LETTRE DE SAINTE CLAIRE À LA BIENHEUREUSE AGNÈS DE PRAGUE
Heureux celui qui obtient de participer au banquet sacré afin de s’unir du fond de son cœur à celui dont toutes les bienheureuses troupes du ciel admirent continuellement la beauté, dont l’amour est blessure et la contemplation nourriture, dont la bonté nous rassasie, dont la douceur nous enivre, dont le souvenir est une douce lumière, dont le parfum fait revivre les morts, dont la vue dans la gloire rendra bienheureux tous les citoyens de la Jérusalem d’en haut. Puisque cette vue est un reflet de la lumière éternelle, un miroir sans tache, regarde chaque jour ce miroir, ô reine, épouse de Jésus Christ, pour y regarder continuellement ton visage : ainsi tu pourras t’embellir tout entière, à l’intérieur et à l’extérieur, revêtir des habits brodés, te parer des ornements et des fleurs de toutes les vertus, comme il convient à la fille et à l’épouse très chaste du souverain Roi. Dans ce miroir resplendit la bienheureuse pauvreté, la sainte humilité, l’inexprimable charité, que tu pourras contempler, par la grâce de Dieu, comme dans un miroir parfait.
Regarde donc comment ce miroir a commencé : la pauvreté de celui qui a été déposé dans une mangeoire, enveloppé de langes. Ô étonnante humilité ! Ô stupéfiante pauvreté ! Le Roi des anges, le Seigneur du ciel et de la terre est couché dans une mangeoire. Au centre du miroir, considère l’humilité, ou du moins la bienheureuse pauvreté, les labeurs et les peines innombrables qu’il a supportés pour la rédemption du genre humain. Et à l’extrémité de ce miroir, contemple l’inexprimable charité dont il a voulu mourir sur l’arbre de la croix, et y mourir du genre de mort le plus honteux. Ainsi ce miroir, placé sur le bois de la croix, avertissait les passants de considérer tout cela, en leur disant : Vous tous qui passez sur le chemin, regardez et voyez, s’il est une douleur comparable à ma douleur. À celui qui crie et se lamente ainsi, répondons d’une seule voix, d’un seul esprit : Je m’en souviendrai toujours, et mon âme défaillira en moi. Consume-moi donc de ce feu d’amour, toujours plus fortement, ô reine, épouse du roi céleste.
Contemple aussi ses indicibles délices, ses richesses et ses honneurs sans fin ; et en soupirant à cause du désir et de l’amour intenses de ton cœur, proclame : Entraîne-moi sur tes pas, courons à l’odeur de tes parfums, époux céleste. Je courrai sans m’arrêter, jusqu’à ce que tu m’introduises dans le cellier à vin, que ton bras gauche soulève ma tête que ton bras droit m’étreigne pour mon bonheur et que tu me baises du baiser délicieux de ta bouche.
Lorsque tu seras établie dans cette contemplation, souviens-toi de ta pauvre petite mère. Sache que moi-même j’ai inscrit ton cher souvenir ineffaçablement, sur les tablettes de mon cœur, car personne ne m’est plus cher que toi.
Pareille aux lis des champs
que Dieu revêt de sa beauté,
Claire a fleuri au grand Soleil ;
pure simplicité,
elle chante et s’émerveille :
R/ Béni sois-tu, Seigneur,
de m’avoir créée !
Terre de vérité,
l’Évangile m’a nourrie
de sagesse profonde.
Oraison
Dans ta miséricorde, Seigneur, tu as conduit sainte Claire à l'amour de la pauvreté ; à sa prière, accorde-nous de suivre le Christ avec la même pauvreté de cœur, afin de pouvoir te contempler dans le royaume des cieux.
