Ressources Catholiques Missel Romain

précédent
B. La fête de la Sainte Famille
120. « Le dimanche après Noël est la fête de la Sainte Famille; l’Évangile parle de l'enfance du Christ, et les autres lectures des vertus de la vie familiale » (OLM 95). On sait que, généralement, les évangélistes ne disent pratiquement rien de Jésus à partir de sa naissance jusqu’au début de son ministère public; les quelques événements, qui nous sont transmis, sont contenus dans les évangiles qui sont proposés pour cette fête. Les prodiges qui entourent la naissance du Sauveur diminuent en intensité. Comme le suggèrent les prières de cette célébration, la vie de la Sainte Famille, qui est très ordinaire, est offerte à toutes les familles comme un modèle à imiter.
121. Chaque jour, dans différentes parties du monde, l’institution familiale est confrontée à de grands défis. Il convient donc que le prédicateur en parle. Toutefois, plutôt que d’adresser une simple exhortation morale sur les valeurs de la famille, le prédicateur devrait parler de la famille chrétienne comme une école d’obéissance, en partant des lectures de la Messe de ce jour. Le Christ, dont nous célébrons la naissance, est venu dans le monde pour accomplir la volonté de son Père: une telle obéissance, c’est-à-dire cette docilité à l’Esprit Saint, devrait être présente dans chaque famille chrétienne. Joseph obéit à l’ange, et il conduit son propre Fils, avec sa Mère, en Égypte (année A); Marie et Joseph obéissent à la Loi en présentant leur Enfant au Temple (année B), et en se rendant à Jérusalem pour la fête de la Pâque juive (année C). Pour sa part, si Jésus accepte d’obéir à ses parents de la terre, son désir de demeurer dans la maison de son Père est encore plus intense (année C). En tant que chrétiens, nous aussi, nous sommes membres d’une autre famille, qui se réunit autour de la table familiale de l’autel pour se nourrir du sacrifice; celui-ci s’accomplit grâce à l’obéissance du Christ jusqu’à la mort. Nous devons considérer nos familles comme des Églises domestiques, où nous nous efforçons de mettre en œuvre ce modèle d’amour oblatif, que nous puisons dans l’Eucharistie. Ainsi, les familles chrétiennes sont-elles appelées à s’ouvrir pour  faire partie d’une famille, à la fois nouvelle et plus grande, celle de Jésus : « Celui qui fait la volonté de Dieu, celui-là est pour moi un frère, une sœur, une mère » (Mc 3,35).
122. La compréhension du sens chrétien de la vie familiale doit aider le prédicateur à expliquer la lecture qui est extraite de la Lettre de saint Paul aux Colossiens. Le précepte de l’apôtre, selon lequel la femme doit être soumise à son mari, peut heurter nos contemporain. Si le prédicateur pense qu’il convient de ne pas évoquer ce précepte, il serait plus prudent de recourir à la version brève de la lecture. Toutefois, les passages de l’Écriture Sainte, qui comportent des difficultés d’interprétation, ont beaucoup à nous apprendre, du moins dans la plupart des cas. Dans le cas présent, le prédicateur peut profiter de cette opportunité pour aborder un sujet qui n’est pas familier à l’auditeur de notre temps, mais qui, s’il est compris correctement, est un élément d’une valeur non négligeable et même nécessaire. La référence à un autre texte comme celui qui est extrait de la Lettre de saint Paul aux Ephésiens (5,21-6,4), peut lui permettre d’en approfondir le sens. Dans cette Lettre, Paul évoque les responsabilités réciproques des divers membres qui composent une famille. La phrase clef de ce texte est la suivante: « Par respect pour le Christ, soyez soumis les uns aux autres » (Ep 5,21). L’originalité de l’enseignement de l’apôtre ne réside pas dans le fait que les femmes devraient être soumis à leurs propres maris, ce qui correspondait à leur condition dans la culture de son temps. Ce qui est nouveau, et même proprement chrétien, est surtout qu’une telle soumission doit être réciproque: si la femme doit effectivement obéir à son mari, celui-ci, comme le Christ, est appelé à sacrifier sa propre vie pour son épouse. De plus, la raison de cette soumission réciproque n’a pas uniquement comme objectif d’assurer l’harmonie de la famille ou le bien de la société, mais elle est fondée sur le respect pour le Christ. En d’autres termes, la soumission réciproque dans la famille est une expression de l’obéissance chrétienne; la famille est, ou devrait être, le lieu où nous manifestons notre amour à l’égard de Dieu en acceptant de sacrifier notre vie les uns pour les autres. Le prédicateur peut profiter de cette occasion pour lancer ce défi à ses auditeurs, pour les encourager à mettre en œuvre, là où ils se trouvent, ce don d’eux-mêmes, qui se situe au cœur de la vie et de la mission du Christ, et qui est célébré dans « repas familial » de l’Eucharistie.
C. La solennité de Marie, Mère de Dieu
123. « Le 1 janvier (octave de Noël) est la solennité de sainte Marie Mère de Dieu; les lectures concernent la Vierge Marie, Mère de Dieu, et le Nom de Jésus » (OLM 95). Cette festivité conclut la semaine dans l’octave de la Nativité; dans de très nombreuses parties du monde, elle marque aussi le début de la nouvelle année. Les lectures et les prières offrent l’opportunité d’évoquer, une nouvelle fois, l’identité de l’Enfant dont nous avons célébré la naissance. Il est à la fois vrai Dieu et vrai homme. Le titre antique de Theotokos (Mère de Dieu) illustre la double nature, humaine et divine, du Christ. Il est aussi notre Sauveur (Jésus est le nom qui lui est attribué le jour de sa circoncision, celui qui lui avait été assigné par l’ange à sa conception). Lui qui est né sous la Loi, il nous sauve par le sang qu’il a versé. Le rite de la circoncision célèbre l’entrée de Jésus dans l’alliance et il annonce en même temps « le sang de l’alliance nouvelle et éternelle qui sera versé pour vous et pour la multitude en rémission des péchés ». Le rôle de Marie dans l’œuvre du salut est aussi le thème central de cette liturgie, qui considère à la fois sa relation avec le Christ, qui a reçu d’elle sa nature humaine, et sa relation avec les membres de son Corps: elle est la Mère de l’Église qui intercède pour nous. Enfin, la célébration du Nouvel An nous offre l’occasion de rendre grâces  pour tout ce que nous avons reçu durant l’année qui vient de s’achever, et aussi de prier pour que pendant l’année qui vient nous puissions, comme Marie, collaborer sans cesse avec Dieu à la mission du Christ. La prière sur les offrandes unit parfaitement ces différents aspects: « Dieu tout-puissant, dans ta providence, tu es à l’origine et au terme de tout ce qui est bon dans le monde; fais que, dans cette célébration de cette solennité de Marie, Mère de Dieu, nous recueillions les prémices de ton amour miséricordieux pour en goûter les fruits dans la joie. Par Jésus, le Christ, notre Seigneur ».
