canaan, jusqu'à ce qu'ils eussent abattu Yavîn, roi de Canaan.

 

R/ De mes faiblesses surtout je me vanterai,

Sur moi reposera la puissance de Dieu.

 

Ce qu'il y a de faible dans le monde,

Dieu l'a choisi pour confondre la force.

 

Ce que l'on méprise, Dieu l'a choisi,

Afin que personne n'aille se glorifier devant lui.

 

COMMENTAIRE DE SAINT CYPRIEN SUR LA PRIERE DU SEIGNEUR

Notre prière est publique et communautaire

Avant tout, le Christ, Docteur de la paix et Maître de l'unité, n'a pas voulu que la prière soit individuelle et privée, comme si l'on ne priait que pour soi. Nous ne disons pas : "Mon Père, qui es aux cieux", ni : "Donne-moi aujourd'hui mon pain de ce jour". Chacun ne demande pas pour lui seul, que sa dette lui soit remise, qu'il ne soit pas soumis à la tentation et qu'il soit délivré du Mal. Notre prière est publique et communautaire, et quand nous prions, ce n'est pas pour un seul, mais pour tout le peuple, car nous, le peuple entier, nous ne faisons qu'un.

Le Dieu de la paix et le Maître de la concorde, qui nous a enseigné l'unité, a voulu qu'un seul prie pour tous comme lui-même a porté tous les hommes en lui seul. Les trois jeunes Hébreux, jetés à la fournaise, ont observé cette loi de la prière. Lorsqu'ils priaient, leurs voix n'en faisaient qu'une, leurs esprits étaient accordés, ils n'avaient qu'un seul cœur. Nous pouvons croire ce que déclare l'Écriture en nous enseignant, comment ils priaient, elle donne un exemple que nous pouvons imiter dans nos prières, pour que nous puissions être exaucés comme eux : Alors, dit-elle, tous trois, d'une seule voix, chantaient un hymne et bénissaient Dieu. Ils priaient d'une seule voix, et pourtant le Christ ne leur avait pas encore enseigné à prier. Leur prière méritait d'être exaucée, elle fut efficace parce que la faveur du Seigneur était acquise à une prière pacifique, humble et spirituelle.

Nous voyons les Apôtres prier ainsi avec les disciples, après l'ascension du Seigneur : D'un seul cœur, ils participaient fidèlement à la prière, avec quelques femmes et Marie, la mère de Jésus, et avec ses frères. D'un seul cœur, ils participaient fidèlement à la prière : l'assiduité en même temps que la concorde de leur prière montrait que Dieu, qui fait habiter dans sa maison ceux qui ont un seul cœur, n'admet dans sa demeure éternelle que ceux qui prient d'un seul cœur.

Comme les mystères de la prière du Seigneur, frères bien-aimés, sont nombreux et profonds ! Ils sont contenus dans de brèves paroles, mais avec quelle richesse de vertu spirituelle. Absolument rien n'est omis, parmi tout ce que nous pouvons demander dans la prière ; dans ce condensé de l'enseignement divin : Priez ainsi, dit le Seigneur : Notre Père qui es aux cieux.

L'homme nouveau, régénéré et rendu à son Dieu par la grâce divine, commence par dire Père, parce que désormais il est devenu fils. Le Verbe, dit saint Jean, est venu chez les siens, et les siens ne l'ont pas reçu. Mais à tous ceux qui l'ont reçu, et qui croient en son nom, il leur a donné le pouvoir de devenir fils de Dieu. Celui qui a cru en son nom et qui est devenu fils de Dieu doit donc commencer à rendre grâce et à professer qu'il est fils de Dieu, en appelant son Père le Dieu qui est aux cieux.

 

R/ Notre Père...

Oraison

Dans ton amour inépuisable, Dieu éternel et tout-puissant, tu combles ceux qui t'implorent, bien au-delà de leurs mérites et de leurs désirs ; répands sur nous ta miséricorde en délivrant notre conscience de ce qui l'inquiète et en donnant plus que nous n'osons demander.


11 mardi

 

Livre des Juges (Jg 6, 1-6.11-24)

Un ange annonce à Gédéon sa mission

Pour délivrer son peuple des Madianites, Dieu fait appel à un étrange héros, que rien ne semble destiner à cette œuvre. Mais en se révélant à lui, il transforme son cœur et bientôt son Esprit fondra sur lui pour le fortifier.

