V/ Ma chair a refleuri, alléluia,
R/ De tour cœur, je rends grâce, alléluia.
Livre de l'Apocalypse (Ap 12, 1-18)
La femme et le dragon
La scène se présente comme correspondant exactement à Gn 3, 15. La femme désigne Sion, le peuple de Dieu qui engendre le messie et les croyants. Le désert où elle s'enfuit symbolise, depuis l'Exode, la protection toute-puissante de Dieu.
Un grand signe apparut dans le ciel : une femme, vêtue du soleil, la lune sous les pieds, et sur la tête une couronne de douze étoiles. Elle était enceinte et criait dans le travail et les douleurs de l'enfantement. Alors un autre signe apparut dans le ciel : c'était un grand dragon rouge feu. Il avait sept têtes et dix cornes et, sur ses têtes, sept diadèmes. Sa queue, qui balayait le tiers des étoiles du ciel, les précipita sur la terre.
Le dragon se posta devant la femme qui allait enfanter, afin de dévorer l'enfant dès sa naissance. Elle mit au monde un fils, un enfant mâle ; c'est lui qui doit mener paître toutes les nations avec une verge de fer. Et son enfant fut enlevé auprès de Dieu et de son trône. Alors la femme s'enfuit au désert, où Dieu lui a fait préparer une place, pour qu'elle y soit nourrie mille deux cent soixante jours.
Il y eut alors un combat dans le ciel : Michaël et ses anges combattirent contre le dragon. Et le dragon lui aussi combattait avec ses anges, mais il n'eut pas le dessus : il ne se trouva plus de place pour eux dans le ciel. Il fut précipité, le grand dragon, l'antique serpent, celui qu'on nomme Diable et Satan, le séducteur du monde entier, il fut précipité sur la terre et ses anges avec lui.
Et j'entendis une voix forte qui, dans le ciel, disait : Voici le temps du salut, de la puissance et du Règne de notre Dieu, et de l'autorité de son Christ ; car il a été précipité, l'accusateur de nos frères, celui qui les accusait devant notre Dieu, jour et nuit. Mais eux, ils l'ont vaincu par le sang de l'agneau et par la parole dont ils ont rendu témoignage : Ils n'ont pas aimé leur vie jusqu'à craindre la mort. C'est pourquoi soyez dans la joie, vous les cieux et vous qui y avez votre demeure ! Malheur à vous, la terre et la mer, car le diable est descendu vers vous, emporté de fureur, sachant que peu de temps lui reste.
Quand le dragon se vit précipité sur la terre, il se lança à la poursuite de la femme qui avait mis au monde l'enfant mâle. Mais les deux ailes du grand aigle furent données à la femme pour qu'elle s'envole au désert, au lieu qui lui est réservé pour y être nourrie, loin du serpent, un temps, des temps et la moitié d'un temps.
Alors le serpent vomit comme un fleuve d'eau derrière la femme pour la faire emporter par les flots. Mais la terre vint au secours de la femme : la terre s'ouvrit et engloutit le fleuve vomi par le dragon. Dans sa fureur contre la femme, le dragon porta le combat contre le reste de sa descendance, ceux qui observent les commandements de Dieu et gardent le témoignage de Jésus. Puis il se posta sur le sable de la mer.
R/ Alléluia !
Ils triomphent par le sang de l'Agneau.
Il est vainqueur du monde,
Celui qui croit au Fils de Dieu
Venu avec l'eau et le sang,
Jésus Christ.
Vainqueur par le sang précieux
D'un agneau sans défaut et sans tache
Prédestiné avant que fût le monde,
Le sang du Christ !
HOMÉLIE DE SAINT GRÉGOIRE LE GRAND
"Mes brebis écoutent ma voix, et moi je leur donne la vie éternelle"
Moi, je suis le bon Pasteur. Et je connais mes brebis (c'est-à-dire je les aime), et mes brebis me connaissent. C'est comme s'il disait clairement : Ceux qui m'aiment m'obéissent, car celui qui n'aime pas la vérité, maintenant même ne la connaît pas du tout.
