Jean chap. 3 verset 7. - Ne t'étonne pas de ce que je t'ai dit : Il faut que vous naissiez de nouveau. - Ne t’étonne pas. Trait pittoresque ; surtout dans le cas où Jésus aurait fait allusion, comme l’ont pensé plusieurs interprètes, à des gestes, à des regards, par lesquels Nicodème eût marqué en cet instant même son vif étonnement. Au reste, le sénateur juif avait suffisamment manifesté, par sa réponse du verset 4, la surprise que lui causaient les paroles de Notre Seigneur - Il faut que vous… Vous tous qui participez à la nature humaine ; fussiez-vous enfants d’Abraham, vous avez besoin d’une seconde naissance. Mais il est remarquable que Jésus n’englobe pas sa propre personne dans cette nécessité universelle : c’est qu’il ne partage pas les faiblesses morales de l’humanité.
Jean chap. 3 verset 8. - Le vent souffle où il veut ; et tu entends sa voix, mais tu ne sais ni d'où il vient, ni où il va : il en est ainsi de tout homme qui est né de l'Esprit. - La nature est maintenant donnée pour maître à Nicodème : un phénomène mystérieux de ce monde servira à lui faire comprendre un mystère surnaturel. - Le vent souffle où il veut. C’est ici le vent, non l’Esprit Saint, dont il ne sera question qu’à la fin du verset, quand Jésus fera l’application de sa belle image. “ La liaison du discours demande ce sens ”, dit fort bien D. Calmet à la suite de S. Cyrille, de S. Jean Chrysostome, de Théophylacte, d’Euthymius, etc. En effet, si dès à présent Notre Seigneur parlait du divin Esprit, comme l’ont pensé Origène et d’autres illustres interprètes de l’antiquité, c’est à lui-même que cet esprit céleste serait comparé, et l’explication perdrait ainsi beaucoup de sa force, de sa clarté. Dans le texte grec : le souffle est donc ici synonyme de vent. Or, Jésus affirme du vent qu’il souffle où bon lui plaît : il n’est pas d’être, en effet, qui paraisse jouir d’une plus grande liberté, quoiqu’il ait aussi, évidemment, des lois générales et particulières auxquelles il est soumis. - Et tu entends sa voix, mais tu ne sais pas… Rien de plus vrai : le vent est encore un mystère même pour la météorologie moderne. On perçoit sa présence à son bruissement, à ses effets ; mais sur bien des points il demeure incompréhensible, surtout lorsqu’il s’agit de ces brises légères, sans direction apparente, qui se font seulement sentir par l’agitation qu’elles produisent dans le feuillage des arbres. Tholuck suppose qu’au moment où Jésus tenait ce langage un vent réel s’était mis à souffler sur Jérusalem ; mais, ici encore, l’interprétation trop littérale serait forcée, exagérée. - Il en est ainsi de tout homme qui est né de l’Esprit. Cette fois, c’est bien l’Esprit Saint qui est en cause. Ce qu’est l’action du vent dans le monde matériel, l’action de l’Esprit de Dieu l’est donc dans le monde des âmes. Voici un homme régénéré par le baptême : un grand mystère s’est accompli, mais on ignore de quelle manière ; la vie nouvelle qui a été infusée par le Saint Esprit ne se trahit que par ses effets. On trouve dans Xénophon, Memorables. 4, 3, 14, un rapprochement qui n’est pas sans ressemblance avec celui que fait Notre Seigneur dans ce passage : “ Les vents aussi ne sont pas visibles, mais nous voyons leurs effets, nous sentons leur présence. Enfin l’âme humaine, plus que tout ce qui est de l’homme, participe de la divinité ; elle règne en nous, c’est incontestable, mais on ne la voit point ”.
Jean chap. 3 verset 9. - Nicodème lui répondit : Comment cela peut-il se faire ? - Malgré les explications de Jésus, Nicodème n’a pas encore pu comprendre le mystère de la nouvelle naissance ; il avoue du moins franchement et naïvement son ignorance.
Jean chap. 3 verset 10. - Jésus lui dit : Tu es maître en Israël, et tu ignores ces choses ? - Notre Seigneur manifeste à son tour de la surprise : Comment pouvez-vous ignorer ces choses, étant maître en Israël ? Il y a visiblement une grande emphase dans ce titre, qui équivaut à Docteur de la loi, représentant de l’enseignement officiel. C’est à tort néanmoins qu’on a parfois conclu, surtout à cause du double article dans le texte grec, que Nicodème aurait été un docteur tout à fait célèbre chez les Juifs d’alors, le docteur par antonomase en quelque sorte ; ou bien, qu’il était le chakam (sage en hébreu), c'est-à-dire le troisième dignitaire du Sanhédrin. - Et tu ignores ces choses ! Il aurait dû comprendre ! Plusieurs prophètes, en effet, entre autres Ézéchiel, 36, 24, et Zacharie, 13, 1, n’avaient-ils point exprimé les effets de l’eau régénératrice ?
