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B. Les II et III dimanches de l’Avent
87. Dans les trois cycles, les passages de l’évangile des II et III dimanches de l’Avent sont dominés par la figure de saint Jean Baptiste. Jean Baptiste est pas seulement le protagoniste des évangiles contenus dans le lectionnaire férial qui suivent ces dimanches. On peut noter aussi que tous les textes des évangiles des 19, 21, 23 et 24 décembre se concentrent sur les événements qui entourent la naissance de Jean. Enfin, la célébration du baptême de Jésus par Jean Baptiste clôt le cycle liturgique de Noël. Les réflexions qui suivent auront pour but d’aider le prédicateur dans tous les cas où, dans le texte biblique, la figure de Jean Baptiste est mise en évidence.
88. Le grand théologien du III siècle, Origène, a élaboré une réflexion qui exprime un grand mystère: indépendamment du temps de sa venue, l’avènement de Jésus a été précédé par celui de Jean Baptiste (Homélies sur Luc, IV,6). En effet, dès le sein maternel, Jean exulta de joie pour annoncer la présence du Seigneur. Dans le désert, près du Jourdain, la prédication de Jean annonça à l’avance celui qui devait venir après lui. Quand il le baptisa dans le Jourdain, les cieux s’ouvrirent, l’Esprit Saint vint se poser sur Jésus sous une forme visible et une voix du ciel se fit entendre: elle proclama qu’il était le Fils bien-aimé du Père. La mort de Jean fut présentée par Jésus comme le signe qu’il devait se mettre résolument en marche vers Jérusalem, où il savait que la mort l’attendait. Jean est le dernier et le plus grand de tous les prophètes; après lui, vint pour notre salut celui qui fut annoncé par tous les prophètes.
89. Le Verbe de Dieu, qui se fit chair autrefois en Galilée, rejoint aussi chaque génération de chrétiens. Jean a précédé la venue de Jésus dans l’histoire, et sa venue parmi nous le précède encore. Dans la communion des Saints, Jean est présent dans nos assemblées de ces jours de l’Avent, car il nous annonce celui qui vient, tout en nous exhortant à faire pénitence. C’est pourquoi, chaque jour, à l’office des laudes, l’Église chante le cantique de Zacharie, le père de Jean, qui dit ceci à propos de sa naissance: « Et toi, petit enfant, tu seras appelé prophète du Très-Haut: tu marcheras devant, à la face du Seigneur, et tu prépareras ses chemins pour donner à son peuple de connaître le salut par la rémission de ses péchés » (Lc 1,76-77).
90. Le prédicateur devrait s’assurer que le peuple chrétien est attentif aux invitations incessantes de Jean au repentir; de tels appels, qui sont particulièrement présents dans les évangiles des II et III dimanches de l’Avent, font partie de la préparation à la double venue du Seigneur. Toutefois, nous n’entendons pas seulement la voix de Jean dans l’Évangile: la voix de tous les prophètes d’Israël s’unissent à la sienne. « Et, si vous voulez bien comprendre, c’est lui le prophète Élie qui doit venir » (Mt 11,14). On peut dire aussi que, par rapport à l’ensemble des premières lectures de ces dimanches, qu’il est aussi Isaïe, Baruch, Sophonie. Chaque oracle prophétique qui, aujourd’hui, est proclamé dans l’assemblée liturgique, est, pour l’Église, un écho de la voix de Jean, qui prépare ici et maintenant le chemin du Seigneur. Nous nous préparons ainsi au retour du Fils de l’Homme dans la gloire et la splendeur du dernier jour. Et nous nous préparons aussi chaque année à la fête de Noël.
91. On peut dire, par exemple, que chaque assemblée où sont proclamées les Saintes Écritures est la « Jérusalem » dont parle le prophète Baruch (II dimanche de l’année C): « Jérusalem, quitte ta robe de tristesse et de misère, et revêts la parure de la gloire de Dieu pour toujours ». Voici donc un prophète qui nous invite d’une manière précise à nous préparer en nous appelant à la conversion: « Enveloppe-toi dans le manteau de la justice de Dieu, mets sur ta tête le diadème de la gloire de l’Eternel ». Le Verbe fait chair fera sa demeure dans l’Église; c’est à elle que sont adressées ces paroles: « Debout, Jérusalem ! Tiens-toi sur la hauteur, et regarde vers l’orient; vois tes enfants rassemblés du couchant au levant par la Parole du Dieu Saint; ils se réjouissent parce que Dieu se souvient ».
92. Ces mêmes dimanches de l’Avent, on lit diverses prophéties messianiques d’Isaïe, qui sont classiques. Ainsi: « Un rameau sortira de la souche de Jessé, un rejeton jaillira de ses racines » (Is 11,1, II dimanche de l’année A). La prophétie s’accomplit avec la naissance de Jésus. On lit aussi une autre année: « Une voix proclame : "Dans le désert, préparez le chemin du Seigneur; tracez droit dans les terres arides, une route pour notre Dieu" » (Is 40,3, II dimanche de l’année B). Les quatre évangélistes reconnaissent que ces paroles trouvent leur accomplissement dans la prédication de Jean dans le désert. Dans le même livre d’Isaïe, on peut lire: « Alors se révélera la gloire du Seigneur, et tout être de chair verra que la bouche du Seigneur a parlé «  (Is 40,5). C’est ce qui est dit à propos du dernier jour. C’est aussi ce qui est dit au sujet de la fête de Noël.