Puisque vous avez entendu, frères très chers, le péril qui nous menace, vous les pasteurs, évaluez, grâce aux paroles du Seigneur, le péril qui est le vôtre. Voyez si vous êtes ses brebis, voyez si vous le connaissez, voyez si vous percevez la lumière de la vérité. Je parle de percevoir, non par la foi, mais par l'amour. Je parle de percevoir, non par la croyance, mais par l'action. Car saint Jean, qui parle dans notre évangile, atteste cela lorsqu'il dit ailleurs : Celui qui prétend connaître Dieu, et qui ne garde pas ses commandements, est un menteur.
C'est pourquoi, dans notre passage, le Seigneur ajoute aussitôt : Comme le Père me connaît, moi je connais le Père, et je donne ma vie pour mes brebis. C'est comme s'il disait clairement : Ce qui prouve que je connais le Père et que je suis connu de lui, c'est que je donne ma vie pour mes brebis : c'est-à-dire : je montre combien j'aime le Père par l'amour qui me fait mourir pour mes brebis.
Au sujet des brebis, il dit encore : Mes brebis entendent ma voix, et moi je les connais, elles me suivent, et je leur donne la vie éternelle. Et un peu plus haut il avait dit à leur sujet : Si quelqu'un entre en passant par moi, il sera sauvé il pourra entrer et sortir, et il trouvera un pâturage. Il entrera pour avoir la foi il sortira en passant de la foi à la vision, de la croyance à la contemplation, et il trouvera un pâturage en arrivant au festin éternel.
Les brebis du bon Pasteur trouvent donc un pâturage parce que tout homme qui le suit avec un cœur simple est nourri dans la pâture des prairies intérieures. Et quel est le pâturage de ces brebis-là, sinon les joies éternelles d'un paradis toujours vert ? Car le pâturage des élus, c'est le visage de Dieu, toujours présent : puisqu'on le regarde sans interruption, l'âme se rassasie sans fin de l'aliment de vie.
Recherchons donc, frères très chers, ce pâturage où nous trouverons notre joie au cœur de la fête célébrée par tant de nos concitoyens. Que leur allégresse nous y invite. Réchauffons nos cœurs, mes frères, que notre foi se ranime envers ce qu'elle croit, que nos désirs s'enflamment pour les biens célestes : c'est déjà partir à leur rencontre que de les aimer.
Aucun obstacle ne doit nous enlever la joie de la solennité intérieure, car si l'on désire se rendre à un endroit qu'on s'est fixé, aucune difficulté ne peut changer ce désir. Aucune prospérité flatteuse ne doit nous en détourner ; il est fou, le voyageur qui, apercevant sur sa route de gracieuses prairies, oublie le but de son voyage.
Le Bon Pasteur s'est livré lui-même
Pour que vous ayez la vie.
Laissez-vous conduire à sa voix
Et suivez-le en chantant :
R/ Tu es la porte du Royaume, alléluia,
Tu es la route vers le Père, alléluia !
Le Seigneur a les yeux sur ses fidèles,
Sur ceux qui espèrent son amour.
Pour nous préserver de la mort,
Nous garder en vie au temps de la famine.
Oraison
Dieu éternel et tout puissant, guide-nous jusqu'au bonheur du ciel ; que le troupeau parvienne, malgré sa faiblesse, là où son Pasteur est entré victorieux. Lui qui règne.
V/ Mon cœur et ma chair sont un cri, alléluia,
R/ vers le Dieu vivant, alléluia.
Livre de l'Apocalypse (Ap 13, 1-18)
Les deux bêtes
Ici la première bête représente le pouvoir impérial romain, la seconde, au service de la première, sera désignée comme Faux-Prophète, peut-être la propagande en faveur du culte impérial.
Je vis monter de la mer une bête qui avait dix cornes et sept têtes, sur ses cornes dix diadèmes et sur ses têtes un nom blasphématoire. La bête que je vis ressemblait au léopard, ses pattes étaient comme celles de l'ours, et sa gueule comme la gueule du lion. Et le dragon lui conféra sa puissance, son trône et un pouvoir immense.