D. La solennité de l’Épiphanie
124. La triple dimension de l’Épiphanie (la visite des Mages, le Baptême du Christ et le miracle des noces de Cana) est particulièrement mise en évidence dans la Liturgie des Heures de l’Épiphanie, et dans celle des jours qui suivent cette solennité. Il est vrai que, dans la tradition latine, la liturgie eucharistique se concentre sur l’évangile des Mages. Toutefois, la semaine suivante, la fête du Baptême du Seigneur met l’accent sur l’un des deux autres aspects de l’Epiphanie du Seigneur. Enfin, pendant l’année C, le dimanche qui suit la fête du Baptême, l’évangile comporte le récit des noces de Cana.
125. Les trois lectures de la Messe de l’Épiphanie appartiennent à des genres différents de la littérature biblique. Ainsi, la première lecture, tirée du prophète Isaïe, est un poème qui exprime la joie. De son côté, la seconde lecture, de la lettre de saint Paul aux Éphésiens, est une affirmation théologique particulièrement précise qui est écrite dans le langage spécialisé propre à saint Paul. L’évangile, quant à lui, est un récit dramatique des événements, où chaque détail est revêtu d’une signification symbolique. Tous contribuent à nous révéler le sens et la nature de cette fête de l’Épiphanie. Nous sommes alors en mesure de la célébrer d’une manière plus fructueuse, car  accédons à une compréhension plus profonde de ces textes, avec l’aide de l’Esprit Saint. La sainte Parole de Dieu nous dévoile la signification fondamentale de la naissance de Jésus Christ. La célébration de Noël, qui a commencé le 25 décembre, atteint alors son sommet, car, en ce jour de l’Épiphanie, le Christ est révélé à tous les peuples.
126. Le prédicateur pourrait s’inspirer du texte de saint Paul, assez bref mais d’une très grande intensité, qui contient un enseignement précis sur l’Epiphanie. Paul raconte sa propre rencontre avec Jésus ressuscité sur le chemin de Damas, qui est à l’origine de sa conversion. Il explique ce qui a constitué pour lui une « révélation », c’est-à-dire une compréhension des événements, nouvelle et inattendue, qui lui fut transmise avec une autorité divine dans la rencontre avec le Seigneur Jésus; il ne s’agit donc pas d’une simple opinion personnelle. Saint Paul appelle aussi cette révélation une « grâce » et une « mission », c’est-à-dire un trésor qui lui est confié pour le bien de tous. De plus, il définit ce qui lui a été communiqué comme un « mystère ». Ce « mystère » est une réalité, qui, dans le passé était inconnue, imperméable à notre compréhension, et, d’une certaine manière, qui demeurait cachée au cœur des événements, mais qui est révélée ici et maintenant - et tel est justement l’annonce de Paul - ou, en d’autres termes, qui s’est fait connaître. En quoi consiste ce sens caché aux générations passées, et qui est maintenant révélé ? C’est ceci, qui est tout entier contenu dans l’affirmation de l’Epiphanie: « les païens sont appelés, dans le Christ Jésus, à participer [ avec les Juifs ] au même héritage, à faire partie du même corps et à partager la même promesse, par l’annonce de l’Évangile ». Pour Paul, le pharisien zélé, il s’agit d’un véritable retournement dans sa manière de comprendre les événements, lui qui, jusque là, était convaincu que l’observance scrupuleuse de la loi hébraïque constituait l’unique voie de salut. Paul annonce désormais « l’Évangile », c’est-à-dire la Bonne Nouvelle inattendue en Jésus Christ. Oui, Jésus est bien l’accomplissement de toutes les promesses de Dieu au peuple juif; par conséquent, si l’on ne tient pas compte de ces promesses, il est impossible de comprendre Jésus. Pourtant, maintenant « les païens sont appelés, dans le Christ Jésus, à participer [ avec les Juifs ] au même héritage, à faire partie du même corps et à partager la même promesse, par l’annonce de l’Évangile ».
127. Dans le texte choisi pour l’Epiphanie, les événements qui sont relatés dans le récit de Matthieu peuvent être considérés comme la réalisation de ce que Paul a exprimé dans sa propre lettre. Guidés par une étoile, les Mages arrivent à Jérusalem Ce sont des païens religieux, des sages, c’est-à-dire des savants, qui sont des adeptes de ces fameuses traditions sapientielles, dans lesquelles l’humanité entière cherche ardemment le Créateur inconnu et le Seigneur de toutes choses. Guidés par une étoile, ces Mages arrivent à Jérusalem. Ils représentent donc toutes les nations, car ils ont trouvé le chemin qui les a conduits à Jérusalem, non pas en suivant les Écritures hébraïques, mais grâce à un signe merveilleux qui est apparu dans le ciel, leur révélant l’existence d’un événement d’une portée que l’on peut qualifier de cosmique. Bien que leur sagesse ne soit pas celle des Juifs, les Mages ont réussi à comprendre beaucoup de choses. « Nous avons vu apparaître son étoile et nous sommes venus pour l’adorer ». Toutefois, à la dernière étape de leur voyage, et pour parvenir à la conclusion définitive et certaine de leurs recherches, ils ressentent le besoin de recourir aux Écritures hébraïques, dans lesquelles ils découvrent l’identification prophétique de Bethléem avec le lieu de la naissance du Messie. Ainsi, grâce à cet éclairage, qui provient des Écritures hébraïques, le signe cosmique leur indique de nouveau le chemin qu’ils doivent suivre. « Et voici que l’étoile qu’ils avaient vue se lever, les précédait, jusqu’à ce qu’elle vienne s’arrêter au-dessus de l’endroit où se trouvait l’enfant ». Les Mages représentent le désir de Dieu de la part de toute l’humanité, qui parvient à Bethléem, pour y trouver « l’enfant Jésus avec Marie, sa Mère ».
