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XXVIIe DIMANCHE T.O. – B
Le jour de la célébration traditionnelle de Notre-Dame du Rosaire, ou Notre-Dame des Victoires, la Providence a voulu nous appeler à faire mémoire de la Résurrection du Christ et nous lancer ainsi, dès le départ, un message sans équivoque : la Victoire de Marie et de tous les Chrétiens est la Résurrection du Seigneur, célébrée au cours de toutes les Saintes Messes et, en particulier, au cours de cette fête de Pâques de chaque semaine que représente le Dimanche.
En outre, dans la Liturgie de la Parole de ce jour il semble que se succèdent – et cheminent vers dernier tableau – l’annonce sans équivoque du Christ quant à la Volonté de Dieu sur la création et la résistance que Lui opposent ses interlocuteurs : les pharisiens et les disciples. Et nous pouvons tout de suite remarquer dans l’attitude des uns et des autres combien la vraie différence entre les disciples du Seigneur – c’est-à-dire nous tous réunis en ce lieu – et les ennemis du Seigneur ne réside pas dans la compréhension immédiate et dans l’acceptation des paroles du Maître, ni dans leur refus obstiné.
En effet, nous avons entendu comment, après la réponse sans équivoque du Seigneur aux pharisiens, les disciples, après être retournés chez eux, loin de la foule, L’interrogent encore sur ce sujet. Ils étaient sans doute poussés par un intérêt réel pour une façon complètement nouvelle et fascinante de regarder la réalité, ainsi qu’on peut le comprendre dans le regard du Christ, mais il est probable aussi qu’ils aient ressenti une certaine lassitude à accepter la nouveauté que révèle ce regard, au point que Saint Matthieu, qui raconte cet épisode, cite une affirmation des disciples, une affirmation presque scandaleuse pour notre sensibilité : » Si telle est la condition de l’homme par rapport à la femme, mieux vaut ne pas se marier » (Matthieu, 19,10).
Ainsi, les pharisiens, comme les disciples ne comprennent pas, par conséquent, les paroles du Christ ; bien plus, les uns et les autres semblent y faire résistance. Toutefois, contrairement aux disciples, les pharisiens s’approchent du Seigneur « pour Le mettre à l’épreuve » (Marc 10,2), n’acceptant pas de prendre au sérieux ce qu’Il veut leur dire, à tel point qu’à la question que le Christ leur pose – « Que vous a ordonné Moïse ? », ils réagissent sans Lui répondre directement  : « Moïse a permis d’écrire un acte de répudiation et de la répudier », totalement sourds qu’ils étaient dans leurs cœurs et dans leurs esprits.
Le Seigneur, avec une patience émouvante, profitant même du mal afin d’en tirer le bien pour ceux qu’Il aime, nous suggère deux critères extrêmement précieux. Avant tout, Il ne se réfère pas à une Loi supérieure, mais Il va à l’origine même de la Loi, c’est-à-dire vers la Volonté et vers l’œuvre du Créateur : « Au début de la création Dieu fit l’homme et la femme », et encore, « Que l’homme ne divise donc pas ce que Dieu a uni ». Le précepte de « ne pas diviser » n’est autre que la conséquence de l’œuvre de Dieu : conjuguer.
La loi – divine et révélée avant tout, et naturelle ensuite – ne constitue pas pour nous une simple norme incompréhensible à appliquer, une sorte de barrière pour notre liberté et notre originalité, mais elle représente plutôt la correspondance au réel de notre raison et de notre volonté, la correspondance à cette intelligence qui est inscrite dans la nature des choses et qu’il nous est donné de connaître de par la nature.
Et le deuxième critère si précieux que le Seigneur nous suggère est celui que nous trouvons dans le dernier dialogue de l’Évangile d’aujourd’hui : » Celui qui n’accueille pas le Règne de Dieu comme l’accueille un enfant n’y entrera pas ». Pour accueillir le règne de Dieu, qui constitue le sens définitif de la réalité et qui coïncide avec la Personne du Christ, il faut que nous redevenions enfants ; il nous faut reconnaître avec humilité que nous avons besoin de tout et que nous soyons attentifs à notre cœur, à cette boussole que Dieu a mis en chacun de nous. Une boussole qui, si elle est formée avec droiture et illuminée par la grâce, deviendra un paramètre infaillible et nous permettra de reconnaître l’exceptionnelle Présence du Seigneur Jésus et de Le suivre fidèlement dans notre attachement à l’Église et au Magistère, en correspondant aux devoirs de notre état de vie et en saisissant toute occasion, opportune ou inopportune, pour L’annoncer et pour témoigner de Lui.