L'une de ses têtes était comme blessée à mort, mais sa plaie mortelle fut guérie. Émerveillée, la terre entière suivit la bête. Et l'on adora le dragon parce qu'il avait donné le pouvoir à la bête, et l'on adora la bête en disant : qui est comparable à la bête et qui peut la combattre ?
Il lui fut donné une bouche pour proférer arrogances et blasphèmes, et il lui fut donné pouvoir d'agir pendant quarante-deux mois. Elle ouvrit sa bouche en blasphèmes contre Dieu, pour blasphémer son nom, son tabernacle et ceux dont la demeure est dans le ciel. Il lui fut donné de faire la guerre aux saints et de les vaincre, et lui fut donné le pouvoir sur toute tribu, peuple, langue et nation. Ils l'adoreront, tous ceux qui habitent la terre, tous ceux dont le nom n'est pas écrit, depuis la fondation du monde, dans le livre de vie de l'agneau immolé.
Que celui qui a des oreilles entende : Qui est destiné à la captivité ira en captivité. Qui est destiné à périr par le glaive périra par le glaive. C'est l'heure de la persévérance et de la foi des saints.
Alors je vis monter de la terre une autre bête. Elle avait deux cornes comme un agneau, mais elle parlait comme un dragon. Tout le pouvoir de la première bête, elle l'exerce sous son regard. Elle fait adorer par la terre et ses habitants la première bête dont la plaie mortelle a été guérie.
Elle accomplit de grands prodiges, jusqu'à faire descendre du ciel, aux yeux de tous, un feu sur la terre. Elle séduit les habitants de la terre par les prodiges qu'il lui est donné d'accomplir sous le regard de la bête. Elle les incite à dresser une image en l'honneur de la bête qui porte la blessure du glaive et qui a repris vie. Il lui fut donné d'animer l'image de la bête, de sorte qu'elle ait même la parole et fasse mettre à mort quiconque n'adorerait pas l'image de la bête. À tous, petits et grands, riches et pauvres, hommes libres et esclaves, elle impose une marque sur la main droite ou sur le front. Et nul ne pourra acheter ou vendre, s'il ne porte la marque, le nom de la bête ou le chiffre de son nom.
C'est le moment d'avoir du discernement : celui qui a de l'intelligence, qu'il interprète le chiffre de la bête, car c'est un chiffre d'homme : et son chiffre est six cent soixante-six.
R/ À toi seul, Fils du vrai Dieu,
La gloire et la louange, alléluia.
Qui se déclarera pour moi devant les hommes,
Je me déclarerai pour lui devant mon Père.
Qui aura tenu bon jusqu'à la fin,
Je lui donnerai la vie éternelle.
TRAITÉ DE SAINT BASILE SUR LE SAINT-ESPRIT
"Renaître de l'eau et de l'Esprit".
Le Seigneur, qui nous dispense la vie, a établi une alliance avec nous, le baptême, qui comporte une figure de la mort et une figure de la vie ; l'image de la mort est accomplie par l'eau ; et quant à la vie, c'est l'Esprit qui nous en fournit le premier don. Ainsi apparaît en pleine lumière l'objet de notre recherche : pourquoi l'eau est-elle jointe à l'Esprit ? C'est que le baptême vise un double but : réduire à l'impuissance l'être de péché afin de ne plus porter des fruits pour la mort, mais aussi vivre de l'Esprit et porter des fruits qui conduisent à la sanctification. L'eau offre l'image de la mort en recevant le corps comme dans un tombeau ; l'Esprit infuse la force vivifiante en renouvelant nos âmes, qu'il fait passer de la mort du péché à la vie originelle. C'est donc cela, renaître de l'eau et de l'Esprit : la mort s'accomplit dans l'eau, et c'est l'Esprit qui produit notre vie.
