Premier livre des Rois (1R 16, 29-34 ; 17, 1-16)
Elie inaugure son ministère avec Akhab
À l'impiété du roi Akhab, soumis à l'influence sectaire de sa femme Jézabel, Elie répond en annonçant la grande sécheresse, à la fois châtiment des coupables et signe de la souveraineté du Dieu d'Israël. Mais celui-ci n'oublie pas pour autant sa bonté : s'il frappe durement un pays infidèle, sa miséricorde sait nourrir ses plus humbles enfants.
Akhab, fils d'Omri, devint roi sur Israël, la trente-huitième année du règne d'Asa, roi de Juda. Akhab, fils d'Omri, régna vingt-deux ans sur Israël à Samarie. Akhab, fils d'Omri, fit ce qui est mal aux yeux du Seigneur, plus que tous ses prédécesseurs. Et comme ce n'était pas assez pour lui d'imiter les péchés de Jéroboam, fils de Nevath, il prit pour femme Jézabel, fille d'Ethbaal, roi des Sidoniens ; il alla servir le Baal, et se prosterna devant lui. Il bâtit un autel pour le Baal dans la maison qu'il lui avait construite à Samarie. Akhab fit le poteau sacré : il continua à agir de façon à offenser le Seigneur, le Dieu d'Israël, plus que tous les rois d'Israël qui l'avaient précédé. De son temps, Hiel de Béthel fortifia Jéricho : au prix d'Aviram, son fils premier-né, il en posa les fondations, et au prix de Segouv, son cadet, il en fixa les portes, selon la parole que le Seigneur avait dite par l'intermédiaire de Josué, fils de Noun.
Élie, le Tishbite, de la population de Galaad, dit à Akhab : "Par la vie du Seigneur, le Dieu d'Israël au service duquel je suis : il n'y aura ces années-ci ni rosée ni pluie sinon à ma parole." La parole du Seigneur fut adressée à Élie : Va-t'en d'ici, dirige-toi vers l'orient et cache-toi dans le ravin de Kerith qui est à l'est du Jourdain. Ainsi tu pourras boire au torrent, et j'ai ordonné aux corbeaux de te ravitailler là-bas." Il partit et agit selon la parole du Seigneur ; il s'en alla habiter dans le ravin de Kerith qui est à l'est du Jourdain. Les corbeaux lui apportaient du pain et de la viande le matin, du pain et de la viande le soir ; et il buvait au torrent. Au bout d'un certain temps, le torrent fut à sec, car il n'y avait pas eu de pluie sur le pays.
La parole du Seigneur lui fut adressée : Lève-toi, va à Sarepta qui appartient à Sidon, tu y habiteras ; j'ai ordonné là-bas à une femme, à une veuve, de te ravitailler. Il se leva, partit pour Sarepta et parvint à l'entrée de la ville. Il y avait là une femme, une veuve, qui ramassait du bois. Il l'appela et dit : "Va me chercher, je t'en prie, un peu d'eau dans la cruche pour que je boive !" Elle alla en chercher. Il l'appela et dit : "Va me chercher, je t'en prie, un morceau de pain dans ta main !" Elle répondit : "Par la vie du Seigneur, ton Dieu ! Je n'ai rien de prêt, j'ai tout juste une poignée de farine dans la cruche et un petit peu d'huile dans la jarre ; quand j'aurai ramassé quelques morceaux de bois, je rentrerai et je préparerai ces aliments pour moi et pour mon fils ; nous les mangerons et puis nous mourrons." Élie lui dit : "Ne crains pas ! Rentre et fais ce que tu as dit ; seulement, avec ce que tu as, fais-moi d'abord une petite galette et tu me l'apporteras ; tu en feras ensuite pour toi et pour ton fils. Car ainsi parle le Seigneur, le Dieu d'Israël :
Cruche de farine ne se videra
jarre d'huile ne désemplira
jusqu'au jour où le Seigneur donnera
la pluie à la surface du sol."
Elle s'en alla et fit comme Élie avait dit ; elle mangea, elle, lui et sa famille pendant des jours. La cruche de farine ne tarit pas, et la jarre d'huile ne désemplit pas, selon la parole que le Seigneur avait dite par l'intermédiaire d'Élie.
R/ La supplication fervente du juste
A beaucoup de puissance.
Le prophète Élie se leva comme un feu,
Sa parole brûlait comme une torche,
Par la parole du Seigneur il ferma le ciel.
Élie pria pour qu'il ne pleuve pas,
Il fut exaucé,
Il pria de nouveau, et le ciel donna de la pluie.