128. A cet endroit du récit de Matthieu, il est possible d’insérer un commentaire de la prophétie poétique d’Isaïe. Ses accents de jubilation peuvent nous aider à mieux saisir le caractère merveilleux de cet événement. « Debout, Jérusalem, resplendis ! », exhorte le prophète, « car elle est venue, ta lumière, et la gloire du Seigneur s’est levée sur toi ». Il faut savoir que la rédaction de ce texte est liée à une circonstance historique bien précise: le peuple d’Israël avait besoin de mettre fin à un chapitre particulièrement obscur de son histoire. Dans le contexte de la rencontre des Mages avec Jésus, celle-ci acquiert une nouvelle dimension absolument inimaginable. La lumière, la gloire et la splendeur: voilà l’étoile qui guide les Mages. Ou, plutôt, c’est Jésus lui-même qui est « la lumière de toutes les nations et la gloire de son peuple Israël ». « Debout, Jérusalem », dit le prophète. Nous savons maintenant, grâce à la révélation de saint Paul, que si cette exhortation s’adresse à Jérusalem, - et ce principe s’applique à l’ensemble des Saintes Écritures - elle ne se limite pas seulement à la cité historique et terrestre, parce que « les païens sont appelés, dans le Christ Jésus, à participer [avec les Juifs] au même héritage ». Ainsi, sous l’appellation de « Jérusalem », l’exhortation s’adresse à toutes les nations. L’Église, présente dans toutes les nations, est appelée « Jérusalem ». Chaque âme, qui est baptisée, est aussi appelée en son for intérieur « Jérusalem ». Ainsi, s’accomplit ce qui fut prophétisé dans les Psaumes: « pour ta gloire on parle de toi, ville de Dieu » et « en toi toutes mes sources » (Ps 86 (87),3,7).
129. Ainsi, à l’Épiphanie, les paroles saisissantes du prophète sont adressées à chaque assemblée chrétienne. « Elle est venue ta lumière, Jérusalem ! ». Le prédicateur devrait aider tous les fidèles à mieux entendre cette parole au fond de leur cœur ! « Voici que les ténèbres couvrent la terre…; mais sur toi resplendit le Seigneur, sur toi sa gloire apparaît ». Le prédicateur a le devoir d’exhorter les gens à sortir de leur indolence, et à se détourner de leurs attitudes peu ouvertes à l’espérance. « Lève les yeux alentour, et regarde: tous, ils se rassemblent, ils viennent vers toi ». Ainsi, tout ce que le monde cherche est offert aux chrétiens. Beaucoup de nations recevront cette grâce que nous possédons déjà. C’est ce que justement nous proclamons dans le Psaume responsorial: « Seigneur, tous les peuples de la terre t’adoreront ».
130. De la prophétie poétique d’Isaïe, notre réflexion nous conduit maintenant de nouveau vers le récit de Matthieu. Les Mages constituent pour nous des exemples pour nous approcher de l’enfant Jésus. « Ils virent l’enfant avec Marie sa mère; et tombant à ses pieds, ils se prosternèrent devant lui en l’adorant ». Nous participons à la sainte liturgie pour faire de même. Le prédicateur ferait donc bien de rappeler aux fidèles que le fait de recevoir la sainte Communion le jour de l’Epiphanie, doit leur faire penser qu’ils sont eux-mêmes parvenus à l’endroit et devant la Personne, vers laquelle l’étoile et les Saintes Écritures les ont guidés. Ainsi, il s’agit pour eux d’offrir à Jésus l’or de leur amour fraternel, l’encens de leur foi, qui leur permet de reconnaître celui qui est « Dieu-avec-nous », et la myrrhe, qui exprime leur volonté de mourir au péché et d’être ensevelis avec lui pour ressusciter à la vie éternelle. De plus, comme les Mages, ils doivent se sentir encouragés à rentrer chez eux en suivant un autre chemin. En effet, ils peuvent désormais oublier Hérode, le perfide imposteur, et tout le mal qu’il leur a dit de faire. Car, pendant cette fête, ils ont vu le Seigneur ! « Debout, resplendis, parce qu’elle est venue ta lumière. La gloire du Seigneur s’est levée sur toi. ». Le prédicateur pourrait encore exhorter les fidèles à imiter l’étoile, comme sut le faire, il y a des siècles, saint Léon. Comme l’étoile, qui conduisit les païens au Christ par la lumière qui en émanait, l’assemblée est appelée à briller de la splendeur de la foi, de la louange et des bonnes œuvres, dans ce monde de ténèbres, comme un astre lumineux. « Voici que les ténèbres recouvrent les nations; mais sur toi resplendit le Seigneur ».
E. La fête du Baptême du Seigneur
131. La fête du Baptême du Seigneur, qui suit l’Epiphanie, conclut le Temps de Noël, avant le début du Temps Ordinaire. Tandis que Jean baptise Jésus sur les rives du Jourdain, il se passe quelque chose de grandiose. Les cieux se déchirent, on entend la voix du Père, et l’Esprit Saint  descend sur Jésus sous une forme visible. Il s’agit de la manifestation de la Sainte Trinité. Toutefois, pourquoi cette vision a-t-elle lieu au moment où Jésus est baptisé ? Le prédicateur doit répondre à cette question.
132. On trouve une explication dans le but que poursuit Jésus en allant vers Jean pour être baptisé par lui. Jean prêche un baptême de conversion. Jésus reçoit ce signe de pénitence comme tous ceux qui viennent trouver Jean. Dans un premier temps, Jean tente de dissuader Jésus, mais celui-ci insiste. Cette insistance manifeste l’intention qui l’anime: sa solidarité avec les pécheurs. Il veut être au même endroit qu’eux. La même chose est exprimée par l’apôtre Paul en d’autres termes: « Celui qui n’a pas connu le péché, Dieu l’a pour nous identifié au péché » (2 Co 5,21).
