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9 dimanche

 

Livre de Job (Jb 28, 1-28)

Eloge de la sagesse

La sagesse n'est qu'à Dieu seul. L'homme, si grand soit son savoir-faire qui parvient à extraire les minéraux des entrailles de la terre, ne saurait y prétendre. On ne peut donc, comme le voulait Job, discuter avec Dieu d'égal à égal. Reste la crainte du Seigneur, c'est-à-dire une piété filiale, confiante et abandonnée.

Certes, des lieux d'où extraire l'argent et où affiner l'or, il n'en manque pas. Le fer, c'est du sol qu'on l'extrait, et le roc se coule en cuivre. On a mis fin aux ténèbres et l'on fouille jusqu'au tréfonds la pierre obscure dans l'ombre de mort. On a percé des galeries loin des lieux habités, là, inaccessible aux passants, on oscille, suspendu loin des humains. La terre, elle d'où sort le pain, fut ravagée en ses entrailles comme par un feu. Ses rocs sont le gisement du saphir et là se trouve la poussière d'or. Les rapaces en ignorent le sentier et l'œil du vautour ne l'a pas repéré. Les fauves ne l'ont point foulé ni le lion ne l'a frayé. On s'est attaqué au silex, on a ravagé les montagnes par la racine. Dans les rochers on a percé des réseaux de galeries, et tout ce qui est précieux, l'œil de l'homme l'a vu. On a tari les sources des fleuves et amené au jour ce qui était caché.

Mais la sagesse, où la trouver ? Où réside l'intelligence ? On en ignore le prix chez les hommes, et elle ne se trouve pas au pays des vivants. L'Abîme déclare : "Elle n'est pas en moi." Et l'Océan : "Elle ne se trouve pas chez moi." Elle ne s'échange pas contre de l'or massif, elle ne s'achète pas au poids de l'argent. L'or d'Ofir ne la vaut pas, ni l'onyx précieux, ni le saphir. Ni l'or ni le verre n'atteignent son prix, on ne peut l'avoir pour un vase d'or fin. Corail, cristal n'entrent pas en ligne de compte. Et mieux vaudrait pêcher la sagesse que les perles. La topaze de Nubie n'atteint pas son prix. Même l'or pur ne la vaut pas.

Mais la sagesse, d'où vient-elle, où réside l'intelligence ? Elle se cache aux yeux de tout vivant, elle se dérobe aux oiseaux du ciel. Le gouffre et la mort déclarent : "Nos oreilles ont eu vent de sa renommée." Dieu en a discerné le chemin, il a su, lui, où elle réside. C'était lorsqu'il portait ses regards jusqu'aux confins du monde et qu'il inspectait tout sous les cieux pour régler le poids du vent, et fixer la mesure des eaux. Quand il assignait une limite à la pluie et frayait une voie à la nuée qui tonne, alors il l'a vue et dépeinte, il l'a discernée et même scrutée. Puis il a dit à l'homme : "La crainte du Seigneur, voilà la sagesse. S'écarter du mal, c'est l'intelligence !"

 

R/ As-tu découvert le lieu de la Sagesse ?

 

Seul en connaît le secret

Le Père qui a voulu faire par elle

Toutes choses nouvelles.

 

Le Christ en apprit le chemin

Quand il descendit pour toi

Jusqu'au fond de son propre cœur.

 

Garde les commandements

Et demeure dans l'amour,

Alors tu la trouveras chez toi.

 

DES CONFESSIONS DE SAINT AUGUSTIN

Notre cœur est sans repos jusqu'à ce qu'il se repose en toi.

Tu es grand, Seigneur, et très digne de louange ; ta puissance est grande, et ta sagesse, infinie. Pourtant l'homme veut te louer, l'homme qui n'est qu'un fragment de ta création, l'homme qui porte partout avec lui sa mortalité, qui porte avec lui le témoignage de son péché et qui témoigne que tu résistes aux superbes. Cependant, fragment quelconque de ta création, l'homme veut te louer. C'est toi qui l'excites à chercher sa joie dans ta louange, parce que tu nous as faits pour toi, et notre cœur est sans repos jusqu'à ce qu'il se repose en toi.