93. On peut noter que, dans les divers passages de l’Évangile où l’on voit apparaître Jean Baptiste, l’essentiel de son message concernant Jésus est souvent mentionné: « Moi, je vous ai baptisés avec de l’eau; lui vous baptisera dans l’Esprit Saint » (Mc 1,8, II dimanche de l’année B). Le baptême de Jésus dans l’Esprit Saint établit un lien direct entre les textes qu’on vient de citer jusqu’à maintenant et le centre sur lequel ce Directoire veut attirer l’attention, c’est-à-dire le Mystère pascal, pleinement réalisé dans la Pentecôte avec la venue de l’Esprit Saint sur ceux qui croient en Jésus Christ. Le Mystère pascal est lui-même préparé par la venue du Fils unique né dans la chair, dont les richesses infinies seront dévoilées au dernier jour. A propos du petit enfant né dans une étable et de celui qui viendra sur les nuées du ciel, Isaïe dit ceci : « Sur lui reposera l’Esprit du Seigneur » (Is 11,2, deuxième dimanche de l’année A). Il dit aussi ces paroles, que citera Jésus, en affirmant que celles-ci s’accomplissent en lui: « L’Esprit du Seigneur Dieu est sur moi parce que le Seigneur m’a consacré par l’onction. Il m’a envoyé annoncer la bonne nouvelle aux humbles » (Is 61,1, III dimanche de l’année B, cf. Lc 4,16-21).
94. Le Lectionnaire du temps de l’Avent constitue, en réalité, un recueil très intéressant de textes de l’Ancien Testament, qui trouvent mystérieusement leur accomplissement dans la venue du Fils de Dieu dans la chair. Une nouvelle fois, le prédicateur peut, comme toujours, recourir au style poétique des prophètes pour décrire aux chrétiens les mystères dans lesquels ils sont appelés à s’insérer en participant aux célébrations liturgiques. Le Christ continue à venir, et sa venue comporte de multiples aspects. Or, il est venu, et il reviendra de nouveau dans la gloire. Certes, il va venir à Noël. Toutefois, il vient aussi maintenant, dans chaque Eucharistie qui est célébrée au cours de l’Avent. On peut appliquer la force poétique des prophètes à toutes ces dimensions: « Voici votre Dieu: c’est la vengeance qui vient, la revanche de Dieu » (Is 35,4, III dimanche de l’année A). « Ne crains pas, Sion ! Ne laisse pas tes mains défaillir ! Le Seigneur ton Dieu est en toi, c’est lui le héros qui apporte le salut » (So 3,16-17, III dimanche de l’année C). « Consolez, consolez mon peuple, - dit votre Dieu - parlez au cœur de Jérusalem. Proclamez que son service est accompli et que son crime est expié » (Is 40,1-2, II dimanche de l’année B).
95. Il n’est pas surprenant que, pour exprimer l’attente joyeuse et impatiente, qui croît au cours des semaines de l’Avent, les célébrants, en ce III dimanche de l’Avent, revêtent des vêtements liturgiques de couleur plus claire, c’est-à-dire tendant vers le rose. De même, ce dimanche porte un  nom bien spécifique, qui est emprunté aux premières paroles de l’antienne d’ouverture de la Messe, chantée depuis des siècles; elle provient de ces mots de la Lettre de saint Paul aux Philippiens: « Soyez toujours dans la joie du Seigneur; je le redis: soyez dans la joie. Le Seigneur est proche ».
C. le IV dimanche de l’Avent
96. En ce IV dimanche de l’Avent, Noël est désormais proche. Sur le plan liturgique, on peut noter un changement de ton: les appels ardents à la conversion font place aux événements qui entourent de près la naissance de Jésus. Ce changement de cap est bien mis en évidence dans la II préface de l’Avent. Il en est de même dans le titre de la première lecture de l’année A: « Voici que la vierge est enceinte, elle enfantera un fils ». Il est vrai aussi que toutes les lectures - celles des prophètes, des lettres des Apôtres, des évangiles - sont imprégnées du thème du mystère annoncé à Marie par l’Archange Gabriel. ( Ce qui est exposé ici à propos des évangiles du dimanche et des textes de l’Ancien Testament, peut être appliqué au Lectionnaire férial pour les jours suivants: du 17 au 23 décembre).
