4° Jésus en Galilée. 4, 43-54.
a. L'accueil des Galiléens. 4, 43-45.
Parall. Matth. 4, 12; Marc. 1, 14-15; Luc. 4, 14-15.
43Deux jours après, il partit de là et s'en alla en Galilée. 44Car Jésus lui-même a rendu ce témoignage, qu'un prophète n'est pas honoré dans sa patrie. 45Lorsqu'il fut arrivé en Galilée, les Galiléens l'accueillirent, parce qu'ils avaient vu tout ce qu'il avait fait à Jérusalem au jour de la fête ; car eux aussi ils étaient allés à la fête.
Ces trois versets forment une sorte d'introduction, analogue à celles que nous avons rencontrées 2, 13, 23-25, 4, 1-4. Sur la très grande probabilité du parallélisme des quatre évangiles en cet endroit, voyez la note du v. 3.
Jean chap. 4 verset 43. - Deux jours après, il partit de là et s'en alla en Galilée. - Dans le grec, avec l'article : les deux jours passés à Sichar (v. 40). - Et s'en alla. (Ces mots sont omis par le copte, le syriaque Cureton, Origène, etc.). Nous revenons ainsi au v. 3, où se trouve la même formule : le séjour à Sichar n'avait été qu'un épisode. Il est à remarquer qu'il n'est plus question des disciples jusqu'à 6, 3. Peut-être auront-ils quitté Jésus à leur entrée en Galilée, pour rejoindre chacun sa famille.
Jean chap. 4 verset 44. - Car Jésus lui-même a rendu ce témoignage, qu'un prophète n'est pas honoré dans sa patrie. - Lui-même. Il ressort de cette particule et aussi de tout l'agencement de la pensée (comp. les versets 43 et 45), que l'historien veut indiquer ici le motif spécial qui conduisait alors Jésus dans la province de Galilée. Ce motif est immédiatement condensé dans un proverbe placé sur les lèvres du Sauveur lui-même : un prophète n'est pas honoré dans son pays. Mais y a-t-il vraiment là un lien logique? De ce qu'un prophète n'est pas honoré dans son propre pays, ne s'en suivait-il pas, au contraire, que Jésus aurait dû tourner le dos à la Galilée? La difficulté est réelle, et on a essayé de la résoudre en bien des manières. 1° L'évangéliste désignerait la Judée par les mots “ dans sa patrie ” (Origène, Patrizi, Klofutar, Ebrard, Plummer, Westcott, Keil, etc.), et dès lors on comprendrait sans peine que, mal reçu dans cette province, Notre Seigneur eût cherché un refuge auprès des Galiléens. Mais, quoique Jésus fût né à Bethléem, c'est toujours la Galilée qui nous est présentée comme sa patrie dans l’Évangile. Cf. 1, 45-46; 7. 41-42; Matth. 13, 54; Marc. 6, 1; Luc. 4, 16, 23. Et puis, malgré la haine naissante des prêtres et des pharisiens, n'avait-il pas été, au fond, assez bien reçu en Judée? Cf. 2, 23; 3, 22; 4, 1. 2° S. Cyrille d'Alexandrie, le Dr Klee, le P. Corluy, etc., sous-entendent, en tête du verset : “ et passant par Nazareth, il alla au-delà ”. 3° S. Jean Chrysostome, Euthymius, etc., supposent une ellipse analogue, mais qui se rapporterait à Capharnaüm, nommée par S. Matthieu (9, 1), la cité de Jésus. Ces deux opinions ont le tort de restreindre le sens du substantif “ patrie ”, qui désigne une province d'après le contexte, et pas seulement une bourgade. 4° Selon d'autres (Gfroerer, Meyer, etc.), le sens serait que Jésus ne vint en Galilée que lentement et en hésitant, parce qu'il n'ignorait pas qu'il y serait mal vu. Mais la narration dit à peu près le contraire de cela. 5° Luthardt a trouvé une explication ingénieuse, mais forcée. Jésus, dit-il, après avoir été si parfaitement accueilli en Samarie, passa en Galilée précisément pour y vivre oublié, tranquille; il comptait sur la réalisation du proverbe cité. Les synoptiques, qui nous montrent Notre Seigneur déployant une grande activité dès son retour en Galilée, réfutent cette hypothèse. 6° Nous aurions ici une explication anticipée du fait signalé plus bas (v. 45) : “ les Galiléens l'accueillirent, parce qu'ils avaient vu tout ce qu'il avait fait à Jérusalem ”. Pour ces miracles opérés à Jérusalem, les Galiléens n'eussent témoigné aucun honneur à Jésus, conformément à l'adage populaire (Lücke, de Wette, Tholuck, Bisping, etc.). Ou, avec une nuance (Watkins), le Sauveur voulait expliquer ainsi pourquoi il n'ouvrait son ministère en Galilée qu'après avoir partiellement évangélisé la Judée et la Samarie. Il savait qu'aucun prophète n'est honoré de ses compatriotes : il apportait donc du dehors une réputation toute faite. Nous nous rangeons de préférence à cette dernière interprétation. Quant au proverbe même, voyez l’Évangile selon S. Matthieu, p. 286, et l'Evang. selon S. Marc, p. 90. L'allusion de S. Jean aux récits des synoptiques est évidente; mais il abrège et il généralise, et c'est pour cela que la pensée présente moins de clarté.
Jean chap. 4 verset 45. - Lorsqu'il fut arrivé en Galilée, les Galiléens l'accueillirent, parce qu'ils avaient vu tout ce qu'il avait fait à Jérusalem au jour de la fête ; car eux aussi ils étaient allés à la fête. - Accueillirent désigne une réception enthousiaste. S. Luc l'a décrite plus au long, 4, 14-15 : “ Alors Jésus retourna en Galilée ... et sa renommée se répandit dans tout le pays. Et il enseignait dans leurs synagogues, et il était glorifié par tous ”. - Parce qu'ils avaient vu tout… Ils avaient vu les signes. Cf. 2, 23 et 3, 2. - Au jour de la fête. Le mot grec désigne, comme d'ordinaire, la fête et son octave. - Car eux aussi… Cette note a pour but d'expliquer comment les Galiléens s'étaient alors trouvés à Jérusalem en même temps que Jésus. Ils y étaient venus en qualité de pieux pèlerins, pour célébrer, conformément à la loi (Deut. 16, 16), la Pâque dans le sanctuaire de Jéhova. Voyez l’Évangile selon S. Luc, p. 83.