Donne-moi, Seigneur, de savoir et de comprendre si l'on doit d'abord t'invoquer, ou te louer ; si l'on doit d'abord te connaître, ou t'invoquer. Mais qui peut t'invoquer sans te connaître ? Celui qui t'ignore peut toutefois invoquer autre chose au lieu de toi. Ou plutôt, n'es-tu pas invoqué afin d'être connu ? Mais comment invoquer celui en qui l'on ne croit pas ? Et comment croira-t-on, s'il n'y a pas de prédication ? Ils loueront le Seigneur, ceux qui le cherchent. Ceux qui le cherchent le trouveront, et ceux qui le trouvent le loueront. Que je te cherche, Seigneur, en t'invoquant, et que je t'invoque, en croyant en toi ! Car tu nous as été révélé par la prédication. Elle t'invoque, Seigneur, cette foi que tu m'as donnée, cette foi que tu m'as inspirée par l'humanité de ton Fils, par le ministère de ton prédicateur.

Et comment invoquerai-je mon Dieu, mon Dieu et mon Seigneur ? Quand je l'invoquerai, je l'appellerai à venir en moi. Mais y a-t-il en moi une place où mon Dieu puisse venir ? où Dieu puisse venir en moi, ce Dieu qui a fait le ciel et la terre ? Ainsi donc, Seigneur mon Dieu, il y a en moi quelque chose qui puisse te contenir ? Est-ce que le ciel et la terre que tu as créés, et dans lesquels tu m'as créé, peuvent te contenir ? Ou bien, parce que rien de ce qui existe n'existerait sans toi, s'ensuit-il que tout ce qui existe te contienne ?

Puisque moi-même j'existe, puis-je te demander de venir en moi, moi qui n'existerais pas si tu n'existais pas en moi ? Je ne suis pas encore arrivé dans le séjour des morts, et pourtant, tu es là aussi. Car si je descends chez les morts, tu es là. Je n'existerais donc pas, mon Dieu, je n'existerais absolument pas, si tu n'étais pas en moi. Ou plutôt, je n' existerais pas, si je n'étais pas en toi ; toi de qui, par qui et en qui sont toutes choses. C'est bien cela, Seigneur, c'est bien cela. De quel côté crier pour t'appeler, puisque je suis en toi ? Et d'où viendrais-tu en moi ? Où donc devrais-je me retirer, hors du ciel et de la terre, pour que, de là, vienne jusqu'à moi le Dieu qui a dit : C'est moi qui remplis le ciel et la terre ?

Qui me donnera de me reposer en toi ? Qui me donnera que tu viennes dans mon cœur pour l'enivrer, afin que j'oublie mes maux et que je puisse étreindre mon unique bien, qui est toi ? Qui es-tu pour moi ? Prends pitié de moi, pour que je puisse parler. Que suis-je, moi-même, à tes yeux, pour que tu m'ordonnes de t'aimer et, si je ne le fais pas, que tu sois irrité contre moi et que tu me menaces de terribles misères ? Est-ce déjà une faible misère, si je ne t'aime pas ?

Malheureux que je suis ! Dans ta miséricorde, Seigneur mon Dieu, dis-moi ce que tu es pour moi. Dis à mon âme : C'est moi ton salut. Dis-le, que je l'entende. Voici que l'oreille de mon cœur est à l'écoute devant toi, Seigneur : fais qu'elle t'entende, et dis à mon âme : C'est moi ton salut. Je veux accourir vers cette parole et te saisir enfin. Ne détourne pas de moi ton visage. Que je meure, pour ne pas vraiment mourir, mais que je le voie !

 

R/ Ma part, et l'espoir de mon cœur,

C'est Dieu pour toujours.

 

Jusqu'à leur mort les impies ne manquent de rien,

Avec les autres ils ne sont point frappés.

 

Tous les gens de mon peuple

Courent derrière les infidèles,

Puisqu'il y pleut une abondance de biens.

 

Qui s'éloigne de toi périra, Seigneur,

Pour moi, j'ai mon refuge auprès de toi.