97. Le récit de l’Annonciation de Luc est l’évangile qui est lu pendant l’année B; il est suivi, dans ce même évangile, par la Visitation, qui se lit pendant l’année C. Ces événements occupent une place toute particulière dans la dévotion de tous les catholiques. La première partie de la prière de l’Ave Maria, qui est considérée par eux comme l’une des plus précieuses, est composée des paroles adressées à Marie par l’Archange Gabriel et Élisabeth. L’Annonciation est aussi le premier mystère joyeux du Rosaire, et la Visitation en est le second. Enfin, la prière de l’Angelus est une méditation sur l’Annonciation, qui est dite chaque jour par de très nombreux fidèles (le matin, le midi et le soir). Rappelons encore que la rencontre entre l’Archange Gabriel et Marie, qui reçoit en elle l’Esprit Saint, est représentée dans de multiples chefs d’œuvre de l’art chrétien. En ce IV dimanche de l’Avent, le prédicateur est invité à partir de ces fondements solides de la dévotion chrétienne pour conduire les fidèles à une compréhension plus profonde de ces merveilleux événements.
98. « L’Ange du Seigneur porta l’annonce à Marie. Et elle conçut du Saint-Esprit ». La puissance et l’intensité de ce moment n’ont jamais faibli. Elles sont perceptibles en ce IV dimanche de l’Avent, au moment où on proclame l’évangile de l’Annonciation. Elles impriment une marque particulière à cette célébration de la communauté. Nous sommes pénétrés par ce mystère. D’une certaine manière, nous aussi, nous sommes présents à cette scène. Nous sommes à Nazareth, en Galilée, et nous voyons l’ange qui apparaît et se tient devant la Vierge Marie. L’Église elle aussi contemple donc cette scène de l’Annonciation; elle suit avec ferveur cette rencontre marquée par une intensité particulière, le dialogue qui s’en suit… Message venant de Dieu, réponse humaine de cette femme. Toutefois, tandis que nous contemplons cette scène, nous prenons conscience que nous ne sommes pas admis à participer à cette vision comme de simples spectateurs. Ce qui est offert à Marie - le fait d’accueillir le Fils de Dieu qui s’incarne dans son corps virginal - nous est aussi offert, d’une certaine manière, dans la liturgie de ce IV dimanche de l’Avent, c’est-à-dire à toutes les assemblées rassemblant des fidèles, et, personnellement, à chacun des croyants. Le mystère de Noël, qui sera célébré dans quelques jours, est sur le point de nous être offert. C’est ce que nous dit Jésus: « Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole; mon Père l’aimera, nous viendrons vers lui et, chez lui, nous nous ferons une demeure » (Jn 14,23).
99. La première lecture de l’Année B, tirée du second Livre de Samuel, nous invite à retourner un peu en arrière par rapport à la scène de l’Annonciation, tout en maintenant le regard fixé sur cette dernière. La lecture élargit notre perspective en nous présentant l’histoire de la dynastie de David. Il s’agit de nous aider à considérer attentivement cette histoire séculaire pour entrevoir, au terme de celle-ci, l’ange qui se tient devant Marie. Il est donc utile que le prédicateur aide les fidèles à mieux percevoir tout le déroulement qui conduit à l’événement de l’Annonciation. Le généreux David est inspiré par une noble pensée, celle de construire une maison pour le Seigneur. Il se pose cette question: pourquoi le Seigneur, présent dans l’arche, devrait-il continuer à vivre sous une tente, alors que lui, David, a obtenu une trêve avec ses ennemis, grâce à l’intervention du Seigneur, ce qui lui a permis de construire sa propre maison ? Mais le Seigneur répond à David d’une manière tout à fait inattendue. A la proposition généreuse de David, le Seigneur offre une réponse marquée par sa propre générosité divine, qui va au-delà de tout ce que David pouvait offrir ou pouvait imaginer. En inversant la proposition faite par David, le Seigneur dit: « Tu ne me construiras pas une maison », « Le Seigneur t’annonce qu’il te fera lui-même une maison » (cf. 2 S 7,11), annonçant ainsi qu’une dynastie sera établie pour David « qui durera sous le soleil et la lune de génération en génération » (Ps 71 (72),5).
100. En revenant à la partie centrale de ce récit, nous pouvons constater que la promesse faite à David s’accomplira définitivement et, de nouveau, d’une manière complètement inattendue. Marie est « accordée en mariage à un homme de la maison de David, appelé Joseph » (Lc 1,27). L’ange annonce à Marie qu’elle enfantera un fils et il ajoute: « Le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David son père » (Lc 1,32). Marie elle-même est donc la maison que le Seigneur veut construire pour l’authentique Fils de David. De plus, le désir de David de construire une maison pour le Seigneur s’accomplit mystérieusement: en effet, ces mots: « que tout m’advienne selon ta parole » (Lc 1,38), expriment la foi de la Fille de Sion, qui, par sa réponse, construit en un instant un temple, qui est digne du Fils de Dieu, le Très-Haut.