Un jour la bienheureuse Jeanne dit ces paroles de feu, qui furent fidèlement recueillies sur-le-champ : « Mes chères filles, saint Basile, ni la plupart de nos saints Pères et piliers de l'Église, n'ont pas été martyrisés ; pourquoi vous semble-t-il que cela soit arrivé ? » Après que chacune eut répondu : « Et moi, dit cette bienheureuse Mère, je crois que c'est parce qu'il y a un martyre qui s'appelle le martyre d'amour, dans lequel Dieu soutenant la vie à ses serviteurs et servantes, pour les faire travailler à sa gloire, il les rend martyrs et confesseurs tout ensemble ; je sais, ajouta-t-elle, que c'est le martyre auquel les Filles de la Visitation sont destinées et que Dieu le fera souffrir à celles qui seront si heureuses que de le vouloir. » Une Sœur lui demanda comment ce martyre se pouvait faire ? « Donnez, lui dit-elle, votre consentement absolu à Dieu, et vous le sentirez. C'est, poursuivit-elle, que le divin amour fait passer son glaive dans les plus secrètes et intimes parties de nos âmes et nous sépare nous-mêmes de nous-mêmes. Je sais une âme, ajouta-t-elle, laquelle l'amour a séparée des choses qui lui ont été plus sensibles que si les tyrans eussent séparé son corps de son âme par le tranchant de leurs épées. » Nous connûmes bien qu'elle parlait d'elle-même. Une Sœur lui demanda combien ce martyre durait. « Depuis le moment, répondit-elle, que nous nous sommes livrées sans réserves à Dieu jusqu'au moment de notre mort, mais cela s'entend pour les cœurs généreux, et qui, sans se reprendre, sont fidèles à l'amour ; car, les cœurs faibles et de peu d'amour et de constance, Notre Seigneur ne s'applique pas à les martyriser ; il se contente de les laisser rouler leur petit train, de crainte qu'ils ne lui échappent, parce qu'il ne violente jamais le libre arbitre. » On lui répliqua si ce martyre d'amour pouvait jamais égaler le martyre corporel. « Ne cherchons point, dit-elle, l'égalité, quoique je pense que l'un ne cède rien à l'autre, car l’amour est fort comme la mort, et les martyrs d'amour souffrent plus mille fois en gardant leur vie, pour faire la volonté de Dieu, que s'il en fallait donner mille pour témoignage de leur foi, de leur amour et de leur fidélité.
R/ Connaître le Christ, la puissance de sa résurrection, et la communion à ses souffrances.
Pour lui, j'ai tout perdu, et je cours vers le seul but : Lui, le premier, m'a saisi, de tout mon élan, je veux le saisir.
Oraison
Seigneur, tu as donné à sainte Jeanne-Françoise de Chantal d'atteindre une haute sainteté à travers différents états de vie ; accorde-nous, à sa prière, de répondre fidèlement à notre vocation pour témoigner de la lumière en toute circonstance.
LETTRE DE S. CYPRIEN AUX MARTYRS ET AUX CONFESSEURS
Comment proclamer vos louanges, frères pleins de courage ? La vaillance de votre cœur, la constance de votre foi, quel éloge vais-je leur décerner ? Vous avez enduré la plus rude des tortures, jusqu'à ce qu'elle s'achève dans la gloire ; vous n'avez pas reculé devant les supplices : ce sont plutôt les supplices qui ont reculé devant vous. Les tourments ne pouvaient mettre fin à vos souffrances : c'est la couronne qui les a terminées. L'acharnement du bourreau s'est longtemps prolongé, non pas pour abattre une foi qui était inébranlable, mais pour envoyer plus rapidement au Seigneur les hommes de Dieu.
La foule des assistants a vu avec étonnement ce combat divin et spirituel, cette bataille du Christ ; elle a vu les serviteurs de celui-ci tenir bon avec une parole indomptable, une âme intacte, un courage divin ; ils sont démunis des armes du monde, mais ces croyants ont l'armure de la foi. Torturés, ils ont triomphé de ceux qui les torturaient leurs membres frappés et déchirés ont vaincu les ongles de fer qui les frappaient et les déchiraient.
