2. Jésus prédit l'avenir de S. Pierre et de S. Jean. 21, 15-23.
a. La primauté et le martyre de S. Pierre. 21, 15-19a.
15Après qu'ils eurent mangé, Jésus dit à Simon-Pierre : Simon, fils de Jean, m'aimes-tu plus que ceux-ci ? Il lui répondit : Oui, Seigneur, vous savez que je vous aime. Jésus lui dit : Fais paître mes agneaux. 16Il lui dit de nouveau : Simon, fils de Jean, m'aimes-tu ? Pierre lui répondit : Oui, Seigneur, vous savez que je vous aime. Jésus lui dit : Fais paître mes agneaux. 17Il lui dit pour la troisième fois : Simon fils de Jean, m'aimes-tu ? Pierre fut attristé de ce qu'il lui avait dit pour la troisième fois : M'aimes-tu ? et il lui répondit : Seigneur, vous savez toutes choses ; vous savez que je vous aime. Jésus lui dit : Fais paître mes brebis. 18En vérité, en vérité, je te le dis, lorsque tu étais plus jeune, tu mettais ta ceinture toi-même, et tu allais où tu voulais ; mais lorsque tu seras vieux, tu étendras tes mains, et un autre te mettra ta ceinture et te conduira où tu ne voudras pas. 19aOr il dit cela pour marquer par quelle mort il devait glorifier Dieu.
Les deux pêches miraculeuses furent accompagnées pour S. Pierre d'importantes paroles de N.-S. Jésus-Christ, qui lui conféraient de sublimes pouvoirs. Cf. Luc, 5, 10. Mais la circonstance présente est la plus solennelle des deux (“ C’est un passage lourd de sens ”, dit à bon droit Maldonat). Le bon Maître a absous Pierre de sa faute, dans l'apparition particulière dont il l'a favorisé (Cf. Luc. 24, 34 ; 1 Cor. 15, 5) ; il va maintenant, selon la pensée de S. Cyrille, lui réintégrer publiquement, lui confirmer sa dignité de chef des apôtres. C'est l'installation complète et définitive, après le choix (1, 42) et la promesse (Matth. 16, 17).
Jean chap. 21 verset 15. - Après qu'ils eurent mangé, Jésus dit à Simon-Pierre : Simon, fils de Jean, m'aimes-tu plus que ceux-ci ? Il lui répondit : Oui, Seigneur, vous savez que je vous aime. Jésus lui dit : Fais paître mes agneaux. - Après qu'ils eurent mangé. Formule qui rattache étroitement ces nouveaux détails aux précédents. Après le repas pris en commun par les sept apôtres, voici quelque chose de personnel pour S. Pierre. - Jésus dit à Simon-Pierre... Fait digne de remarque : le narrateur continue d'appeler S. Pierre “ Simon Pierre ” (Cf. vv. 2, 3, 7, 11) ou “ Pierre ” (vv. 17, 20, 21), tandis qu'à trois reprises (vv. 15, 16, 17), Jésus l'interpellera par son simple nom de famille, “ Simon, fils de Jean ”, comme s'il voulait lui faire reconquérir la glorieuse dénomination de Céphas, que Simon avait momentanément cessé de mériter en cédant à la chair et au sang. Ce contraste est significatif. - Simon, fils de Jean. Il y a trois variantes dans le grec : Σιμων Ίωνα (la Recepta, A, C, X, etc.), Σιμων Ίωανου (B, D, etc.), Σιμων Ίωαννου (א) ; les deux dernières sont les meilleures - M'aimes-tu plus que ceux-ci ? L'amour, et un amour plus généreux que celui de tous les autres apôtres (avec un geste de leur côté), telle est la condition à laquelle Jésus accordera au fils de Jean une éminente prérogative. Pierre s'était vanté de ne jamais abandonner son Maître, quand même tous les autres l'abandonneraient (13, 37 ; Matth, 26, 33 et parall.) ; et il l'avait ensuite lâchement renié ; il est juste que le Seigneur lui demande plus de dévouement et d'attachement qu'aux autres, avant de lui conférer plus d'honneur et de puissance. Il est “ trivial et indigne de Jésus ” (Trench) de traduire par le neutre le pronom “ ceux-ci ”, qui désignerait alors la barque de Pierre, avec le filet et les poissons. - Il lui répondit. De même à plusieurs reprises dans les vv. 15-17. Voilà bien les transitions si simples de S. Jean. - Oui, Seigneur, vous (avec emphase) savez... Pierre s'en réfère à la toute science infaillible de Jésus, plutôt qu'à ses propres sentiments dont il avait expérimenté la fragilité ; le Christ ne le connaissait-il pas mieux qu'il ne se connaissait lui-même ? - Que je vous aime. S. Pierre emploie une autre expression que Jésus. φιλω au lieu de