101. Le mystère de la conception virginale de Marie est aussi le thème de l’évangile de l’année A, mais dans ce cas, le récit, qui est celui de Matthieu, se déroule du point de vue de Joseph. La première lecture est un bref passage d’Isaïe, où le prophète prononce cette phrase bien connue: « Voici que la vierge est enceinte, elle enfantera un fils, qu’elle appellera Emmanuel (c’est-à-dire : Dieu-avec-nous) ». Cette lecture peut offrir au prédicateur l’occasion d’expliquer que l’Église considère que c’est bien dans les événements de la vie de Jésus que s’accomplissent les textes de l’Ancien Testament. Dans la lecture de saint Matthieu, l’assemblée prend connaissance du détail des événements, consignés soigneusement, qui entourent la naissance de Jésus, dont voici la conclusion: « Tout cela est arrivé pour que soit accomplie la parole du Seigneur prononcée par le prophète ». Ce prophète s’inscrit dans l’histoire, il parle dans des circonstances concrètes. En 734 avant Jésus Christ, le roi Acaz devait affronter un ennemi particulièrement puissant; le prophète Isaïe l’exhorta à avoir foi en Dieu, qui avait le pouvoir de libérer Jérusalem, et il offrit au roi un signe envoyé par le Seigneur. Face au refus hypocrite du roi, Isaïe, son contradicteur, lui annonça qu’il lui serait néanmoins donné un signe, celui d’une vierge, dont le fils serait appelé Emmanuel. La signification de cette prophétie prononcée dans des circonstances historiques bien précises, s’élargit considérablement, sous la motion de l’Esprit Saint qui avait parlé par le prophète, pour se conformer à une circonstance historique bien plus importante: la venue du Fils de Dieu qui se fait chair. En réalité, on peut affirmer que cet événement est présent dans toutes les prophéties et dans l’histoire tout entière.
102. En ayant à l’esprit tous ces éléments de réflexion, le prédicateur peut se référer au récit de Matthieu, qui est si bien élaboré. L’évangéliste prend soin de présenter deux vérités, à part égale, concernant la personne de Jésus: il est le Fils de David et il est le Fils de Dieu. L’une et l’autre sont des vérités essentielles qui nous permettent de comprendre qui est Jésus. Il faut noter les rôles bien précis de Marie et de Joseph: grâce à eux, s’accomplit l’harmonie des deux aspects enchevêtrés du mystère.
103. Comme nous l’avons vu au sujet de l’Annonciation dans le contexte de l’histoire d’Israël, la généalogie qui précède cet évangile offre une importante clef d’interprétation de ce texte. (la généalogie est lue le 17 décembre et à la Messe de la Vigile de Noël). L’Évangile de Matthieu commence solennellement par ces paroles: « Généalogie de Jésus, Christ, fils de David, fils d’Abraham ». Puis, on trouve l’énumération traditionnelle de toutes les générations: Abraham engendra Isaac, Isaac engendra Jacob, et ainsi de suite, en passant par David et ses descendants, jusqu’à Joseph, où, soudain, on note un changement notable dans le déroulement du texte: « Jacob engendra Joseph, l’époux de Marie, de laquelle fut engendré Jésus, que l’on appelle Christ ». Il est à la fois remarquable et extraordinaire de constater que le texte ne poursuit pas la liste des générations en disant: « Joseph engendra Jésus », alors qu’il est spécifié que Joseph est bien l’époux de Marie, de laquelle fut engendré Jésus. C’est précisément sur ce point que le IV dimanche de l’Avent met l’accent en indiquant comment il convient de comprendre le premier verset: « Voici quelle fut l’origine de Jésus Christ ». On doit comprendre que cette origine se situe dans des circonstances radicalement différentes de celles des autres naissances, qui la précèdent, ce qui justifie la présence de ce texte particulier au début de l’évangile de Matthieu.
104. La première information concerne le fait que Marie, avant même d’aller vivre avec Joseph, est déjà enceinte et que l’enfant qui est engendré en elle vient de l’Esprit Saint. Il est donc clair, pour les auditeurs et les lecteurs de ce passage de l’évangile de Matthieu, que cet enfant n’est pas de Joseph, mais qu’il est le Fils de Dieu. Il est vrai que le récit nous montre que cela n’était pas encore clair pour Joseph. Le prédicateur pourra mettre en évidence le drame vécu par Joseph: spontanément, n’a-t-il pas tendance à suspecter Marie d’infidélité, ce qui l’incite à la « répudier en secret » ? Ou bien, ne peut-on pas penser qu’en ayant eu plus ou moins connaissance de l’œuvre que Dieu vient d’accomplir, il éprouve quelque crainte de prendre Marie comme son épouse ? Le silence de Marie est aussi très déconcertant. En réalité, celle-ci tient à garder le secret entre Dieu et elle-même; c’est pourquoi c’est à Dieu lui-même que revient la responsabilité de clarifier la situation. Nulle parole humaine est capable d’expliquer un si grand mystère. Tandis que Joseph pensait à tout cela, un ange lui révéla en songe que l’enfant conçu par Marie venait de l’Esprit Saint et qu’il ne devait pas craindre de l’accueillir. La liturgie de l’Avent invite des fidèles à ne pas craindre eux aussi d’accueillir, comme Joseph, le mystère que Dieu ne cesse de réaliser dans leur vie.