TRAITÉ DE SAINT AMBROISE SUR LES MYSTÈRES
Catéchèse des rites qui précèdent le baptême
Nous avons donné chaque jour aux catéchumènes depuis le début du Carême des instructions sur la morale, tandis qu'on lisait soit la vie des patriarches, soit les préceptes des Proverbes. Nous voulions que par cette instruction et cette éducation vous preniez l'habitude d'entrer dans la voie des ancêtres, de suivre le même chemin et d'obéir aux ordres de Dieu : ainsi, une fois renouvelés par le baptême, vous garderiez ce genre de vie qui convient à ceux qui en ont été lavés.
À présent, le temps où nous sommes, après Pâques et le baptême, nous invite à parler des mystères et à vous dévoiler le sens même des sacrements. Si nous avions eu l'idée de le suggérer alors que vous n'étiez pas encore initiés, on aurait jugé que nous commettions une trahison plutôt que de dévoiler une tradition. En outre, la lumière des mystères elle-même envahit ceux qui ne s'y attendent pas, plus facilement que s'ils avaient été prévenus par une instruction quelconque.
Ouvrez donc vos oreilles et recueillez la bonne odeur de vie éternelle qu'exhale pour vous le don des sacrements. Nous vous l'avons notifié lorsque nous disions, en célébrant le "mystère de l'ouverture" : "Effata, c'est-à-dire ouvre-toi", afin que tous ceux qui vont accéder à la grâce comprennent les interrogations qu'on leur posera et se souviennent des réponses qu'ils auront à faire. Ce mystère, le Christ l'a célébré dans l'Évangile, comme nous le lisons, quand il a guéri le sourd-muet.
Après cela, on t'a ouvert le Saint des saints et tu es entré dans le sanctuaire de la nouvelle naissance. Rappelle-toi les interrogations qu'on t'a faites, souviens-toi de tes réponses. Tu as renoncé au diable et à ses œuvres, au monde, à son luxe et à ses plaisirs. Ta parole est conservée, non pas dans les tombeaux des morts, mais dans le livre des vivants.
Là tu as vu le diacre, tu as vu le prêtre, tu as vu l'évêque. Ne fais pas attention à leur aspect physique, mais à la grâce de leur ministère. Tu as parlé en présence des anges, ainsi qu'il est écrit : C'est aux lèvres du prêtre de garder le savoir, c'est de sa bouche qu'on réclame la loi, car il est l'ange du Seigneur tout-puissant. Il n'y a pas à s'y tromper, il n'y a pas à le nier, c'est l'ange qui annonce le règne du Christ, qui annonce la vie éternelle. Ne le juge pas d'après son apparence, mais d'après son rôle. Considère ce qu'il t'a transmis, apprécie sa fonction, reconnais sa dignité.
Tu es donc entré pour regarder ton adversaire, à qui tu as décidé de renoncer en lui faisant face, et tu te tournes vers l'orient ; car celui qui renonce au diable se tourne vers le Christ, il le regarde droit dans les yeux.
R/ Ressuscités avec le Christ,
Cherchons les choses d'en haut.
Vous qui êtes baptisés dans le Christ,
Vous avez revêtu le Christ.
Revêtez l'homme nouveau, créé selon Dieu,
Dans la justice et la sainteté de la vérité.
Oraison 15
Dieu qui montres aux égarés la lumière de ta vérité pour qu'ils puissent reprendre le bon chemin ; donne à tous ceux qui se déclarent chrétiens de rejeter ce qui est indigne de ce nom, et de rechercher ce qui lui fait honneur.
Premier livre des Rois (1R 18, 16b-40)
Le défi d'Elie sur le mont Carmel
Une grande épreuve religieuse permet à Elie de manifester la toute-puissance de Dieu et la vanité des idoles. Jamais la foi monothéiste d'Israël ne s'était encore manifestée avec autant de rigueur : entre Baal et le vrai Dieu, il faut choisir ; et les moqueries d'Elie nous montrent bien qu'il ne s'agit pas seulement d'un choix de pure pratique.
