HOMÉLIE DE S. AUGUSTIN SUR LE PSAUME 32
Rendez grâce au Seigneur sur la cithare, jouez pour lui sur la harpe à dix cordes. Chantez-lui le cantique nouveau. Dépouillez ce qui est vieux, vous qui connaissez le cantique nouveau. Homme nouveau, testament nouveau, cantique nouveau. Le cantique nouveau ne concerne pas les hommes anciens. Les hommes nouveaux sont les seuls à l'apprendre, car ils sont renouvelés par la grâce loin de leur ancien état, et ils appartiennent désormais au testament nouveau, qui est le Royaume des Cieux. C'est pour lui que soupire tout notre amour, et qu'il chante le cantique nouveau. Chantons le cantique nouveau non par notre bouche mais par notre vie.
Chantez-lui le cantique nouveau, chantez bien. Chacun se demande comment chanter pour Dieu. Chante pour lui, mais évite de chanter mal. Il ne faut pas blesser ses oreilles. Chantez bien, mes frères. Lorsque l'on te dit, devant un auditeur bon musicien : Chante pour lui plaire. Si tu ignores la musique, tu redoutes de chanter et de déplaire à l'artiste. Car ce que l'auditeur incompétent ne remarque pas, l'artiste te le reproche. Qui se proposerait pour chanter à Dieu, lui qui juge le chanteur, lui à qui rien n'échappe, qui entend tout ? Quand peux-tu offrir une telle perfection dans ton chant que tu ne déplaises en rien à des oreilles si délicates ?
Eh bien, il te donne cette méthode de chant : ne cherche pas des paroles, comme si tu pouvais expliquer ce qui plaît à Dieu. Chante par des cris de jubilation. Bien chanter pour Dieu, c'est chanter par des cris de jubilation. En quoi cela consiste-t-il ? C'est comprendre qu'on ne peut pas expliquer par des paroles ce que l'on chante dans son cœur. En effet, ceux qui chantent, en faisant la moisson, ou les vendanges, ou n'importe quel travail enthousiasmant, lorsqu'ils se mettent à exulter de joie par les paroles de leurs chants, sont comme gonflés d'une telle joie qu'ils ne peuvent pas la détailler par des paroles, ils renoncent à articuler des mots, et ils éclatent en cris de jubilation.
Ce cri est un son manifestant que le cœur enfante des sentiments qu'il ne peut exprimer. Et à qui cela convient-il mieux qu'au Dieu inexprimable ? Il est inexprimable, en effet, celui que tu ne peux traduire dans le langage. Et si tu ne peux parler, mais que tu n'aies pas le droit de te taire, qu'est-ce qui te reste, sinon de chanter en cris de jubilation ? Que ton cœur se réjouisse sans prononcer de paroles et que l'infinité de tes joies ne soit pas limitée par des syllabes. Chantez bien, avec des cris de joie.
R/ Joie sur mes lèvres
qui chantent pour toi !
Où trouver la force de le glorifier ?
Il est le Très-Haut,
au-dessus de toutes ses œuvres.
Que vos louanges exaltent le Seigneur,
sans vous lasser, car vous n'en finirez pas.
C'est le Seigneur qui a tout créé,
et à ceux qui l'aiment il a donné la sagesse.
Oraison
Sois favorable à nos prières, Seigneur, et, par l'intercession de sainte Cécile, daigne les exaucer.
LETTRE DE S. CLÉMENT AUX CORINTHIENS
Mes bien-aimés, comme les dons de Dieu sont bénis et admirables ! La vie dans l'immortalité, la splendeur dans la justice, la vérité dans la liberté de parole, la foi dans la confiance, la maîtrise de soi dans la sanctification et tout cela est mis à la portée de notre intelligence ! Quels sont donc les biens préparés pour ceux qui l'attendent ? Le créateur et le père des siècles, le Très-Saint, en sait le nombre et la beauté. Luttons donc afin d'être au nombre de ceux qui attendent, afin de participer aux dons qu'il a promis.