Les fils d'Israël firent ce qui est mal aux yeux du Seigneur ; et le Seigneur les livra à Madiân pendant sept ans. La main de Madiân fut puissante contre Israël. À cause de Madiân, les fils d'Israël aménagèrent dans les montagnes les failles, les grottes et les points escarpés. Or, chaque fois qu'Israël avait semé, Madiân montait, ainsi qu'Amaleq et les fils de l'Orient ; ils montaient l'envahir. Ils campaient auprès des Israélites, ravageaient les produits du pays jusqu'à proximité de Gaza et ils ne laissaient en Israël aucun moyen de subsistance, ni moutons, ni bœufs, ni ânes. En effet, ils montaient, eux et leurs troupeaux, avec leurs tentes, arrivaient aussi nombreux que des sauterelles – eux et leurs chameaux étaient innombrables – et ils entraient dans le pays pour le ravager. Ainsi, Israël fut très affaibli à cause de Madiân ; et les fils d'Israël crièrent vers le Seigneur.

L'ange du Seigneur vint s'asseoir sous le térébinthe d'Ofra, qui appartenait à Yoash, du clan d'Avièzer. Gédéon, son fils, était en train de battre le blé dans le pressoir pour le soustraire à Madiân. L'ange du Seigneur lui apparut et lui dit : "Le Seigneur est avec toi, vaillant guerrier !" Gédéon lui dit : "Pardon, mon seigneur ! Si le Seigneur est avec nous, pourquoi tout cela nous est-il arrivé ? Où sont donc toutes les merveilles que nous racontaient nos pères en concluant : N'est-il pas vrai que le Seigneur nous a fait monter d'Égypte ? Or maintenant, le Seigneur nous a délaissés en nous livrant à Madiân."

Le Seigneur se tourna vers lui et dit : "Va avec cette force que tu as et sauve Israël de Madiân. Oui, c'est moi qui t'envoie !" Mais Gédéon lui dit : "Pardon, mon seigneur, comment sauverai-je Israël ? Mon clan est le plus faible en Manassé, et moi, je suis le plus jeune dans la maison de mon père !" Le Seigneur lui répondit : "Je serai avec toi, et ainsi tu battras les Madianites tous ensemble." Gédéon lui dit : "Si vraiment j'ai trouvé grâce à tes yeux, manifeste-moi par un signe que c'est toi qui me parles. Je t'en prie, ne t'éloigne pas d'ici jusqu'à ce que je revienne vers toi, le temps d'apporter mon offrande et de la déposer devant toi." Le Seigneur dit : "Je resterai jusqu'à ton retour."

Gédéon vint préparer un chevreau et, avec un épha de farine, il fit des pains sans levain. Il mit la viande dans un panier et le jus dans un pot, puis il apporta le tout sous le térébinthe et le lui présenta. L'ange de Dieu lui dit : "Prends la viande et les pains sans levain, pose-les sur cette roche et répands le jus !" Ainsi fit Gédéon. L'ange du Seigneur étendit l'extrémité du bâton qu'il avait à la main et toucha la viande et les pains sans levain. Le feu jaillit du rocher et consuma la viande et les pains sans levain. Puis l'ange du Seigneur disparut à ses yeux. Alors Gédéon vit que c'était l'ange du Seigneur et il dit : "Ah ! Seigneur Dieu, j'ai donc vu l'ange du Seigneur face à face !" Le Seigneur lui dit : "La paix est avec toi ! Ne crains rien ; tu ne mourras pas." À cet endroit, Gédéon bâtit un autel au Seigneur et il l'appela "Le Seigneur est paix".

 

R/ Ceux qui espèrent dans le Seigneur

Renouvellent leurs forces.

 

Va, avec la force qui t'anime,

Pour accomplir l'œuvre que Dieu te confie.

 

Ma grâce te suffit, car ma puissance

Donne sa mesure dans la faiblesse.

 

COMMENTAIRE DE SAINT CYPRIEN SUR LA PRIERE DU SEIGNEUR

"Que ton nom soit sanctifié"

Comme le Seigneur est plein de miséricorde ! Comme sa bienveillance et sa bonté envers nous sont généreuses ! Il a voulu que nous fassions notre prière en présence de Dieu, de telle sorte que nous donnions au Seigneur le nom de Père, et que nous nous désignions comme ses fils, de même que le Christ est Fils de Dieu. Aucun de nous n'aurait osé employer ce nom dans la prière si lui-même ne nous avait autorisés à prier ainsi.