Cette foi inexpugnable, les coups redoublés n'ont pu la dominer, et pourtant ce que l'on torturait chez les serviteurs de Dieu, tant leurs corps étaient disloqués, ce n'étaient plus des membres, mais des blessures. Le sang coulait, ce sang qui devait éteindre l'incendie de la persécution, qui devait apaiser par son ruissellement glorieux les flammes et les feux de l'enfer. Quel beau spectacle donné par notre Seigneur, combien sublime, combien grand, combien agréable aux yeux de Dieu, par la fidélité au serment et la générosité de son soldat ! Comme il est écrit dans le psaume où le Saint-Esprit nous instruit et nous exhorte tout ensemble : Elle est précieuse aux yeux du Seigneur, la mort de ses amis. Oui, elle est précieuse, cette mort qui achète l'immortalité au prix de son sang, qui reçoit la couronne pour la perfection de son courage.
Combien le Christ, alors, fut heureux, combien il prit plaisir à combattre et à vaincre en la personne de tels serviteurs, lui qui protège leur foi et qui accorde à ceux qui croient dans la mesure même où chacun croit qu'il peut recevoir ! Ce combat qui est le sien, il y était présent : ces lutteurs, ces défenseurs de son nom, il les a soutenus, fortifiés, encouragés. Lui qui, pour nous, a vaincu la mort une fois pour toutes, il continue en nous à la vaincre sans cesse.
Heureuse notre Église, illuminée ainsi par le prestige de la divine bonté, illustrée à notre époque par le sang glorieux des martyrs ! Auparavant elle était toute blanche par la vie sainte des frères ; maintenant elle est empourprée par le sang des martyrs. Parmi ses fleurs, il ne manque ni les lis, ni les roses. Chacun doit lutter pour atteindre le suprême degré dans ces deux genres de gloire, pour recevoir la couronne : blanche pour sa vie, ou bien pourpre pour son martyre.
R/ Heureux les cœurs purs : ils verront Dieu.
Les âmes des justes sont dans la main de Dieu,
nul tourment ne les atteindra.
Dieu les a soumis à l'épreuve
et les a trouvés dignes de lui.
Au jour de sa visite, ils resplendiront.
Le Seigneur régnera sur eux pour toujours.
Oraison
Que le courage étonnant de tes martyrs, Seigneur, augmente en nous le désir de t'aimer, et stimule en nos cœurs une foi toujours plus solide.
LETTRE DE S. MAXIMILIEN KOLBE
Le zèle apostolique pour le salut et la sanctification des âmes
Cher frère, j’éprouve une grande joie à cause du zèle brûlant qui t’enflamme pour promouvoir la gloire de Dieu. À notre époque, ce n’est pas sans douleur que nous voyons comme une épidémie ce qu’on appelle l’indifférentisme se propager de diverses manières non seulement chez les laïcs mais même dans les communautés religieuses. Et pourtant, puisque Dieu est digne d’une gloire infinie, il nous importe d’abord et au plus haut point de lui rendre la plus grande gloire, à la mesure de nos pauvres forces, même si nous ne pouvons lui donner que celle qu’il nous accorde lui-même, créatures en exil que nous sommes.
Puisque la gloire de Dieu resplendit surtout dans le salut des âmes que le Christ a rachetées de son propre sang, le zèle de la vie apostolique doit consister avant tout et par-dessus tout à procurer le salut, et même la plus grande sanctification du plus grand nombres d’âmes possible. Quel est le meilleur chemin pour arriver à cette fin, c’est-à-dire pour obtenir la gloire divine et la sanctification du plus grand nombre d’âmes, je le dirai d’un mot. Dieu, qui est la science et la sagesse infinies, et qui sait donc fort bien ce que nous devons faire pour augmenter sa gloire, nous manifeste sa volonté surtout par ceux qui sont ses représentants sur terre.
