Parall. Matth. XIV. 22-23 ; Marc. VI, 45-52.
S. Luc est seul à ne pas raconter ce second miracle. La relation de S. Jean est, ici encore, tout à la fois plus complète et moins complète que celles de ses devanciers ; car d’une part il cite divers traits qui lui sont propres, et de l’autre il abrège notablement.
16Lorsque le soir fut venu, ses disciples descendirent au bord de la mer. 17Et étant montés dans une barque, ils s'avancèrent vers Capharnaüm, de l'autre côté de la mer. Or il faisait déjà nuit, et Jésus n'était pas venu à eux. 18Cependant la mer soulevée par un grand vent, était agitée. 19Lorsqu'ils eurent ramé environ vingt-cinq ou trente stades, ils virent Jésus qui marchait sur la mer, et qui s'approchait de la barque et ils eurent peur. 20Mais il leur dit : C'est moi, ne craignez pas. 21Ils voulurent alors le prendre dans la barque, et aussitôt la barque se trouva au lieu où ils allaient.
Jean chap. 6 verset 16. - Lorsque le soir fut venu, ses disciples descendirent au bord de la mer. - Lorsque le soir fut venu. S. Matthieu mentionne consécutivement deux “ soirs ” distincts dans le même jour (14, 15 et 23 ; voyez le commentaire) ; il s’agit ici du second, qui allait de 6 à 9 heures. - Ses disciples descendirent au bord de la mer. Ils étaient déjà descendus de leur montagne déserte ; mais le plateau où eut lieu la multiplication des pains est encore notablement plus élevé que les rives du lac.
Jean chap. 6 verset 17. - Et étant montés dans une barque, ils s'avancèrent vers Capharnaüm, de l'autre côté de la mer. Or il faisait déjà nuit, et Jésus n'était pas venu à eux. - Et étant montés dans une barque. Dans la Recepta le mot grec correspondant à barque est avec l’article ; ce qui désignerait le même bateau qui les avait amenés. Cet article est toutefois omis par d’excellents témoins. - Ils s’avancèrent Le grec a l’imparfait venaient, pour marquer qu’ils étaient simplement en route pour Capharnaüm. S. Marc mentionne Bethsaïda, la patrie de Simon-Pierre, d’André, etc., comme le but direct que Jésus avait indiqué aux apôtres ; mais cette bourgade était très rapprochée de Capharnaüm : S. Jean désigne donc le terme final du voyage. - Il va relever coup sur coup trois circonstances pénibles de la traversée. 1° Il faisait déjà nuit. Ce trait et le suivant se rapportent au moment du départ : il était nuit quand ils s’embarquèrent. La variante “ les ténèbres les saisirent ” est pittoresque, mais insuffisamment garantie. - 2° Et Jésus n’était pas venu à eux. Sur ses ordres, il avait fallu partir sans lui ; mais, d’après ces mots, il semblerait que les apôtres l’eussent attendu quand même durant quelque temps. Comme il va bientôt leur manquer !
Jean chap. 6 verset 18. - Cependant la mer soulevée par un grand vent, était agitée. 3° Une tempête violente s’élève tout à coup. Elle est brièvement décrite par le narrateur, mais d’une façon très expressive. - Soulevée par un grand vent. Ces mots sont fort bien commentés par la page suivante d’un voyageur contemporain. “ Il faut toujours prendre les plus grandes précautions lorsqu’on navigue sur ce lac perfide, où les tourbillons, d’une rapidité excessive, succèdent tout à coup à un calme plat et soulèvent, dans l’espace de quelques minutes, des vagues monstrueuses. Les vents redoutables sont surtout ceux du nord-ouest, qui se précipitent des hauteurs de Safed, et celui du sud, le Khamsîn, qui parcourt avec une violence inouïe la grande vallée du Ghôr… Deux fois, pendant nos séjours, nous avons éprouvé les plus vives inquiétudes en nous sentant secoués sans trêve ni merci sur les vagues furieuses… La moindre fausse manœuvre pouvait nous faire chavirer en plein lac. Nous embarquions une telle quantité d’eau que deux hommes suffisaient à peine pour l’épuiser avec des seaux en fer. De gros nuages noirs remplis d’électricité s’amoncelaient à l’horizon, le vent qui descendait de la montagne soufflait en tempête ; la surface du lac, blanche d’écume, devenait livide dans les parties plus calmes. En fuyant rapidement devant les lames, nous pûmes, après plusieurs heures d’efforts pénibles, regagner sains et saufs les criques abritées de la côte occidentale ”. Dr Lortet, Archives du Muséum d’histoire naturelle de Lyon, t. 3, p. 103 et s. Pour les apôtres, c’était en outre l’heure des ténèbres. S. Marc, 6, 48, fait pourtant briller un rayon lumineux dans cette affreuse situation : Jésus voyait les siens.