Mais comment cela se fera-t-il. mes bien-aimés ? Si notre pensée s'attache à Dieu avec foi, Si nous recherchons cc qui lui plaît et ce qu'il approuve, Si nous accomplissons ce qui convient à sa volonté irréprochable, et Si nous suivons le chemin de la vérité en rejetant loin de nous toute injustice et perversité. l'amour des richesses, les disputes, les méchancetés et les fourberies. les murmures et les médisances. la haine de Dieu, l'orgueil et la jactance. la vanité et la dureté pour l'étranger.
Voilà quel est le chemin, mes bien-aimés, par lequel nous avons trouvé le salut : Jésus Christ, le grand prêtre qui présente nos offrandes, le protecteur et le soutien de notre faiblesse. Par lui, nous fixons nos regards sur les hauteurs des cieux ; par lui, nous contemplons comme dans un miroir le visage pur et sublime du Père ; par lui se sont ouverts les yeux de notre cœur ; par lui, notre intelligence bornée et ténébreuse s'épanouit à la lumière ; par lui, le Maître a voulu nous faire goûter la connaissance immortelle, lui qui est la lumière éclatante de la gloire du Père, placé bien au-dessus des anges, car il possède par héritage un nom bien plus grand que les leurs.
Servons en soldats, mes frères, de toute notre ardeur, sous les commandements de ce chef irréprochable. Dans l'armée, les grands ne peuvent rien faire sans les petits, ni les petits sans les grands : en toutes choses ils sont mélangés, et c'est ainsi qu'ils sont efficaces. Prenons l'exemple de notre corps : la tête n'est rien sans les pieds, et de même les pieds ne sont rien sans la tête. Les moindres de nos membres sont nécessaires et bienfaisants pour le corps entier ; et même, tous servent le salut du corps entier en collaborant dans une soumission qui les unifie.
Assurons donc le salut du corps entier que nous formons dans le Christ Jésus, et que chacun se soumette à son prochain, selon le charisme que celui-ci a reçu. Que le fort se préoccupe du faible, que le faible respecte le fort. Que le riche subventionne le pauvre, que le pauvre rende grâce à Dieu qui lui a donné quelqu'un pour compenser son indigence. Que le sage montre sa sagesse non par des paroles, mais par de bonnes actions ; que l'humble ne se rende pas témoignage à lui-même, mais qu'il en laisse le soin à un autre.
Puisque nous tenons de Dieu tout cela, nous devons lui rendre grâce pour tout. À lui la gloire pour les siècles des siècles. Amen.
R/ À toi, Seigneur notre Dieu,
Les choses cachées,
À nous, celles que tu nous as révélées !
Le Seigneur vous a donné
Un cœur pour connaître,
Des yeux pour voir, des oreilles pour entendre.
Voici l'alliance jurée par le Seigneur :
Il fera de toi un grand peuple,
Et lui sera ton Dieu.
Oraison
Dieu éternel et tout-puissant, toi que nous admirons dans la force de tes martyrs, donne-nous de fêter dans la joie l'anniversaire de saint Clément : à la fois prêtre de ton Fils et victime, il a signé de son témoignage ce qu'il célébrait, il a confirmé par son exemple ce qu'il prêchait.
INSTRUCTION SPIRITUELLE DE S. COLUMBAN
Moïse a écrit dans la Loi : Dieu fit l'homme à son image et à sa ressemblance. Considérez, je vous prie, l'importance de cette parole. Dieu, le tout-puissant, l'invisible, l'incompréhensible, l'indicible, l'inestimable, en façonnant l'homme avec de la glaise, l'a ennobli de l'image de sa propre grandeur. Quoi de commun entre l'homme et Dieu, entre la glaise et l'esprit ? Car Dieu est esprit. C'est donc une grande marque d'estime pour l'homme, que Dieu l'ait gratifié de l'image de son éternité et de la ressemblance de sa propre vie. La grandeur de l'homme, c’est sa ressemblance avec Dieu, pourvu qu'il la garde.