C’est donc l’obéissance, et elle seule, qui nous manifeste sûrement la volonté divine. Un supérieur peut bien tomber dans l’erreur, il ne peut arriver que nous, en observant l’obéissance, nous soyons menés à l’erreur. La seule exception qui soit au devoir d’obéir, c’est le cas où le supérieur ordonnerait quelque chose qui entraînerait manifestement, même sur un point minime, une violation de la loi divine : en ce cas, il ne serait pas lui-même un fidèle interprète de la volonté de Dieu.
Ce Dieu, seul infini, très sage, très saint, très clément, est le Seigneur, le Créateur et notre Père, principe et fin, sagesse, puissance et amour, Dieu est tout. Tout ce qui existe en dehors de Dieu n’a de valeur qu’en référence à lui, qui est Créateur de toutes choses et Rédempteur des hommes. C’est donc lui qui nous manifeste sa volonté adorable par ses représentants sur terre et nous attire ainsi à lui, dans le but d’attirer aussi à lui par nous d’autres âmes et de les unir à lui par une plus grand charité.
Tu vois, frère, quelle est la dignité de notre condition, grâce à la miséricorde de Dieu. Par l’obéissance, nous dépassons pour ainsi dire les limites de notre petitesse, et nous nous conformons à la volonté divine qui nous guide par sa sagesse et sa prudence infinie pour que notre action soit bonne. Bien plus, en adhérant à sa divine volonté, à laquelle aucune chose créée ne peut résister, nous devenons plus forts que tout.
Voilà le sentier de la sagesse et de la prudence, voilà l’unique voie par laquelle nous puissions rendre la plus haute gloire à Dieu. S’il y avait une autre voie meilleure, à coup sûr le Christ nous l’aurait montrée par sa parole et son exemple. Mais la sainte Écriture a résumé les longues années de sa vie à Nazareth en ces mots : Et il leur était soumis ; elle a placé le reste de son existence pour ainsi dire sous le signe de l’obéissance en montrant qu’il est descendu sur terre pour faire la volonté du Père.
Aimons donc, aimons suprêmement le Père céleste très aimant, et que notre obéissance soit la preuve de cette charité parfaite qui trouvera surtout à s’exercer lorsque nous sera demandé le sacrifice de notre volonté propre. Ne connaissons pas de livre plus sublime que Jésus Christ crucifié, pour progresser dans l’amour de Dieu.
Nous obtiendrons tout cela plus facilement par la Vierge immaculée, à qui Dieu a bien voulu confier la dispensation de sa miséricorde. Il ne fait aucun doute que la volonté de Marie ne soit pour nous exactement la volonté de Dieu. Si nous nous consacrons à Dieu, nous devenons entre ses mains des instruments de la miséricorde divine, tout comme elle-même entre les mains de Dieu. Laissons-nous donc diriger par elle, laissons-nous conduire par sa main, soyons sous sa conduite tranquilles et confiants : elle s’occupera de tout pour nous, elle pourvoira à tout, elle subviendra promptement aux besoins du corps et de l’âme, elle écartera elle-même les difficultés et les angoisses.
R/ Offrons à Dieu le sacrifice de louange !
Cherchez à imiter Dieu,
vous êtes ses enfants bien-aimés.
Suivez le chemin de l’amour,
à l’exemple du Christ.
Jésus s’est livré pour nous :
demeurez dans son amour.
Oraison
Dieu qui as mis au cœur de saint Maximilien Kolbe un ardent amour pour la Vierge immaculée et un dévouement qui l'a conduit à donner sa vie pour son prochain, accorde-nous, par son intercession, de nous dépenser pour ta gloire dans le service des autres en imitant ton Fils jusqu'à la mort. Lui qui règne.
V/ Bienheureuse Marie, tu as cru, la parole s'est accomplie en toi.
