V/ La parole de Dieu est vivante et efficace,
R/ Plus pénétrante qu'un glaive à deux tranchants.
Livre de Daniel (Dn 1, 1-21)
Fidélité des jeunes Israélites chez le roi de Babylone
La pureté légale des aliments étaient pour les Juifs, exilés à Babylone ou persécutés dans leur propre pays, une des observances essentielles et les plus difficiles à garder. Daniel et ses compagnons par la grâce de Dieu, la maintiennent jusqu'à la cour du roi païen. Pour le chrétien qui ne met plus sa confiance dans une pratique, faire la volonté de Dieu est partout et toujours possible, quoi que les hommes exigent de lui.
En l'an trois du règne de Yoyaqim, roi de Juda, Nabuchodonosor, roi de Babylone, vint vers Jérusalem et l'assiégea. Le Seigneur livra entre ses mains Yoyaqim, roi de Juda, et une partie des ustensiles de la maison de Dieu ; il les emmena au pays de Shinéar dans la maison de ses dieux, et les ustensiles, il les emporta à la maison du trésor de ses dieux. Puis le roi ordonna à Ashpénaz, le chef de son personnel, d'amener quelques fils d'Israël, tant de la descendance royale que des familles nobles : des garçons en qui il n'y eût aucun défaut, beaux à voir, instruits en toute sagesse, experts en savoir, comprenant la science et ayant en eux de la vigueur, pour qu'ils se tiennent dans le palais du roi et qu'on leur enseigne la littérature et la langue des Chaldéens. Le roi fixa pour eux une ration quotidienne du menu du roi et de sa boisson, prescrivant de les éduquer pendant trois années, au terme desquelles ils se tiendraient en présence du roi. Il y avait parmi eux quelques fils de Juda : Daniel, Hananya, Mishaël, et Azarya. Le prévôt du personnel leur imposa des noms : à Daniel il imposa celui de Beltshassar, à Hananya, celui de Shadrak, à Mishaël, celui de Méshak, et à Azarya, celui d'Abed-Négo.
Or Daniel prit à cœur de ne pas se souiller avec le menu du roi et le vin de sa boisson. Il fit une requête au prévôt du personnel pour n'avoir pas à se souiller, et Dieu accorda à Daniel grâce et faveur devant le prévôt du personnel. Le prévôt du personnel dit à Daniel : "Je crains que Monseigneur le Roi, qui a fixé votre nourriture et votre boisson, ne vous voie des visages plus abattus que ceux des garçons de votre âge, et que vous ne me rendiez coupable au prix de ma tête envers le roi." Daniel dit au garde que le chef du personnel avait chargé de Daniel, Hananya, Mishaël et Azarya : Mets donc tes serviteurs à l'épreuve pendant dix jours. Qu'on nous donne des légumes à manger et de l'eau à boire. Puis tu regarderas notre mine et la mine de ces garçons qui mangent au menu du roi ; et selon ce que tu verras, agis envers tes serviteurs !" Il les écouta sur ce point et les mit à l'épreuve pendant dix jours. Au terme des dix jours, on vit qu'ils avaient meilleure mine et plus d'embonpoint que tous les garçons qui mangeaient au menu du roi. Le garde enlevait donc leur menu et le vin qu'ils avaient à boire, et il leur donnait des légumes. Or à ces quatre garçons, Dieu donna la science, et il les instruisit en toute littérature et sagesse. Quant à Daniel, il comprenait toute vision et tous songes. Au terme des jours fixés par le roi pour les lui amener, le prévôt du personnel les amena en présence de Nabuchodonosor. Le roi parla avec eux, et parmi tous il ne s'en trouva pas comme Daniel, Hananya, Mishaël et Azarya. Ils se tinrent donc en présence du roi ; et en toute affaire de sagesse et de discernement dont le roi s'enquit auprès d'eux, il les trouva dix fois supérieurs à tous les magiciens et conjureurs qu'il y avait dans tout son royaume. Et Daniel vécut jusqu'à la première année du roi Cyrus.