105. Un ange confirme en songe à Joseph que l’enfant qui est engendré en Marie vient de l’Esprit Saint. Ainsi, de nouveau, tout est clair: Jésus est bien le Fils de Dieu. Toutefois, Joseph devra accomplir deux gestes, c’est-à-dire plus précisément deux actions qui légitimeront la naissance de Jésus aux yeux des Juifs,  en rapport à leur culture et à leur foi. L’ange s’adresse à lui en l’appelant: « Joseph, fils de David », et il lui ordonne d’accueillir Marie dans sa propre maison, ce qui lui permettra de participer et d’être transformé par le même mystère qui demeure en elle. Après cela, c’est lui qui donnera le nom de Jésus à l’enfant qui naîtra. Ces deux gestes feront donc de Jésus « le Fils de David ». Le récit de Matthieu aurait pu continuer directement par ces paroles: « Quand Joseph se réveilla, il fit ce que l’ange du Seigneur lui avait prescrit »; en revanche, il est interrompu par la prophétie d’Isaïe: « Tout cela est arrivé pour que soit accomplie la parole prononcée par le prophète », puis on trouve la citation du verset prophétique qui a déjà été entendu dans la première lecture. Ce que disait Isaïe à Acaz était de peu d’importance par rapport à ce qui est révélé maintenant. En effet, le mot « vierge » est pris à la lettre, car l’enfant qu’elle conçoit vient de l’Esprit Saint. Et que peut-on dire au sujet de ce nom « Emmanuel » qu’ils devront donner à l’enfant ? A la différence d’Isaïe, Matthieu en explique le sens: « Dieu-avec-nous ». Comme nous le montrent les circonstances dans lesquelles elles ont été prononcées, ces paroles aussi sont prises à la lettre. Si Joseph, le Fils de David, appelle cet enfant: Jésus, il est vrai aussi que le mystère le plus profond de son nom est bien qu’il signifie « Dieu-avec-nous ».
106. Ce même IV dimanche de l’Avent, la seconde lecture de la Lettre de saint Paul aux Romains nous permet d’entendre un langage théologique de l’Église primitive plus ancien que celui utilisé par Matthieu; il montre l’importance que l’on attache alors à l’équilibre harmonieux qui doit exister entre les titres qui expriment le mystère de Jésus. Saint Paul parle de « l’Évangile qui concerne son Fils qui, selon la chair, est né de la descendance de David et… a été établi dans sa puissance de Fils de Dieu par sa résurrection d’entre les morts ». Saint Paul considère que le titre de « Fils de Dieu » est authentifié par la résurrection de Jésus. Comme nous venons de le voir, en affirmant que le nom d’Emmanuel signifie « Dieu-avec-nous », saint Matthieu exprime aussi qu’il évoque la résurrection du Seigneur, car il fait alors référence au principe même de son existence humaine !
107. Il n’en reste pas moins vrai que c’est Paul qui nous montre directement de quelle manière nous pouvons rejoindre les textes que nous entendons. Après avoir nommé solennellement « Fils de David et Fils de Dieu » celui qui est au centre de l’Évangile, Paul déclare que les Gentils sont appelés à « appartenir à Jésus Christ ». Il leur dit aussi qu’ils sont « bien-aimés de Dieu et appelés à être saints ». Le prédicateur doit pouvoir montrer que ce langage s’applique aussi à nous. En effet, les chrétiens entendent l’histoire merveilleuse de la naissance de Jésus Christ qui accomplit miraculeusement ce qui a été promis par les prophètes, puis ils peuvent comprendre que cette parole s’adresse aussi à eux: ils sont appelés à appartenir à Jésus Christ, ils sont aimés de Dieu, et ils sont appelés à être saints.
108. L’évangile de l’année C a pour thème ce que Marie a fait immédiatement après sa rencontre avec l’ange, qui venait de lui annoncer qu’elle enfanterait le Fils de Dieu. « En ces jours-là, Marie se mit en route et se rendit avec empressement vers la région montagneuse » où se trouvait sa parente Élisabeth, qui était enceinte de Jean Baptiste. En entendant le salut de Marie, l’enfant tressaillit dans le sein d’Elisabeth. Tel est le premier des moments, qui furent nombreux, où Jean annonça la présence de Jésus. Il est important de méditer sur l’attitude de Marie lorsque celle-ci prend conscience qu’elle porte en elle le Fils de Dieu. Elle part « en hâte » visiter Élisabeth pour pouvoir constater que, effectivement, « rien n’est impossible à Dieu »; en agissant ainsi, sa visite procure une grande joie à Élisabeth et à l’enfant qu’elle porte en son sein.