Akhab s’en alla à la rencontre d’Elie. Quand Akhab vit Élie, il lui dit : "Est-ce bien toi, porte-malheur d'Israël ?" Il lui dit : "Ce n'est pas moi le porte-malheur d'Israël, mais c'est toi et la maison de ton père parce que vous avez abandonné les commandements du Seigneur, et que tu as suivi les Baals. Maintenant fais rassembler près de moi Israël tout entier sur le mont Carmel, ainsi que les quatre cent cinquante prophètes du Baal et les quatre cents prophètes d'Ashéra qui mangent à la table de Jézabel." Akhab envoya chercher tous les fils d'Israël et rassembla les prophètes au mont Carmel. Élie s'approcha de tout le peuple et dit : "Jusqu'à quand danserez-vous d'un pied sur l'autre ? Si c'est le Seigneur qui est Dieu, suivez-le, et si c'est le Baal, suivez-le !" Mais le peuple ne lui répondit pas un mot. Élie dit au peuple : "Je suis resté le seul prophète du Seigneur, tandis que les prophètes du Baal sont quatre cent cinquante. Qu'on nous donne deux taureaux : qu'ils choisissent pour eux un taureau, qu'ils le dépècent et le placent sur le bûcher, mais sans y mettre le feu, et moi, je ferai de même avec l'autre taureau ; je le placerai sur le bûcher, mais je n'y mettrai pas le feu. Puis vous invoquerez le nom de votre dieu, tandis que moi, j'invoquerai le nom du Seigneur. Le Dieu qui répondra par le feu, c'est lui qui est Dieu." Tout le peuple répondit : "Cette parole est bonne." Élie dit aux prophètes du Baal : "Choisissez-vous un taureau et mettez-vous à l'ouvrage les premiers, car vous êtes les plus nombreux ; invoquez le nom de votre dieu, mais ne mettez pas le feu." Ils prirent le taureau qu'il leur avait donné, se mirent à l'ouvrage et invoquèrent le nom du Baal, depuis le matin jusqu'à midi, en disant : "Baal, réponds-nous !" Mais il n'y eut ni voix ni réponse. Et ils dansèrent auprès de l'autel qu'on avait fait. Alors à midi, Élie se moqua d'eux et dit : "Criez plus fort, c'est un dieu : il a des préoccupations, il a dû s'absenter, il a du chemin à faire ; peut-être qu'il dort et il faut qu'il se réveille." Ils crièrent plus fort et, selon leur coutume se tailladèrent à coups d'épées et de lances, jusqu'à être tout ruisselants de sang. Et quand midi fut passé, ils vaticinèrent jusqu'à l'heure de l'offrande. Mais il n'y eut ni voix, ni réponse, ni aucune réaction.
Élie dit à tout le peuple : "Approchez-vous de moi !" Et tout le peuple s'approcha de lui. Il répara l'autel du Seigneur qui avait été démoli : il prit douze pierres, d'après le nombre des tribus des fils de Jacob à qui cette parole du Seigneur avait été adressée : "Ton nom sera Israël." Avec ces pierres, Élie rebâtit un autel au nom du Seigneur ; puis, autour de l'autel, il fit un fossé d'une contenance de deux séas à grains ; il disposa le bois, dépeça le taureau et le plaça dessus. Il dit : "Remplissez quatre jarres d'eau et versez-les sur l'holocauste et sur le bois !" Il dit : "Encore une fois !" Et ils le firent une deuxième fois ; il dit : "Une troisième fois !" Et ils le firent une troisième fois. L'eau se répandit autour de l'autel, et remplissait même le fossé. À l'heure de l'offrande, le prophète Élie s'approcha et dit : "Seigneur, Dieu d'Abraham, d'Isaac et d'Israël, fais que l'on sache aujourd'hui que c'est toi qui es Dieu en Israël, que je suis ton serviteur et que c'est par ta parole que j'ai fait toutes ces choses. Réponds-moi, Seigneur, réponds-moi : que ce peuple sache que c'est toi, Seigneur, qui es Dieu, que c'est toi qui ramènes vers toi le cœur de ton peuple."
Le feu du Seigneur tomba et dévora l'holocauste, le bois, les pierres, la poussière, et il absorba l'eau qui était dans le fossé. À cette vue, tout le peuple se jeta face contre terre et dit : "C'est le Seigneur qui est Dieu ! c'est le Seigneur qui est Dieu !" Élie leur dit : "Saisissez les prophètes du Baal ! Que pas un ne s'échappe !" Et on les saisit. Élie les fit descendre dans le ravin du Qishôn où il les égorgea.
R/ Seigneur, à qui irions-nous ?
Tu as les paroles de la vie éternelle.
Élie s'approcha et dit : Choisissez donc !
Si le Seigneur est Dieu, suivez-le.
Nul ne peut servir deux maîtres,
Vous ne pouvez servir Dieu et l'argent.