Jean chap. 3 verset 11. - En vérité, en vérité, je te le dis, ce que nous savons, nous le disons, et ce que nous avons vu, nous l'attestons ; et vous ne recevez pas notre témoignage. - Ici commence le discours rattaché au dialogue. Nous y distinguons trois pensées principales : 1° le témoignage du Fils de Dieu, versets 11-13 ; 2° le salut par la croix, versets 14-17 ; 3° les damnés et les sauvés, versets 18-21. - En vérité, en vérité, je te le dis. C’est pour la troisième fois que nous rencontrons, depuis le début de l’entretien, cette déclaration solennelle (Cf. versets 3 et 5). Baeumlein a raison de dire (in h. l.) que, toutes les fois qu’elle apparaît dans le quatrième Évangile, le discours, tout en se maintenant dans l’ordre des vérités déjà affirmées, prend comme un nouvel essor pour s’élever à des régions supérieures. Cf. 6, 32 ; 10, 1, 7 ; 12, 24 ; 23, 16 ; 6, 20, 23. Bonne réponse à faire à Strauss, quand il prétend que Jésus procède ici par soubresauts et d’une manière antipédagogique. - Ce que nous savons, nous le disons. Aux affirmations antérieures de Jésus, Nicodème a objecté un “ comment cela peut-il se faire ? ” qui n’était pas complètement exempt de scepticisme ; le divin Maître lui rappelle ce principe incontestable que, relativement aux vérités supérieures, l’on doit croire des témoins dignes de foi, alors même qu’elles contiennent encore des points mystérieux. C’est par des termes fort énergiques qu’il met en relief la certitude parfaite de son enseignement. En grec “ savons ” désigne une connaissance sûre, qui permet de parler des choses (disons) en toute exactitude ; avons vu indique la source de cette même connaissance, qui est la vue claire et immédiate des faits, et non la simple réflexion, l’abstraction. “ Chez nous, dit très à propos S. Jean Chrysostome (h. l.), le témoignage des sens le plus certain est celui de la vue, et si nous voulons faire admettre quelque chose par quelqu’un, nous disons que nous l’avons contemplé de nos propres yeux. C’est ainsi que le Christ, en parlant à Nicodème de cette façon humaine, le concilie à la foi de sa parole. ” Le verbe attestons, mis en corrélation avec “ avons vu ”, est plus expressif que “ disons ”, de même que “ avons vu ” l’emporte en vigueur sur “ savons ”. Ce sont des idées qui se complètent, se corroborent mutuellement. - Dans la précédente partie de l’entretien (Cf. versets 3, 5, 7, 12), Jésus avait employé la première personne du singulier, et voici que tout à coup il parle au pluriel : Nous savons, nous avons vu, etc. Cette différence a naturellement attiré l’attention des exégètes anciens et modernes ; mais ils l’expliquent de manières très diverses. Toutes les sortes de pluriels mentionnées dans la grammaire ont été invoquées tour à tour : le pluriel de rhétorique, qui équivaudrait simplement au singulier ; le pluriel de majesté, dont se servent les grands personnages ; le pluriel de catégorie (moi et tous les maîtres qui me ressemblent, moi et les prophètes, moi et le Précurseur, etc.) ; le pluriel de trinité (mon Père et moi, moi et l’Esprit Saint ; telle est l’opinion de plusieurs Pères). Nous croyons aussi qu’il s’agit d’un pluriel véritable, représentant plusieurs personnes distinctes, d’autant mieux que, dès le verset suivant, Jésus reprendra le singulier ; toutefois il nous semble préférable d’admettre, à la suite d’un certain nombre de commentateurs, que ces personnes étaient, dans la pensée du divin Maître, les premiers disciples, demeurés constamment auprès de lui depuis qu’ils l’avaient reconnu pour le Messie, et venus avec lui à Jérusalem pour la Pâque. Cf. 1, 40 ; 2, 25. Déjà ils “ savaient ”, car ils “ avaient vu ” ; eux aussi, ils pouvaient donc parler et rendre témoignage. Jésus daigne ainsi se les associer dans cette noble déclaration, et les opposer au triste groupe des Juifs demeurés incrédules : et vous ne recevez pas notre témoignage. Une expérience toute récente (2, 12 et ss) ne justifiait que trop cette plainte douloureuse. - Notez la cadence et le rythme qui règnent visiblement dans ce passage, ainsi qu’il arrive chez les Hébreux toutes les fois que la parole est émue. On dirait un vers à trois membres :
ce que nous savons, nous le disons,
ce que nous avons vu, nous l'attestons,
et vous ne recevez pas notre témoignage.