C'est en trois immersions avec autant d'invocations que s'accomplit le grand mystère du baptême, afin que soit représentée la figure de la mort et que l'âme des baptisés soit illuminée par la communication de la connaissance de Dieu. Aussi bien, s'il y a dans l'eau une grâce, elle ne vient pas de la nature de l'eau, mais de la présence de l'Esprit. Car le baptême n'est pas la suppression d'une souillure extérieure, mais l'engagement envers Dieu d'une conscience droite. C'est donc pour nous préparer à la vie de ressuscités que le Seigneur nous propose de vivre selon l'Évangile, lorsqu'il nous prescrit de renoncer à la colère, de supporter le mal avec patience, de nous détacher des plaisirs, de ne pas désirer la richesse. Ainsi nous fait-il suivre la voie droite, lorsque nous adoptons à l'avance, par libre choix, ce que nous posséderons comme naturellement dans cette vie future.
C'est par l'Esprit Saint que se fait la réintégration au paradis, la montée vers le royaume des cieux, le retour à la vie des fils adoptifs. Par lui nous avons l'audace d'appeler Dieu notre Père ; il nous donne d'être en communion avec la grâce du Christ, de nous nommer fils de lumière, de participer à la gloire éternelle et, pour tout dire en un mot, d'être comblés de toute bénédiction dans ce siècle et dans le siècle à venir ; de voir dans un miroir, comme s'ils étaient déjà présents, la grâce des biens promis, dont la foi nous fait attendre la jouissance. Car si le premier don est aussi riche, qu'en sera-t-il du versement complet ? Et si les prémices sont aussi belles, qu'en sera-t-il de la plénitude totale ?
Le monde s'ouvre à la vie,
L'homme reçoit l'Esprit.
Au souffle du Très-Haut,
Se lève un peuple nouveau
De toute race, langue et frontière,
R/ Pour devenir le corps de Jésus Christ
et transformer la face de la terre.
C'est dans l'Esprit Saint
Que vous serez baptisés :
R/ Pour devenir le corps de Jésus Christ
Et transformer la face de la terre.
Oraison
Dieu qui as relevé le monde par les abaissements de ton Fils, donne à tes fidèles une joie sainte : tu les as tirés de l'esclavage du péché ; fais-leur connaître le bonheur impérissable.
V/ Ressuscité des morts, le Christ ne meurt plus, alléluia.
R/ Sur lui, la mort n'a plus aucun pouvoir, alléluia
Livre de l'Apocalypse (Ap 14, 1-13)
La victoire de l'Agneau
Un grand peuple de rachetés a été libéré du péché et de la mort, mais les impies souffrent d'affreux tourments.
Je vis l'agneau debout sur la montagne de Sion, et avec lui les cent quarante-quatre mille qui portent son nom et le nom de son Père écrits sur leurs fronts. Et j'entendis une voix venant du ciel, comme la voix des océans, comme le grondement d'un fort coup de tonnerre, et la voix que j'entendis était comme le chant de joueurs de harpe touchant leurs instruments. Ils chantaient un cantique nouveau, devant le trône, devant les quatre animaux et les anciens. Et nul ne pouvait apprendre ce cantique, sinon les cent quarante-quatre mille, les rachetés de la terre. Ils ne se sont pas souillés avec des femmes, car ils sont vierges. Ils suivent l'agneau partout où il va. Ils ont été rachetés d'entre les hommes comme prémices pour Dieu et pour l'agneau, et dans leur bouche ne s'est point trouvé de mensonge : ils sont irréprochables.
Et je vis un autre ange qui volait au zénith. Il avait un Évangile éternel à proclamer à ceux qui résident sur la terre : à toute nation, tribu, langue et peuple. Il disait d'une voix forte : Craignez Dieu et rendez-lui gloire, car elle est venue, l'heure de son jugement. Adorez le créateur du ciel et de la terre, de la mer et des sources d'eaux. Et un autre, un second ange, le suivit et dit : Elle est tombée, elle est tombée, Babylone la grande, elle qui a abreuvé toutes les nations du vin de sa fureur de prostitution.