133. C’est à ce moment de solidarité intense avec les pécheurs qu’a lieu la grandiose épiphanie trinitaire. La voix du Père, qui retentit dans le ciel, annonce : « Tu es mon Fils bien-aimé; en toi, je trouve ma joie ». Nous devons comprendre que ce qui plaît au Père est justement cette volonté du Fils d’être solidaire avec les pécheurs. C’est ainsi que nous apprenons à connaître qui est vraiment le Fils de ce Père « qui a tellement aimé le monde qu’il a donné son Fils unique » (Jn 3,16). A cet instant, l’Esprit Saint apparaît sous la forme d’une colombe, qui se tient au-dessus du Fils, comme s’il désirait manifester son approbation, et en quelque sorte ratifier ce qui nous est montré dans cette scène tout à fait inattendue.
134. L’Esprit Saint a préparé sa présence, qui marque cette scène, tout au long des siècles de l’histoire d’Israël - « il a parlé par les prophètes », comme nous le disons dans la profession de foi du Credo - et il est lui-même présent pendant l’homélie, autant auprès du prédicateur que de ceux qui l’écoutent: il ouvre leur esprit à une compréhension encore plus profonde de ce qui est arrivé. C’est le même Esprit Saint, qui a accompagné Jésus à chaque instant de son existence en ce monde, faisant de chacune de ses actions la révélation de la présence du Père. Nous pouvons donc entendre le texte de ce jour du prophète Isaïe comme un prolongement de ces paroles que le Père imprimaient dans le cœur de Jésus: « Tu es mon Fils bien-aimé ». Leur dialogue d’amour continue: « Tu es celui que j’ai choisi et en qui je trouve ma joie. J’ai envoyé mon Esprit sur toi… Moi, le Seigneur, je t’ai appelé pour répandre ma justice et je t’ai pris par la main; je t’ai formé et je t’ai établi pour être l’alliance de mon peuple et la joie des nations ».
135. Dans le Psaume responsorial de cette fête, on entend les paroles du Psaume 28 (29): « La voix du Seigneur domine les eaux ». L’Église chante ce Psaume pour illustrer les paroles du Père que nous avons le privilège d’entendre, et qui marquent notre fête de ce jour. « Mon Fils bien-aimé: en toi je trouve ma joie ! » - c’est bien la voix du Père « qui domine les eaux. Voix du Seigneur dans sa force. Voix du Seigneur qui éblouit » (Ps 28 (29),3-4).
136. Après le baptême, l’Esprit Saint conduit Jésus au désert pour y être tenté par Satan. Puis, toujours guidé par l’Esprit Saint, Jésus se rend en Galilée où il proclame le Royaume de Dieu. Sa prédication, qui fascine les foules, est marquée par des miracles prodigieux. Or, Jésus dit un jour: « Je dois recevoir un baptême, et quelle angoisse est la mienne jusqu’à ce qu’il soit accompli ! » (Lc 12,50). Il annonçait par ces paroles sa mort prochaine à Jérusalem. Nous comprenons ainsi que le baptême que Jésus reçut de Jean Baptiste n’était pas le baptême définitif, mais le symbole de ce qu’il aurait accompli lui-même dans le baptême de son agonie et de sa mort sur la croix. En effet, c’est sur la croix que Jésus se révèle, non pas d’une manière symbolique, mais concrètement, par sa solidarité absolue avec les pécheurs. C’est sur la croix que « Dieu l’a pour nous identifié au péché » (2 Co 5,21), et « qu’il nous a rachetés de la malédiction de la loi, en devenant, pour nous, objet de malédiction » (Ga 3,13). Il accepta de descendre jusque dans le gouffre des eaux, au-delà même de la mort, pour purifier à jamais nos péchés. Mais voici que, par sa croix et sa mort, Jésus est sorti des eaux, et qu’il a été appelé à ressusciter par la voix du Père qui lui a dit: « Tu es mon Fils, aujourd’hui je t’ai engendré… Moi, je serai pour lui un père, et lui sera pour moi un fils » (He 1,5). Cette scène de la mort et de la résurrection peut être considérée en quelque sorte comme un chef d’œuvre écrit et réalisé par l’Esprit Saint. La voix du Seigneur, qui s’élève au-dessus des grandes eaux de la mort, avec force et puissance, relève son Fils de sa mort. « Voix du Seigneur dans sa force. Voix du Seigneur qui éblouit. »
137. Le baptême de Jésus est aussi un modèle pour notre propre baptême. Le baptême nous fait descendre avec le Christ dans les eaux de la mort, où nous sommes purifiés de nos péchés. Ensuite, après avoir été immergés avec lui, nous sortons des eaux avec lui et nous entendons la voix du Père - forte et puissante - qui s’adresse aussi à nous, au plus profond de nos cœurs. Un nouveau nom nous est donné: « Tu es mon bien-aimé ! En toi, je trouve ma joie ». Nous considérons ce nom comme étant le nôtre, non pas en vertu des bonnes actions que nous accomplissons, mais parce que le Christ, dans son amour sans limite, a désiré intensément nous faire partager sa relation avec le Père.
138. L’Eucharistie qui est célébrée le jour de cette fête est en quelque sorte le mémorial de ces événements. En effet, l’Esprit Saint descend sur le pain et le vin qui sont offerts par les fidèles. Les paroles de Jésus - « Ceci est mon Corps, ceci est mon Sang » - montrent son intention de recevoir le baptême de la mort pour notre salut. Et l’assemblée prie le « Notre Père » avec le Fils, parce qu’elle comprend que c’est à elle et avec lui que s’adresse la voix du Père, quand celui-ci appelle son Fils son « Bien-aimé ».
139. Un jour, au cours de son ministère, Jésus a dit ceci: « Qui croit en moi; comme dit l’Écriture: de son cœur couleront des fleuves d’eau vive ». Cette eau vive a commencé à jaillir en nous au baptême, et ce fleuve ne cesse de grandir à chaque célébration de l’Eucharistie.