 

Te Deum

Oraison 9

Seigneur notre Père, nous en appelons à ta providence qui jamais ne se trompe en ses desseins : tout ce qui fait du mal, écarte-le, et donne-nous ce qui peut nous aider.


9 lundi

 

Livre de Job (Jb 29, 1-10 ; 30, 1.9-23)

Dieu oublierait-il d'avoir pitié ?

Pour l'Oriental surtout – mais n'est-ce pas vrai encore pour chacun de nous ? – le scandale de la souffrance est accru lorsqu'elle succède à un période de bonheur. Elle fait alors perdre la face aux yeux du monde et semble même, aux yeux des "honnêtes gens", une sorte de jugement. Il faut toute la foi du chrétien pour y reconnaître une épreuve permise par Dieu.

Alors Job continua de prononcer son poème et dit :

Qui me fera revivre les lunes d'antan, ces jours où Dieu veillait sur moi, quand sa lampe brillait sur ma tête, et dans la nuit j'avançais à sa clarté ; tel que j'étais aux jours féconds de mon automne, quand l'amitié de Dieu reposait sur ma tente, quand le Puissant était encore avec moi et que mes garçons m'entouraient, quand je lavais mes pieds dans la crème et le roc versait pour moi des flots d'huile.

Si je sortais vers la porte de la cité, si j'installais mon siège sur la place, à ma vue les jeunes s'éclipsaient, les vieillards se levaient et restaient debout. Les notables arrêtaient leurs discours et mettaient la main sur leur bouche. La voix des chefs se perdait, leur langue se collait au palais.

Et maintenant, je suis la risée de plus jeunes que moi, dont j'eusse dédaigné de mettre les pères parmi les chiens de mon troupeau. Et maintenant je sers à leur chanson, me voici devenu leur fable. Ils m'ont en horreur et s'éloignent. Sans se gêner, ils me crachent au visage. Puisque Dieu a détendu mon arc et m'a terrassé, ils perdent toute retenue en ma présence.

Ils grouillent à ma droite, ils me font lâcher pied, ils se fraient un accès jusqu'à moi pour me perdre. Ils me coupent la retraite et s'affairent à ma ruine, sans qu'ils aient besoin d'aide. Ils affluent par la brèche, ils se bousculent sous les décombres. L'épouvante fonce contre moi. En coup de vent, elle chasse mon assurance. Mon bien-être a disparu comme un nuage.

Et maintenant la vie s'écoule de moi, les jours de peine m'étreignent. La nuit perce mes os et m'écartèle ; et mes nerfs n'ont pas de répit. Sous sa violence, mon vêtement s'avilit, comme le col de ma tunique il m'enserre. Il m'a jeté dans la boue. Me voilà devenu poussière et cendre.

Je hurle vers toi, et tu ne réponds pas. Je me tiens devant toi, et ton regard me transperce. Tu t'es changé en bourreau pour moi, et de ta poigne tu me brimes. Tu m'emportes sur les chevaux du vent et me fais fondre sous l'orage. Je le sais : tu me ramènes à la mort, le rendez-vous de tous les vivants.

 

R/ Qui me fera revoir les jours de mon automne,

Ces jours où Dieu veillait sur moi ?

 

Jadis sa lumière me guidait dans les ténèbres.

Maintenant il me ferme toute issue :

Il a barré ma route, obstrué mes sentiers.

 

Quand même je crie et j'appelle,

Il arrête ma prière.

 

Il m'a emmuré et je ne puis sortir.

Vers qui m'enfuir, sinon vers lui ?

 

INSTRUCTION SPIRITUELLE DE SAINT DOROTHÉE DE GAZA

"Si nous disons que nous n'avons pas de péché, nous nous égarons nous-mêmes"

Comment se fait-il, mes frères, que parfois on entende une parole désagréable et qu'on la laisse passer sans se troubler comme si on n'avait rien entendu, tandis que d'autres fois on est troublé aussitôt qu'on l'a entendue ? Quelle est la raison d'une telle différence ? Y a-t-il à cela une seule raison, ou plusieurs ? Pour moi, j'en vois beaucoup ; mais il y en a une seule qui, pour ainsi dire, engendre toutes les autres.