109. Durant ces jours qui concluent le temps de l’Avent, l’Église entière revêt une physionomie mariale. Le visage de l’Église s’imprègne des signes distinctifs de la Vierge. L’Esprit Saint œuvre ici et maintenant dans l’Église, comme il l’a toujours fait. Ainsi, en ce IV dimanche de l’Avent, tandis que l’assemblée entre dans le mystère de l’Eucharistie, le prêtre dit cette prière sur les offrandes: « Que ton Esprit, Seigneur notre Dieu, dont la puissance a fécondé le sein de la Vierge Marie, consacre les offrandes posées sur cet autel ». Le prédicateur doit savoir montrer la même relation qui est mise en évidence dans cette prière: dans l’Eucharistie, par la puissance de l’Esprit Saint, les fidèles sont appelés à recevoir en eux celui que Marie a porté en son sein. Comme elle, ils devront s’appliquer à faire le bien à l’égard de leur prochain « en toute hâte ». Leurs bonnes actions, accomplies à l’exemple de Marie, manifesteront aux autres la présence de Jésus Christ, et ceux-ci exulteront de joie.
IV. LE TEMPS DE NOEL
Les célébrations de Noël
110. « Pour la messe de la veille au soir, les trois messes de la Nativité du Seigneur, les lectures de l’Ancien Testament, tirées d'Isaïe, et les autres lectures sont choisies conformément à la tradition romaine » (OLM 95). Un trait particulier de la solennité de la Nativité du Seigneur réside dans la coutume de célébrer trois Messes différentes: celle de la Nuit, celle de l’Aurore et celle du Jour. La réforme liturgique du Concile Vatican II en a ajouté une autre, celle de la Vigile. Hormis dans les communautés monastiques, il est peu probable que tous les fidèles puissent participer aux trois célébrations (et même aux quatre). La majeure partie d’entre eux ne participe qu’à une seule liturgie, qui est alors leur « Messe de Noël ». Cela explique pourquoi on a fait en sorte de choisir des lectures différentes pour chacune des célébrations. Avant d’étudier les thèmes très significatifs et communs à l’ensemble de ces textes liturgiques et bibliques, il est important d’examiner les schémas des quatre messes de Noël.
111. Noël est la fête de la lumière. On pense communément que la célébration de la naissance du Seigneur fut fixée à la fin du mois de décembre pour christianiser la fête païenne du Sol invictus. Toutefois, cela n’est pas certain. En effet, déjà, dans la première moitié du III siècle, Tertullien affirmait dans ses écrits que le Christ fut conçu un 25 mars, qui était considéré comme le premier jour de l’année dans un certain nombre de Calendriers. En tout cas, depuis le IV siècle, beaucoup de Pères de l’Église ont reconnu la valeur symbolique de l’allongement des jours qui suivent la fête de Noël. Les fêtes païennes qui exaltent la lumière sont encore parfois célébrées par des non-croyants. A la différence de ces dernières, les lectures et les prières des différentes liturgies de Noël mettent en valeur le thème de la vraie Lumière qui vient à nous en Jésus Christ. En s’adressant à Dieu le Père, la première préface de la Nativité s’exclame: « La révélation de ta gloire s’est éclairée d’une lumière nouvelle dans le mystère du Verbe incarné ». Le prédicateur devrait fixer son attention sur ce mouvement de la lumière qui surgit dans les ténèbres, qui se répand sur ces jours qu’elle illumine de joie. Voici maintenant, en résumé, les caractères propres de chacune des liturgies de Noël.
112. La Messe de la Vigile. Bien que la célébration de la Nativité commence avec cette Messe, les prières et les lectures évoquent encore l’attente fébrile du Sauveur; en quelque sorte, on peut considérer que cette Messe constitue la synthèse du Temps de l’Avent. Presque toutes les prières sont conjuguées au futur: « Demain vous verrez sa gloire » (antienne d’ouverture); « quand le Christ, ton Fils, que nous accueillons joyeusement comme notre Rédempteur, viendra nous juger, accorde-nous de le regarder sans crainte » (collecte); « demain sera détruit le péché de la terre » (acclamation avant l’évangile); « Donne-nous, Seigneur, de célébrer déjà la fête de Noël, avec une ferveur d’autant plus grande que tu nous fait voir dans ce mystère le commencement de notre salut » (prière sur les offrandes); « la gloire du Seigneur va se révéler » (antienne de la communion). Les lectures d’Isaïe des autres Messes de Noël décrivent ce qui est en train d’arriver, tandis que le passage, qui est lu pendant cette Messe, dit ce qui arrivera. La seconde lecture et l’évangile parlent de Jésus comme Fils de David, et de ses ancêtres qui ont préparé la voie à sa venue. La généalogie de saint Matthieu décrit à grands traits le long cheminement de l’histoire du salut qui mène à l’événement que nous nous apprêtons à célébrer; elle s’apparente aux lectures de l’Ancien Testament de la Vigile pascale. La litanie des noms accroît la sensation de l’attente. A la Messe de la Vigile, nous sommes un peu comme des enfants qui tiennent leur cadeau de Noël encore fermé, d’une main ferme, en attendant d’entendre la parole qui nous donnera l’ordre de pouvoir l’ouvrir.