R/ Je surpasse en sagesse
Tous mes maîtres, Seigneur :
Ton témoignage, je le médite.
À ces quatre enfants de son peuple
Dieu donna science et intelligence,
Et Daniel possédait
Le discernement des visions et des songes.
Assis dans le Temple, au milieu des docteurs,
L'enfant Jésus les interrogeait :
Tous ceux qui l'entendaient
Étaient frappés de son intelligence.
HOMÉLIE DU II° SIÈCLE
"Dans sa miséricorde, Dieu nous a sauvés"
Il faut que nous regardions Jésus Christ ainsi que nous regardons Dieu : comme le juge des vivants et des morts, et il ne faut pas que nous estimions médiocrement notre salut. Car si nous estimons médiocrement le Christ, c'est que nous espérons aussi des réalités médiocres. Ceux qui accordent peu de valeur à ce qu'ils ont appris là-dessus sont en état de péché ; et nous aussi, nous péchons, si nous ne savons pas à partir de quel lieu, par qui et pour quelle destination nous avons été appelés, si nous ne savons pas tout ce que le Christ a accepté de souffrir à cause de nous.
Que lui donnerions-nous en retour ? Quel fruit qui soit digne de celui qu'il nous a donné ? Quelle dette nous avons envers lui ! Il nous a gratifiés de la lumière, comme un père il nous a déclarés ses fils, il nous a sauvés quand nous périssions. Quelle louange assez grande pourrions-nous lui donner ? Comment le payer de retour pour toutes ses largesses ? Notre esprit était si débile que nous adorions des pierres, du bois, de l'or, de l'argent et du bronze façonnés par les hommes, et toute notre vie n'était rien d'autre qu'une mort. Nous étions donc plongés dans l'aveuglement, notre vue était remplie de ténèbres, et voilà que nous avons retrouvé la vue, nous avons écarté, par son bon vouloir, le nuage qui nous enveloppait.
Car il a eu pitié de nous, sa tendresse s'est émue et il nous a sauvés, lorsqu'il a vu que nous étions dans l'égarement, que nous allions à notre perte et que nous n'avions aucun espoir d'être sauvés en dehors de lui. Car il nous a appelés alors que nous n'existions pas et il a voulu nous faire passer du néant à l'être !
Réjouis-toi, stérile, toi qui n'enfantais pas, éclate en cris de joie, toi qui n'as pas connu les douleurs , car plus nombreux sont les enfants de la délaissée que les enfants de celle qui a un époux. Ces paroles : Réjouis-toi, stérile, toi qui n'enfantais pas, s'adressent à nous ; car c'est notre Église qui était stérile, avant que des enfants lui fussent donnés. Ces paroles : Pousse des cris de joie, toi qui n'as pas connu les douleurs, signifient les prières que nous devons, avec simplicité faire monter vers Dieu pour ne pas succomber, comme les femmes qui sont dans les douleurs. Ces paroles : car plus nombreux sont les enfants de la délaissée que les enfants de celle qui a un époux, voici ce qu'elles signifient : notre peuple paraissait délaissé par le Seigneur ; mais maintenant que nous sommes croyants, nous sommes plus nombreux que ceux qui semblaient posséder Dieu.
Il est dit, dans un autre passage de l'Écriture : Je ne suis pas venu appeler les justes, mais les pécheurs. Cela signifie que le Seigneur cherche ceux qui se perdent, voilà ceux qu'il faut sauver. C'est en effet une œuvre grande et admirable d'affermir non pas les édifices solides, mais ceux qui s'écroulent. C'est ainsi que le Christ a voulu sauver ce qui était perdu, et qu'il a été le salut de beaucoup, lui qui est venu et qui nous a appelés alors que déjà nous étions perdus.
R/ Point de ténèbre devant toi,
Lumière du monde, alléluia !
Le Fils de l'homme va venir
Dans la gloire de son Père :
À chacun il rendra selon sa conduite.