Nous devons donc nous rappeler et savoir, frères bien-aimés, lorsque nous appelons Dieu notre Père, que nous devons nous conduire en fils de Dieu : et de même que nous nous complaisons à considérer Dieu comme notre Père, il doit pouvoir se complaire lui aussi en nous.

Vivons comme étant les temples de Dieu, pour qu'il soit évident que Dieu habite en nous. Nos actes ne doivent pas être indignes de l'Esprit : devenus maintenant des hommes spirituels et célestes, n'ayons de pensées et d'actions que spirituelles et célestes, car le Seigneur Dieu l'a dit lui-même : J'honorerai ceux qui m'honorent et ceux qui me méprisent seront méprisés. Et l'Apôtre Paul a déclaré dans sa lettre : Vous n'appartenez plus à vous-mêmes, car vous avez été achetés très cher. Honorez Dieu dans votre corps.

Ensuite nous disons : Que ton nom soit sanctifié. Ce n'est pas parce que nous souhaitons que Dieu soit sanctifié par nos prières, mais parce que nous demandons au Seigneur que son nom soit sanctifié en nous. D'ailleurs, par qui Dieu pourrait-il être sanctifié, puisque c'est lui qui sanctifie ? Il a dit lui-même : Soyez saints parce que je suis saint. Aussi demandons-nous instamment, puisque nous avons été sanctifiés au baptême, de persévérer dans ce que nous avons commencé d'être. Et nous prions pour cela chaque jour. Nous avons besoin d'une sanctification quotidienne : puisque nous péchons chaque jour, nous devons nous purifier par une sanctification spirituelle.

Cette sanctification qui nous est accordée par la bienveillance de Dieu, l'Apôtre la proclame lorsqu'il dit : Ni les impudiques, ni les idolâtres, ni les adultères, ni les efféminés, ni les sodomites, ni les voleurs, ni les escrocs, ni les ivrognes, ni les dénonciateurs n'obtiendront le Royaume de Dieu. Et c'est bien ce que vous étiez. Mais vous avez été baptisés, vous avez été justifiés, vous avez été sanctifiés par le nom du Seigneur Jésus Christ et par l'Esprit de notre Dieu.

Il dit que nous avons été sanctifiés par le nom du Seigneur Jésus Christ et par l'Esprit de notre Dieu. Nous prions pour que cette sanctification demeure en nous. Parce que le Seigneur notre juge interdit, a celui qu'il a guéri et rendu à la vie, de pécher désormais de peur qu'il ne lui arrive quelque chose de pire, nous l'en prions par des oraisons continuelles : nous le supplions jour et nuit pour que notre sanctification et le don de la vie, que nous tenons de la grâce de Dieu, nous soient conservés par sa protection.

 

R/ L'amour de Dieu est répandu dans nos cœurs

Par le Saint-Esprit.

 

Les nations sauront que je suis le Seigneur

Quand éclatera ma sainteté à votre sujet.

 

Je vous purifierai de tous vos péchés,

Les nations le sauront : Je suis le Seigneur.

 

Je vous donnerai un cœur nouveau,

Je mettrai en vous un esprit nouveau.

 

Je mettrai en vous mon Esprit,

Et vous marcherez selon mes lois.

Oraison

Nous t'en prions, Seigneur, que ta grâce nous devance et qu'elle nous accompagne toujours, pour nous rendre attentifs à faire le bien sans relâche.


11 mercredi

 

Livre des Juges (Jg 6, 33-40 ; 7, 1-8.16-22a)

Avec des troupes réduites, Gédéon remporte sa victoire

Dieu, pour conduire l'histoire, se sert parfois de moyens dérisoires : trois cent hommes, sans même tirer l'épée, vont mettre en fuite d'innombrables ennemis. Ce qu'il y a de faible dans le monde, dira saint Paul, voilà ce qu'il a choisi pour confondre la force.