V. LES DIMANCHES DU TEMPS ORDINAIRE
140. Les Temps de l’Avent, de Noël, du Carême et de Pâques ont un caractère particulier, et les lectures qui sont choisies pour ces différents Temps liturgiques correspondent d’une manière adéquate à chacun d’entre eux. Tel n’est pas le cas des dimanches du Temps Ordinaire, comme l’affirment les Praenotanda du Lectionnaire: « Au contraire, pour les dimanches du Temps Ordinaire, qui n'ont pas de caractère particulier, les textes de l'Apôtre et de l'Évangile se présentent sous la forme d’une lecture semi-continue, tandis que la lecture d'Ancien Testament s'harmonise avec l'Évangile » (OLM 67).
Les rédacteurs du Lectionnaire ont volontairement refusé d’assigner un « thème » à chaque dimanche de l’année, et, par conséquent de choisir les lectures à partir d’un tel critère: « La conception authentique de l'action liturgique répugne en effet au recours à une unité thématique, car la liturgie est toujours la célébration du mystère du Christ, et elle recourt à la Parole de Dieu selon sa propre tradition: ce qui la guide, ce ne sont pas seulement des motifs rationnels et des considérations extérieures, c'est le souci d'annoncer l'Évangile et de conduire les croyants à la connaissance de la vérité tout entière » (OLM 68).
Fidèle à la directive du Concile Vatican II, selon laquelle « l’ordonnancement des textes et des rites doit être réalisée de telle façon qu’ils expriment avec plus de clarté les réalités saintes qu’ils signifient » (SC 21), le Lectionnaire triennal du Temps Ordinaire offre aux fidèles le mystère du Christ tel qu’il est présenté dans les évangiles de Matthieu, Marc et Luc. Le prédicateur doit faire attention à la structure des lectures du Temps Ordinaire; il peut trouver une aide dans les textes qui ont trait à la préparation du Lectionnaire. A ce sujet, ce Directoire désire rappeler ce qui est dit dans les Praenotanda au sujet de cette structure, à partir de l’évangile.
141. Après avoir noté que le II dimanche du Temps Ordinaire a encore pour thème la manifestation du Seigneur, qui a été célébrée à l’occasion de l’Epiphanie et du Baptême du Seigneur, les Praenotanda affirment ceci :
A partir du III dimanche commence la lecture semi-continue des Évangiles synoptiques; cette lecture concerne la vie et la prédication du Seigneur, selon les caractéristiques doctrinales propres de chaque Évangile.
On peut noter une certaine harmonie entre le déroulement de chaque Évangile et celui de l'année liturgique. On lit ainsi après l'Épiphanie les débuts de la prédication du Christ, qui se relient assez bien au Baptême et aux premières manifestations du Christ. A la fin de l’année liturgique, on trouve naturellement le discours eschatologique, qui caractérise les derniers dimanches; en effet, le thème de la fin des temps affleure, d’une manière plus ou mois accentuée, dans les lectures des Évangiles qui précèdent le récit de la Passion (OLM 105).
On note l’existence d’un schéma commun aux trois cycles: les premières semaines concernent le début de la mission publique du Christ, et les dernières mettent en évidence le thème des fins dernières; entre elles, on trouve les différents événements et les enseignements de la vie du Seigneur.
142. Les textes prévus chaque année forment un ensemble bien déterminé, qui correspond à un enseignement propre à chacun des Évangiles synoptiques. Le prédicateur devrait donc résister à la tentation de considérer les lectures de l’évangile prévues chaque dimanche comme des entités indépendantes les unes par rapport aux autres: le fait pour lui de prendre en compte la structure globale de l’ensemble d’un évangile et les éléments qui caractérisent les textes contenus dans le Lectionnaire, peut lui permettre d’approfondir la compréhension de chacun d’entre eux.
143. ANNÉE A : Matthieu présente le ministère public de Jésus d’une manière très structurée. Les discours sont au nombre de cinq, chacun d’entre eux étant précédé par un ensemble de récits. Le Lectionnaire respecte cette structure. 1. Le Sermon sur la Montagne (du 4ème au 9ème dimanche) est précédé par l’appel des premiers disciples (3ème dimanche). 2. Le Discours missionnaire (du 11ème au 13ème dimanche) est précédé par l’appel de Matthieu. 3. Les Paraboles (du 15ème au 17ème dimanche) sont précédées par l’annonce de la Bonne Nouvelle aux humbles et aux petits. 4. le Discours sur l’Église (les 23ème et 24ème dimanches) est précédé par le récit des miracles, de la confession de Pierre et l’annonce de la Passion. 5. Le Discours eschatologique (du 32ème au 34ème dimanche) est précédé par le récit des paraboles et des événements concernant l’acceptation ou le refus du Royaume. La prise en compte de cette structure de la part du prédicateur le rend capable de relier entre elles les réflexions qu’il exprime au long des semaines, tout en aidant les fidèles à mieux prendre conscience de l’union indissociable, en la personne de Jésus, de sa vie et de son enseignement, ainsi qu’il ressort du plan voulu par Matthieu, le premier évangéliste, qui alterne les récits et les discours.
144. ANNÉE B: Bien qu’il ne possède pas une structure aussi claire que les deux autres Évangiles synoptiques, le récit de Marc comporte une dynamique qui lui est propre, et que le prédicateur pourra mettre en évidence de temps en temps durant l’année liturgique. Le début du ministère de Jésus est accueilli avec un grand enthousiasme (du 3ème au 9ème dimanche), mais une opposition de plus en plus forte ne tarde pas à se manifester (10ème dimanche). Les disciples eux-mêmes ont du mal à comprendre, car leurs espoirs résident dans un Messie dont la stature n’excède pas les limites de ce monde. Dans l’Évangile de saint Marc, le point d’orgue du ministère public de Jésus, et le retournement qu’il opère, survient au moment de la confession de Pierre, avec la première annonce de la Passion, suivie du refus de Pierre face à ce projet (24ème et 25ème dimanches). Cet Évangile souligne les malentendus qui s’en suivent, car Jésus parle et se comporte de telle manière qu’il provoque le refus et le scandale de ses interlocuteurs. Cet aspect particulier de l’Évangile de Marc comporte une leçon salutaire, qui est adressée à la communauté chrétienne réunie chaque semaine pour écouter la Parole de Dieu - en effet, le mystère de Jésus constitue toujours un défi par rapport à nos attentes. Une autre caractéristique de l’année B réside dans le fait qu’on y trouve le récit fait par saint Jean de la multiplication des pains et des poissons, avec le discours sur le pain de vie qui suit ce miracle (du 17ème au 21ème dimanche). Cela offre au prédicateur l’opportunité de prêcher sur le Christ, Pain vivant qui nous nourrit par sa Parole, et par son Corps et son Sang.