Tes yeux sont une flamme ardente
Qui connaît le fond des cœurs.
Scrute-moi, Seigneur, connais mon cœur,
Conduis-moi sur le chemin d'éternité.
Oraison 32
Dieu qui es bon et tout-puissant, éloigne de nous tout ce qui nous arrête, afin que sans aucune entrave, ni d'esprit corps, nous soyons libres pour accomplir ta volonté.
Livre de Daniel (Dn 2, 26-47)
La statue aux pieds d'argile
Coup d'œil sur le déroulement de l'histoire : la série des empires aboutit à la domination grecque, dure comme fer, mais fragile par sa division. Puis viendra le royaume messianique, éternel et s'étendant aux dimensions du monde. Attendons-le avec persévérance en résistant au mal.
Le roi prit la parole et dit à Daniel, surnommé Beltshassar : "Est-ce que tu peux me faire connaître le songe que j'ai vu et son interprétation ?" Daniel répondit en présence du roi et dit : "Le mystère dont le roi s'enquiert, ni sages, ni conjureurs, ni magiciens, ni devins ne peuvent l'exposer au roi. Mais il y a un Dieu dans le ciel qui révèle les mystères, et il a fait connaître au roi Nabuchodonosor ce qui adviendra dans l'avenir. Ton songe et les visions de ton esprit sur ta couche, les voici. Pour toi, ô roi, tes pensées avaient surgi sur ta couche au sujet de ce qui adviendrait par la suite, et le révélateur des mystères t'a fait connaître ce qui adviendra. Quant à moi, ce n'est point par une sagesse qui serait en moi supérieure à celle de tous les vivants que ce mystère m'a été révélé ; mais c'est afin qu'on fasse connaître l'interprétation au roi et que tu connaisses les pensées de ton cœur. Toi donc, ô roi, tu regardais ; et voici une grande statue. Cette statue était très grande, et sa splendeur, extraordinaire. Elle se dressait devant toi, et son aspect était terrifiant. Cette statue avait la tête d'or fin, la poitrine et les bras d'argent, le ventre et les cuisses de bronze, les jambes de fer, les pieds en partie de fer et en partie de céramique. Tu regardais, lorsqu'une pierre se détacha sans l'intermédiaire d'aucune main ; elle frappa la statue sur ses pieds de fer et de céramique, et elle les pulvérisa. Alors furent pulvérisés ensemble le fer, la céramique, le bronze, l'argent et l'or ; ils devinrent comme la bale sortant des aires en été : le vent les emporta et on n'en trouva plus aucune trace. Quant à la pierre qui avait frappé la statue, elle devint une grande montagne et remplit toute la terre. Tel est le songe, et nous allons en dire l'interprétation en présence du roi. Toi, ô roi, roi des rois ; toi à qui le Dieu du ciel a donné la royauté, la puissance, la force et la gloire ; toi dans la main de qui il a remis les hommes, les bêtes sauvages et les oiseaux du ciel, en quelque lieu qu'ils habitent, et qu'il a établi maître sur eux tous : c'est toi qui es la tête d'or. Après toi s'élèvera un autre royaume, inférieur à toi ; puis un autre royaume, un troisième, celui de bronze, qui dominera sur toute la terre. Puis adviendra un quatrième royaume, dur comme le fer : de même que le fer pulvérise et brise tout, comme le fer qui broie, il pulvérisera et broiera tous ceux-ci. Tu as vu les pieds et les doigts en partie de céramique de potier et en partie de fer : ce sera un royaume partagé, et il y aura en lui de la solidité du fer, de même que tu as vu le fer mêlé à la céramique d'argile. Quant aux doigts de pieds en partie de fer et en partie de céramique : pour une part le royaume sera fort, et pour une part il sera fragile. Tu as vu le fer mêlé à la céramique : c'est au moyen de la semence humaine qu'ils seront mêlés, et ils n'adhéreront pas l'un à l'autre, de même que le fer ne se mêle pas à la céramique. Or aux jours de ces rois-là, le Dieu du ciel suscitera un royaume qui ne sera jamais détruit et dont la royauté ne sera pas laissée à un autre peuple. Il pulvérisera et anéantira tous ces royaumes-là, et il subsistera à jamais, de même que tu as vu une pierre se détacher de la montagne sans l'intermédiaire d'aucune main et pulvériser le fer, le bronze, la céramique, l'argent et l'or. Un grand Dieu a fait connaître au roi ce qui adviendra par la suite. Le songe est sûr, et son interprétation, digne de foi."