113. La Messe de la Nuit. Au cœur de la nuit, tandis que le monde dort, les chrétiens ouvrent ce cadeau, c’est-à-dire le don du Verbe fait chair. Le prophète Isaïe annonce : « le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu une grande lumière ! ». Il continue en évoquant la victoire glorieuse du héros conquérant qui a brisé le bâton du tyran et a brûlé les instruments de guerre. Il annonce ensuite que la domination de celui qui régnera sera sans fin, et qui apportera la paix pour toujours. Enfin, il énumère ses nombreux titres : « Conseiller-Merveilleux, Dieu-Fort, Père-à-jamais, Prince-de-la-Paix ». Le début de l’évangile évoque indirectement l’éminence de cette dignité en mentionnant le nom de l’empereur et du gouverneur qui règnent au moment où il fait irruption sur la scène du monde. Le récit se poursuit par cette révélation stupéfiante: ce roi tout-puissant est né dans un modeste village situé à la frontière de l’Empire romain, et sa mère « l’emmaillota et le coucha dans une mangeoire, car il n’y avait pas de place pour eux dans la salle commune ». Le contraste entre le héros conquérant décrit par Isaïe et le petit enfant vagissant dans sa mangeoire, est la plus belle illustration de tous les paradoxes qui sont présents dans l’Évangile. La conscience du caractère paradoxal de l’Évangile est bien présent dans le cœur des fidèles; c’est cela qui les incite à se rendre à l’église au cœur de la nuit.
114. La Messe de l’Aurore. Les lectures proposées pour cette liturgie sont particulièrement concises. Nous sommes semblables à ceux qui se réveillent à la lumière glacée de l’aube, et se demandent si l’apparition des anges au cœur de la nuit était ou pas un rêve. Avec ce bon sens propre aux pauvres, les bergers se disent entre eux: «  Allons jusqu’à Bethléem pour voir ce qui est arrivé, l’événement que le Seigneur nous a fait connaître ». Ils partirent en hâte et trouvèrent tout exactement semblable à ce qui leur avait été annoncé par l’ange: un pauvre couple et leur Fils qui vient de naître, dormant dans une mangeoire destiné aux animaux. Quelle est leur réaction face une telle scène d’humble pauvreté ? Ils revinrent chez eux en glorifiant et en louant Dieu pour tout ce qu’ils avaient vu et entendu, et tous ceux qui les entendaient parler était stupéfaits de tout ce qu’ils leur disaient. Les bergers voient, et nous aussi, nous sommes invités à voir quelque chose de beaucoup plus important que la scène qui provoque notre émotion, et qui, depuis toujours est l’objet de si nombreuses représentations artistiques. Toutefois, cette réalité n’est perceptible qu’avec les yeux de la foi, et elle émerge avec la lumière du jour dans la liturgie qui suit cette Messe de l’Aurore.
115. La Messe du Jour. Comme le soleil qui, à cette heure, brille haut dans le ciel, le Prologue de l’Évangile de saint Jean fait la lumière sur l’identité de l’enfant qui repose dans la mangeoire. L’évangéliste affirme: « Et le Verbe s’est fait chair, il a habité parmi nous, et nous avons vu sa gloire, la gloire qu’il tient de son Père comme Fils unique, plein de grâce et de vérité ». Comme le rappelle la seconde lecture, dans le passé, Dieu avait parlé de bien des manières par les prophètes, mais maintenant « en ces jours où nous sommes, il nous a parlé par son Fils qu’il a établi héritier de toutes choses et par qui il a créé les mondes. Rayonnement de la gloire de Dieu… ». Telle est sa grandeur qui fait l’objet de l’adoration des anges eux-mêmes. Et voici l’invitation qui est lancée pour que tous s’unissent à eux: « venez tous adorer le Seigneur; aujourd’hui une lumière splendide a brillé sur la terre » (acclamation avant l’Évangile).