Demandons à la Bienheureuse Vierge Marie de former notre cœur, de le rendre humble et docile aux inspirations du Saint Esprit, fidèle comme le granit à la réalité et amoureux du Christ. Demandons-Lui encore de nous conduire à ce Port que nous désirons tous, nous qui l’invoquons comme Mère de l’Église et Reine du Saint Rosaire ! Amen.
XXVIIIe Dimanche – B
Ce matin-là, le jeune homme riche avait au cœur un heureux pressentiment, l’intuition d’une éventuelle bonne chose le concernant. C’était un matin de fête pour lui car il allait rencontrer ce célèbre maître dont tout le monde parlait en Judée. On racontait ses miracles, sa manière d’accueillir les gens, les pécheurs, on parlait de sa doctrine…Voilà qu’il le verrait et qu’il lui parlerait de ses aspirations, de son désir de perfection devant Dieu.
Mais le pressentiment du bien véritable pour soi, celui qui réjouit le cœur quand on l’obtient, le problème que tout homme s’évertue à résoudre, ce pressentiment se réalise en fonction de la manière dont le problème humain est posé par rapport à la réponse : « Bon Maître, que dois-je faire… ? ». La véritable tragédie pour l’homme d’aujourd’hui – parce que c’est de nous dont l’Évangile parle en ce jour – réside dans le fait que tout au plus, normalement, ce tourment se traduit par une question qui porte déjà en soi le germe d’une tristesse future, car elle ne peut jamais trouver une vraie réponse. Normalement, dans le meilleur des cas, la question du bonheur se traduit aujourd’hui par une question immédiatement éthique, comme si la foi était un fait acquis.
Le jeune homme riche observait fidèlement tous les commandements. Mais si l’on insiste d’une manière unilatérale sur les commandements, en considérant comme un fait acquis cette grande Présence, Dieu même qui engendre les commandements, alors la façon dont on parle de Dieu et dont on vit avec et pour Dieu se fait plus « obligée » qu’attrayante. Ainsi, la « prestation moraliste » personnelle l’emporte sur le témoignage d’une beauté entrevue, sur la fascination d’une Présence qui nous apparaît en chair et en os. L’éthique chrétienne, notre « prestation morale » se révèle trop souvent comme une éthique sans visage, une éthique qui ne naît pas d’un visage, qui ne naît pas d’un « Tu » qui se trouve devant nous et auquel nous demandons : » Qui es-Tu ? Qui suis-je ? Qui suis-je devant Toi ? »
Cette question, le jeune homme riche ne l’a pas posée. Il était allé vers le Christ pour enrichir son propre cheminement moral d’un nouvel affinement éthique, non pour voir son visage : » Toutes ces choses, je les ai observées depuis ma jeunesse ». ‘‘Tu as tout observé, mais tu ne m’as pas encore observé’’, lui a répondu le Seigneur d’un regard, et il lui a offert son visage : » l’ayant regardé, il l’aima ».
Jésus a dû éprouver un serrement de cœur, parce que son regard, le regard de Dieu, celui qui « pénètre jusqu’au point de la division de l’âme et de l’esprit […] et scrute les sentiments et les pensées du cœur », connaissait l’épilogue.
