b. Prophétie relative au disciple bien-aimé. 21, 19b-23.
19bEt, après avoir ainsi parlé, il lui dit : Suis-moi. 20Pierre, s'étant retourné, vit venir derrière lui le disciple que Jésus aimait, et qui, pendant la cène, s'était reposé sur sa poitrine, et avait dit : Seigneur, quel est celui qui vous trahira ? 21Pierre donc, l'ayant vu, dit à Jésus : Seigneur, celui-ci, que deviendra-t-il ? 22Jésus lui dit : Si je veux qu'il demeure jusqu'à ce que je vienne, que t'importe ? Toi, suis-moi. 23Le bruit courut donc, parmi les frères, que ce disciple ne mourrait pas. Cependant, Jésus n'avait pas dit : Il ne mourra pas ; mais : Si je veux qu'il demeure jusqu'à ce que je vienne, que t'importe ?
Jean chap. 21 verset 19b. - Et, après avoir ainsi parlé, il lui dit : Suis-moi. - Transition à une nouvelle scène et à un second oracle. - Suis-moi. “ Et en même temps, le Sauveur se mit à marcher et S. Pierre à le suivre. Jésus voulait marquer par cette action que Pierre le suivrait au supplice de la croix. ” Calmet ; h. l. Cf. S. Jean Chrysost., Tolet, Maldonat, etc. Il faut donc interpréter tout ensemble au propre et au figuré ce Suis-moi du divin Maître : au propre comme le comprirent S. Pierre (s’étant retourné, v. 20) et S. Jean (derrière lui, ibid.) ; au figuré d'après le contexte et la tradition. C'est encore le riche symbolisme qui parcourt en entier le quatrième évangile à la façon d'un fil d'or.
Jean chap. 21 verset 20. - Pierre, s'étant retourné, vit venir derrière lui le disciple que Jésus aimait, et qui, pendant la cène, s'était reposé sur sa poitrine, et avait dit : Seigneur, quel est celui qui vous trahira ? - Pierre, s'étant retourné. Trait pittoresque, qui dénote avec d'autres passages de ce chapitre un témoin oculaire des faits. - Vit. Dans le texte grec, le verbe est au présent. - Le disciple (l'article est emphatique) que Jésus aimait, et qui, pendant la scène... Sur ces détails, voyez 13, 23, 25 et le commentaire. - Venir derrière lui. Quoique l'invitation de Jésus ne s'adressât directement qu'à Pierre, Jean aussi s'était mis à le suivre à quelque distance, en sa qualité de disciple privilégié.
Jean chap. 21 verset 21. - Pierre donc, l'ayant vu, dit à Jésus : Seigneur, celui-ci, que deviendra-t-il ? - Pierre donc, l'ayant vu, dit à Jésus... S. Pierre a repris toute sa familiarité accoutumée avec le bon Maître, et il se permet de l'interroger. - Celui-ci (par opposition à Pierre lui-même), que deviendra-t-il ? Quel sort tenez-vous en réserve pour lui ? S. Pierre et S. Jean étaient étroitement liés. Cf. 13, 6-9, 24 ; 18,15 ; 20, 1-6 ; Act. 3, 1 et ss. ; 8, 14 ; etc. Il était bien naturel que le premier s’intéressât au second, et cherchât à obtenir des renseignements sur ses futures destinées. “ Ne voulant pas abandonner Jean avec lequel il avait toujours été associé ”, S. Jérôme, Adv. Jovin. 1, 26. Divers commentateurs protestants (Olshausen, Lücke, Meyer, etc.) osent attribuer la question de S. Pierre à un motif de jalousie !