αγαπαω, et il s'en tiendra à φιλω dans ses deux autres réponses (vv. 16 et 17). Nous avons expliqué ailleurs (11, 3 et 5) les nuances délicates de ces deux verbes, que la Vulgate a toujours bien rendues en latin. Tout se résume à dire que φιλω et “ amo ” dénotent une affection plus tendre et plus chaude peut-être, mais plus naturelle et plus humaine ; tandis que αγαπω et “ diligo ” s'appliquent à l'affection de volonté, qui est plus relevée et plus inébranlable. Et c'est précisément à cause de cette différence que “ S. Pierre n'a pas affirmé qu'il possède cet amour constant, inébranlable, pratique, qu'implique le mot αγαπη (1 Cor. 13), amour semblable à celui de Jésus pour ses amis... Il ne garantit que les émotions actuelles de son cœur, lesquelles il sait par expérience être faibles, quoique ardentes et tendres. Tel est le motif pour lequel il répond : φιλω σε. Il craint de s'élever à une profession supérieure à celle de φιλω ” Wordsworth, The four Gospels, p. 365 de la 2e édit. S. August. Serm. 147, 2, et S. Ambroise, Exposit. in Luc. 10. Quant au “ plus que ceux-ci ”, il n'y fait aucune allusion ; toujours dans un sentiment d'humilité, se souvenant qu'après avoir promis d'agir mieux que les autres, il a été le plus lâche de tous. Cf. S. Aug. Serm. 147, 2. - Fais paître mes agneaux. La confession a été moins parfaite que ne l’aurait souhaitée Jésus ; néanmoins, comme antérieurement (Matth. 16, 15-19), le témoignage de Pierre est aussitôt récompensé par une mission honorable et de confiance. “ Le Seigneur confie ceux qu'il aime à celui dont il est aimé ” (Luthardt). Le diminutif agneaux est un nom de tendresse pour désigner les fidèles. Le pronom mes insinue délicatement que le troupeau ne cesse pas d'appartenir à Jésus, même quand le Pasteur suprême a daigné le confier à des pasteurs secondaires. “ Si tu m'aimes, ne songe point à te nourrir toi-même, mais pais mes brebis, et pais les, non pas comme les tiennes, mais comme les miennes ; travaille à les faire concourir à ma gloire, et non à la tienne ; étends sur elles mon empire, et non le tien ”, S. August., Traités sur S. Jean 123, 5. Voyez aussi 1 Petr. 5, 1-4, où l'on croirait entendre un écho de cette scène.
Jean chap. 21 verset 16. - Il lui dit de nouveau : Simon, fils de Jean, m'aimes-tu ? Pierre lui répondit : Oui, Seigneur, vous savez que je vous aime. Jésus lui dit : Fais paître mes agneaux. - Dicit ei iterum. Dans le grec, παλιν δευτερον avec pléonasme. Cf. IV, 54; Act. X, 15 (παλιν εκ δευτερου) ; Gal. IV, 9 (παλιν ανωθεν), - Diligis me. Jésus revient à sa première expression, αγαπας με, sans tenir compte de la modification apportée par l'apôtre ; toutefois, dans un esprit de condescendance, il supprime à son tour le “ plus his ”. - Etiam Domine.., amo te. Cette fois encore Pierre le répète φιλω σε, craignant d'employer le nom de l'affection la plus relevée. Sa seconde réponse est d'ailleurs tout à fait identique à la première. - Pasce agnos meos. Nous trouvons cette fois un double changement dans la réplique de N.-S. Jésus-Christ : ποιμαινε au lieu de βοσκε προβατια (leçon probable, d'après A, B, C, etc.) au lieu de αρνια. Le sens primitif de βοσκω est “ nutrio, alo ” (Cf. Matth. VIII, 30, 37; Marc. V, 11, 14; Luc. VIII, 32, 34; XV, 15) ; ποιμαινω dit plus, et représente tout l'ensemble de la conduite et des soins du pasteur envers son troupeau. Voyez les passages Matth. II, 6; Luc. XVII, 7; Act. XX, 28; I Cor. IX, 7; I Petr. V, 2; Apoc. II, 27, etc., où il est pris, soit au propre, soit au figuré. Ainsi donc, “βοσκειν est pars του ποιμαινειν ” (Bengel, h. 1.), tandis que ποιμαινειν “ totum regimen ecclesiasticum comprehendit ” (Lampe). Après cela, rien de plus naturel que le second changement apporté par Jésus à sa parole. Les προβατια (gracieux diminutif qu'on ne rencontre pas ailleurs dans le N. T.), ou troupeaux à peu près complètement grandis, ont souvent besoin d'être conduits et dirigés par le pasteur, tandis que, pour les agneaux qui peuvent à peine marcher, l'essentiel est la nourriture.