Un épilogue triste car le jeune homme riche n’était pas disposé à ce « geste éthique » fondamental, se laisser aimer, c’est-à-dire se laisser définir par le Christ ; il n’étais pas disposé à faire de ce regard l’élément décisif de son destin. C’est pour cela que le Seigneur a éprouvé un serrement de cœur, une réaction que pourraient avoir un père ou une mère, devant un enfant qui ne répond pas. Ce serrement de cœur annonçait déjà la douleur suprême de la Croix. Du haut de la Croix, le Christ en posant son regard sur le monde, en fixant chaque homme, en fixant chacun de nous aujourd’hui, offrit gratuitement son amour, un amour presque gaspillé – ainsi qu’il le fut apparemment pour le jeune homme riche – parce que l’amour véritable n’a aucune prétention, il est libre par rapport à tout résultat parce qu’il n’existe que pour l’aboutissement final.
Et le jeune homme riche ferma les yeux et se serra aussi le coeur, il eut lui aussi son serrement de cœur, mais autour d’une mesquinerie, alors que pour le Christ c’était la prophétie d’une dilatation d’amour total. Toute la tension morale du jeune homme, dont nous ne connaissons pas le destin éternel, se réduisit à quelque chose de mesquin, devenant un petit amas de « poussière éthique », une incommensurable tristesse.
Cependant « tout est possible auprès de Dieu » et cette possibilité auprès de Dieu s’appelle conversion, elle s’appelle Église, compagnie d’hommes qui suivent le Christ. L’Église est la compagnie des pauvres d’esprit et souvent, malheureusement, aussi des pauvres types d’un point de vue moral, mais qui se trouvent pourtant auprès de Dieu, proches de la demeure de Dieu, fragilement agrippés, mais avec ténacité, au lieu où Dieu pose son regard et où la Sagesse faite chair a établi sa demeure. C’est en cette compagnie qu’habite la véritable beauté.
Implorons le regard du Christ afin qu’Il nous permette de nous épanouir, qu’Il nous rende heureux et que nous puissions ainsi témoigner de ce bonheur, qui est le reflet sûr de Sa présence. Et que Marie, qui fut la première à croiser le regard aimant du Christ et dont le cœur est tout aussi débordant d’amour, nous permette de nous sentir toujours sous le regard de son Fils.
XXXIème DIMANCHE T.O. – B
« Tu n’es pas loin du règne de Dieu »
En acceptant le jugement du Christ et en voyant ainsi s’ouvrir devant lui une voie dans l’épaisse forêt des centaines de lois qui constituaient le code moral du peuple hébreux, le scribe de l’Évangile a eu l’intuition de la juste direction vers laquelle la moralité de l’homme doit s’acheminer afin de trouver sa propre vérité et son propre épanouissement. « Tu n’es pas loin… ». En effet, il en était très proche, il lui suffisait de tendre la main et il L’aurait touché. En touchant le Christ il aurait atteint le Règne ; en touchant le Christ il serait arrivé au sommet de la moralité parce qu’il aurait reconnu en Lui le seul lieu de l’histoire où l’amour pour Dieu et l’amour pour l’homme s’unissent de manière inséparable, sans dualismes, sans oppositions.
La réponse du Seigneur Jésus ne constitue pas un simple renvoi à la loi antique, mais c’est l’offre d’un rapport avec la singularité de sa personne. Le principal commandement n’est pas une norme, mais un amour inéluctable pour Lui, pour sa personne concrète.
Mais alors le premier des commandements, celui où apparaît de manière suprême la nouveauté de la moralité chrétienne, se traduit de la façon la plus belle, de la façon la plus intensément humaine et passionnée par la question que le Christ a posée à Pierre dans le dernier chapitre de l’Évangile de Jean : » m’aimes-tu ? ». ’’M’aimes-tu, même si je sais que tu m’as trahi, que tu es plein de limites et que certainement tu retomberas encore ? ’’. « Oui, Seigneur, tu le sais que (malgré tout) je t’aime ».
C’est un attachement, un élan moral qui surmonte tout risque de trahison et qui n’est donc pas enraciné dans une quelconque capacité personnelle d’adaptation à une loi, mais qui se fonde uniquement sur la reconnaissance d’une personne dont l’amour, de plus en plus grand, nous précède. ’’ C’est en cela, en effet, que consiste l’amour : ce n’est pas nous qui avons aimé Dieu, mais c’est Lui qui nous a aimés en premier et qui nous a fait don de Son Fils ’’.