Tant que l'âme fera bon usage des vertus semées en elle, elle sera semblable à Dieu. Toutes les vertus que Dieu a mises en nous lors de notre création, il nous a enseigné que nous devions les lui rendre. Il nous demande d'abord d'aimer Dieu de tout notre cœur, car Il nous a aimés le premier, dès le commencement, avant même que nous soyons. Aimer Dieu, c'est donc rénover en nous son Image. Or, il aime Dieu, celui qui garde ses commandements. Il a dit en effet : Si vous m'aimez, gardez mes commandements. Son commandement, c'est l'amour mutuel, selon cette parole : Mon commandement, c'est que vous vous aimiez les uns les autres comme moi je vous ai aimés. Et l'amour véritable ne consiste pas seulement en paroles et discours, mais en actes et en vérité. À nous donc, par notre sainteté, de refléter pour notre Dieu, pour notre Père, son image inviolée, car il est saint et il a dit : Soyez saints comme je suis saint. À nous de la refléter avec amour, car il est amour, et Jean a dit : Dieu est amour. Avec tendresse et en vérité, car Dieu est bon et vrai.
Ne soyez pas les peintres d'une image étrangère. De fait, il peint l'image d'un tyran, celui qui se montre violent, colérique, ou orgueilleux. Aussi pour au moins ne pas introduire en nous d'images de tyrans, laissons le Christ peindre en nous son image. Il l'a peinte lorsqu'il a dit : Je vous donne ma paix, je vous laisse ma paix. Mais à quoi nous sert-il de savoir que cette paix est bonne, Si nous ne veillons pas bien sur elle ? Ce qui est très bon est habituellement très fragile et les biens précieux réclament de plus grands soins et une garde plus vigilante. Très fragile est la paix qui peut être perdue par une parole légère ou une infime blessure faite à un frère. Or, rien ne plaît davantage aux hommes que de parler hors de propos et de s'occuper de ce qui ne les regarde pas, de proférer de vains discours et de critiquer les absents. Dès lors, que ceux qui ne peuvent pas dire : Le Seigneur m'a donné la langue d'un disciple pour que je sache réconforter par la parole celui qui est abattu, que ceux-là se taisent ou, s'ils disent un mot, que ce soit un mot de paix.
R/ Qui nous fera comprendre
pourquoi l'homme peine à chercher
sans jamais atteindre ?
Ce que l'œil n'a pas vu, ni l'oreille entendu,
ce qui n'est pas monté au cœur de l'homme,
voilà ce que Dieu a préparé pour ceux qui l'aiment.
À nous, Dieu l'a révélé par l'Esprit,
car l'Esprit sonde tout,
jusqu'aux profondeurs de Dieu.
Oraison
Seigneur, tu as merveilleusement réuni en saint Colomban le souci de l'évangélisation et l'attachement à la vie monastique ; permets qu'à sa prière et comme lui, nous mettions toutes nos forces à rechercher ton seul amour et à faire grandir le peuple des croyants.
LETTRE DE SAINT PAUL LE-BAO-TINH AUX SEMINARISTES DE KE-VINH (1843)
Moi, Paul, lié de chaînes pour le Christ, je veux vous raconter les tribulations dans lesquelles je suis chaque jour enseveli, afin qu’embrasés de l’amour divin, vous bénissiez avec moi le Seigneur, parce que dans tous les siècles est sa miséricorde.
Cette prison est vraiment une vive figure de l’enfer éternel. Aux liens, aux cangues et aux entraves viennent s’ajouter des colères, des vengeances, des malédictions, des conversations impures, des rixes, des actes mauvais, des serments injustes, des médisances, auxquels se joignent aussi l’ennui et la tristesse. Mais celui qui a déjà délivré les trois enfants des flammes ardentes est aussi demeuré avec moi ; il m’a délivré de ces maux et il me les convertit en douceur, parce que dans tous les siècles est sa miséricorde.
Par la grâce de Dieu, au milieu de ces supplices qui ont coutume d’attrister les autres, je suis rempli de gaieté et de joie, parce que je ne suis pas seul, mais le Christ est avec moi. C’est lui, notre Maître, qui supporte tout le poids de cette croix ; pour moi, mes amis, je n’en ai à soutenir que la plus légère extrémité. Car non seulement il est spectateur du combat, mais encore il est combattant et vainqueur, et c’est lui qui consomme la lutte. C’est pourquoi la couronne de gloire est posée sur son chef, mais le membre peut aussi se réjouir de la gloire de la tête.