Jean chap. 21 verset 17. - Il lui dit pour la troisième fois : Simon fils de Jean, m'aimes-tu ? Pierre fut attristé de ce qu'il lui avait dit pour la troisième fois : M'aimes-tu ? et il lui répondit : Seigneur, vous savez toutes choses ; vous savez que je vous aime. Jésus lui dit : Fais paître mes brebis. - Il lui dit pour la troisième fois. S. Pierre avait renié trois fois son Maître (Cf. 18, 17, 25, 27, et parall.) pour effacer complètement sa faute, Jésus exige de lui une triple et publique protestation d'amour. Rapprochement très naturel, que tous les exégètes ont fait à la suite des Pères. “ A un triple reniement succède une triple confession : ainsi la langue de Pierre n'obéit pas moins à l'affection qu'à la crainte, et la vie présente du Sauveur lui fait prononcer autant de paroles, que la mort imminente de son Maître lui en avait arrachées ”, S Augustin, Traités sur S. Jean, 123, 5. Cf. Enarr. in Ps. 33, 13 ; Serm. 285, etc.
Il a confessé trois fois ce qu’il avait renié trois fois.
Donné trois fois pasteur du troupeau, par la vie, par la parole, par les prières
dit pareillement un ancien hymne ecclésiastique. - M’aimes-tu (φιλεις με) ? Jésus, par un nouvel acte de condescendance, se met maintenant tout à fait à l'unisson avec les pensées et le langage de Pierre ; car à son tour il emploie le verbe φιλεω, dont s'était constamment servi l'apôtre. Simon, fils de Jean, je consens à entrer dans tes sentiments d'humilité ; m'aimes-tu au moins de cet amour chaud et généreux, quoique inférieur, dont tu parles ? - Pierre fut attristé... Chagrin bien naturel, car cette troisième question du Sauveur semblait manifester une extrême défiance (de ce qu’il lui avait dit). Et pourtant, “ Pourquoi, Pierre, t'attrister de redire jusqu'à trois fois ton amour ? As-tu oublié la triple manifestation de ta crainte ? Laisse ton Seigneur te questionner ; c'est ton médecin, il t'interroge pour te guérir. Ne te laisse pas aller à la peine ; attends, redis assez de fois ton amour pour effacer tous tes reniements ”, S. August, Serm. 253, 1. - Seigneur, vous savez toutes choses. Pierre généralise sa formule (Cf. vv. 15 et 16) pour la rendre plus expressive. Jésus connaît les sentiments de son apôtre, puisqu'il lit au fond de tous les cœurs : “ Toi, Seigneur, qui connais tous les cœurs ”, Act. 1, 24. - Vous savez que je vous aime... L'apôtre dut appuyer sur tous les mots. Il y a ici encore un changement remarquable dans les verbes, γινωσκεις après οιδας. Oιδας employé trois fois de suite (Cf. vv. 15 et 16) marquait la science surnaturelle et divine de Jésus (vous savez toutes choses) : γινωσκεις fait allusion à ses connaissances naturelles et d'expérience. Voyez d'autres permutations analogues de ces deux verbes dans les passages 7, 27 ; 8 ; 55 ; 13, 7 ; 14, 7. - Je vous aime. Encore φιλω σε, mais cette φιλια sera une αγαπη plus forte que la mort. - Fais paître mes brebis, βοσκε τα προβατα μου. Nous trouvons de nouveau, dans le texte grec, d'admirables et délicates nuances de langage. Jésus revient au verbe βοσκω ; puis, d'après la leçon probable, il appelle ses brebis des προβατα, de manière à produire cette gradation bien exprimée par S. Ambroise (Exposit. in Luc. 10, 176) : “ Le Seigneur l’interroge trois fois. Il ne lui demande pas : as-tu pour moi de l’estime, mais m’aimes-tu. Et ensuite, il ne lui commande pas de paître des agneaux avec du lait, comme il l’avait fait d’abord, ni les petites agnelles, comme la deuxième fois, mais les brebis, pour que, étant plus parfait, il gouverne les plus parfaits ”. Toutefois, si, comme nous l'avons dit en expliquant le v. 15, ποιμαινειν a une signification plus étendue que βοσκειν, pourquoi Notre Seigneur dit-il maintenant βοσκε, et conclue-t-il, non par l'injonction la plus forte, ainsi qu'il semblerait naturel, mais par la plus faible ? La raison en est très simple : c'est qu'en fin de compte les autres soins du berger ne serviraient de rien, si