Lettre de saint Paul Apôtre aux Éphésiens (Ep 1, 16-23 ; 2, 1-10)
En Jésus-Christ, nous sommes passés de la mort à la vie
Je ne cesse pas de rendre grâce quand je fais mention de vous dans ma prière : Que le Dieu de notre Seigneur Jésus Christ, le Père dans sa gloire, vous donne un esprit de sagesse pour le découvrir et le connaître vraiment. Qu'il ouvre votre cœur à sa lumière, pour vous faire comprendre l'espérance que donne son appel, la gloire sans prix de l'héritage que vous partagez avec les fidèles, et la puissance infinie qu'il déploie pour nous, les croyants. C'est la force même, le pouvoir, la vigueur, qu'il a mis en œuvre dans le Christ quand il l'a ressuscité d'entre les morts et qu'il l'a fait asseoir à sa droite dans les cieux. Il l'a établi au-dessus de toutes les puissances et de tous les êtres qui nous dominent, quel que soit leur nom, aussi bien dans le monde présent que dans le monde à venir. Il lui a tout soumis et, le plaçant plus haut que tout, il a fait de lui la tête de l'Église qui est son corps, et l'Église est l'accomplissement total du Christ, lui que Dieu comble totalement de sa plénitude. Et vous, autrefois vous étiez des morts, à cause des fautes et des péchés dans lesquels vous viviez, soumis au cours de ce monde, soumis au prince du mal qui s'interpose entre le ciel et nous, et qui continue d'inspirer activement ceux qui désobéissent à Dieu. Et nous aussi, nous étions tous de ceux-là, quand nous vivions suivant les tendances égoïstes de notre chair, cédant aux caprices de notre chair et de nos raisonnements ; et nous étions, de nous-mêmes, voués à la colère comme tous les autres.
Mais Dieu est riche en miséricorde ; à cause du grand amour dont il nous a aimés, nous qui étions des morts par suite de nos fautes, il nous a fait revivre avec le Christ : c'est bien par grâce que vous êtes sauvés. Avec lui, il nous a ressuscités ; avec lui, il nous a fait régner aux cieux, dans le Christ Jésus. Par sa bonté pour nous dans le Christ Jésus, il voulait montrer, au long des âges futurs, la richesse infinie de sa grâce. C'est bien par la grâce que vous êtes sauvés, à cause de votre foi. Cela ne vient pas de vous, c'est le don de Dieu. Cela ne vient pas de vos actes, il n'y a pas à en tirer orgueil. C'est Dieu qui nous a faits, il nous a créés en Jésus Christ, pour que nos actes soient vraiment bons, conformes à la voie que Dieu a tracée pour nous et que nous devons suivre.
R/ Vierge Marie,
Tu as trouvé la joie :
Elle est notre avenir !
Tu es belle, ô Marie,
Pur reflet du cœur de Dieu.
Ton amour a triomphé de la mort,
Le Christ est ta victoire.
Le Père t'appelle par ton nom
Et les anges s'émerveillent.
Ton regard transfiguré
Découvre les profondeurs de l'Infini.
L'Esprit te donne pour Mère
À tous ceux qu'il fait naître d'en haut.
CONSTITUTION APOSTOLIQUE DE PIE XII SUR L'ASSOMPTION (1950)
Les Pères de l'Église et les grands docteurs, dans les homélies et les discours qu'ils ont adressés au peuple pour la fête de l'Assomption, en ont parlé comme d'une vérité déjà connue et admise par les fidèles. Ils l'ont expliquée plus clairement, ils en ont approfondi la signification et la portée. Surtout, ils ont mieux mis en lumière ce que les textes liturgiques n'avaient que brièvement indiqué : cette fête ne rappelle pas seulement que le corps inanimé de la Vierge Marie n'a subi aucune corruption, mais aussi qu'elle a triomphé de la mort et qu'elle a été glorifiée dans le ciel, à l'exemple de son Fils unique Jésus Christ.