Comment puis-je vivre, voyant chaque jour les tyrans et leurs satellites infidèles blasphémer ton saint nom, toi, Seigneur, qui es assis au milieu des Chérubins et des Séraphins ? Vois ta croix foulée aux pieds des mécréants. Où est ta gloire ? À cette vue, enflammé de ton amour, j’aime mieux mourir et que mes membres soient coupés en morceaux en témoignage de mon amour pour toi, Seigneur.
Montre ta puissance, délivre-moi et aide-moi, afin que dans ma faiblesse, ta force se fasse sentir et soit glorifiée devant le monde, pour que tes ennemis ne lèvent pas la tête, si je suis ébranlé.
En entendant ces choses, vous rendrez, remplis de joie, d’immortelles actions de grâces à Dieu, auteur de tous les dons, et vous le bénirez avec moi, parce que dans tous les siècles est sa miséricorde. Mon âme glorifie le Seigneur et mon esprit a tressailli d’allégresse, parce que Dieu a regardé l’humilité de son serviteur, désormais toutes les générations futures me diront bienheureux parce que dans tous les siècles est sa miséricorde.
Louez le Seigneur, toutes les nations : louez-le, tous les peuples, parce qu’il a choisi ce qui est faible pour confondre ce qui est fort, il a choisis ce qui est vil pour détruire ce qui est noble, et par ma bouche, son esprit a confondu les philosophes, parce que dans tous les siècles est sa miséricorde.
Je vous écris ces choses pour que nous unissions votre foi et la mienne : au milieu de ces tempêtes, je jette une ancre qui va jusqu’au trône de Dieu ; c’est l’espérance qui vit toujours en mon cœur. Pour vous, mes bien-aimés, courez de telle sorte que vous remportiez la couronne, prenez l’armure de Dieu à droite et à gauche ; revêtez-vous de la cuirasse de la foi, comme l’ordonne mon patron, saint Paul ; il vaut mieux, pour vous, entrer borgnes et infirmes dans le royaume des cieux que d’être jetés dehors, ayant vos membres entiers.
Aidez-moi de vos prières pour que je combatte légitimement, que je combatte le bon combat et que je combatte jusqu’à la fin, pour achever heureusement ma course, afin que, si dans cette vie nous ne pouvons plus nous voir mutuellement, dans le siècle futur nous ayons ce bonheur à jamais, tout près du trône de l’Agneau immaculé, et qu’ainsi nous le louions dans la joie et l’exaltation dans les siècles. Ainsi soit-il.
R/ Fixons notre regard sur Jésus crucifié !
C’est Jésus qui nous donne de croire,
c’est lui qui conduit à son terme la foi.
Tenons ferme dans l’épreuve,
puisqu’il est avec nous.
La Passion du Christ,
voilà notre force et notre victoire.
Oraison
Seigneur notre Dieu, source et origine de toute paternité, toi qui as donné aux saints martyrs André et ses compagnons la grâce d'être fidèles à la croix de ton Fils jusqu'à l'effusion de leur sang, accorde-nous, par leur intercession, de savoir annoncer aux autres ton amour afin de pouvoir être appelés fils de Dieu et de l'être vraiment. Par Jésus Christ.
Saint Césaire d’Arles – sermon 159
Quand le Seigneur nous dit dans l'évangile : Si quelqu'un veut marcher derrière moi, qu'il renonce à lui-même (Mc 8,34), nous trouvons qu'il nous commande une chose difficile et nous considérons qu'il nous impose un lourd fardeau. Mais si celui qui commande nous aide à accomplir ce qu'il commande, cela n'est pas difficile.
Où devons-nous suivre le Christ, sinon là où il est allé ? Or, nous savons qu'il est ressuscité et monté aux cieux : c'est là que nous avons à le suivre. Il ne faut certainement pas nous laisser envahir par le désespoir, car, si nous ne pouvons rien par nous-mêmes, nous avons la promesse du Christ. Le ciel était loin de nous avant que notre Tête y soit montée. Désormais, si nous sommes les membres de cette Tête, pourquoi désespérer de parvenir au ciel ? Pour quel motif ? S'il est vrai que sur cette terre tant d'inquiétudes et de souffrances nous accablent, suivons le Christ en qui se trouvent le bonheur parfait, la paix suprême et l'éternelle tranquillité.