TRAITÉ DE SAINT AMBROISE SUR LES MYSTÈRES
Nous renaissons de l'eau et de l'Esprit
Qu'est-ce que tu as vu dans le baptistère ? De l'eau certes, mais pas seulement cela : les diacres qui accomplissaient leur service, l'évêque qui interrogeait et consacrait. Tout d'abord, saint Paul t'a enseigné qu'il ne faut pas regarder ce qui se voit, mais ce qui ne se voit pas, car ce qui se voit est provisoire, mais ce qui ne se voit pas est éternel. Et tu lis encore ailleurs : Depuis la création du monde, les perfections invisibles de Dieu sont comprises par ce qu'il a créé ; sa puissance éternelle et sa divinité sont estimées d'après ses œuvres. C'est pourquoi le Seigneur Jésus a dit lui-même : Si vous ne me croyez pas, croyez du moins mes œuvres. Crois donc que la présence de la divinité est là. Tu crois à son action, et tu ne crois pas à sa présence ? D'où viendrait alors l'action, si la présence n'était pas là d'abord ?
Remarque pourtant combien ce mystère est ancien, puisque préfiguré par l'origine même de ce monde. Dès le commencement, quand Dieu fit le ciel et la terre, l'Esprit, dit-il, planait sur les eaux. Est-ce qu'il n'agissait pas, celui qui planait ainsi ? Reconnais qu'il agissait dans cette création du monde lorsque, dit le prophète : Par la parole du Seigneur, les cieux ont été fondés, et par le souffle de sa bouche, toute leur armée. Il planait et il agissait : l'un et l'autre s'appuie sur un témoignage prophétique. Moïse dit qu'il planait, David affirme qu'il agissait.
Écoute un autre témoignage. Toute chair était corrompue par ses iniquités. Et Dieu dit : Mon Esprit ne demeurera pas dans les hommes parce qu'ils ne sont que chair. Dieu montre par là que l'impureté charnelle et la souillure du péché grave écartent la grâce du Saint-Esprit. Aussi Dieu, voulant restaurer le don qu'il avait fait, produisit le déluge et ordonna au juste Noé de monter dans l'arche. Lorsque l'eau du déluge baissa, Noé lâcha d'abord un corbeau qui ne revint pas. Ensuite il lâcha une colombe qui, selon l'Écriture, revint avec un rameau d'olivier. Tu vois l'eau, tu vois le bois, tu remarques la colombe, et tu doutes du mystère ?
C'est dans l'eau que la chair est plongée pour que tout le péché de la chair soit lavé. C'est là que tout forfait est enseveli. C'est au bois que fut cloué Jésus quand il souffrit pour nous. La colombe ? C'est sous son apparence, comme te l'enseigne le Nouveau Testament, que descendit l'Esprit Saint dont l'inspiration te donne la paix de l'âme, la tranquillité du cœur.
R/ Partout où passera le torrent,
il fera naître la vie.
L'eau que je donnerai, dit Jésus,
Deviendra en vous source d'eau
Jaillissant en vie éternelle.
Si quelqu'un a soif, dit Jésus,
Qu'il vienne à moi et qu'il boive :
De lui couleront des fleuves d'eaux vives.
Oraison
Tu protèges, Seigneur, ceux qui comptent sur toi ; sans toi rien n'est fort et rien n'est saint : multiplie pour nous les gestes de miséricorde afin que, sous ta conduite, en faisant un bon usage des biens qui passent, nous puissions déjà nous attacher à ceux qui demeurent.
Premier livre des Rois (1R 19, 1-9a.11-21)
Dieu dans le bruit d'une brise légère
Dans un "étonnant" retour aux sources, Elie va trouver réconfort et vigueur nouvelle au lieu même où Dieu apparut à Moïse. Il y trouve surtout de grandes révélations (le murmure intime de l'Esprit à ses serviteurs, le petit reste appelé au salut) et de grandes missions.
Akhab parla à Jézabel de tout ce qu'avait fait Élie, et de tous ceux qu'il avait tués par l'épée, tous les prophètes. Jézabel envoya un messager à Élie pour lui dire : "Que les dieux me fassent ceci et encore cela si demain, à la même heure, je n'ai pas fait de ta vie ce que tu as fait de la leur !" Voyant cela, Élie se leva et partit pour sauver sa vie ; il arriva à Béer-Shéva qui appartient à Juda et y laissa son serviteur. Lui-même s'en alla au désert, à une journée de marche. Y étant parvenu, il s'assit sous un genêt isolé. Il demanda la mort et dit : "Je n'en peux plus ! Maintenant, Seigneur, prends ma vie, car je ne vaux pas mieux que mes pères." Puis il se coucha et s'endormit sous un genêt isolé. Mais voici qu'un ange le toucha et lui dit : "Lève-toi et mange !" Il regarda : à son chevet, il y avait une galette cuite sur des pierres chauffées, et une cruche d'eau ; il mangea, il but, puis se recoucha. L'ange du Seigneur revint, le toucha et dit : "Lève-toi et mange, car autrement le chemin serait trop long pour toi." Élie se leva, il mangea et but puis, fortifié par cette nourriture, il marcha quarante jours et quarante nuits jusqu'à la montagne de Dieu, l'Horeb. Il arriva là, à la caverne, et y passa la nuit.