Alors le roi Nabuchodonosor se prosterna sur la face, rendit hommage à Daniel et ordonna de lui présenter une oblation et des parfums. Le roi s'adressa à Daniel et dit : "En vérité, votre Dieu est le Dieu des dieux, le Seigneur des rois et le révélateur des mystères, puisque tu as pu me révéler ce mystère-là."
R/ Dieu s'est plu à faire habiter dans le Christ
Toute la plénitude.
La pierre qui frappa la statue
Devint une grande montagne
Qui remplit toute la terre.
Le Dieu du ciel dressera un Royaume
Qui seul subsistera à jamais
Et ne passera pas à un autre peuple.
HOMÉLIE DU II° SIÈCLE
"Mes petits enfants, n'aimons pas avec des paroles et des discours, mais par des actes"
Voici quelle grande miséricorde le Seigneur a exercée envers nous : d'abord nous, qui sommes vivants, que nous n'offrions pas de sacrifices à des dieux morts, et que nous ne les adorions pas, mais que, grâce à lui, nous connaissions le Père de vérité. En quoi consiste, en effet, la connaissance qui conduit vers le Père, sinon à refuser de renier celui par qui nous avons appris à le connaître ? Il le dit lui-même : Celui qui se prononcera pour moi devant les hommes, moi aussi je me prononcerai pour lui devant mon Père. Telle est par conséquent notre récompense, si nous confessons celui qui nous a sauvés. Et comment le confessons-nous ? En faisant ce qu'il dit, en ne désobéissant pas à ses commandements, en l'honorant non pas seulement des lèvres, mais de tout notre cœur et de tout notre esprit. Il dit, en effet, en Isaïe : Ce peuple m'honore des lèvres, mais son cœur est loin de moi.
Ne nous contentons pas de l'appeler Seigneur, car ce n'est pas cela qui nous sauvera. Il dit en effet : Ce n'est pas en me disant : Seigneur ! Seigneur ! qu'on sera sauvé, mais en pratiquant la justice. Ainsi donc, mes frères, confessons-le par notre conduite, en nous aimant les uns les autres, en évitant l'adultère, la médisance et la jalousie, mais en étant chastes, miséricordieux et bienfaisants. Nous devons être compatissants et ne pas aimer l'argent. C'est par une telle conduite que nous le confessons, et non par une conduite contraire. Ce n'est pas les hommes que nous devons craindre davantage, c'est Dieu. Autrement, le Seigneur vous dira : Même si vous êtes avec moi, rassemblés dans mes bras, et que vous ne pratiquiez pas mes commandements, je vous chasserai et je vous dirai : Écartez- vous de moi, je ne vous connais pas, je ne sais pas d'où vous êtes, vous qui faites le mal !
Combattons, mes frères, car nous savons que déjà le combat s'engage. Dans les combats pour une couronne périssable, beaucoup touchent le but, mais tous n'obtiennent pas la couronne, à moins d'avoir pris beaucoup de peine et d'avoir brillamment combattu. Quant à nous, combattons d'une manière à être tous couronnés. Courons sur la bonne route, vers le combat impérissable, soyons nombreux à prendre la mer et à combattre afin de remporter la couronne ; et si nous ne pouvons pas tous l'obtenir, tâchons au moins d'en approcher. Nous devons savoir que, dans le combat périssable, celui qui est convaincu de fausser le combat est fouetté, exclu du concours et chassé du stade.