Aimer veut dire reconnaître d’avoir été précédés par l’amour ; aimer veut dire reconnaître d’appartenir à la mise en œuvre d’un Avénement de grâce imprévisible qui est entré dans le monde et dans notre histoire d’une manière surprenante et qui entre à chaque instant dans notre vie quotidienne.
Dès que l’homme entreprend quelque chose, dès qu’il fait un geste, dès qu’il établit une relation, il s’aperçoit qu’il est comme contaminé par ses limites. Mais Lui, le Christ, Il entre et Il est présent et Il pardonne. Il comble le gouffre qui sépare un grand désir d’une petitesse réelle, parce que la question du Christ et la réponse de Pierre ne sont possibles qu’à travers le pardon. « Tu t’es penché sur nos plaies et tu nous a guéris, en nous donnant un remède plus grand que nos plaies, une miséricorde plus grande que notre faute ». Ce sont les paroles que nous écouterons dans la Préface.
Notre conscience morale doit devenir alors le sanctuaire où cet événement d’amour, qui a le visage d’un pardon, célèbre, à l’intérieur de notre vie, sa liturgie quotidienne ; où l’offrande du Christ, faite une fois pour toutes à travers son « sacerdoce qui n’aura pas de fin » - précisément parce ce qu’elle est ce pardon qui embrasse tous les hommes – devient une compagnie incessante et invincible, devient l’Église, ce lieu humain et divin où cette miséricorde se prolonge dans l’histoire.
Seule la compagnie chrétienne est le lieu d’un amour impossible sans cela. « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés », comme Je t’aime. « Toi, alors, m’aimes-tu ? », « Oui, Seigneur, tu sais que je t’aime ». » Tu n’es pas loin du règne de Dieu », bien plus, tu t’y trouves, tu le touches chaque jour si tu vis l’Église comme le lieu de cet amour qui est pardon.
Que la Très Sainte Vierge Marie, Reine de Miséricorde, nous guide et nous illumine, qu’Elle nous soutienne dans l’expérience de cet amour ineffable et malgré tout tangible.
XXXe Dimanche T.O. – B
« Fils de David, Jésus, aie pitié de moi ! » (Marc 10,48). La proclamation de l’Évangile de ce jour nous met face à l’une des invocations les plus émouvantes du Nouveau Testament : » Jésus, aie pitié de moi ! ». Et, au début de chaque Sainte Messe, l’Église met sur nos lèvres les paroles du pauvre aveugle de Jéricho : » Kyrie eleison » - « Seigneur, prends pitié ! » ; et chaque jour elle répète à Son Seigneur, réellement Présent dans l’Eucharistie, les mêmes paroles : » Miserere nobis ! » - « Agneau de Dieu qui enlèves les péchés du monde, prends pitié de nous ! ».
On pourrait alors se demander : pourquoi l’Église nous invite-t-elle, nous ses enfants, à implorer pitié ? Pourquoi nous fait-elle prier en ces termes : « prends pitié de nous » ? On pourrait même objecter : la foi ne devrait-elle pas être plutôt pour chacun de nous une source de joie, et les Célébrations un moment de fête ? Une telle prière n’est-elle pas mortifiante ? Ne résonne-t-elle pas comme l’écho d’un style de pénitence désormais étranger à notre culture ?
Pour répondre à cela, observons l’événement que raconte Saint Marc : Bartimée, l’aveugle assis au bord du chemin qui conduisait de Jéricho à Jérusalem, entendant que Celui qui passait était Jésus le Nazaréen, se mit à crier en Le suppliant : « Aie pitié de moi ! » et, à ceux qui le reprenaient pour le faire taire, il répondait en criant plus fort : « Prends pitié de moi ! ». La prière de Bartimée est prompte, sûre, virile, audacieuse. C’est la prière d’un homme habitué à demander et qui sait que sa condition – la cécité – ne lui permet pas de faire autre chose que demander. Et Bartimée demande de toutes ses forces : » Fils de David, aie pitié de moi ! ».