Le Seigneur dit : "Sors et tiens-toi sur la montagne, devant le Seigneur ; voici, le Seigneur va passer." Il y eut devant le Seigneur un vent fort et puissant qui érodait les montagnes et fracassait les rochers ; le Seigneur n'était pas dans le vent. Après le vent, il y eut un tremblement de terre ; le Seigneur n'était pas dans le tremblement de terre. Après le tremblement de terre, il y eut un feu ; le Seigneur n'était pas dans le feu. Et après le feu le bruissement d'un souffle ténu. Alors, en l'entendant, Élie se voila le visage avec son manteau ; il sortit et se tint à l'entrée de la caverne. Une voix s'adressa à lui : "Pourquoi es-tu ici, Élie ?" Il répondit : "Je suis passionné pour le Seigneur, le Dieu des puissances : les fils d'Israël ont abandonné ton alliance, ils ont démoli tes autels et tué tes prophètes par l'épée ; je suis resté moi seul, et l'on cherche à m'enlever la vie." Le Seigneur lui dit : "Va, reprends ton chemin en direction du désert de Damas. Quand tu seras arrivé, tu oindras Hazaël comme roi sur Aram. Et tu oindras Jéhu, fils de Nimshi, comme roi sur Israël ; et tu oindras Élisée, fils de Shafath, d'Avel-Mehola, comme prophète à ta place. Tout homme qui échappera à l'épée de Hazaël, Jéhu le tuera, et tout homme qui échappera à l'épée de Jéhu, Élisée le tuera, mais je laisserai en Israël un reste de sept mille hommes, tous ceux dont les genoux n'ont pas plié devant le Baal et dont la bouche ne lui a pas donné de baisers."
Il partit de là et trouva Élisée, fils de Shafath, qui labourait ; il avait à labourer douze arpents, et il en était au douzième. Élie passa près de lui et jeta son manteau sur lui. Élisée abandonna les bœufs, courut après Élie et dit : "Permets que j'embrasse mon père et ma mère et je te suivrai." Élie lui dit : "Va ! Retourne ! Que t'ai-je donc fait ?" Élisée s'en retourna sans le suivre, prit la paire de bœufs qu'il offrit en sacrifice ; avec l'attelage des bœufs, il fit cuire leur viande qu'il donna à manger aux siens. Puis il se leva, suivit Élie et fut à son service.
R/ Comment te contempler au sanctuaire,
Voir ta force et ta gloire ?
Au murmure de la brise légère,
Elie se voilà le visage,
Et se tint à l'entrée de la grotte.
Nul n'a jamais vu Dieu.
Le Fils unique qui est dans le sein du Père,
Nous l'a fait connaître.
TRAITÉ DE SAINT AMBROISE SUR LES MYSTÈRES
Préfigurations bibliques du baptême
Saint Paul nous enseigne que nos ancêtres ont tous été sous la protection de la colonne de nuée, qu'ils ont tous passé la mer Rouge et que tous, en Moïse, ont été baptisés dans la nuée et dans la mer. Puis Moïse lui-même dit, dans son cantique : Tu as envoyé ton souffle (ton Esprit) et la mer les a recouverts. Remarque-le : dans ce passage des Hébreux, déjà, se trouve une préfiguration du baptême ; l'Égyptien y a trouvé la mort, et l'Hébreu, la libération. Ce que nous apprenons chaque jour par ce mystère, c'est évidemment que le péché est englouti et l'erreur détruite, alors que la piété et l'innocence font la traversée complète.
Tu entends annoncer que nos ancêtres ont été sous la nuée. Une nuée bienfaisante, qui refroidit le feu des passions charnelles ; une nuée bienfaisante, qui couvre de son ombre ceux que l'Esprit Saint visite. Ainsi est-il venu sur la Vierge Marie et la puissance du Très-Haut l'a-t-elle prise sous son ombre, lorsqu'elle engendra la rédemption pour le genre humain : c'est le miracle qui fut accompli par Moïse de façon figurative. Si l'Esprit était alors préfiguré, n'est-il pas réellement présent puisque l'Écriture te dit : La Loi a été communiquée par Moïse, mais la grâce et la vérité sont venues par Jésus Christ.