145. ANNÉE C : L’Évangile de Luc est caractérisé par la tendresse et la miséricorde, qui sont des traits distinctifs du ministère du Christ. Depuis le début de sa mission jusqu’à sa montée à Jérusalem, ceux qui rencontrent Jésus, de Pierre (5ème dimanche) à Zachée (31ème dimanche), prennent conscience qu’ils ont besoin d’être pardonnés, et de recevoir la miséricorde de Dieu. Tout au long de l’année, beaucoup de récits, qui sont propres à l’Évangile de Luc, illustrent le thème de la divine miséricorde: la femme pécheresse (11ème dimanche), le bon Samaritain (15ème dimanche), la brebis égarée et le fils prodigue (24ème dimanche), le bon larron (34ème dimanche). On trouve aussi les nombreux reproches qui sont adressés à ceux qui ne font pas preuve de miséricorde: les anathèmes et les béatitudes (6ème dimanche), le riche insensé (18ème dimanche), le riche et le pauvre Lazare (26ème dimanche). Ecrit pour les Gentils, l’Évangile de Luc montre que la miséricorde de Dieu dépasse les limites du peuple élu, et qu’elle rejoint progressivement tous ceux qui en étaient exclus jusque là. Ces mêmes dimanches, on peut noter que ce thème revient souvent: il est un encouragement pour nous tous qui participons à l’Eucharistie: étant donné que nous avons reçu en abondance la miséricorde du Christ, nous ne pouvons pas mettre de limites à notre propre miséricorde envers notre prochain.
146. Au sujet des lectures de l’Ancien Testament durant le Temps Ordinaire, les Praenotanda disent ceci :
Ces lectures ont été choisies chacune en fonction de l'Évangile du jour, pour éviter un trop grand manque d'unité dans chaque messe, et surtout pour souligner l'unité entre les deux Testaments. Les titres ont été rédigés de manière à souligner cette relation.
On a veillé à prendre autant que possible des textes courts et faciles. Mais on a également fait en sorte de lire au long des dimanches tous les textes vraiment importants de l’Ancien Testament. Sans doute ne sont-ils pas insérés dans le Lectionnaire dans un ordre logique, puisqu'ils sont choisis en lien avec l'Évangile, mais le trésor de la Parole de Dieu sera suffisamment ouvert pour faire connaître à tous ceux qui participent à la Messe dominicale les pages principales de l'Ancien Testament (OLM 106).
Les exemples fournis par ce Directoire, concernant les Temps de l’Avent/Noël et de Carême/Pâques, indiquent au prédicateur la voie qu’il peut suivre pour relier entre elles les lectures du Nouveau et de l’Ancien Testament. En particulier, ils montrent qu’elles convergent toutes vers la personne et la mission de Jésus Christ. On ne doit pas non plus oublier le Psaume responsorial, qui est lui aussi choisi en lien avec l’Évangile et la lecture de l’Ancien Testament. Le prédicateur ne peut donc pas prétendre que le peuple est capable de reconnaître spontanément les relations qui existent entre les différents textes; il devra veiller à les indiquer au cours de son homélie. Les Praenotanda attirent aussi notre attention sur les titres qui ont été soigneusement choisis au début de chaque lecture. Ils servent à indiquer le thème principal de la lecture en question, et aussi, quand cela est nécessaire, à mettre en évidence le lien existant entre les différentes lectures d’une même Messe (cf. OLM 123).
147. Enfin, il y aussi des lectures du Temps Ordinaire qui sont des extraits des Lettres des Apôtres :
En ce qui concerne les Épîtres, on prévoit la lecture semi-continue des Lettres de saint Paul et de saint Jacques (celles de Pierre et de Jean étant lues au Temps pascal et durant le Temps de Noël).
La première Lettre aux Corinthiens étant assez longue et traitant de questions très diverses, on l'a répartie entre les trois années, au début du Temps Ordinaire. De même, il a semblé opportun de diviser la Lettre aux Hébreux en deux parties, qui sont lues durant les années B et C.
On a veillé autant que possible à choisir des lectures brèves, pas trop difficiles, ayant un thème précis, pour qu'elles soient comprises des fidèles (OLM 107).
En plus de ce qui est dit dans les Praenotanda, il convient d’ajouter les deux observations suivantes concernant la disposition des textes provenant des Lettres des Apôtres. Tout d’abord, pendant les semaines qui concluent l’année liturgique, nous écoutons la Première et la Deuxième Lettre aux Théssaloniciens, qui traitent de thèmes eschatologiques s’accordant bien avec les autres lectures et les textes liturgiques de ces dimanches. En second lieu, la célèbre Lettre de Paul aux Romains constitue une partie très importante de l’année A, du 9ème au 25ème dimanche. Étant donné son importance, et la place non négligeable qui lui est réservée dans le Lectionnaire, il est recommandé au prédicateur de lui accorder une attention toute spéciale durant ces dimanches du Temps Ordinaire.
148. Les lectures extraites des Lettres des Apôtres peuvent provoquer un certain dilemme quand on s’aperçoit qu’elles n’ont été pas choisies en lien avec l’Évangile et avec la lecture de l’Ancien Testament. Certes, il arrive qu’il existe une relation entre elles et les autres lectures, mais ce n’est pas le cas le plus fréquent. On recommande donc au prédicateur de ne pas s’efforcer de chercher une « concordance » là où elle n’existe pas avec les autres lectures. Toutefois, il est légitime qu’il prêche parfois en priorité sur la seconde lecture, et même qu’il consacre plusieurs dimanches à l’une d’entre elles.