Je m'explique. Voici d'abord un frère qui vient de prier ou de faire une bonne méditation. Il se trouve, comme on dit, bien disposé. Il supporte donc son frère et poursuit son chemin sans se troubler. En voici un autre qui a un vif attachement pour un frère : à cause de cela, il endure tranquillement toutes les attaques de ce frère. Il arrive aussi que tel autre méprise celui qui peut lui faire de la peine, il regarde ce qui vient de lui comme sans importance, il ne fait pas attention à lui, comme si ce n'était pas un homme, il ne tient aucun compte de ce qu'il dit ni le ce qu'il fait. Ce mépris, qui épargne le trouble, est évidemment désastreux.

Quant au trouble qu'on ressent parce qu'un frère nous fait de la peine, il peut venir de ce qu'on est mal disposé à ce moment, ou de ce que l'on a de l'aversion pour ce frère : il y a encore à cela beaucoup d'autres raisons variées qu'on pourrait énumérer.

Mais la cause de n'importe quel trouble, si nous la recherchons soigneusement, c'est que nous ne nous accusons pas nous-mêmes. C'est cela qui nous donne tout cet abattement, c'est cela qui nous empêche de jamais trouver le repos. Il ne faut pas nous étonner, si nous entendons dire à tous les saints qu'il n'existe pas d'autre chemin pour trouver le repos. Nous voyons bien que personne, en suivant un autre chemin, n'a pu le trouver. Et nous, nous prétendons le trouver et suivre un chemin parfaitement droit, sans jamais accepter de nous accuser nous-mêmes !

Effectivement, aurait-on accompli des milliers d'actions vertueuses, si l'on ne suit pas ce chemin, on ne cessera jamais de faire souffrir les autres et de souffrir soi-même, en perdant tout le fruit de son labeur.

 

R/ Mets ta joie dans le Seigneur ;

Il comblera les désirs de ton cœur !

 

La bouche du juste murmure la sagesse,

La loi de Dieu dans son cœur,

Ses pas ne chancellent jamais.

 

Heureux l'homme qui adore le Seigneur

Et s'attache à tout ce qu'il commande :

Confiant, il s'appuie sur son Dieu.

Oraison

Dieu qui montres aux égarés la lumière de ta vérité pour qu'ils puissent reprendre le bon chemin ; donne à tous ceux qui se déclarent chrétiens de rejeter ce qui est indigne de ce nom, et de rechercher ce qui lui fait honneur.


9 mardi

 

Livre de Job (Jb 31, 1-23.35-37)

Job persiste à plaider non coupable

En évoquant les vertus de Job, ce patriarche antérieur à Moïse, l'auteur du livre nous donne un fort beau tableau de morale naturelle. La place donnée à la justice et à la charité lui donne une allure très moderne. Mais en voulant discuter avec Dieu d'égal à égal, Job provoquera bientôt la réaction du Tout-Puissant qui lui révèlera sa folie.

J'avais conclu un pacte avec mes yeux : ne pas fixer le regard sur une vierge. Quel lot, en effet, Dieu assigne-t-il d'en haut, quelle part le Puissant fixe-t-il depuis les cieux ? N'est-ce pas la ruine pour le pervers, l'adversité pour les malfaiteurs ? Ne voit-il pas, lui, ma conduite ? Ne tient-il pas le compte de tous mes pas ? Alors, ai-je fait route avec le mensonge, mon pied s'est-il hâté vers la fraude ? Qu'il me pèse à de justes balances et Dieu reconnaîtra mon intégrité. Si mes pas ont dévié, si mon cœur a suivi mes yeux, si une souillure imprègne mes mains, alors, ce que je sème, qu'un autre le mange, mes rejetons, qu'on les déracine !

Si j'ai méconnu le droit de mon serviteur ou de ma servante dans leurs litiges avec moi, que faire quand Dieu se lèvera ? Quand il enquêtera, que lui répondre ? Celui qui m'a fait dans le ventre, ne les a-t-il pas faits aussi ? C'est le même Dieu qui nous a formés dans le sein.