Qu'en pensez-vous ? Quel sera le châtiment pour celui qui aura faussé le combat impérissable ? Il est dit, en effet, de ceux qui n'ont pas gardé fidèlement le sceau du baptême : Leur ver ne mourra pas, leur feu ne s'éteindra pas, et ils seront donnés en spectacle à tout être vivant.
R/ J'ouvre mon cœur, Seigneur,
À ta parole de lumière.
Cantique pour moi que tes volontés,
En ma demeure d'étranger.
Heureux les humbles, heureux les pauvres :
Tu leur découvres le secret du Royaume !
Oraison
Tu protèges, Seigneur, ceux qui comptent sur toi ; sans toi rien n'est fort et rien n'est saint : multiplie pour nous les gestes de miséricorde afin que, sous ta conduite, en faisant un bon usage des biens qui passent, nous puissions déjà nous attacher à ceux qui demeurent.
Livre de Daniel (Dn 3, 8-12.19-30)
Condamnation des Juifs
Toute l'attitude des martyrs de tous les temps est admirablement résumée dans l'histoire des trois jeunes hommes : certitude que Dieu peut délivrer son fidèle, mais attachement inconditionnel à sa Loi.
Des Chaldéens s'approchèrent et déposèrent contre les Juifs. Ils prirent la parole et dirent au roi Nabuchodonosor : "O roi ! Vis à jamais ! Toi-même, ô roi, tu as donné l'ordre que tout homme qui entendrait le son du cor, de la flûte, de la cithare, de la harpe, du luth, de la cornemuse et de tous les genres d'instruments se prosterne et adore la statue d'or, et que quiconque ne se prosternerait pas et n'adorerait pas soit jeté au milieu de la fournaise de feu ardent. Il y a des Juifs que tu as préposés à l'administration de la province de Babylone : Shadrak, Méshak et Abed-Négo. Ces hommes-là, ô roi, n'ont pas eu égard à toi : ils ne servent pas tes dieux et n'adorent pas la statue d'or que tu as dressée."
Alors Nabuchodonosor fut rempli de fureur, et l'expression de son visage changea à l'égard de Shadrak, Méshak et Abed-Négo. Il prit la parole et ordonna de chauffer la fournaise sept fois plus qu'on avait coutume de la chauffer. Puis il ordonna à des hommes vigoureux de son armée de ligoter Shadrak, Méshak et Abed-Négo, pour les jeter dans la fournaise de feu ardent. Alors ces hommes furent ligotés avec leurs pantalons, leurs tuniques, leurs bonnets et leurs manteaux, et ils furent jetés au milieu de la fournaise de feu ardent. Là-dessus, comme la parole du roi était rigoureuse et que la fournaise avait été extraordinairement chauffée, ces hommes mêmes qui avaient hissé Shadrak, Méshak et Abed-Négo, la flamme du feu les tua. Quant à ces trois hommes-là, Shadrak, Méshak et Abed-Négo, ils tombèrent ligotés au milieu de la fournaise de feu ardent. Et ils marchaient au milieu de la flamme en célébrant Dieu et en bénissant le Seigneur.
Le roi Nabuchodonosor les entendit chanter ; il fut stupéfait et se leva précipitamment. Il prit la parole et dit à ses conseillers : "N'avons-nous pas jeté au milieu du feu trois hommes ligotés ?" Ils répondirent et dirent au roi : "Bien sûr, ô roi !" Le roi répondit et dit : "Voici que je vois quatre hommes déliés qui marchent au milieu du feu sans qu'il y ait sur eux aucune blessure, et l'aspect du quatrième ressemble à celui d'un fils des dieux."
Alors Nabuchodonosor s'approcha de l'ouverture de la fournaise de feu ardent. Il prit la parole et dit : "Shadrak, Méshak et Abed-Négo, serviteurs du Dieu très-haut, sortez et venez !" Alors Shadrak, Méshak et Abed-Négo sortirent du milieu du feu.