149. Le fait qu’il n’existe pas de relation intrinsèque entre les différents dimanches du Temps Ordinaire peut constituer un défi pour le prédicateur, tout en lui offrant l’opportunité de mettre en évidence, une nouvelle fois, l’objectif fondamentale de l’homélie: « le mystère pascal du Christ, annoncé par les lectures et l'homélie, se réalise par le Sacrifice de la Messe » (OLM 24). Le prédicateur ne devrait pas ressentir la nécessité de s’arrêter sur chaque lecture, ou de construire des ponts artificiels entre elles: le principe unificateur est constitué par la révélation et la célébration du mystère pascal du Christ pour chaque assemblée liturgique. Chaque dimanche, l’entrée dans le mystère est indiquée par le texte de l’Évangile, qui doit être lu à la lumière de la doctrine propre à l’évangéliste. Il peut être approfondi par une réflexion sur le lien qui existe entre ce passage de l’évangile, la lecture de l’Ancien Testament et le Psaume responsorial. Ou bien encore, le prédicateur peut choisir principalement le texte de l’Apôtre comme base de sa propre homélie. En tout cas, le but n’est pas de réaliser un tour de force visant à unir d’une manière exhaustive les divers aspects des lectures, mais d’en mettre au moins un en évidence, afin de guider le peuple de Dieu jusqu’au cœur du mystère de la vie, de la mort et de la résurrection du Christ, qui est rendu présent dans la célébration liturgique.
VI. LES AUTRES OCCASIONS
A. La Messe de semaine
150. La coutume de célébrer chaque jour l’Eucharistie est une grande source de sainteté pour les catholiques de Rite Romain. Les prêtres devraient donc encourager le peuple à participer à la Messe quotidienne, quand cela est possible. Le Pape Benoît XVI recommande « qu’on n’omette pas aussi durant les messes cum populo en semaine, si possible, d’offrir de brèves réflexions appropriées à la situation, pour aider les fidèles à accueillir et faire fructifier la Parole qu’ils ont écoutée » (VD 59). L’Eucharistie quotidienne est moins solennelle que la liturgie dominicale, et elle devrait être célébrée dans des conditions qui permettent à tous ceux qui ont des responsabilités familiales et professionnelles d’y participer. D’où la nécessité que l’homélie, à cette occasion, soit brève. De plus, étant donné que de nombreux fidèles participent régulièrement aux Messes de semaine, il est possible de prévoir l’homélie au sujet d’un livre particulier de la Sainte Écriture les jours suivants, ce qui n’est pas autorisé à la Messe dominicale.
151. L’homélie de la Messe de semaine est particulièrement recommandée aux Temps de l’Avent/Noël et de Carême/Pâques. Dans ces différents cas, les lectures ont été choisies avec soin, et les principes sont contenus dans les Praenotanda de l’Ordo Lectionum Missae: pour le Temps de l’Avent, au n. 94, pour le Temps de Noël, au n. 96, pour celui du Carême, au n. 98, et pour le Temps pascal, au n. 101. Le fait de bien les connaître peut aider le prédicateur à préparer ses brefs commentaires quotidiens.
152. Les mêmes Praenotanda comportent un point important concernant les lectures du Temps Ordinaire, auquel le prédicateur doit faire attention quand il prépare les liturgies des jours de semaine :
Dans le lectionnaire de semaine sont proposées des lectures pour chaque jour pendant toute l'année: par conséquent, ce sont ces lectures qu'on prendra le plus souvent, aux jours où elles sont assignées, à moins qu'il n'y ait ce jour-là une solennité, une fête, ou une mémoire ayant des lectures propres.
De ce fait, il peut arriver qu'une telle célébration vienne interrompre la série des lectures, ce qui oblige d’omettre telle ou telle lecture d’un même livre. Dans ce cas, en tenant compte de la disposition des lectures de l’ensemble de la semaine, le prêtre doit prévoir ou l’omission de certaines parties de moindre importance, ou la fusion de différentes parties, en particulier si cela contribue à donner une vue plus complète du thème en question (OLM 82).
On encourage donc le prédicateur à prendre connaissance des lectures de la semaine entière, et à les adapter pour que leur continuité ne soit pas interrompue par une célébration particulière. Même si l’homélie de la Messe de semaine est brève, elle doit néanmoins être préparée très soigneusement avant la célébration. L’expérience nous enseigne qu’une brève homélie requiert souvent une préparation plus importante.
153. Quand le Lectionnaire prévoit des lectures propres pour la célébration d’un Saint, il convient de les prendre. De plus, si pour une raison quelconque, on désire mettre en valeur la célébration d’un Saint, les lectures peuvent être choisies dans le Commun. Toutefois, à ce sujet, les Praenotanda de l’Ordo Lectionum Missae comportent l’avertissement suivant :
S'il célèbre avec la participation du peuple, le prêtre cherchera avant tout le bien spirituel des fidèles, et veillera à ne pas leur imposer ses préférences. Il veillera surtout à ne pas omettre trop souvent et sans motif suffisant les lectures assignées pour chaque jour au Lectionnaire de semaine: en effet, l'Église désire que la table de la Parole de Dieu soit offerte aux fidèles dans sa plus grande richesse (OLM 83).
B. Le mariage
154. Au sujet de l’homélie prononcée pendant la célébration d’un mariage, le Rituel du Mariage dispose que « dans l’homélie qu’il prononce à partir du texte sacré de l’Écriture Sainte, le prêtre  doit mettre en évidence le mystère du Mariage chrétien, la dignité de l’amour conjugal, la grâce du sacrement et les devoirs des époux, en tenant compte des situations concrètes des époux et des personnes présentes » (64). L’homélie prononcée à l’occasion d’un mariage comporte deux caractéristiques qui sont uniques en leur genre. Tout d’abord, on remarque que, ordinairement, y compris pour de nombreux chrétiens, le mariage n’est pas considéré comme une vocation; c’est pourquoi il est nécessaire de proclamer le « mystère du mariage chrétien ». Ensuite, beaucoup de ceux qui participent à la célébration ne sont pas chrétiens ou ne sont pas catholiques: le prédicateur ne peut donc pas partir du présupposé que son auditoire connaît les points principaux de la foi chrétienne. Ces défis offrent pourtant l’occasion au prédicateur d’exposer une conception de la vie et du mariage, qui est enracinée dans le témoignage des chrétiens et dans le mystère de la mort et de la résurrection du Christ. Celui qui prononce l’homélie doit donc la préparer avec soin, afin qu’il soit en mesure de parler du « mystère du Mariage chrétien », tout « en tenant compte », en même temps, « des situations concrètes des époux et des personnes présentes ».