Mais l'homme désireux de suivre le Christ écoutera cette parole de l'Apôtre : Celui qui déclare demeurer dans le Christ doit marcher lui-même dans la voie où lui, Jésus, a marché (1Jn 2,6). Tu veux suivre le Christ ? Sois humble, comme il l'a été. Tu veux le rejoindre dans les hauteurs ? Ne méprise pas son abaissement.
En péchant, l'homme avait couvert sa route d'obstacles, mais celle-ci fut aplanie lorsque le Christ l'eut foulée à sa résurrection et qu'il eut fait d'un étroit sentier, une avenue digne d'un roi. L'humilité et la charité sont les deux pieds qui permettent de la parcourir rapidement. Tous sont attirés par les hauteurs de la charité, mais l'humilité est le premier degré qu'il faut monter. Pourquoi lèves-tu le pied plus haut que toi ? Tu veux donc tomber et non monter ? Commence par la première marche, c'est-à-dire l'humilité, et déjà elle te fait monter.
Voilà pourquoi notre Seigneur et Sauveur ne s'est pas borné à dire : Qu'il renonce à lui-même, mais il a ajouté : Qu'il prenne sa croix et qu'il me suive (Mc 8,34). Que signifie : Qu'il prenne sa croix ? Qu'il supporte tout ce qui lui est pénible, c'est ainsi qu'il marchera à ma suite. Dès qu'il aura commencé à me suivre, en se conformant à ma vie et à mes commandements, il trouvera sur son chemin bien des gens qui le contrediront, qui chercheront à le détourner, qui non seulement se moqueront de lui, mais le persécuteront. Ces gens-là ne se trouvent pas uniquement parmi les païens qui sont hors de l'Église ; il s'en trouve même parmi ceux qui semblent être dans l'Église, si on les juge de l'extérieur. Mais ils lui sont bel et bien étrangers, en raison de leurs actions mauvaises.
Tout en se glorifiant du seul nom de chrétien, ils persécutent sans cesse les bons chrétiens. Dès lors, si tu désires suivre le Christ, porte sa croix sans plus attendre et supporte les méchants sans te laisser abattre.
Le Seigneur a dit : Si quelqu'un veut marcher derrière moi, qu'il prenne sa croix et qu'il me suive. Si donc nous voulons mettre ceci en pratique, efforçons-nous, avec l'aide de Dieu, de faire nôtre cette parole de l'Apôtre : Lors donc que nous avons nourriture et vêtement, sachons être satisfaits. Il est à craindre que si nous recherchons plus de biens terrestres qu'il ne nous en faut, dans l'intention de nous enrichir, nous ne tombions dans la tentation, dans le piège du démon, dans une foule de convoitises insensées et funestes, qui plongent l'homme dans la ruine et la perdition (1Tm 6,8-9).
Daigne le Seigneur nous prendre sous sa protection et nous délivrer de cette tentation, lui qui vit et règne avec le Père et l'Esprit Saint dans tous les siècles des siècles. Amen.
Lettre de saint Jean Berchmans, religieux (Lettre du mois d'août 1616 à ses parents. Texte original en flamand dans T. Séverin, s.j., Saint Jean Berchmans, ses écrits . Louvain, 1931, pp. 35-38 ; trad. fr. dans K. Schoeters, s.j., Saint Jean Berchmans, adaptation française par A. Sonet, s.j., Bruxelles, 1949, pp. 67-68.).
Je m'offre de tout cœur à Jésus-Christ
À l'âge de 17 ans, saint Jean Berchmans, désirant se consacrer à Dieu le plus tôt possible et éviter que ses parents ne fassent obstacle à ses désirs, décida de révéler à ces derniers la résolution qu'il avait prise au fond de son cœur ; aussi leur écrivit-il de Malines la lettre suivante :
« Vénéré père et très chère mère,
Il y a déjà trois ou quatre mois que Dieu frappe à la porte de mon cœur, et, jusqu'à un certain point, je la lui ai tenue fermée jusqu'ici. Mais ayant ensuite réfléchi que, soit pendant que j'étudiais, soit que je prenais quelque délassement, que j'allais à la promenade ou que je faisais n'importe quoi, aucune chose ne me venait plus souvent à l'esprit que la pensée de me fixer fermement un état de vie, je me décidai à la fin, et même après beaucoup de communions et de bonnes œuvres préparatoires, je fis vœu de servir, avec sa grâce, Dieu notre Maître, en religion.