Les satrapes, les intendants, les gouverneurs et les conseillers du roi se rassemblèrent. Ils virent ces hommes : le feu n'avait eu aucun pouvoir sur leur corps ; la chevelure de leur tête n'avait pas été roussie ; leurs manteaux étaient intacts et l'odeur de feu n'avait pas passé sur eux. Nabuchodonosor prit la parole et dit : "Béni soit le Dieu de Shadrak, Méshak et Abed-Négo, qui a envoyé son ange et sauvé ses serviteurs, parce qu'ils s'étaient confiés en lui et que, transgressant la parole du roi, ils avaient livré leur corps pour ne servir ni adorer aucun dieu, si ce n'est leur Dieu. Quant à moi, j'ai donné ordre que quiconque, de tout peuple, nation et langue, parlerait avec insolence contre le Dieu de Shadrak, Méshak et Abed-Négo, soit mis en pièces, et sa maison transformée en cloaque ; car il n'y a pas d'autre Dieu qui puisse délivrer ainsi." Alors le roi fit prospérer Shadrak, Méshak et Abed-Négo dans la province de Babylone.
R/ Béni soit Dieu : il délivre ses serviteurs
Qui se confient en lui.
L'ange du Seigneur descendit dans la fournaise,
Il repoussa la flamme
Et fit lever une fraîcheur de brise et de rosée.
L'ange du Seigneur réveilla Pierre et lui dit :
Lève-toi vite et les chaînes tombèrent.
En le suivant, Pierre sortit de la prison.
HOMÉLIE DU II° SIÈCLE
"Marchez, tant que vous avez la lumière".
Aussi longtemps que nous vivons sur terre, convertissons-nous. Nous sommes de l'argile dans la main de l'artisan. Le potier, s'il fait un vase qui se déforme ou qui se brise entre ses mains, le modèle de nouveau ; mais s'il l'a déjà mis au four, il ne pourra plus rien faire pour lui. Nous aussi, tandis que nous sommes en ce monde, convertissons-nous de tout notre cœur, en renonçant au mal que nous avons commis dans cette vie charnelle, afin d'être sauvés par le Seigneur, tandis que nous avons encore le temps de nous convertir.
Car lorsque nous serons sortis de ce monde, nous ne pourrons plus, là-bas, confesser nos fautes et nous convertir. Ainsi, mes frères, c'est en faisant la volonté du Père, en gardant la chasteté, et en observant les préceptes du Seigneur, que nous obtiendrons la vie éternelle. Le Seigneur dit, en effet, dans l'Évangile : Si vous n'avez pas gardé de petites choses, qui vous en confiera de grandes ? Je vous le dis donc : celui qui est digne de confiance en peu de choses l'est aussi pour beaucoup. Il veut donc dire ceci : Gardez la pureté dans votre chair, gardez sans tache le sceau de votre baptême, afin que nous recevions la vie éternelle.
Que personne d'entre vous ne dise que cette chair ne sera pas jugée, et qu'elle ne ressuscitera pas. Reconnaissez-le : comment avez-vous été sauvés, comment avez-vous retrouvé la vue, sinon tandis que vous viviez dans cette chair ? Il faut donc que nous gardions notre chair comme étant le temple de Dieu. De même que dans cette chair vous avez été appelés, de même est-ce dans cette chair que vous devez vous en aller. Si le Christ Seigneur, qui nous a sauvés, alors qu'il était d'abord esprit, s'est fait chair pour nous appeler, c'est aussi dans cette chair que nous recevrons la récompense.
Aimons-nous donc les uns les autres, afin de nous en aller tous ensemble dans le royaume de Dieu. Tandis que nous avons le temps de guérir, remettons-nous à Dieu pour qu'il nous soigne, et donnons-lui ses honoraires. Lesquels ? La conversion d'un cœur sincère. Car il sait toutes choses d'avance, et il connaît tout ce qu'il y a dans notre cœur. Donnons-lui donc la louange, non pas seulement celle de notre bouche, mais aussi celle de notre cœur, afin qu'il nous accueille comme des fils. Car le Seigneur a dit : Mes frères, ce sont ceux qui font la volonté de mon Père.