Et un autre, un troisième ange, les suivit et dit d'une voix forte : Si quelqu'un adore la bête et son image, s'il en reçoit la marque sur le front ou sur la main, il boira lui aussi du vin de la fureur de Dieu, versé sans mélange dans la coupe de sa colère, et il connaîtra les tourments dans le feu et le soufre, devant les saints anges et devant l'agneau. La fumée de leur tourment s'élève aux siècles des siècles, et ils n'ont de repos ni le jour ni la nuit, ceux qui adorent la bête et son image, et quiconque reçoit la marque de son nom. C'est l'heure de la persévérance des saints qui gardent les commandements de Dieu et la foi en Jésus.
Et j'entendis une voix qui, du ciel, disait : Écris : Heureux dès à présent ceux qui sont morts dans le Seigneur ! Oui, dit l'Esprit, qu'ils se reposent de leurs labeurs, car leurs œuvres les suivent.
R/ Chantez le cantique de l'Agneau :
Gloire au Christ, Maître-de-tout, alléluia !
Enfants de Dieu, nous le sommes,
Discernés par avance dans le Fils unique.
Jésus nous conduit vers son Père
Au prix du sang qu'il a versé.
Nos yeux sont fixés sur la cité de fête
Où nous verrons le visage de Dieu.
Bien au-delà de toute souffrance,
Une joie éternelle nous attend.
HOMÉLIE DE SAINT PIERRE CHRYSOLOGUE SUR LE SACRIFICE SPIRITUEL
"Tu as fait de nous un royaume et des prêtres pour notre Dieu"
Je vous adjure par la miséricorde de Dieu. Saint Paul nous demande, ou plutôt c'est Dieu qui nous demande par l'intermédiaire de Paul : Dieu veut être aimé plus qu'il ne veut être craint. Dieu demande parce qu'il ne veut pas tellement être Seigneur qu'être Père. Dieu demande avec miséricorde pour ne pas exiger avec rigueur.
Écoutez ce que demande le Seigneur : Reconnaissez en moi votre corps, vos membres, vos viscères, vos os, votre sang. Et si ce qui appartient à Dieu vous inspire de la crainte, est-ce que vous n'aimez pas ce qui est à vous ? Si vous fuyez le Seigneur, pourquoi ne recourez-vous pas à celui qui vous a engendrés ?
Mais peut-être que l'énormité de ma passion, dont vous êtes les auteurs, vous couvre de honte ? Ne craignez pas. Cette croix a été mortelle non pour moi mais pour la mort. Ces clous ne me pénètrent pas de douleur, mais d'un amour encore plus profond envers vous. Ces blessures ne provoquent pas mes gémissements, mais elles vous font entrer davantage dans mon cœur. L'écartèlement de mon corps vous ouvre mes bras, il n'augmente pas mon supplice. Mon sang n'est pas perdu pour moi, mais il est versé pour votre rançon.
Venez donc, retournez à moi et reconnaissez votre Père en voyant qu'il vous rend le bien pour le mal, l'amour pour les outrages, et pour de si grandes blessures une si grande charité.
Mais écoutons maintenant l'adjuration de l'Apôtre : Je vous adjure d'offrir vos corps. L'Apôtre, par cette demande, a fait accéder tous les hommes au sommet du sacerdoce : offrir vos corps, comme un sacrifice vivant.
Quelle fonction sans précédent, que celle du sacerdoce chrétien ! L'homme y est à lui-même et la victime et le prêtre ; l'homme n'a pas à chercher au dehors ce qu'il doit immoler à Dieu ; l'homme apporte avec lui et en lui ce qu'il doit offrir pour lui-même à Dieu en sacrifice ; la victime demeure la même, tandis que le prêtre reste aussi le même ; la victime qu'on frappe reste vivante, et le prêtre ne meurt pas puisqu'il doit officier.
Etonnant sacrifice où le corps est offert sans qu'il y ait de corps, où le sang est offert sans que le sang soit versé. Je vous adjure, par la miséricorde de Dieu, d'offrir vos corps en sacrifice vivant.