Il est vrai que les amis et les parents éprouvent certaine répugnance à se détacher de leurs enfants.
Mais, en moi-même, je considère autre chose : si je voyais devant moi, d'un côté mon père, ma mère, ma sœur, etc. et de l'autre côté Dieu notre Maître avec sa Mère, qui est aussi, je l'espère, ma Mère bénie, et que les premiers me diraient : "Ne nous abandonne pas, cher enfant, nous t'en prions par les peines et les fatigues que nous avons endurées pour toi" tandis que, d'autre part, Jésus me dirait : "Suis-moi plutôt, je naquis pour toi, pour toi, je fus flagellé, couronné d'épines et enfin crucifié. Vois-tu ces cinq plaies sacrées, n'est-ce pas pour toi que je les aie reçues ? Et ne sais-tu pas que jusqu'à présent j'ai nourri ton âme de ma chair sainte et je l'ai vivifiée par mon sang sacré ? Et maintenant tu te montrerais si ingrat ?" Ah ! mes très chers parents, quand je considère tout cela, je m'enflamme de telle manière que, s'il m'était possible, je volerais tout de suite en religion, et mon âme et mon cœur ne se donneraient de repos avant qu'ils n'eussent trouvé mon Bien-Aimé.
Ainsi donc, je m'offre de tout cœur à Jésus-Christ et je désire combattre ses combats dans la Compagnie. J'espère que vous ne serez pas à ce point ingrats pour vous opposer à Jésus-Christ.
Je me recommande à vos saintes prières et supplie Dieu, notre Maître, qu'il veuille me donner persévérance jusqu'à la fin de ma vie et qu'il nous accorde, à vous et à moi, la vie éternelle. Le fils obéissant de Jésus-Christ et le vôtre. Jean Berchmans. »
R/ Connaître le Christ,
la puissance de sa résurrection,
et la communion à ses souffrances.
Pour lui, j'ai tout perdu,
et je cours vers le but :
Lui, le premier, m'a saisi,
de tout mon élan, je veux le saisir.
Oraison
Accorde-nous, Seigneur, de te servir dans la droiture et dans la foi, à l’exemple de saint Jean Berchmans qui te consacra la pureté de sa jeunesse.
V/ Ils ont publié l'œuvre de Dieu,
R/ ils ont compris ses merveilles.
Première lettre de saint Paul Apôtre aux Corinthiens (1Co 1, 18-31 ; 2, 1-5)
Nous prêchons un Messie crucifié
Le langage de la croix, en effet, est folie pour ceux qui se perdent, mais pour ceux qui sont en train d'être sauvés, pour nous, il est puissance de Dieu. Car il est écrit : Je détruirai la sagesse des sages et j'anéantirai l'intelligence des intelligents. Où est le sage ? Où est le docteur de la loi ? Où est le raisonneur de ce siècle ? Dieu n'a-t-il pas rendue folle la sagesse du monde ? En effet, puisque le monde, par le moyen de la sagesse, n'a pas connu Dieu dans la sagesse de Dieu, c'est par la folie de la prédication que Dieu a jugé bon de sauver ceux qui croient. Les Juifs demandent des signes, et les Grecs recherchent la sagesse ; mais nous, nous prêchons un Messie crucifié, scandale pour les Juifs, folie pour les païens, mais pour ceux qui sont appelés, tant Juifs que Grecs, il est Christ, puissance de Dieu et sagesse de Dieu. Car ce qui est folie de Dieu est plus sage que les hommes, et ce qui est faiblesse de Dieu est plus fort que les hommes.
Considérez, frères, qui vous êtes, vous qui avez reçu l'appel de Dieu : il n'y a parmi vous ni beaucoup de sages aux yeux des hommes, ni beaucoup de puissants, ni beaucoup de gens de bonne famille. Mais ce qui est folie dans le monde, Dieu l'a choisi pour confondre les sages ; ce qui est faible dans le monde, Dieu l'a choisi pour confondre ce qui est fort ; ce qui dans le monde est vil et méprisé, ce qui n'est pas, Dieu l'a choisi pour réduire à rien ce qui est, afin qu'aucune créature ne puisse s'enorgueillir devant Dieu. C'est par Lui que vous êtes dans le Christ Jésus, qui est devenu pour nous sagesse venant de Dieu, justice, sanctification et délivrance, afin, comme dit l'Écriture, que celui qui s'enorgueillit, s'enorgueillisse dans le Seigneur.