Jean chap. 21 verset 22. - Jésus lui dit : Si je veux qu'il demeure jusqu'à ce que je vienne, que t'importe ? Toi, suis-moi. - Si je veux... Jésus parle en Seigneur et affirme sa divine volonté. Cf. 17, 24 ; Matth. 8, 3 ; 26, 39, etc. La particule “ si ” laisse toutefois dans un vague mystérieux les desseins arrêtés du Maître. - Qu’il demeure, une des expressions favorites de S. Jean. Demeurer vivant sur la terre, par opposition à “ suivre ” au moyen d'une mort plus ou moins prochaine. Cf. 12, 34 ; 1 Cor. 15, 6 ; Phil. 1, 25. - Jusqu'à ce que je vienne... Dans le texte grec, au présent, littéral. : “ tandis que je viens ” : locution qui désigne moins un point précis de l'avenir, qu'un fait constamment et lentement en voie de s'accomplir (Westcott). La pensée générale de Jésus est très claire : Jean devra demeurer longtemps encore sur la terre ; mais les paroles sont de plus en plus vagues, puisque le Sauveur ne voulait pas révéler son secret à S. Pierre. De là les interprétations multiples des exégètes : Jusqu'à mon second avènement, jusqu'à l'établissement solide de l’Église, jusqu'à la ruine de Jérusalem, jusqu'à ce que je l'enlève par une douce mort, etc. Il nous paraît préférable de laisser la phrase dans sa généralité : “ Jusqu'à mon avènement ”, quel qu'il soit. - Que t'importe ? Jésus refuse d'en dire davantage sur ce point, qui ne concernait que lui seul. - Toi, suis-moi. Les deux pronoms sont emphatiques, surtout le “ moi ” qui précède cette fois le verbe, du moins d'après la leçon la plus probable (א, A, B, C, D, Itala, Vulg., etc. ; plus haut, v, 19, Jésus avait dit : “ Suis-moi ”). Quoi qu'il en soit de ma volonté relativement à ton ami, pour toi tu n'as qu'une chose à faire : Suis-moi. Jésus est le chef suprême ; à lui le soin de distribuer les rôles dans son Église.
Jean chap. 21 verset 23. - Le bruit courut donc, parmi les frères, que ce disciple ne mourrait pas. Cependant, Jésus n'avait pas dit : Il ne mourra pas ; mais : Si je veux qu'il demeure jusqu'à ce que je vienne, que t'importe ? - Le bruit courut donc : en conséquence de la parole ambiguë du Sauveur. Sur une phrase hypothétique, laissée à dessein dans le vague, on ne tarda pas à baser une conclusion positive. - Entre les frères. C'est-à-dire parmi les chrétiens, auxquels cette dénomination pleine de douceur sera désormais habituellement donnée. Cf. Act. 9, 30 ; 11, 1, 29 ; 15, 1, 3, 22, 23, etc. C'est la seule fois qu'on la rencontre dans les Évangiles. - Que ce disciple (expression si modeste !) ne mourrait pas. Aux premiers jours du christianisme, comme on le voit par divers passages des Épîtres de S. Paul (Cf. 1 Thess. 4, 12-17 ; 2 Thess. 2, 1-11), les “ frères ” supposaient la fin du monde très prochaine ; ils avaient donc aisément conclu que “ qu'il demeure jusqu'à ce que je vienne ” promettait à S. Jean une immortalité certaine : opinion qui alla toujours grandissant, favorisée qu'elle semblait être par la longévité de l'apôtre. La légende s'en mêla bientôt, ainsi que nous l'apprend S. Augustin (Tract. 124, 2), au temps duquel on prétendait encore que le disciple bien-aimé, quoique enseveli, continuait de vivre dans son sépulcre d’Éphèse. - Cependant, Jésus n'avait pas dit. S. Jean lui-même va corriger l'erreur, en faisant cesser l’ambiguïté. Jésus n'avait pas dit : Il ne mourra pas, ce qui eût été parfaitement clair, mais : Si je veux qu’il demeure. Cette dernière phrase répète les paroles mêmes du Sauveur. Cf. v. 22. - Ces deux prédictions s'accomplirent : S. Pierre mourut sur une croix ; S. Jean s'attarda sur la terre, en attendant que Jésus vînt le prendre et le conduire au ciel : il survécut aux douze apôtres et vit la ruine de sa nation. Voyez les beaux développements de Bossuet, Sermon pour la fête de S. Jean. S. Augustin, Tract. 124, 3, résume tout dans un mot ingénieux qu'il place sur les lèvres de Notre Seigneur : “ Suis-moi par une vie active, (l'action qui représente l'ardeur de S. Pierre), parfaite et modelée sur l'exemple de ma passion : pour celui qui a commencé à me contempler (S. Jean), qu'il continue jusqu'à ce que je vienne, et quand je viendrai, je porterai à la perfection son habitude de me voir ”.