Mes frères, ce sacrifice du Christ dépend du modèle qu'il nous en a donné, lorsqu'il a immolé son corps pour que sa vie donne la vie au monde ; et vraiment il a fait de son corps un sacrifice vivant, puisqu'il vit en étant immolé. Avec une telle victime, la mort est donnée en rançon, le sacrifice demeure, le sacrifice est vivant, la mort reçoit son châtiment. C'est pourquoi les martyrs naissent en mourant, commencent leur vie lorsqu'ils la finissent, vivent par leur mise à mort, et brillent dans le ciel alors que sur la terre on croyait à leur extinction.
Je vous adjure, mes frères, par la miséricorde de Dieu, d'offrir vos corps en sacrifice vivant et saint. C'est ce que le Prophète a chanté : Tu ne voulais ni offrande ni sacrifice, mais tu m'as façonné un corps.
Sois le sacrifice et le prêtre de Dieu. Ne néglige pas le don que t'a concédé la souveraineté divine. Revêts la robe de la sainteté ; boucle sur toi le ceinturon de la chasteté ; que le Christ vienne voiler ta tête ; que la croix imprimée sur ton front te protège toujours ; mets sur ton cœur le mystère de la science divine ; fais brûler sans cesse l'encens de ta prière ; empoigne le glaive de l'Esprit ; fais de ton cœur un autel. Et ainsi présente ton corps à Dieu, offre-le sans crainte en sacrifice.
Dieu désire la foi, et non la mort ; il a soif de prières et non de sang ; il se laisse réconcilier par le bon vouloir, non par le meurtre.
R/ Dans ton sang, Seigneur,
Tu nous as rachetés pour Dieu !
Les anciens se prosternèrent devant l'Agneau ;
Ils chantaient un cantique nouveau.
Comme un agneau sans défaut et sans tache,
Jésus s'est offert lui-même à Dieu.
Oraison
Accorde-nous, Seigneur, d'entrer dans la joie de notre salut alors que nous fêtons la résurrection de ton Fils.
V/ Dieu qui a ressuscité le Seigneur, alléluia.
R/ Nous ressuscitera aussi par sa puissance, alléluia.
Livre de l'Apocalypse (Ap 14, 14-20 ; 15, 1-4)
Moisson et vendange de la terre
Moisson, vendange : images du grand jugement qui mettra fin à l'histoire des hommes. Les sauvés entreront dans le Royaume en chantant les merveilles de Dieu.
Je vis une nuée blanche, et sur la nuée siégeait comme un fils d'homme. Il avait sur la tête une couronne d'or et dans la main une faucille tranchante. Puis un autre ange sortit du temple et cria d'une voix forte à celui qui siégeait sur la nuée : Lance ta faucille et moissonne. L'heure est venue de moissonner, car la moisson de la terre est mûre. Alors celui qui siégeait sur la nuée jeta sa faucille sur la terre, et la terre fut moissonnée.
Puis un autre ange sortit du temple céleste. Il tenait, lui aussi, une faucille tranchante. Puis un autre ange sortit de l'autel. Il avait pouvoir sur le feu et cria d'une voix forte à celui qui tenait la faucille tranchante : Lance ta faucille tranchante et vendange les grappes de la vigne de la terre, car ses raisins sont mûrs. Et l'ange jeta sa faucille sur la terre, il vendangea la vigne de la terre et jeta la vendange dans la grande cuve de la colère de Dieu. On foula la cuve hors de la cité, et de la cuve sortit du sang qui monta jusqu'au mors des chevaux sur une étendue de mille six cents stades.