La source de Mara était amère ; Moïse y jeta du bois et elle devint douce. En effet, sans l'invocation de la croix du Seigneur, l'eau n'est d'aucune utilité pour le salut futur ; mais lorsqu'elle a été consacrée par le mystère de la croix qui donne le salut, elle est toute prête pour fournir le bain spirituel et la boisson du salut. Donc, de même que Moïse, de façon prophétique, mit le bois dans cette source d'autrefois, ainsi l'évêque prononce sur la source que nous voyons l'invocation de la croix du Seigneur, et l'eau devient douce pour donner la grâce.
N'en crois donc pas seulement les yeux de ton corps : on voit mieux ce qui ne se voit pas, parce que cela est provisoire, et ceci éternel. On distingue mieux ce qui n'est pas visible par les yeux, mais découvert par l'esprit et l'âme.
Puis, laisse-toi instruire par la lecture du livre des Rois. Naaman était Syrien, il avait la lèpre et ne pouvait en être purifié par personne. Alors une jeune prisonnière dit qu'il y avait en Israël un prophète qui pourrait le purifier de son mal. Il prit, dit le texte, de l'or et de l'argent et se rendit auprès du roi d'Israël. Celui-ci, apprenant le motif de cette visite, déchira ses vêtements en disant que c'était de la provocation que de lui demander ce qui n'est pas au pouvoir d'un roi. Mais Élisée fit dire au roi de lui envoyer le Syrien, pour que celui-ci reconnût qu'il y avait un Dieu en Israël. Et quand Naaman fut arrivé, Elisée lui ordonna de se baigner sept fois dans le Jourdain. Alors Naaman se mit à réfléchir : les fleuves de sa patrie avaient une eau meilleure, dans laquelle il s'était souvent baigné sans être jamais purifié de sa lèpre. C'est ce qui le retint d'obéir aux ordres du prophète. Mais il céda aux avis et aux exhortations de ses serviteurs, il se baigna et, purifié aussitôt, comprit que la purification de chacun ne vient pas de l'eau, mais de la grâce.
Il a douté avant d'être guéri toi, qui es déjà guéri, tu ne dois pas douter.
Hommes nouveaux,
Baptisés dans le Christ,
Vous avez revêtu le Christ,
Héritiers avec lui d'un Royaume de lumière,
Vous possédez la liberté des fils de Dieu
Pour annoncer au monde :
R/ Nous sommes au Christ
Et le Christ est à Dieu !
Venez, voyez les gestes de Dieu,
Redoutable en hauts faits pour les hommes.
Il changea la mer en terre ferme,
On passa le fleuve à pied sec.
Oraison
Assiste tes enfants, Seigneur, et montre à ceux qui t'implorent ton inépuisable bonté ; c'est leur fierté de t'avoir pour Créateur et Providence : restaure pour eux ta création, et l'ayant renouvelée, protège-la.
Premier livre des Rois (1R 21, 1-21.27-29)
Elie défenseur de l'opprimé
Les Prophètes resteront toujours de grands défenseurs du pauvre et du petit, opprimés par les riches et les grands. L'épisode de la vigne de Naboth est une page de cette essentielle mission : déjà Dieu s'y révèle comme le Dieu des humbles, tel qu'il nous apparaîtra en Jésus Christ.