Jean chap. 6 verset 19. - Lorsqu'ils eurent ramé environ vingt-cinq ou trente stades, ils virent Jésus qui marchait sur la mer, et qui s'approchait de la barque et ils eurent peur. Par une tempête si violente, il est bien évident que les voiles devenaient inutiles ou plutôt dangereuses ; les disciples durent donc avancer lentement et péniblement à la rame. - Environ vingt-cinq ou trente stades. Trait spécial, qui dénote un témoin oculaire habitué à naviguer sur le lac, puisqu’il connaît les distances malgré la nuit. Le environ est délicat. Le stade équivalant à 184 mètres 84 centimètres, la distance approximative indiquée par S. Jean est de 5 ou 6 kilomètres. S. Matthieu, autre témoin oculaire, dit en termes généraux que la barque se trouvait alors au milieu de la mer de Galilée. Le lac ayant environ 40 stades, ou 9 kilomètres, d’après Josèphe, on était en réalité plus rapproché du rivage occidental. - Ils virent Jésus. Dans le texte grec, le temps présent est pittoresque : tout à coup, ils voient Jésus, ou plutôt ils le contemplent, si nous voulons rendre entièrement l’expression grecque : ils sont absorbés comme on l’est par une vision terrible. En effet, disent les deux autres narrateurs, ils croyaient que c’était un fantôme. - Qui marchait sur la mer. Majestueusement, tranquillement, comme le roi de la nature. Plus loin, 21, 1, la locution signifiera : “ sur le bord de la mer ” ; mais elle désigne évidemment ici la mer elle-même, d’après l’ensemble du contexte, malgré les prétentions vraiment absurdes de quelques exégètes rationalistes. - Et qui s’approchait de la barque. Jésus s’approchait de la barque pour y monter. - Et ils eurent peur. ; “ et ils poussèrent des cris de frayeur ”, Matth. 14, 26. La scène se passait entre trois et six heures du matin, lisons-nous encore dans les autres narrations (“ à la quatrième veille de la nuit ”). La barque, à cause de l’ouragan, avait mis un temps bien long pour franchir une courte distance.
Jean chap. 6 versets 20 et 21. - Mais il leur dit : C'est moi, ne craignez pas. 21Ils voulurent alors le prendre dans la barque, et aussitôt la barque se trouva au lieu où ils allaient. - Il leur dit (encore le temps présent)… Jésus rassure d’un mot, identiquement cité par les trois évangélistes, ses apôtres épouvantés : C’est moi, ne craignez pas. - Ils voulurent alors … (dans le grec, à l’imparfait, ils voulaient). Cette conclusion revêt dans le quatrième évangile une forme particulière. Si nous n’avions pas les narrations parallèles pour l’expliquer en la complétant, elle semblerait dire que les apôtres se proposaient de recevoir Jésus dans leur barque, mais qu’il ne leur en laissa pas le temps. Nous savons au contraire par S. Matthieu et par S. Marc que le Sauveur monta auprès d’eux. Du reste, S. Jean emploie parfois le verbe grec έθέλω (vouloir) qui exprime une volonté réalisée. Cf. 1, 44 ; 5, 35 ; 7, 17 ; 8, 44. S’il eût opposé le désir des disciples à un refus tacite de leur Maître, il aurait dit ensuite : mais aussitôt, et non pas et aussitôt. Il signale donc simplement une disposition, tandis que les deux autres écrivains sacrés racontent l’acte même. Est-ce là une contradiction, comme le prétendent les rationalistes ? - Et aussitôt la barque se trouva… Ce serait un nouveau prodige d’après quelques interprètes. Toutefois, il n’est pas nécessaire d’entendre les choses si strictement. Il vaut mieux, en ce passage encore, interpréter S. Jean d’après les synoptiques ; or ceux-ci racontent que la tempête s’apaisa tout à coup, et que la barque vint aborder à sa destination ; ce qui ne demandait désormais que peu de temps.