Tout ce qui se passe ensuite n’est autre que le fruit de l’humble obéissance de l’aveugle à ce que le Christ accomplit. En effet, dès que Bartimée entend les paroles de ceux à qui le Christ avait ordonné de l’appeler, il réagit immédiatement, il se lève d’un bond, jette son manteau et va vers Jésus. Il jette son manteau, et se prive ainsi de la seule couverture que possède un pauvre pour se protéger des intempéries ; il quitte tout, comme les disciples, et se présente devant le Seigneur, pauvre et aveugle.
« Que veux-tu que je fasse pour toi ? » Par ces paroles Jésus affirme, de façon extraordinaire, la dignité de cet homme, la dignité de chaque homme. « Que veux-tu que je fasse pour toi ? » Toute la Personne du Christ avec sa Royauté divine, et tous ceux qui l’accompagnaient, sont en cet instant à la disposition de Bartimée qui semble ainsi dominer la scène. En effet, en répondant à son cri, le Seigneur l’a affermi comme personne ne l’avait fait jusqu’alors et comme personne n’aurait pu le faire par la suite, car, dans les paroles de Jésus –» que veux-tu que je te fasse ? » - tout le Ciel s’est penché vers le pauvre mendiant ; Dieu, le Créateur de l’univers, est attentif à sa créature.
Et l’aveugle de Jéricho, en portant à son comble la tension de cette scène, demande encore, demande d’une manière plus radicale. Il demande au Christ ce qu’il n’avait jamais pu demander à personne jusqu’alors : » Rabbouni, que je recouvre la vue ! » Et voilà que la lumière du jour resplendit sur le visage de Bartimée, et voilà que resplendit sur lui la lumière du Visage du Christ, le plus beau parmi les enfants des hommes ! Voilà que naît dans son cœur la joie véritable, cette « chère joie sur laquelle – comme dirait Dante – se fonde toute vertu ! » (Dante Alighieri, La Divine Comédie, Le Paradis, Chant XXIV).
En venant au monde, le Christ Dieu permet à l’homme d’aller jusqu’au fond de son cœur, d’exprimer de vive voix les doutes qui le hantent et qui, sans le Christ, ne seraient pour lui qu’une cause de désespoir. « Nul – nous l’avons entendu – ne s’arroge cette dignité, mais il faut y être appelé de Dieu » (Épître aux Hébreux 5,4). Personne, excepté le Christ, ne peut s’arroger une telle prérogative, parce ce que Lui Seul, l’Amour Crucifié, est source de Salut pour ceux qui Lui obéissent. Personne, excepté les prêtres, ceux qu’Il choisit parmi les mendiants de ce monde, afin qu’élevés avec Lui jusqu’à la Croix, ils puissent répéter à chacun cette parole qu’ils ont été les premiers à recevoir : » Aie confiance, lève-toi, Il t’appelle ! » (Marc 10,50).
Que la Bienheureuse Vierge Marie, Secours des Chrétiens, intercède pour nous et insuffle en nos cœurs la certitude d’être entendus pour crier à Celui qui est notre Joie : « Fils de David, Jésus, prends pitié de moi ! » Amen.
XXXIIIE DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE – B
« Quand vous verrez arriver ces choses, sachez que le Fils de l’homme est proche, à la porte » (Marc 13,29). Aujourd’hui la Liturgie de l’Église semble diriger nos cœurs et nos regards vers le Dernier jour, vers Celui qui est l’Alpha et l’Omega, le Principe et la Fin de toute chose, vers Celui dont nous célébrerons Dimanche prochain la Royauté universelle : Jésus-Christ Dieu. Tout se résume en Lui, tout tend vers Lui, tout le cosmos et l’histoire convergent vers Lui, toute la création « geint dans les souffrances de l’enfantement » - dirait Saint Paul – et nous vivons nous-mêmes dans cette douce attente continue.
« Quand vous verrez arriver ces choses, sachez que le Fils de l’homme est proche, à la porte ». Le Christ nous aime tant, Son cœur est si brûlant d’amour et de désir pour chacun de nous qu’Il nous annonce - avant de s’immoler sur la Croix – ce qui se passera dans les derniers jours. Et c’est le propre de celui qui aime vraiment de susciter chez la personne aimée l’attente de son retour, pour qu’en l’attendant elle le désire, et qu’en le désirant elle accomplisse tous les actes d’amour que son cœur lui inspire afin de se préparer à la rencontre, afin de l’accueillir dignement, de lui exprimant son amour et de lui plaire.