Naboth d'Izréel avait une vigne à Izréel ; elle était à côté du palais d'Akhab, roi de Samarie. Akhab parla à Naboth : "Cède-moi ta vigne pour qu'elle me serve de jardin potager, car elle est juste à côté de ma maison ; et je te donnerai à sa place une vigne meilleure. Mais si cela te convient, je puis te donner son prix en argent." Naboth dit à Akhab : "Que le Seigneur m'ait en abomination si je te cède l'héritage de mes pères." Akhab rentra chez lui sombre et contrarié à cause de ce que lui avait dit Naboth d'Izréel : "Je ne te céderai pas l'héritage de mes pères." Il se coucha sur son lit, tourna son visage contre le mur, et ne voulut pas manger. Sa femme Jézabel vint le trouver et lui dit : "Pourquoi es-tu si contrarié et ne veux-tu pas manger ?" Il lui répondit : "Parce que j'ai parlé à Naboth d'Izréel ; je lui ai dit : Cède-moi ta vigne contre argent ou, si cela te fait plaisir, je te donnerai une autre vigne à sa place. Il m'a répondu : Je ne te céderai pas ma vigne. Sa femme Jézabel lui dit : "Mais c'est toi qui exerces la royauté sur Israël ! Lève-toi, mange, que ton cœur soit heureux ; c'est moi qui te donnerai la vigne de Naboth d'Izréel !" Elle écrivit des lettres au nom d'Akhab qu'elle scella de son sceau à lui ; elle envoya ces lettres aux anciens et aux notables qui étaient dans la ville de Naboth, ceux qui habitaient avec lui. Elle écrivit dans ces lettres : "Proclamez un jeûne et faites asseoir Naboth au premier rang de l'assemblée. Faites asseoir deux hommes, des vauriens, en face de lui et qu'ils témoignent contre lui en disant : Tu as maudit Dieu et le roi. Faites-le sortir, lapidez-le et qu'il meure !" Les hommes de la ville d'Izréel, anciens et notables qui habitaient la ville, agirent selon l'ordre de Jézabel, tel qu'il était écrit dans les lettres qu'elle leur avait envoyées. Ils proclamèrent un jeûne et firent asseoir Naboth au premier rang de l'assemblée, et deux hommes, des vauriens, vinrent s'asseoir en face de lui. Les vauriens se mirent à témoigner contre Naboth, face au peuple, en disant : "Naboth a maudit Dieu et le roi." On le fit sortir de la ville, on le lapida et il mourut. On envoya dire à Jézabel : "Naboth a été lapidé et il est mort." Lorsque Jézabel apprit que Naboth avait été lapidé et qu'il était mort, elle dit à Akhab : "Lève-toi, prends possession de la vigne que Naboth d'Izréel refusait de te céder contre argent, car Naboth n'est plus vivant, il est mort." Quand Akhab entendit que Naboth était mort, il se leva pour descendre à la vigne de Naboth d'Izréel, afin d'en prendre possession.
La parole du Seigneur fut adressée à Élie, le Tishbite : Lève-toi, descends à la rencontre d'Akhab, roi d'Israël à Samarie. Il est dans la vigne de Naboth où il est descendu pour en prendre possession. Tu lui parleras en ces termes : Ainsi parle le Seigneur : Après avoir commis un meurtre, prétends-tu aussi devenir propriétaire ? Tu lui diras : Ainsi parle le Seigneur : À l'endroit où les chiens ont léché le sang de Naboth, les chiens lécheront aussi ton propre sang. Akhab dit à Élie : "Tu m'as donc retrouvé, ô mon ennemi ?" Il répondit : "Je t'ai retrouvé parce que tu t'es livré à une mauvaise action aux yeux du Seigneur. Je vais faire venir sur toi un malheur ; je te balaierai, je retrancherai les mâles de chez Akhab, esclaves ou hommes libres en Israël.
Quand Akhab entendit ces paroles, il déchira ses vêtements, se mit un sac à même la peau et jeûna ; il dormait sur ce sac et marchait à pas lents. La parole du Seigneur fut adressée à Élie, le Tishbite, en disant : As-tu vu comme Akhab s'est humilié devant moi ? Parce qu'il s'est humilié devant moi, je ne ferai pas venir le malheur durant ses jours ; c'est durant les jours de son fils que je ferai venir un malheur sur sa maison.
R/ Homme de douleur, innocent et méprisé,
C'était nos souffrances que tu portais.
Vous avez condamné et tué le juste,
Il ne vous résiste pas.
Voyez votre misère, prenez le deuil et pleurez.
Humiliez-vous devant le Seigneur, il vous élèvera.
TRAITÉ DE SAINT AMBROISE SUR LES MYSTÈRES
L'eau ne purifie pas sans l'Esprit
On te l'a déjà dit : ne crois pas seulement ce que tu vois, car tu pourrais dire, toi aussi, comme Naaman : C'est cela, ce grand mystère que l'œil n'a pas vu, que l'oreille n'a pas entendu, et qui n'est pas parvenu à la pensée de l'homme ? Je vois de l'eau comme j'en voyais tous les jours ! Peut-elle me purifier, alors que j'y suis descendu souvent sans être jamais purifié ? Apprends par là que l'eau ne purifie pas sans l'Esprit.
Et c'est pour cela que tu as lu qu'il y a dans le baptême trois témoins qui se rejoignent en un seul témoignage : eau, le sang et l'Esprit. Car, si tu en retires un seul, le sacrement de baptême disparaît. Qu'est-ce que l'eau, en effet, sans la croix du Christ ? Un élément ordinaire, sans aucune portée sacramentelle. Et de même, sans eau il n'y pas de mystère de la nouvelle naissance, car personne, à moins de naître de l'eau et de l'Esprit, ne peut entrer dans le royaume de Dieu. Le catéchumène croit, lui aussi, en la croix du Seigneur Jésus, dont il a reçu le signe, mais s'il n'a pas été baptisé au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit, il ne peut recevoir le pardon de ses péchés ni accueillir le don de la grâce spirituelle.