Est-ce que je repoussais la demande des pauvres, laissais-je languir les yeux de la veuve ? Ma ration, l'ai-je mangée seul, sans que l'orphelin en ait eu sa part, alors que dès mon enfance il a grandi avec moi comme avec un père, et qu'à peine sorti du ventre de ma mère je fus le guide de la veuve ?

Voyais-je un miséreux privé de vêtement, un indigent n'ayant pas de quoi se couvrir, sans que ses reins m'aient béni et qu'il fût réchauffé par la toison de mes brebis ? Si j'ai brandi le poing contre un orphelin, me sachant soutenu au tribunal, que mon épaule se détache de mon dos et que mon bras se rompe au coude. Non, le châtiment de Dieu était ma terreur, je ne pouvais rien devant sa majesté.

Qui me donnera quelqu'un qui m'écoute ? Voilà mon dernier mot. Au Puissant de me répondre ! Quant au réquisitoire écrit par mon adversaire, eh bien, je le porterai sur mon épaule, je m'en parerai comme d'une couronne. Oui, je lui rendrai compte de mes pas, je lui ferai un accueil princier !

 

Si mon cœur était retourné en arrière,

si mes pas avaient quitté ses sentiers,

 

R/ Est-ce que Dieu ne l'eût pas aperçu,

Lui qui sait les secrets du cœur ?

 

Si j'avais méconnu les droits de ma servante,

Profité de ma terre sans l'avoir payée,

 

Si j'avais mangé seul mon pain,

Sans le partager avec l'orphelin,

 

Si j'avais placé dans l'or ma confiance,

Si je m'étais réjoui de mon abondance,

 

Si j'avais pris plaisir à l'infortune d'autrui,

Applaudi au malheur de mon ennemi,

 

Si j'avais dissimulé aux hommes mes péchés,

Redoutant le mépris des familles.

 

INSTRUCTION SPIRITUELLE DE SAINT DOROTHÉE DE GAZA

La fausse paix de l'esprit.

Celui qui s'accuse soi-même, quelle joie, quel repos il possède, partout où il va ! Qu'une peine, qu'un outrage, qu'une épreuve quelconque lui survienne, il juge d'avance qu'il en est digne et il n'est jamais troublé. Y a-t-il un état qui soit davantage exempt de soucis ?

Mais, dira-t-on, si un frère me tourmente, et qu'en m'examinant je constate que je ne lui en ai fourni aucun prétexte, comment pourrai-je m'accuser moi-même ?

En fait, si quelqu'un s'examine avec crainte de Dieu, il découvrira qu'il a certainement donné un motif de reproche par une action, une parole, ou une attitude. Et s'il voit qu'en rien de tout cela il n'a, soi-disant, donné aucun motif d'hostilité pour le présent, c'est vraisemblablement qu'il a tourmenté ce frère une autre fois, pour le même sujet ou pour un autre, ou bien encore parce qu'il a tourmenté une autre fois un autre frère. Et c'est pour cela, parfois même pour une autre faute, qu'il devait souffrir ainsi.

Il arrive aussi qu'un frère, se croyant installé dans la paix et la tranquillité, lorsqu'on lui dit une parole pénible, soit plongé dans le trouble. Et il juge qu'il a raison de s'affliger, se disant en lui-même : "S'il n'était pas venu me parler et me troubler, je n'aurais pas péché. "

C'est une illusion, c'est un faux raisonnement. Celui qui lui a dit cette parole, y a-t-il introduit la passion ? Il lui a révélé la passion qui était en lui, afin qu'il s'en repente, s'il le veut. Ainsi, ce frère était pareil à un pain de pur froment, d'apparence brillante, mais qui, une fois rompu, ferait voir sa corruption.

Il était installé dans la paix, croyait-il, mais il avait au-dedans de lui une passion qu'il ignorait. Qu'un frère lui dise une seule parole, et aussitôt a jailli la corruption qui était cachée en lui. S'il veut obtenir miséricorde, qu'il se repente, qu'il se purifie, qu'il progresse, et il verra qu'il devra plutôt remercier son frère d'avoir été pour lui la cause d'un tel profit. En effet, les épreuves ne l'accableront plus autant. Plus il progressera, plus elles lui paraîtront légères. À mesure en effet que l'âme progresse, elle se fortifie et devient capable de supporter tout ce qui lui arrive.