Et je vis dans le ciel un autre signe, grand et merveilleux : Sept anges tenaient sept fléaux, les derniers, car en eux s'accomplit la colère de Dieu. Et je vis comme une mer de cristal mêlée de feu. Debout sur la mer de cristal, les vainqueurs de la bête, de son image et du chiffre de son nom tenaient les harpes de Dieu. Ils chantaient le cantique de Moïse, le serviteur de Dieu, et le cantique de l'agneau : Grandes et admirables sont tes œuvres, Seigneur Dieu tout-puissant. Justes et véritables sont tes voies, Roi des nations. Qui ne craindrait, Seigneur, et ne glorifierait ton nom ? Car toi seul es saint. Toutes les nations viendront et se prosterneront devant toi, car tes jugements se sont manifestés.
R/ Grandes, merveilleuses, tes œuvres,
Seigneur Dieu, Maître-de-tout, alléluia.
Qui est comme toi parmi les dieux, Seigneur ?
Qui est comme toi, magnifique en sainteté,
Formidable en exploits, auteur de prodiges ?
Toutes les nations viendront
Pour se prosterner devant toi,
Car voici manifestés tes jugements.
TRAITÉ DE SAINT HILAIRE SUR LA TRINITÉ
"De même que je vis par le Père, celui qui mangera ma chair vivra par moi"
Si véritablement le Verbe s'est fait chair, c'est véritablement aussi que nous mangeons le Verbe incarné en communiant au banquet du Seigneur. Comment ne doit-on pas penser qu'il demeure en nous par nature ? En effet, par sa naissance comme homme, il a assumé notre nature charnelle d'une façon désormais définitive et, dans le sacrement de sa chair donnée en communion, il a uni sa nature charnelle à sa nature éternelle. C'est ainsi que tous nous formons un seul être, parce que le Père est dans le Christ et que le Christ est en nous.
Que nous sommes en lui par le sacrement de la communion à sa chair et à son sang, lui-même l'affirme lorsqu'il dit : Et ce monde désormais ne me voit plus ; mais vous, vous me verrez vivant parce que je vis, et vous vivrez aussi ; parce que je suis dans le Père, que vous êtes en moi, et moi en vous. S'il voulait parler seulement d'une unité de volonté, pourquoi a-t-il exposé une progression et un ordre dans la consommation de cette unité ? N'est-ce pas parce lui-même étant dans le Père par sa nature divine, nous au contraire étant en lui en vertu de sa naissance corporelle, on doit croire que, réciproquement, il est en nous par le mystère sacramentel ? Ceci enseigne la parfaite unité réalisée par le médiateur : tandis que nous demeurons en lui, lui-même demeure en nous. Et ainsi nous progressons dans notre unité avec le Père, puisque le Fils demeure en lui par nature selon sa naissance éternelle et que nous-mêmes aussi sommes dans le Fils par nature, tandis que lui par nature demeure en nous.
Que cette unité soit en nous produite par sa nature, lui-même l'affirme ainsi : Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi, et moi en lui. Car ce n'est pas tout homme qui sera en lui, mais celui en qui il sera lui-même : c'est seulement celui qui mangera sa chair qui aura en lui la chair assumée par le Fils.
Plus haut, il avait déjà enseigné le sacrement de cette parfaite unité, en disant : De même que le Père, qui est la vie, m'a envoyé, et que moi je vis par le Père, de même aussi celui qui mangera ma chair vivra par moi. Donc, il vit par le Père ; et de la manière dont il vit par le Père, nous-mêmes vivons par sa chair.
Tout ce parallèle est à la base de notre intelligence du mystère ; il nous fait comprendre, par le modèle proposé, ce qui se passe. Donc, ce qui nous donne la vie, c'est que, dans les êtres charnels que nous sommes, le Christ demeure en nous par sa chair ; et il nous fera vivre en vertu du principe qui le fait vivre par le Père.
R/ Allons dans la joie puiser aux sources du salut !
Celui qui boira de l'eau que je lui donnerai
N'aura plus jamais soif.
L'eau que je vous donnerai deviendra en vous
Source jaillissant en vie éternelle.
Oraison
Tu as révélé, Seigneur, que tu serais la vie de tes fidèles, la gloire des humbles et le bonheur des justes ; réponds à ceux qui te supplient : ils ont soif des biens que tu promets, ouvre-leur tes réserves de grâce.