116. Le Verbe s’est fait chair pour nous sauver par le sang qu’il a versé, et pour nous faire partager la gloire de sa résurrection. Les premiers disciples ont perçu le lien très étroit entre l’incarnation et le mystère pascal, comme le montre l’hymne qui est citée dans la lettre de saint Paul aux Philippiens (2, 5-11). La lumière de la Messe de la nuit de Noël est la même que celle de la Vigile pascale. D’ailleurs, on trouve des exhortations semblable dans les collectes de ces deux grandes solennités. A Noël, le prêtre dit cette prière: « Seigneur, tu as fait resplendir cette nuit très sainte par la splendeur du Christ, vraie lumière du monde… »; et à Pâques: « Dieu qui fait resplendir cette nuit très sainte par la gloire de la résurrection du Seigneur… ». La seconde lecture de la Messe de l’Aurore comporte une admirable synthèse de la révélation du mystère de la Sainte Trinité et de notre insertion dans ce mystère par le baptême: « … Lorsque Dieu, notre Sauveur, a manifesté sa bonté et son amour pour les hommes, il nous a sauvés… par le bain du baptême, il nous a fait renaître et nous renouvelés dans l’Esprit Saint. Cet Esprit, Dieu l’a répandu sur nous en abondance, par Jésus Christ notre Sauveur, afin que, rendus justes par sa grâce, nous devenions en espérance héritiers de la vie éternelle ». Les prières de la Messe du Jour nous parlent du Christ en tant qu’auteur de notre naissance à la vie divine, qui est offerte à chacun de nous, et de sa naissance, qui est le signe tangible de la réconciliation par laquelle Dieu nous manifeste son amour. La collecte est l’une des plus anciennes prières que possède le trésor eucologique de l’Église; elle exprime synthétiquement pourquoi le Verbe s’est fait chair: « Père, toi qui a merveilleusement créé l’homme et plus merveilleusement encore rétabli sa dignité, fais-nous participer à la divinité de ton Fils, puisqu’il a voulu prendre notre humanité ». Comme le souligne à mainte reprises ce Directoire, l’un des objectifs fondamentaux de l’homélie de ce jour est d’annoncer le mystère pascal du Christ. Il est certain que les textes de Noël nous en offrent l’opportunité.
117. Une autre finalité de l’homélie est de conduire la communauté au sacrifice eucharistique, qui rend présent le mystère pascal. Un indice très fort de cette réalité nous est offert par le mot « aujourd’hui », qui revient fréquemment dans les textes liturgiques des Messes de Noël. Le mystère de la naissance du Christ est bien présent dans cette célébration; toutefois, comme lors de sa première venue, il ne peut être perçu qu’avec le regard de la foi. Pour les bergers, le grand « signe » fut simplement un pauvre enfant déposé dans une mangeoire, et, malgré cela, ils repartirent en glorifiant et en louant Dieu pour tout ce qu’ils avaient vu. Avec le regard de la foi, nous sommes appelés à percevoir la présence de ce même Christ, qui naît aujourd’hui sous le double signe du pain et du vin. L’admirabile commercium, dont parle la collecte de cette Messe du Jour de Noël, c’est-à-dire le fait que le Christ partage notre humanité et que nous participons à sa divinité, se manifeste particulièrement dans l’Eucharistie, comme le suggèrent les prières de cette célébration. A la Messe de la Nuit de Noël, nous prions ainsi dans la prière sur les offrandes: « Accepte, Père très saint, notre sacrifice en cette nuit illuminée par la lumière de la Nativité de ton Fils, et par, ce mystérieux échange, transforme-nous dans le Christ ton Fils, lui qui a élevé l’homme à la gloire du ciel près de toi ». A la Messe de l’Aurore : « Père très bon, que nos offrandes puissent être dignes du mystère que nous célébrons aujourd’hui; toi qui, à Noël, nous a révélé que le Christ est vrai Dieu et vrai homme, fais que par le pain et le vin que nous t’offrons, nous soyons admis à participer à sa vie immortelle ». Et aussi dans la III préface de Noël : « Par lui resplendit en ce jour l’échange merveilleux où nous sommes régénérés: lorsque ton Verbe prend sur lui la fragilité humaine, notre condition mortelle en reçoit une infinie noblesse, et en étant unis à toi dans une ineffable communion, nous  sommes faits participants de ta vie immortelle ».
118. La référence à l’immortalité touche un autre thème qui revient souvent dans les textes de Noël: cette célébration est seulement une halte momentanée sur le chemin de notre pèlerinage. Le message eschatologique, si évident pendant le Temps de l’Avent, est exprimé aussi dans ces textes. Dans la collecte de la Messe de la Vigile, nous trouvons cette prière: « … accorde-nous de regarder sans crainte, quand il viendra nous juger, le Christ, ton Fils, que nous accueillons dans l’allégresse comme Rédempteur ». Dans la seconde lecture de la Messe de la nuit de Noël, l’apôtre nous exhorte à « renoncer à l’impiété et aux convoitises de ce monde, et à vivre dans le temps présent de manière raisonnable, avec justice et piété, attendant que se réalise la bienheureuse espérance: la manifestation de la gloire de notre grand Dieu et Sauveur, Jésus Christ ». Enfin, dans la prière après la communion de la Messe du Jour, nous prions que le Christ, auteur de notre naissance à la vie divine, qui est né aujourd’hui, « nous donne l’immortalité ».
119. Les lectures et les prières de Noël offrent une nourriture spirituelle particulièrement riche au peuple de Dieu en pèlerinage dans la vie de ce monde; elles révèlent le Christ comme Lumière du monde, et elles nous invitent à entrer dans le mystère pascal de notre rédemption par l’« aujourd’hui » de la célébration eucharistique. Le prédicateur peut donc évoquer ce banquet céleste à ce moment où le peuple de Dieu est réuni pour célébrer la naissance du Seigneur, en l’exhortant à imiter Marie, la Mère de Jésus, qui « retenait tous ces événements et les méditait dans son cœur » (Évangile de la Messe de l’Aurore).
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