 

R/ Mets ta joie dans le Seigneur ;

Il comblera les désirs de ton cœur !

 

La bouche du juste murmure la Sagesse,

La loi de Dieu dans son cœur,

Ses pas ne chancellent jamais.

 

Heureux l'homme qui adore le Seigneur

Et s'attache à tout ce qu'il commande :

Confiant, il s'appuie sur son Dieu.

Oraison

Sois favorable à tes fidèles, Seigneur, et multiplie les dons de ta grâce : entretiens en eux la foi, l'espérance et la charité, pour qu'ils soient toujours attentifs à garder tes commandements.


9 mercredi

 

Livre de Job (Jb 32, 1-6 ; 33, 1-22)

Plaidoirie prétentieuse d'Elihou

Anticipant sur la réponse de Dieu, un Sage a inséré dans le livre de Job ses réflexions sur le langage du héros. C'est une illusion de se croire sans péché : en l'absence même de manquements extérieurs, reste toujours le profond orgueil de l'homme, qui le pousse à se fier lui-même. Et la souffrance est le plus sûr et le plus efficace moyen d'en prendre conscience.

Alors ces trois hommes cessèrent de répondre à Job, puisqu'il s'estimait juste. Mais Elihou se mit en colère. Il était fils de Barakéel le Bouzite, du clan de Ram. Il se mit en colère contre Job parce que celui-ci se prétendait plus juste que Dieu. Il se mit en colère aussi contre ses trois amis parce qu'ils n'avaient plus trouvé de réponse et avaient ainsi reconnu Dieu coupable. Or Elihou s'était retenu de parler à Job parce que les autres étaient plus âgés que lui. Mais quand Elihou vit que ces trois hommes n'avaient plus de réponse à la bouche, il se mit en colère.

Alors Elihou, fils de Barakéel le Bouzite, prit la parole et dit : Je suis un jeune, moi, et vous, des vieux. Aussi craignais-je et redoutais-je de vous exposer mon savoir. Veuille donc entendre, ô Job, mes discours, prête l'oreille à toutes mes paroles. Voici donc que j'ouvre la bouche, que ma langue parle en mon palais. C'est la rectitude de ma conscience qui parlera, et mes lèvres diront la vérité pure. C'est le souffle de Dieu qui m'a fait, l'inspiration du Puissant qui me fait vivre. Si tu le peux, réponds-moi, argumente contre moi, prends position ! Vois, devant Dieu je suis ton égal, j'ai été pétri d'argile, moi aussi ! Voyons, la terreur de moi n'a pas à t'épouvanter, et mon autorité n'a pas à t'accabler.

Mais tu as bien dit à mes oreilles et j'entends encore le son des paroles : Je suis pur, sans péché. Je suis net, moi, exempt de faute. Mais Dieu invente contre moi des griefs, il me traite en ennemi. Il me met les pieds dans les fers et il épie toutes mes traces !"

Voyons, en cela tu n'as pas raison, te dirai-je. Car Dieu est bien plus que l'homme. Pourquoi lui as-tu intenté un procès, à lui qui ne rend compte d'aucun de ses actes ? Pourtant Dieu parle d'abord d'une manière et puis d'une autre, mais l'on n'y prend pas garde : dans le songe, la vision nocturne, lorsqu'une torpeur accable les humains, endormis sur leur couche. Alors il ouvre l'oreille des humains et y scelle les avertissements qu'il leur adresse, afin de détourner l'homme de ses actes, d'éviter l'orgueil au héros. Ainsi il préserve son existence de la fosse et l'empêche d'offrir sa vie au javelot.

Parfois, il le réprimande dans son lit par la douleur, et la lutte n'a de cesse dans ses os. Le pain lui donne la nausée, il n'a plus d'appétit pour la bonne chère. Il dépérit à vue d'œil, ses os qu'on ne voyait pas deviennent saillants. Alors son existence frôle la fosse, et sa vie est livrée aux exterminateurs.