Tout Madiân ainsi qu'Amaleq et les fils de l'Orient se réunirent d'un commun accord, passèrent le Jourdain et campèrent dans la plaine d'Izréel. L'esprit du Seigneur revêtit Gédéon, qui sonna du cor, et le clan d'Avièzer fut convoqué à sa suite. Il envoya des messagers dans tout Manassé qui, lui aussi, fut convoqué à sa suite. Puis il envoya des messagers dans les tribus d'Asher, de Zabulon et de Nephtali, qui montèrent à leur rencontre.

Gédéon dit à Dieu : "Si tu veux sauver Israël par ma main, comme tu l'as dit, voici, je vais étendre sur l'aire une toison de laine : s'il n'y a de la rosée que sur la toison et si tout le terrain reste sec, je saurai que tu veux sauver Israël par ma main, comme tu l'as dit." Et il en fut ainsi. Lorsque le lendemain Gédéon se leva, il pressa la toison et il en exprima la rosée, une pleine coupe d'eau. Gédéon dit à Dieu : "Que ta colère ne s'enflamme pas contre moi si je parle encore une fois. Permets que je fasse une dernière fois l'épreuve de la toison : Que la toison seule reste sèche et qu'il y ait de la rosée sur tout le terrain." Cette nuit-là, Dieu fit ainsi : seule la toison resta sèche et il y eut de la rosée sur tout le terrain.

Yeroubbaal – c'est Gédéon – se leva de bon matin, lui et tout le peuple qui était avec lui, et ils campèrent près de Éin-Harod, tandis que le camp de Madiân se trouvait plus au nord, du côté de la colline de Moré, dans la plaine.

Le Seigneur dit à Gédéon : "Trop nombreux est le peuple qui est avec toi pour que je livre Madiân entre ses mains : Israël pourrait s'en glorifier à mes dépens et dire : C'est ma main qui m'a sauvé ! En conséquence, proclame donc ceci au peuple : Quiconque a peur et tremble, qu'il s'en retourne et déguerpisse par le mont Galaad ! Vingt-deux mille hommes parmi le peuple s'en retournèrent, et il resta dix mille hommes.

Le Seigneur dit à Gédéon : "Ce peuple est encore trop nombreux ! Fais-le descendre au bord de l'eau, et là je le mettrai à l'épreuve pour toi. Ainsi, celui dont je te dirai : Qu'il aille avec toi, celui-là ira avec toi, et tout homme dont je te dirai : Qu'il n'aille pas avec toi, celui-là n'ira pas !" Alors Gédéon fit descendre le peuple au bord de l'eau, et le Seigneur dit à Gédéon : "Quiconque lapera l'eau, comme un chien le fait avec la langue, tu le mettras à part, et de même quiconque se mettra à genoux pour boire." Or, le nombre de ceux qui lapèrent en portant la main à la bouche fut de trois cents hommes, alors que tout le reste du peuple s'était mis à genoux pour boire de l'eau. Le Seigneur dit à Gédéon : "C'est avec les trois cents hommes qui ont lapé que je vous sauverai et que je livrerai Madiân entre tes mains. Que le gros du peuple rentre chacun chez soi." Les trois cents prirent les provisions que le peuple avait, ainsi que leurs cors, puis Gédéon renvoya le gros des hommes d'Israël chacun sous sa tente, mais il retint les trois cents hommes. Le camp de Madiân était au-dessous du sien dans la plaine.

Gédéon divisa les trois cents hommes en trois bandes. À tous il remit des cors et des cruches vides avec des torches dans les cruches. Il leur dit : "Vous regarderez de mon côté et vous ferez comme moi ! Quand je serai arrivé aux abords du camp, ce que je ferai, vous le ferez aussi. Je sonnerai du cor, moi et tous ceux qui seront avec moi, alors vous sonnerez du cor, vous aussi, tout autour du camp et vous crierez : Pour le Seigneur et pour Gédéon !

Gédéon et les cent hommes qui étaient avec lui arrivèrent aux abords du camp au début de la veille de minuit ; on venait de relever les sentinelles. Ils sonnèrent du cor et brisèrent les cruches qu'ils avaient à la main. Alors, les trois bandes sonnèrent du cor et brisèrent les cruches ; de la main gauche ils saisirent les torches et de la main droite les cors pour en sonner, et ils crièrent : "Épée pour le Seigneur et pour Gédéon !" Pendant qu'ils se tenaient debout autour du camp, chacun à sa place, le camp tout entier se mit à courir, à pousser des cris et à prendre la fuite. Et tandis que retentissaient les trois cents cors, le Seigneur fit que dans tout le camp chacun dirigeait son épée contre son camarade, et tous s'enfuirent.