R/ Il vient, le jour du Seigneur,
Comme un voleur.
Mille ans, pour le Seigneur, sont comme un jour,
Et un jour comme mille ans.
Grande est la patience de Dieu,
Elle laisse à tous le temps du repentir.
Veillons dans l'amour et la prière,
pour hâter l'avènement du jour de Dieu.
Oraison
Assiste tes enfants, Seigneur, et montre à ceux qui t'implorent ton inépuisable bonté ; c'est leur fierté de t'avoir pour Créateur et Providence : restaure pour eux ta création, et l'ayant renouvelée, protège-la.
Livre de Daniel (Dn 5, 1-2.5-9.13-17.25-31)
Le banquet de Belshassar
Les puissants de ce monde peuvent profaner les choses saintes et se dresser contre la religion : leur destin est déjà écrit auprès de Dieu. Peut-être demain ne seront-ils plus ?
Le roi Belshassar fit un grand festin pour ses dignitaires, au nombre de mille, et en présence des mille, il but du vin. Durant la dégustation du vin, Belshassar ordonna d'apporter les ustensiles d'or et d'argent que Nabuchodonosor son père avait enlevés du temple de Jérusalem, c'est dedans que boiraient le roi et ses dignitaires, ses concubines et ses femmes de service.
À l'instant même, surgirent des doigts de main d'homme : ils écrivaient devant le candélabre sur le plâtre du mur du palais royal, et le roi voyait le tronçon de main qui écrivait. Alors le roi changea de couleur ; ses réflexions le tourmentaient, les jointures de ses reins étaient disloquées et ses genoux s'entrechoquaient. Le roi cria avec force d'introduire les conjureurs, les chaldéens et les devins. Le roi prit la parole et dit aux sages de Babylone : "Tout homme qui lira cette inscription et m'en exposera l'interprétation, revêtira la pourpre, aura le collier d'or au cou et commandera en triumvir dans le royaume." Alors tous les sages du roi entrèrent, et ils ne purent ni lire l'inscription, ni en faire connaître au roi l'interprétation. Alors le roi Belshassar fut extrêmement tourmenté et changea de couleur, et ses dignitaires furent consternés.
Alors Daniel fut introduit devant le roi. Le roi prit la parole et dit : "Est-ce bien toi Daniel, d'entre les déportés de Juda que le roi mon père a amenés de Juda ? J'ai entendu dire de toi qu'un esprit des dieux est en toi, et qu'on a trouvé en toi une clairvoyance, une perspicacité et une sagesse extraordinaires. Et maintenant, on a introduit en ma présence les sages et les conjureurs, afin qu'ils lisent cette inscription et m'en fassent connaître l'interprétation, et ils ne peuvent pas m'exposer l'interprétation de la chose. Or, moi, j'ai entendu dire que tu pouvais fournir des interprétations et résoudre des problèmes. Maintenant donc, si tu peux lire cette inscription et m'en faire connaître l'interprétation, tu revêtiras la pourpre, tu auras le collier d'or au cou et tu commanderas en triumvir dans mon royaume."
Alors Daniel prit la parole et dit en présence du roi : "Tes cadeaux, qu'ils soient pour toi-même, et tes gratifications, donne-les à d'autres ! Mais l'inscription, je la lirai au roi et je lui en ferai connaître l'interprétation. Voici l'inscription qui a été tracée : Mené Mené Téqel Ou-Parsin. Quant à l'interprétation la voici : Mené, Compté : Dieu a fait le compte de ton règne et il y a mis fin. Téqel, Pesé : Tu as été pesé dans la balance et trouvé insuffisant. Peres, Divisé : Ton royaume a été divisé, et il a été donné aux Mèdes et aux Perses." Alors Belshassar ordonna de revêtir Daniel de la pourpre, de lui mettre le collier d'or au cou, et de proclamer à son sujet qu'il commanderait en triumvir dans le royaume. Cette nuit-là même, Belshassar, le roi chaldéen, fut tué.