 

R/ Qui donc a connu la pensée du Seigneur ?

 

Du lieu de sa demeure, il observe

Tous les habitants de la terre.

 

C'est lui qui forme le cœur de chacun,

Lui qui discerne tous leurs actes.

 

Il déjoue le calcul des prudents,

Il confond les pensées des sages.

 

COMMENTAIRE DE SAINT GRÉGOIRE LE GRAND SUR LE LIVRE DE JOB

"Nous nous sommes faits tout petits au milieu de vous".

Entends mes paroles, Job, écoute tous mes discours.

Ainsi parle un de ses amis. L'enseignement des hommes arrogants a ceci de caractéristique, qu'ils ne savent pas présenter avec humilité, ce qu'ils enseignent, et qu'ils sont incapables de transmettre de façon véridique les vérités, qu'ils possèdent. Ils montrent par leurs paroles, lorsqu'ils enseignent, qu'ils se considèrent comme installés sur un sommet, qu'ils regardent leurs auditeurs comme situés très en dessous d'eux. S'ils daignent leur adresser la parole, ce n'est pas pour les aider, mais seulement pour les dominer.

C'est donc à juste titre que le Seigneur leur dit, par la bouche du prophète : Vous les gouverniez avec violence et dureté. En effet, ils gouvernent avec violence et dureté, ceux qui s'empressent non pas de redresser leurs inférieurs par de paisibles raisonnements, mais de les courber en les dominant avec âpreté.

Au contraire, le véritable enseignement fuit d'autant plus vivement ce vice de l'orgueil, même en pensée, qu'il attaque plus ardemment par les flèches de ses paroles celui qui est en personne le maître de l'orgueil. Il veille à ne pas mettre en valeur par ses manières hautaines celui qu'il combat avec de saintes paroles dans le cœur de ses auditeurs. Il s'efforce de recommander par ses paroles et de manifester par sa vie l'humilité qui est la maîtresse et la mère de toutes les vertus, afin de l'inculquer aux disciples de la vérité par la conduite plus encore que par la parole.

C'est pourquoi Paul a dit aux Thessaloniciens, comme s'il oubliait la grandeur de sa propre fonction d'Apôtre : Nous nous sommes faits tout petits au milieu de vous. L'Apôtre Pierre disait d'abord : Vous devez toujours être prêts à vous expliquer devant tous ceux qui vous demandent de rendre compte de l'espérance qui est en vous. Et il ajoutait, pour montrer la manière dont on doit enseigner, tout en faisant connaître la doctrine : Mais faites-le avec douceur et respect, en gardant une conscience droite.

Lorsque saint Paul dit à son disciple Timothée : Voilà ce que tu dois prescrire et enseigner avec autorité, il ne lui recommande pas une domination tyrannique, mais cette autorité qui vient de la façon de vivre. En effet, on enseigne avec autorité ce que l'on pratique avant de le professer. Car on manque de confiance pour enseigner, lorsque la mauvaise conscience fait obstacle à la parole. Aussi est-il écrit, au sujet du Seigneur : Il parlait comme un homme qui a autorité, et non pas comme les scribes et les pharisiens. Car il fut le seul, d'une façon unique et primordiale, à parler en vertu d'une parfaite autorité, parce qu'il n'a jamais commis aucun mal par faiblesse. La puissance de sa divinité lui permettait de nous servir ainsi par l'innocence de son humanité.

 

R/ Marchons dans la fidélité à Dieu, notre Père.

 

Le Seigneur est tendresse et pitié,

Lent à la colère et plein d'amour.

 

Il sait bien de quoi nous sommes pétris,

Il n'oublie pas que nous sommes poussière.

 

Oraison

Tu protèges, Seigneur, ceux qui comptent sur toi ; sans toi rien n'est fort et rien n'est saint : multiplie pour nous les gestes de miséricorde afin que, sous ta conduite, en faisant un bon usage des biens qui passent, nous puissions déjà nous attacher à ceux qui demeurent.


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