C. Les Obsèques
155. Le Rituel des obsèques explique succinctement la valeur et la signification de l’homélie prononcée lors des funérailles. A la lumière de la Parole de Dieu, et tout en évitant « la forme et le style d’un éloge funèbre » (70), « les prêtres doivent être attentifs non seulement à la personne du défunt et aux circonstances de sa mort, mais aussi, avec une sympathie pleine de sollicitude, à la douleur de ses proches et aux besoins de leur vie chrétienne » (Préliminaires 18). L’amour de Dieu manifesté dans le Christ mort et ressuscité permet de raviver la foi, l’espérance et la charité. La vie éternelle et la communion des Saints contribuent à réconforter ceux qui pleurent leurs défunts. Les funérailles sont l’occasion de méditer sur le mystère de la vie et de la mort, le sens de notre pèlerinage terrestre, le jugement miséricordieux de Dieu et la vie éternelle.
156. Le prédicateur doit prêter une attention particulière à ceux qui, à l’occasion des funérailles, assistent à la célébration liturgique: certains ne sont pas catholiques; d’autres le sont, mais ne participent presque jamais à l’Eucharistie, et d’autres encore donnent l’impression d’avoir perdu la foi (cf. Préliminaires 18). L’écoute de la Parole de Dieu, les prières et les chants propres à la liturgie des obsèques expriment la foi de l’Église tout en la nourrissant.


ANNEXE I : L’HOMÉLIE ET LE CATÉCHISME DE L’ÉGLISE CATHOLIQUE
157. La nécessité d’une prédication comportant un plus grand nombre d’éléments doctrinaux  est l’une des préoccupations principales, qui s’est exprimée dans les années qui ont suivi le Concile Vatican II, en particulier au cours des Synodes des Évêques. Le Catéchisme de l’Église Catholique répond à cette nécessité. Il reste que, si ce dernier est utile au prédicateur, celui-ci doit toujours l’utiliser en tenant compte de la nature et de l’objectif de l’homélie.
158. Le Catéchisme Romain fut publié à la demande des Pères du Concile de Trente. Certaines éditions incluaient une Praxis Catechismi, qui présentait les différentes parties du Catéchisme Romain à partir des évangiles des dimanches de l’année liturgique. Il n’est donc pas surprenant que, avec la publication d’un nouveau Catéchisme à la suite du Concile Vatican II, on ait proposé de faire quelque chose de semblable dans le Catéchisme de l’Église Catholique. Une initiative de ce genre devait inévitablement se heurter à de nombreux obstacles sur le plan pratique. Toutefois, la plus grande difficulté provenait de cette objection fondamentale, selon laquelle la liturgie dominicale ne peut pas être une « occasion » de faire un sermon sur un sujet qui ne correspond pas au temps liturgique et à ses thèmes spécifiques. A cela, on peut répondre qu’il peut exister des raisons pastorales particulières exigeant la présentation d’une partie bien déterminée de l’enseignement doctrinal ou moral. De telles décisions requièrent néanmoins une grande prudence pastorale.
159. De plus, les enseignements les plus importants proviennent d’une connaissance plus profonde des Saintes Écritures, qui se manifeste à l’occasion de la proclamation de la Parole de Dieu dans l’assemblée liturgique. Le devoir du prédicateur n’est pas de chercher à faire correspondre les lectures de la Messe à un schéma thématique prédéfini, mais il est d’inviter ses auditeurs à approfondir la foi de l’Église à partir des différents éléments qui émergent naturellement des Saintes Écritures dans le contexte de la célébration liturgique.
160. C’est pourquoi, dans cette Annexe, on a établi un Index où sont indiqués les numéros du Catéchisme de l’Église Catholique qui ont un rapport avec les lectures bibliques des dimanches et solennités. Les numéros ont été choisis en fonction des citations ou des allusions par rapport à des lectures spécifiques, ou parce qu’ils traitent de certains thèmes qui sont présents dans les lectures. On encourage le prédicateur à consulter le Catéchisme, non pas d’une manière superficielle et trop rapide, mais en tenant compte du fait que les quatre parties de cet ouvrage sont liées entre elles. Par exemple, le V dimanche du Temps Ordinaire de l’année A, la première lecture concerne l’attention aux pauvres, la deuxième lecture parle de la folie de la croix, et la troisième des disciples, qui sont le sel de la terre et la lumière du monde. Les références au Catéchisme associent ces différents thèmes en recourant à des thèmes fondamentaux: le Christ crucifié est la sagesse de Dieu, qui nous est révélée en lien avec le problème du mal et l’apparente impuissance de Dieu  (272); les chrétiens sont appelés à être la lumière du monde, malgré la présence du mal, et leur mission est d’être un levain en vue de l’unité, de l’espérance et du salut de l’humanité tout entière (782); en participant au mystère pascal du Christ, signifié par le cierge pascal, dont la lumière est transmise aux nouveaux baptisés, nous devenons nous-mêmes cette lumière (1243); « pour manifester devant les hommes sa force de vérité et de rayonnement, le message du salut doit être authentifié par le témoignage de vie des chrétiens » (2044); ce témoignage s’exprime tout particulièrement dans notre amour envers les pauvres (2443-2449). En utilisant de cette manière le Catéchisme de l’Église Catholique, le prédicateur pourra aider les fidèles à intégrer dans leur propre vie la Parole de Dieu, la foi de l’Église, les exigences morales de l’Évangile, et leur propre spiritualité personnelle et liturgique.
suivant