Le Syrien Naaman s'est plongé sept fois selon la Loi ; mais toi, tu as été baptisé au nom de la Trinité. Tu as confessé ta foi au Père – rappelle-toi ce que tu as fait – tu as confessé ta foi au Fils, ta foi en l'Esprit Saint. Retiens la succession de ces faits. Dans cette foi, tu es mort au monde, tu es ressuscité pour Dieu ; tu as été comme enseveli dans cet élément du monde ; mort au péché, tu es ressuscité pour la vie éternelle. Crois donc que cette eau n'est pas inutile.
Le paralytique de la piscine de Bethesda attendait un homme. Lequel, sinon le Seigneur Jésus, né de la Vierge ? Avec sa venue, il n'y avait plus seulement une préfiguration qui guérissait quelques individus, mais la vérité qui guérissait tous les hommes. C'est donc lui dont on attendait qu'il descende, lui de qui Dieu le Père a dit à Jean Baptiste : Celui sur qui tu verras l'Esprit descendre du ciel et demeurer, c'est celui-là qui baptise dans l'Esprit Saint. C'est de lui que Jean Baptiste a témoigné en disant : J'ai vu l'Esprit descendre du ciel comme une colombe et demeurer sur lui. Pourquoi l'Esprit est-il descendu alors comme une colombe, sinon pour que tu voies, pour que tu reconnaisses que la colombe envoyée hors de l'arche par Noé le juste était l'image de cette colombe-là, et pour que tu y reconnaisses la préfiguration de ce sacrement ?
Est-ce que tu dois douter encore, alors que le Père le proclame pour toi de façon indubitable dans l'Évangile, lorsqu'il dit : Celui-ci est mon Fils bien-aimé ; en lui j'ai mis tout mon amour ; alors que le Fils le proclame, lui sur qui l'Esprit Saint s'est manifesté sous la forme d'une colombe ; alors que l'Esprit Saint le proclame aussi, lui qui est descendu sous la forme d'une colombe ; alors que David le proclame : La voix du Seigneur sur les eaux, le Dieu de gloire a tonné, le Seigneur sur les eaux innombrables ; alors que l'Écriture l'atteste : aux prières de Gédéon, le feu est descendu du ciel et, de nouveau, à la prière d'Élie, le feu fut envoyé pour consacrer le sacrifice.
Ne considère pas le mérite personnel des prêtres, mais leurs fonctions. Et si tu tiens compte du mérite, de même que tu estimes Élie, tiens compte des mérites de Pierre ou de Paul : c'est eux qui nous ont transmis ce mystère qu'ils ont reçu du Seigneur Jésus. Un feu visible leur était envoyé pour qu'ils croient pour nous qui croyons, c'est un feu invisible qui agit. Pour ceux-là, c'était une préfiguration ; pour nous, c'est un avertissement. Crois donc que le Seigneur Jésus est là, invoqué par la prière des prêtres, lui qui a dit : Quand deux ou trois sont réunis, je suis là, moi aussi. À plus forte raison, là où est l'Église, là où sont les mystères, c'est là qu'il daigne nous accorder sa présence.
Tu es donc descendu dans le baptistère. Rappelle-toi ce que tu as répondu que tu crois au Père, que tu crois au Fils, que tu crois en l'Esprit Saint. Tu n'as pas à dire : Je crois en un plus grand et en un moins grand et en un dernier. Mais, par un même engagement de ta parole, tu es tenu de croire au Fils de la même manière que tu crois au Père, de croire en l'Esprit Saint de la même manière que tu crois au Fils, avec cette seule différence que tu confesses devoir croire en la croix du seul Seigneur Jésus.
R/ Alléluia ! Ils triomphent par le sang de l'Agneau.
Il est vainqueur du monde,
Celui qui croit au Fils de Dieu
Venu avec l'eau et le sang,
Jésus Christ.
Vainqueur par le sang précieux
D'un agneau sans défaut et sans tache,
Prédestiné avant que fût le monde,
Sang du Christ !
Oraison
Dieu éternel et tout-puissant, toi que nous pouvons déjà appeler notre Père, fais grandir en nos cœurs l'esprit filial, afin que nous soyons capables d'entrer un jour dans l'héritage qui nous est promis.