R/ C'est Dieu qui intervient :
L'un, il l'abaisse ; l'autre, il le relève.
Ne dressez pas votre audace contre le ciel,
Ne parlez pas en le prenant de haut.
Le Seigneur tient en main une coupe,
Les impies la boiront jusqu'à la lie.
Quiconque adore la bête et son image
Devra boire le vin de la colère de Dieu.
HOMÉLIE DU II° SIÈCLE
"En attendant le bonheur que nous espérons
quand se manifestera la gloire de Jésus Christ"
Mes frères, faisons la volonté du Père : il nous a appelés afin que nous vivions et que nous recherchions la vertu avec plus d'ardeur. Rejetons la malice qui marche en tête de tous les péchés et fuyons l'impiété pour ne pas nous laisser assaillir par toutes sortes de maux. Car si nous cherchons à faire le bien, c'est la paix qui nous escortera. Voilà pourquoi elle ne peut être rencontrée par les hommes qui se laissent égarer par des craintes humaines et qui préfèrent la jouissance d'ici-bas à la promesse future. Ils ignorent en effet quels tourments implique la jouissance d'ici-bas, et quels délices implique la promesse future. Si encore ils étaient seuls à se conduire ainsi, on pourrait le supporter, mais ils s'obstinent à enseigner le mal à des âmes innocentes, sans savoir qu'ils recevront un double châtiment : pour eux et pour leurs disciples.
Quant à nous, servons Dieu avec un cœur pur, et nous serons justes ; mais si nous ne le servons pas, parce que nous ne croyons pas à sa promesse, nous serons misérables. Comme dit un prophète : Misérables, ceux dont l'âme est partagée, dont le cœur est hésitant et qui disent : Nous avons entendu dire tout cela au temps de nos pères, mais nous avons attendu jour après jour, et nous n'avons rien vu. Insensés ! Comparez-vous à un arbre, la vigne par exemple : tout d'abord elle perd ses feuilles, puis le bourgeon apparaît, ensuite le raisin vert, enfin la grappe mûre. C'est ainsi que notre peuple subit des troubles et des épreuves, mais ensuite, il recevra le bonheur.
Ainsi, mes frères, n'ayons pas un cœur partagé, mais persévérons dans l'espérance afin de toucher notre salaire. Car il est fidèle celui qui a promis de rendre à chacun selon ses œuvres. Si nous avons pratiqué la justice devant Dieu, nous entrerons dans son Royaume et nous recevrons les biens promis, ceux que l'oreille n'a pas entendus, que l'œil n'a pas connus, que le cœur de l'homme ne peut concevoir.
Attendons à chaque instant le royaume de Dieu, dans la charité et la justice, puisque nous ignorons le jour de la manifestation de Dieu.
Dès maintenant donc, mes frères, convertissons-nous observons la sobriété qui favorise le bien, car nous sommes remplis de folie et de malice. Effaçons nos péchés anciens et faisons notre salut en nous convertissant du fond de l'âme. Ne soyons pas des flatteurs, ne cherchons pas à plaire seulement à nos frères, mais aussi à ceux du dehors, en vue de la justice, pour éviter que le Nom divin soit blasphémé à cause de nous.
R/ Laissons là nos idoles,
Tournons-nous vers le Dieu vivant.
Revêtez-vous de sacs,
Poussez des hurlements,
Puisqu'elle ne s'est pas écartée de nous,
L'ardente colère du Seigneur.
Purifie ton cœur du mal, Jérusalem,
Afin d'être sauvée ;
Jusques à quand garderas-tu en ton cœur
Tes pensées stupides ?
Oraison
Dieu éternel et tout-puissant, toi que nous pouvons déjà appeler notre Père, fais grandir en nos cœurs l'esprit filial, afin que nous soyons capables d'entrer un jour dans l'héritage qui nous est promis.