Ainsi saint Jean Damascène, qui est le plus remarquable prédicateur de cette vérité traditionnelle, compare l'Assomption corporelle de la Mère de Dieu à ses autres dons et privilèges ; il déclare éloquemment : "Elle qui avait gardé sa virginité intacte dans l'enfantement, il fallait qu'elle garde son corps, même après la mort, exempt de toute corruption. Elle qui avait porté le Créateur dans son sein comme son enfant, il fallait qu'elle aille faire son séjour dans la lumière divine. Cette épouse que le Père s'était unie, il fallait qu'elle habite la chambre nuptiale.
Elle qui avait contemplé son Fils cloué à la croix et qui avait reçu dans son cœur le glaive de douleur qui lui avait été épargné dans l'enfantement, il fallait qu'elle le contemple trônant avec le Père. Il fallait que la Mère de Dieu possède ce qui appartenait à son Fils, et qu'elle soit honorée par toutes les créatures comme la Mère de Dieu et sa servante."
Pour saint Germain de Constantinople, si le corps de la Vierge Mère de Dieu avait été préservé de la corruption et transféré au ciel, cela ne s'accordait pas seulement à sa maternité divine, mais encore à la sainteté particulière de son corps virginal. "Selon l'Écriture, dit-il, tu apparais dans la beauté ; ton corps virginal est tout entier chaste et saint ; il est tout entier la demeure de Dieu. Aussi doit-il, par la suite, être totalement affranchi du retour à la poussière. Mais, parce qu'il est humain, il doit être transformé pour accéder à la vie sublime de l'incorruptibilité. Toutefois, c'est le même corps qui est vivant, souverainement glorieux, intact et doté d'une vie parfaite."
Un autre écrivain très ancien avait affirmé : "Puisqu'elle est la Mère très glorieuse du Christ, notre divin Sauveur, lui qui donne la vie et l'immortalité, elle est vivifiée par lui, elle partage pour l'éternité l'incorruptibilité de son corps. Il l'a fait sortir du tombeau et l'a élevée auprès de lui, d'une manière connue de lui seul."
Tous ces raisonnements et ces considérations des Pères s'appuient sur la Sainte Écriture comme sur leur ultime fondement. Celle-ci met en quelque sorte devant nos yeux la Mère de Dieu comme intimement unie à son Fils divin partageant toujours sa destinée.
Il faut surtout se rappeler que, dès le deuxième siècle, les Pères nous présentent la Vierge Marie comme la nouvelle Eve, soumise au nouvel Adam, mais très étroitement unie à Lui dans le combat contre l'ennemi infernal. Ce combat, tel qu'il est prédit dans le Protoévangile (Gn 3, 15), devait aboutir à la victoire totale sur le péché et sur la mort, qui sont toujours rattachés l'un à l'autre dans les écrits de saint Paul. Par conséquent, puisque la résurrection glorieuse du Christ fut l'acte essentiel et le trophée ultime de cette victoire, le combat livré par la Vierge Marie et son Fils devait trouver sa conclusion dans la glorification de son corps virginal. Comme dit encore l'Apôtre : Lorsque ce qui est mortel en nous revêtira l'immortalité, alors se réalisera la parole de l'Écriture : La mort a été engloutie dans la victoire.
Ainsi la Mère de Dieu, unie à Jésus Christ d'une manière mystérieuse, "dans un seul et même décret" de prédestination, immaculée dans sa conception, parfaitement vierge dans sa maternité divine, généreuse collaboratrice du Rédempteur, a remporté un triomphe total sur le péché et ses conséquences. Pour finir, elle a obtenu, comme couronnement suprême de ses privilèges, d'être préservée de la corruption du tombeau. À la suite de son Fils, après avoir vaincu la mort, elle a obtenu d'être élevée, corps et âme, à la gloire suprême du ciel, pour y resplendir, en qualité de Reine, à la droite de son Fils, le Roi immortel des siècles.
R/ Lève-toi, ma bien-aimée.
Le Christ près de lui te prépare une place, ô Marie ;
Plein d'amour, il s'approche et t'appelle.