 

R/ De mes faiblesses surtout je me vanterai,

Et sur moi reposera la puissance de Dieu.

 

Ce qu'il y a de faible dans le monde,

Dieu l'a choisi pour confondre la force.

 

Ce que l'on méprise, Dieu l'a choisi,

Afin que personne n'aille se glorifier devant lui.

 

COMMENTAIRE DE SAINT CYPRIEN SUR LA PRIÈRE DU SEIGNEUR

"Que ton règne vienne. Que ta volonté soit faite"

La prière se poursuit : Que ton règne vienne. Nous demandons que le règne de Dieu se réalise pour nous, dans le sens ou nous implorons que son nom soit sanctifié en nous. Quand est-ce, en effet, que Dieu ne règne pas ? Et quand donc a commencé ce qui en lui a toujours existé, et ne cessera jamais ? Nous demandons que vienne notre règne, celui que Dieu nous a promis, celui que le Christ nous a obtenu par sa passion et son sang. Ainsi, après avoir été des esclaves en ce monde, nous serons des rois, lorsque le Christ sera souverain, comme lui-même nous le promet lorsqu'il dit : Venez, les bénis de mon Père prendre en héritage le royaume préparé pour vous depuis la création du monde.

Mais il est possible, frères bien-aimés, que le Christ en personne soit ce règne de Dieu, dont nous désirons chaque jour la venue, dont nous souhaitons que l'avènement se présente bientôt à nous. Car, de même qu'il est la Résurrection, puisque nous ressuscitons en lui, on peut comprendre de même qu'il est le règne de Dieu, puisque c'est en lui que nous régnerons. Il est bon pour nous de demander le règne de Dieu, c'est-à-dire le règne céleste, car il y a aussi un règne terrestre. Mais celui qui a déjà renoncé au monde est au-dessus de ses honneurs et de son règne.

Nous ajoutons ensuite : Que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel, non pas pour que Dieu fasse ce qu'il veut, mais pour que nous puissions faire ce que Dieu veut. Qui donc peut empêcher Dieu de faire ce qu'il veut ? Mais parce que le diable empêche nos pensées et nos actes d'obéir à Dieu en tout, nous prions et demandons que la volonté de Dieu se fasse en nous. Or, pour qu'elle se fasse en nous, nous avons besoin de sa volonté, c'est-à-dire de son assistance et de sa protection. Personne en effet ne peut compter sur ses propres forces, mais la bonté et la miséricorde de Dieu sont notre appui. Jusqu'au Seigneur, qui a montré la faiblesse humaine qu'il portait, lorsqu'il a dit : Père, s'il est possible, que cette coupe passe loin de moi ! Et il donnait l'exemple à ses disciples, pour qu'ils fassent non leur volonté, mais celle de Dieu, lorsqu'il ajoutait : Cependant, non pas ce que je veux, mais ce que tu veux.

La volonté de Dieu, c'est ce que le Christ a fait et enseigné : l'humilité dans la conduite, la fermeté dans la foi, la retenue dans les paroles, la justice dans les actions, la miséricorde dans les œuvres, la rectitude dans les mœurs ; être incapable de faire du mal, mais pouvoir le tolérer quand on en est victime, garder la paix avec les frères, chérir le Seigneur de tout son cœur, aimer en lui le Père, et craindre Dieu, ne préférer absolument rien au Christ, car lui-même n'a rien préféré à nous ; s'attacher inébranlablement à son amour ; se tenir à sa croix avec force et confiance ; quand il faut lutter pour son nom et son honneur, montrer de la constance dans notre confession de foi montrer, sous la torture, cette confiance qui soutient notre combat et, dans la mort, cette persévérance qui nous obtient la couronne : c'est cela, vouloir être héritier avec le Christ ; c'est cela, obéir au précepte de Dieu ; c'est cela, accomplir la volonté du Père.

 

R/ Celui qui aime son frère

Demeure dans la lumière.

 

Comme Dieu vous a aimés,

Aimez-vous les uns les autres.

 

Vous saurez que vous aimez le Père

Si vous gardez mon commandement.

Oraison

Dieu éternel et tout-puissant, fais-nous toujours vouloir ce que tu veux et servir ta gloire d'un cœur sans partage.


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