les brebis n'étaient tout d'abord nourries. Nourrir le troupeau, lui chercher une excellente pâture spirituelle proportionnée à ses besoins, est donc la dernière comme la première occupation des pasteurs mystiques. Voyez Trench, Synonyme, du N. T., p. 97 et ss. de la trad. Franc. ; Stanley, Essays and Sermons on the apostolical Age, p. 138. - Les conclusions dogmatiques de ces trois versets (15-17) ont été depuis longtemps tirées par les docteurs de l’Église : elles se ramènent à la primauté absolue de S. Pierre et de ses successeurs. “ Du fait que, parmi tous les autres, Pierre est le seul à professer son amour, il est placé avant tous les autres ”. S. Ambr., Expos. in Luc. 10, 175. “ Il lui a d’abord confié les agneaux et ensuite les brebis, parce qu’il ne l’a pas seulement établi pasteur, mais pasteur des pasteurs. Pierre fait donc paître les agneaux et les brebis ; il fait paître les fils et les mères, i.e. il régit les fidèles et les prélats ”, S. Eucher, ou l'auteur de l'homélie De natali SS. Petri et Pauli, Biblioth. Vet. Patr., t. 6, Lugd. 1677. “ Tu n’es pas seulement le pasteur des brebis mais de tous les pasteurs. Tu demandes comment je peux prouver ce que j’avance. Avec la parole du Seigneur : fais paître mes agneaux, fais paître mes brebis ”. S. Bernard, De consider. 2, 8, 15, etc. Tradition admirablement résumée par Bossuet dans ces lignes non moins solides qu'éloquentes de son Discours sur l'unité de l’Église : “ Jésus-Christ poursuit son dessein ; et après avoir dit à Pierre, éternel prédicateur de la foi : Tu es Pierre..., il ajoute : Et je te donnerai les clefs du royaume des cieux.. Tout est soumis à ces clefs, tout, rois et peuples, pasteurs et troupeaux. Nous le publions avec joie ; car nous aimons l'unité, et nous tenons à gloire notre obéissance. C'est à Pierre qu'il ordonne... de paître et de gouverner tout, et les agneaux et les brebis, et les petits et les mères, et les pasteurs mêmes. Pasteurs à l'égard des peuples, et brebis à l'égard de Pierre, ils honorent en lui Jésus-Christ. ” Voyez les développements dans les traités De Ecclesia.
Jean chap. 21 verset 18. - En vérité, en vérité, je te le dis, lorsque tu étais plus jeune, tu mettais ta ceinture toi-même, et tu allais où tu voulais ; mais lorsque tu seras vieux, tu étendras tes mains, et un autre te mettra ta ceinture et te conduira où tu ne voudras pas. - “ Après que Pierre a répondu par trois fois, comme il le devait, qu'il aimait le Seigneur, et après que Jésus lui a confié ses brebis, il lui parle des souffrances qui l'attendent ”, disait S. Augustin, Serm. 253, 2, pour marquer l'enchaînement du récit. S. Pierre a demandé de subir le martyre pour Jésus, 13, 37 ; sa prière sera pleinement exaucée. Aux paroles qui instituaient le fils de Jean chef suprême de l’Église, Notre Seigneur en associe d'autres (vv. 18 et 19) qui lui prédisent la souffrance, et une mort tragique. - En vérité, en vérité... Ici, comme partout ailleurs dans le quatrième évangile, cette formule caractéristique (voyez la note de 1, 52) sert d'introduction à une idée grave et importante. - Lorsque tu étais plus jeune... Charmant tableau, dont Jésus emprunte les traits si familiers, si pittoresques, aux usages ordinaires de la vie, ainsi qu'il aimait à le faire (voyez l'Evang. selon S. Matth. p. 97). C'est ce qu'exprime fort bien Maldonat, h. l. : “ Jésus fait sans aucun doute allusion à ce qui a coutume de distinguer la jeunesse de la vieillesse. Les jeunes sont normalement plus robustes et plus agiles que les vieux. Ils se suffisent donc à eux-mêmes. Ils n’ont besoin de l’aide de personne pour satisfaire aux besoins de leur corps. Ils s’habillent eux-mêmes, ils se dévêtent eux-mêmes. Ils font ce qu’ils veulent sans conducteur, sans guide. Ils sont alertes et dispos. Les vieux, au contraire, à cause de l’âge, de la maladie ou de la faiblesse, ont besoin de l’aide d’autrui pour se vêtir et se sustenter. C’est