« Quand vous verrez arriver ces choses, sachez que le Fils de l’homme est proche, à la porte ». Quand le cœur se gonfle dans l’attente de l’être aimé, il se produit en outre une chose singulière : tout ce qui nous entoure se transfigure presque à nos yeux et devient ainsi une occasion, un prétexte, un moyen d’aimer. Et c’est encore plus évident avec le Christ ! Quand dans nos cœurs l’amour et de désir du Christ se ravive et se renouvelle, tout a un sens, – chaque rencontre, chaque circonstance, chaque joie et chaque douleur, chaque tâche – tout a une saveur nouvelle, car ce cœur est illuminé, prend consistance et trouve son sens, grâce à Lui, notre Créateur et notre Rédempteur.
« Quand vous verrez arriver ces choses, sachez que le Fils de l’homme est proche, à la porte ». Cependant, en nous parlant des derniers jours, le Seigneur ne nous indique pas une échéance temporelle précise ; Il ajoute, en effet : » Pour ce qui est du jour ou de l’heure, personne ne le sait, ni les anges dans le ciel, ni le Fils, mais le Père seul » (Marc 13,32). C’est pour cela qu’Il nous dit : « quand vous verrez arriver ces choses ». Il nous incite en fait à observer la réalité et nous invite à y lire les signes certains de Son retour. En effet, ce n’est pas en nous réfugiant dans une religiosité intimiste et subjective, inapte à soutenir la vie, incapable d’obéir à la réalité que nous pouvons nous préparer au Dernier Jour. Il faut plutôt que nous pénétrions de manière de plus en plus sûre dans la réalité, en ayant confiance en Celui qui l’a faite et qui l’a rachetée, en ayant donc confiance en elle et dans les signes du Mystère qui nous apparaîtront de plus en plus nombreux. La réalité, en effet, est un élément souverain dans le cheminement vers le Ciel, car – nous dit encore l’Apôtre – « la réalité, au contraire, est le Christ » (Épître aux Colossiens 2,17).
« Quand vous verrez arriver ces choses, sachez que le Fils de l’homme est proche, à la porte ». Cependant notre attente, l’attente chrétienne ne concerne pas uniquement un avenir qui serait assuré mais lointain. Le Jour futur vers lequel nous tendons, ce Dernier Jour auquel tout nous renvoie appartient déjà au Présent ! Il arrive déjà car ce Jour est le Christ, le Fils Unique de Dieu qui vient nous visiter d’en-haut comme un Soleil levant (cf. Luc 1,78). Nous ne vivons pas cette attente dans la tristesse, comme si nous désirions un bien absent ; mais nous vivons l’attente dans la joie de Sa Présence, laquelle nous rejoint dans l’Église, en particulier à travers les Sacrements et l’annonce de Sa Parole. Une Présence dont nous pouvons faire l’expérience à travers cette communion avec nos frères,  qui représente un don du Saint Esprit. Une Présence qui resplendit, de façon éminente, sur l’Autel où Lui, le Christ, notre Futur, entre dans le présent de notre vie pour nous attirer à Lui, à Son Cœur, et, à travers Lui, au Père !
« Quand vous verrez arriver ces choses, sachez que le Fils de l’homme est proche, à la porte ». Faisons en sorte que l’attente de Sa Présence allume en nos cœurs le désir et qu’elle le dilate et le rende capable d’un amour attentif et prévenant, qui reconnaisse le Christ dans tous ses frères et qui s’épanouira au Jour qui n’aura plus de fin. Que la Très Sainte Vierge Marie, Femme de l’attente et Modèle d’amour inégalable, prépare de plus en plus notre cœur à cette rencontre avec son Fils, maintenant et à l’heure de notre mort. Amen.
XXVIII DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE - Année A
La fête de noces dont parlent les Écritures de ce jour a une double valence : eucharistique et eschatologique.