Moi-même, quand je suis venu chez vous, frères, ce n'est pas avec le prestige de la parole ou de la sagesse que je suis venu vous annoncer le mystère de Dieu. Car j'ai décidé de ne rien savoir parmi vous, sinon Jésus Christ, et Jésus Christ crucifié. Aussi ai-je été devant vous faible, craintif et tout tremblant : ma parole et ma prédication n'avaient rien des discours persuasifs de la sagesse, mais elles étaient une démonstration faite par la puissance de l'Esprit, afin que votre foi ne soit pas fondée sur la sagesse des hommes, mais sur la puissance de Dieu.
R/ Le langage de la croix est puissance de Dieu.
Celui qui ne porte pas sa croix
Et ne marche pas à ma suite
Ne peut être mon disciple, dit le Seigneur.
Fixant son regard sur Jésus qui passait,
Le Baptiste dit :
Voici l'Agneau de Dieu.
André, le frère de Simon-Pierre,
Était l'un des deux
Qui avaient écouté Jean et suivi Jésus.
HOMÉLIE DE SAINT JEAN CHRYSOSTOME SUR L'ÉVANGILE DE JEAN
Nous avons trouvé le Messie.
André, après avoir demeuré auprès de Jésus et avoir beaucoup appris, n'a pas gardé ce trésor pour lui : il se hâte de courir auprès de son frère, pour le faire participer aux biens qu'il a reçus. Considère ce qu'il dit à son frère : Nous avons trouvé le Messie (autrement dit le Christ). Vois-tu comment il a fait connaître ce qu'il venait d'apprendre en si peu de temps ? Il montre et l'autorité du Maître qui a persuadé ses disciples, et l'ardeur de ceux-ci qui s'en sont préoccupés d'emblée, dès le début. Son propos vient d'une âme qui désire avec angoisse l'avènement du Messie, qui attend son arrivée du ciel sur la terre, qui est comblée de joie de voir apparaître ce qu'elle attendait, et qui se hâte de faire participer les autres à cette bonne nouvelle. C'est montrer une amitié vraiment fraternelle, une affection profonde et un naturel plein de sincérité, que de se communiquer ainsi les richesses spirituelles.
Remarque combien, dès le début, Pierre a un esprit docile et obéissant, car il accourut sans tarder. Il le conduisit à Jésus, dit l'évangéliste. Mais que personne ne condamne cette facilité, comme s'il avait accueilli aveuglément l'invitation de son frère. Il est probable que celui-ci lui avait parlé en détail et longuement. Mais les évangélistes suppriment beaucoup de choses par souci de concision. D'ailleurs on ne dit pas que Pierre a cru aussitôt, mais que son frère le conduisit à Jésus pour le lui confier, afin que Pierre soit entièrement instruit par lui. Car l'autre disciple était là et participait à l'entretien.
Lorsque Jean Baptiste a dit : C'est l'Agneau, et : Il baptise dans l'Esprit Saint, il a confié au Christ le soin d'enseigner lui-même plus clairement cette doctrine. À plus forte raison André a-t-il fait de même, car il ne se jugeait pas capable de tout expliquer. Il a conduit son frère à la source même de la lumière, avec tant de hâte et de joie, pour ne pas le laisser attendre si peu que ce soit.
R/ Tous ceux qui veulent plaire à Dieu
Connaîtront la souffrance.
Nous nous affirmons en tout
Comme des ministres de Dieu,
Constants dans les tribulations,
Les détresses, les angoisses.
On nous tient pour affligés,
Et nous sommes toujours joyeux,
Pour gens qui n'ont rien,
Et nous possédons tout.
Reste fidèle jusqu'à la mort, dit le Seigneur,
Et je te donnerai la couronne de vie.
Oraison
Seigneur, maître du monde, nous te supplions humblement : permets que l'Apôtre saint André, après avoir évangélisé et guidé ton Église, ne cesse d'intercéder pour nous.