la même chose qui arrivera à Pierre, comme le veut la nature ”. S. Pierre se trouvait alors entre ces deux états, d'après le langage même de Jésus : Quand tu étais plus jeune, quand tu auras vieilli... - Tu mettais ta ceinture toi-même comme font les Orientaux pour relever leurs amples vêtements, lorsqu'ils veulent travailler, marcher, etc. Voyez notre Atlas archéologique de la Bible, pl. 1, fig. 4, 5, 7. - Les mots tu allais où tu voulais expriment d'une façon graphique la liberté d'allures et d'actions dont jouissent les jeunes gens. A cet âge de la vigueur physique et intellectuelle, on ne dépend à peu près de personne. - Mais lorsque tu seras vieux : Lorsque S. Pierre aura atteint cet âge de la dépendance universelle, dont les misères sont si spirituellement décrites au livre de l'Ecclésiaste (12, 1-8. Voyez Laurens, Morceaux choisis de la Bible, Toulouse, 1869, p. 397 et s.). Il suit de cette parole que Pierre était destiné à une assez longue vie. Cf. 2 Petr. 1, 14 ; S. Augustin et S. Jean Chrysost., in h. l. - Tu étendras tes mains, et un autre... Autre détail vivant et plastique. Les bras faibles et raidis d'un vieillard ne lui permettent que difficilement de se ceindre lui-même ; or quand on se fait rendre ce service par un autre, il est nécessaire d'étendre les mains à quelque distance du corps, pour qu'elles ne soient pas attachées par la ceinture. Mais, les bras étendus offrent précisément l'attitude des condamnés au supplice de la croix ; aussi est-il très probable, d'après l'interprétation commune des anciens, que Jésus faisait allusion, par les mots tu étendras tes mains, non à une mort quelconque, mais au supplice que l'apôtre S. Pierre devait endurer sur la croix. Tertullien, Scorp. 15 : “ Pierre sera ceint par un autre quand il sera attaché étroitement à la croix ”. Cf. De Præscript., 35 ; Eusèbe, Hist. eccl., II, 25. De ces textes, il est intéressant de rapprocher ceux des écrivains classiques, qui signalent “ l'action d'étendre les mains ” (Artimédon) comme un trait caractéristique du crucifiement. Sénèque, Consol. ad Marc. 20 : “ Ils déploieront les bras sur la partie transversale de la croix ”. Etc. - Et te conduira... Par opposition à tu allais où tu voulais. Du reste, l'antithèse est parfaitement suivie d'un bout à l'autre de la phrase. - Où tu ne voudras pas c'est-à-dire à une mort cruelle, qui fait frémir la nature, quelle que soit la générosité du cœur. “ Car qui veut mourir ? Sûrement personne ”, S. Aug. Serm. 123, 2. “ La mort ne plaît jamais à la chair ; et ne pas vouloir mourir à la chair lui est apparenté ”, dit le chanoine Guilliaud d'Autun. Cela a été vrai même pour le Christ, ajoute-t-il. Cf. Marc. 15, 22 (et le commentaire), où l'on voit toute la force du verbe οισει (littéral. : il te portera, te traînera).
Jean chap. 21 verset 19a. - Or il dit cela pour marquer par quelle mort il devait glorifier Dieu. - Note exégétique du narrateur, pour expliquer le langage figuré dont avait usé Notre Seigneur - Pour marquer : symbolisant, indiquant un signe, une image. - Par quelle mort, par quel genre de mort particulier. Cf. 12, 33. - Il devait glorifier Dieu. Belle et noble appellation du martyre. Cf. 7, 39 ; 12, 23 ; 13, 31 ; 17, 1 ; Phil. 1, 20 ; 1 Petr. 4, 16. Sacrifier pour Dieu ce que nous avons de plus cher, notre vie, c'est en effet la meilleure manière que nous ayons de le glorifier. - Le crucifiement de S. Pierre à Rome est un fait historique rigoureusement démontré. Les témoignages remontent jusqu'à S. Clément pape, Epist. 1 ad Cor. 5, 4, et à Tertullien, Scorp. 15. Cf. Gehbardt, Patr. apostolic. opera, 2e édit., p. 13 et ss. Sur l'humble et courageuse demande adressée par S. Pierre à ses bourreaux, pour obtenir d'être crucifié la tête en bas, voyez Eusèbe (Hist. eccles. 3, 1, 2), qui cite le témoignage d'Origène. Le prince des apôtres était déjà mort depuis d'assez nombreuses années lorsque S. Jean transcrivait l'oracle de Jésus.