Grande promesse : Jésus apporte au monde un enseignement nouveau et parfait, qui sera basé sur la vue claire et immédiate de la vérité. Ce qu’il affirme de lui-même et de ses premiers apôtres persiste dans son Église, quoique, hélas ! il convienne peut-être plus que jamais de dire : “vous ne recevez pas notre témoignage ”.
Jean chap. 3 verset 12. - Si je vous ai parlé des choses de la terre sans que vous ayez cru, comment croirez-vous quand je vous parlerai des choses du ciel ? - Autre transition aux grands mystères que Jésus se propose de révéler à Nicodème ; nouvel échelon pour conduire le “ maître en Israël ” en des sphères de plus en plus sublimes. Je mérite éminemment votre créance (verset 11) ; mais, si vous hésitez à me l’accorder pour des choses relativement aisées à constater, du moins dans leurs effets, comment me la donnerez-vous quand il s’agira de profonds mystères, d’obscures vérités, c'est-à-dire quand il faudra me croire sur parole (verset 12) ? - Nous avons à déterminer le sens des mots terre, ciel. Jésus appelle sur terre non pas les choses purement terrestres, qui ne firent jamais l’objet de ses discours, mais des phénomènes religieux qui se manifestent au milieu de nous et qui ont la terre pour théâtre (comp. 1 Cor. 15, 40 ; 1. Cor. 5, 1 ; Col. 3, 2 ; Phil. 2, 10, etc.) ; par exemple, et même directement d’après le contexte, le mystère de la régénération dont il a parlé plus haut. Sans doute, ces phénomènes ont au ciel leur source et leurs ramifications dernières, mais ils appartiennent à la terre par leur apparition et leur visibilité, et c’est à ce point de vue qu’ils sont nommés “ de la terre ”. Au contraire, au dessus du ciel, sert à désigner des mystères supérieurs, invisibles par leur nature, et ne rentrant que grâce à des révélations expresses dans le domaine de notre expérience. Tels sont, entre autres, les mystères de la Sainte Trinité, de la génération éternelle du Verbe, le plan divin de la Rédemption. Au fond, il s’agit donc de deux catégories de choses divines et célestes ; avec cette différence que la seconde est d’une nature plus sublime, sortant davantage, comme on a dit, “ des insondables profondeurs de la divinité, “ et exigeant de la part des hommes “ une aptitude beaucoup plus grande que la première pour être comprise ”. - Au lieu de ai dit en grec, Ewald lit dirent, et voit ici une allusion aux docteurs et aux prophètes de l’ancienne Alliance ; mais sa conjecture est toute arbitraire. - Sans que vous ayez cru. Plusieurs manuscrits grecs ont la nuance “ vous n'avez pas cru ”. La leçon habituelle est plus énergique (vous persistez à ne pas croire) et mieux accréditée. - Comment croirez-vous ? Cette bienheureuse hypothèse va se réaliser dans un instant. Jésus n’a jusqu’ici exposé que les rudiments de la religion nouvelle ; dès le verset 13 il passera à des choses tout à fait célestes. Les lignes suivantes empruntées au chap. 9 du livre de la Sagesse (verset 16), ne sont pas sans rapport avec la vérité exprimée dans notre passage : “ Nous avons peine à nous représenter ce qui est sur terre, et nous trouvons avec effort ce qui est à notre portée ; ce qui est dans les cieux, qui donc l’a découvert ? ”. Elles ne s’appliquent toutefois, d’après le contexte, qu’à des faits de l’ordre naturel. - Quoique interrogé, Nicodème se tait désormais et il reste muet jusqu’à la fin de l’entretien. La vérité l’a profondément touché : il croit et adore en silence. Tout au plus pourrait-il répondre avec Job (40, 4-5) : “ Voici, je suis trop peu de chose; que te répliquerais-je? Je mets la main sur ma bouche. J'ai parlé une fois, je ne répondrai plus; deux fois, je n'ajouterai rien ”.