L'Eucharistie est, en effet, la « Fête de la foi », comme en vint à la définir J. Ratzinger dans son essai théologique bien connu. En elle conflue l'essence du mystère chrétien : le mystère de Dieu qui se fait proche de l'humanité, en partageant son chemin historique jusqu'à offrir sa vie pour le salut des hommes, se renouvelle réellement dans la célébration eucharistique, qui, par conséquent, devient « fête ». La célébration du Salut plonge ses racines et trouve sa justification dans le mystère de la Croix qui, seulement, rend possibles les « nouvelles noces » entre le Créateur et la créature.
En ce sens, on est invité de toute façon à la « fête des noces ».
Mais que l'invitation soit accueillie ou qu’elle soit refusée - comme dans le cas de la parabole – c’est à l’initiative du Seigneur que l'invitation à la fête parvient aux hommes ; le salut n'est en aucun cas une « auto-rédemption », qui serait de toute façon destinée à l’échec, mais c’est la réponse libre et certaine à une invitation qui arrive de Dieu même. Il appelle à la communion avec Lui, à travers la méthode de la médiation historique : celle-ci est faite de Tradition vivante et ininterrompue, d'écoute humble de Sa Parole dans l’Écriture Sainte, d’accueil docile du Magistère, de participation vivante et de poursuite de ces expériences, personnelles et communautaires, dans lesquelles la présence du Ressuscité ressort avec plus vigueur et se fait plus attrayante et convainquante.
Benoît XVI écrit dans l'Encyclique Deus caritas est : « À l’origine du fait d’être chrétien, il n’y a pas une décision éthique ou une grande idée, mais la rencontre avec un événement, avec une Personne, qui donne à la vie un nouvel horizon et par là son orientation décisive » (DCE n. 1). Cette personne est le Seigneur, qui nous invite à la Fête des noces, que chaque dimanche nous célébrons dans la foi et que chaque jour nous sommes appelés à célébrer dans la vie.
L'Eucharistie, ensuite, est une anticipation réelle de cette « Fête de noces » qui est le banquet eschatologique et définitif. Communion pleine avec Dieu à laquelle les Sauvés seront appelés à la fin des temps, ce banquet est réellement anticipé dans l'aujourd'hui de la foi, de façon pneumatique : l'Esprit Saint nous permet de goûter les ineffables douceurs du « banquet céleste », dans le banquet eucharistique, lequel possède dans la Croix et la Résurrection du Christ sa raison d'être même.
Restant sauve la totale gratuité de l'initiative divine qui adresse aux hommes l'invitation à participer de sa joie, et en définitive de sa propre vie, pour être admis aux deux « fêtes de noces », tant celle eucharistique que celle eschatologique, il faut revêtir l’habit de fête.
Il est nécessaire d'être revêtu du Christ.
Le premier mode pour être revêtu du Christ est, certainement, celui sacramentel, à travers le saint Baptême. Nous Lisons dans le Catéchisme de l'Église catholique : « Le Seigneur lui-même affirme que le Baptême est nécessaire pour le salut (cf. Jn 3,5). Aussi a-t-il commandé à ses disciples d'annoncer l'Évangile et de baptiser toutes les nations (cf. Mt 28,20) Le Baptême est nécessaire au salut pour ceux auxquels l'Évangile a été annoncé et qui ont eu la possibilité de demander ce sacrement (cf. Mc 16,16). L'Église ne connaît pas d'autre moyen que le baptême pour assurer l'entrée dans la béatitude éternelle ». (CEC n. 1257).
Se revêtir du Christ, ensuite, signifie aussi se revêtir de toutes ces vertus, humaines et chrétiennes, naturelles et surnaturelles, qui sont le fruit mûr de la juste coopération entre la liberté de l'homme et la grâce, et que nous sommes appelés à cultiver constamment, pour pouvoir être dignement admis à la « Fête des noces ».
Veuille la Bienheureuse Vierge Marie, épouse du Seigneur, qui a par excellence un vêtement nuptial sans tache, nous accompagner et nous protéger, pour que soit toujours digne notre participation sur la terre à la Sainte Eucharistie, et qu’à l'heure de notre mort, nous soyons introduits par sa douce maternité à la Fête définitive de la communion avec Dieu.