L'hiver est passé, les fleurs ont apparu,
Voici le grand soleil de l'été sans déclin.
L'heure est venue pour toi
De passer de ce monde au Père,
Dans ta petitesse, tu trouves grâce devant lui.
Lève-toi, ma bien-aimée,
Lève-toi, ma préférée, viens !
Oraison
Dieu éternel et tout puissant, toi qui as fait monter jusqu'à la gloire du ciel, avec son âme et son corps, Marie, la Vierge immaculée, mère de ton Fils : fais que nous demeurions attentifs aux choses d'en haut pour obtenir de partager sa gloire.
CONSEILS DE S. ÉTIENNE À SON FILS
Avant tout, mon très cher fils, je te l'ordonne, je te le conseille et je t'y invite : Si tu veux faire honneur à la couronne royale, tu garderas la foi catholique et apostolique avec tant de zèle et d'exactitude que tu donnes l'exemple à tous ceux que Dieu a soumis à ton autorité ; c'est alors que tous les hommes d'Église reconnaîtront en toi, à juste titre, cette profession de véritable christianisme sans laquelle, sache-le bien, on ne t'appellera pas chrétien ou fils de l'Église. Dans notre palais royal, après la foi, c'est l'Église qui occupe la seconde place, elle qui a été semée d'abord par son chef, le Christ. Ensuite. ses membres, c'est-à-dire les Apôtres et les saints Pères, l'ont transplantée, solidement bâtie et répandue dans tout l'univers. Et bien qu'elle engendre toujours de nouveaux enfants, il y a des lieux précis où son antiquité est tenue pour certaine.
Cette Église, mon très cher fils, dans notre royaume est encore qualifiée de jeune et de toute nouvelle ; et c'est pourquoi elle a particulièrement besoin de protecteurs attentifs et clairvoyants. Sans cela, le bienfait que la bonté divine nous a accordé sans aucun mérite de notre part sera détruit et anéanti par ton inertie, ta paresse et ta négligence.
Mon fils très aimable, douceur de mon cœur, espoir de ma descendance future, je t'en prie et je te l'ordonne : par tous les moyens et en toutes choses, pratique la bonté en étant bienveillant non seulement envers tes parents et tes alliés, envers les princes, les chefs, les riches, les voisins et les compatriotes, mais aussi envers les étrangers et tous ceux qui s'adressent à toi. Car une vie de bonté te conduit au sommet de la béatitude. Sois miséricordieux envers tous ceux qui souffrent violence, gardant toujours au fond de toi l'exemple du Seigneur : C'est la miséricorde que je désire et non les sacrifices. Sois patient envers tous, non seulement envers les puissants, mais aussi envers ceux qui sont dépourvus de puissance.
Sois fort, enfin, pour que la prospérité ne te rende pas trop fier, ni l'adversité trop abattu. Sois humble aussi, pour que ce soit Dieu qui t'élève, ici-bas et dans le monde futur. Sois modéré et ne châtie ni ne condamne personne outre mesure. Sois doux, pour ne jamais violer la justice. Aie le cœur noble ; n'inflige jamais de honte à qui que ce soit, par un premier mouvement. Sois chaste, pour éviter toutes les corruptions de la volupté comme un aiguillon de mort.
Toutes les vertus que je viens de rappeler composent la couronne d'un roi : sans elles, personne ne peut régner ici-bas, ni parvenir au royaume éternel.
R/ Seigneur, qui habitera sur ta montagne sainte ?
Celui qui juge avec justice
en écoutant le petit comme le grand.
Celui qui ne craint pas l'homme,
sachant que le jugement relève de Dieu.
Celui qui refuse d'être acheté
pour accabler un innocent.
Oraison
Seigneur, ton Église avait en saint Étienne de Hongrie un propagateur de l'Évangile, quand il était roi sur la terre ; permets qu'elle trouve en lui un défenseur, maintenant qu'il est dans la gloire du ciel.