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β. Le Discours. Versets 25 - 60

25Et l'ayant trouvé de l'autre côté de la mer, ils lui dirent : Maître, quand êtes-vous venu ici ? 26Jésus leur répondit : En vérité, en vérité, je vous le dis, vous me cherchez, non parce que vous avez vu des miracles, mais parce que vous avez mangé des pains, et que vous avez été rassasiés. 27Travaillez en vue d'obtenir, non la nourriture périssable, mais celle qui demeure pour la vie éternelle, et que le Fils de l'homme vous donnera ; car c'est lui que Dieu le Père a marqué de son sceau. 28Ils lui dirent donc : Que ferons-nous pour faire les œuvres de Dieu ? 29Jésus leur répondit : L'œuvre de Dieu est que vous croyiez en celui qu'il a envoyé. 30Ils lui dirent : Quel miracle faites-vous donc, afin que nous voyions et que nous croyions en vous ? Que faites-vous ? 31Nos pères ont mangé la manne dans le désert, ainsi qu'il est écrit : Il leur a donné à manger le pain du ciel. 32Jésus leur dit : En vérité, en vérité, je vous le dis, ce n'est pas Moïse qui vous a donné le pain du ciel, mais c'est mon Père qui vous donne le vrai pain du ciel. 33Car le pain de Dieu est celui qui descend du ciel, et qui donne la vie au monde. 34Ils lui dirent donc : Seigneur, donnez-nous toujours ce pain. 35Jésus leur dit : Je suis le pain de vie ; celui qui vient à moi n'aura jamais faim, et celui qui croit en moi n'aura jamais soif. 36Mais, je vous l'ai dit, vous m'avez vu et vous ne croyez pas. 37Tout ce que le Père me donne viendra à moi, et celui qui vient à moi, je ne le jetterai pas dehors. 38Car je suis descendu du ciel, pour faire, non ma volonté, mais la volonté de celui qui m'a envoyé. 39Or la volonté du Père qui m'a envoyé, c'est que je ne perde rien de ce qu'il m'a donné, mais que je le ressuscite au dernier jour. 40La volonté de mon Père qui m'a envoyé, c'est que quiconque voit le Fils, et croit en lui, ait la vie éternelle ; et moi-même je le ressusciterai au dernier jour. 41Les Juifs murmuraient donc à son sujet, parce qu'il avait dit : Je suis le pain vivant, qui suis descendu du ciel. 42Et ils disaient : N'est-ce pas là Jésus, fils de Joseph, dont nous connaissons le père et la mère ? Comment donc dit-il : Je suis descendu du ciel ? 43Mais Jésus leur répondit : Ne murmurez pas entre vous. 44Personne ne peut venir à moi, si le Père, qui m'a envoyé, ne l'attire ; et moi je le ressusciterai au dernier jour. 45Il est écrit dans les prophètes : Ils seront tous enseignés  par Dieu. Quiconque a entendu le Père, et a reçu son enseignement, vient à moi. 46Non que personne ait vu le Père, sinon celui qui est de Dieu ; celui-là a vu le Père. 47En vérité, en vérité je vous le dis : celui qui croit en moi a la vie éternelle. 48Je suis le pain de vie. 49Vos pères ont mangé la manne dans le désert, et ils sont morts. 50Voici le pain qui descend du ciel, afin que si quelqu’un en mange, il ne meure pas. 51Je suis le pain vivant, qui suis descendu du ciel. 52Si quelqu'un mange de ce pain, il vivra éternellement ; et le pain que je donnerai, c'est ma chair, pour la vie du monde. 53Les Juifs débattaient donc entre eux, en disant : Comment celui-ci peut-il nous donner sa chair à manger ? 54Jésus leur dit donc : En vérité, en vérité, je vous le dis, si vous ne mangez la chair du Fils de l'homme, et si vous ne buvez son sang, vous n'aurez pas la vie en vous. 55Celui qui mange ma chair, et boit mon sang, a la vie éternelle, et je le ressusciterai au dernier jour. 56Car ma chair est vraiment une nourriture, et mon sang est vraiment une boisson. 57Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi, et moi en lui. 58Comme le Père qui m'a envoyé est vivant, et que, moi, je vis par le Père, de même celui qui me mange vivra aussi par moi. 59C'est ici le pain qui est descendu du ciel. Ce n'est pas comme la manne, que vos pères ont mangée, après quoi ils sont morts. Celui qui mange ce pain vivra éternellement. 60Il dit ces choses en enseignant dans la synagogue, à Capharnaüm.

Nous allons rencontrer ici “ des paroles d’une signification et d’une vie toutes nouvelles, inouïes jusqu’alors ” (Ewald). Déjà, pourtant, le quatrième évangile nous en a fait entendre de très sublimes ; mais les révélations de N.-S. Jésus-Christ  vont grandissant toujours, jusqu’à la fin. - L’idée qui domine ce magnifique discours est celle d’un aliment mystique, lequel n’est autre que Jésus lui-même, et dont l’assimilation parfaite suppose, comme pour la manducation matérielle, un rôle actif en ceux qui le consomment. Nous étudierons plus loin la vive controverse qui s’est élevée dès les premiers jours de l’exégèse sur la nature spéciale de cet aliment. Bornons-nous à dire maintenant que la seule foi en Jésus-Christ ne saurait tout expliquer, et que, sans la divine Eucharistie, la partie principale et la plus relevée du discours perd presque entièrement sa force. Néanmoins, c’est seulement aux derniers versets (versets 48 et ss.) que Notre Seigneur parle en termes nets, clairs et explicites du sacrement de l’autel ; toutes ses paroles antérieures (versets 26 - 47) conviennent plus exactement et plus particulièrement à la foi en sa mission, en sa divinité. “ Croyez et mangez ”, disait à ce sujet S. Augustin. - Le discours a pour point de départ  une question adressée par la foule à Jésus (verset 25) ; de temps en temps les Juifs interpellent le divin Maître (versets 28, 30 - 31, 34), ou l’interrompent même par des murmures et par des discussions intestines (versets 41, 53, 61) : c’est donc, sous le rapport de la forme, une sorte de colloque entre le Sauveur et son auditoire : mais Jésus garde la plus souvent la parole. - On a parfois voulu baser l’organisme intérieur et la division de l’entretien sur l’attitude morale de l’auditoire, attitude très bien marquée dans la narration par des formules distinctes : “ dirent ”, verset 25 ; “ murmuraient ”, verset 41 ; “ se disputaient ”, verset 53. Nous aurions de la sorte les trois parties suivantes : versets 25-40, versets 41-52, versets 53-59. Mais ce groupement des versets est bien superficiel, et plus spécieux qu’appuyé sur la vérité. La suite et le mouvement  des pensées nous permettent de reconnaître aisément ces trois degrés ascensionnels : 1° Promesse générale d’un pain céleste distinct de la nourriture matérielle, versets 25-34 ; 2° Jésus s’identifie à ce pain spirituel, versets 35-47 ; 3° l’identification du Christ et de l’aliment mystique donné par lui est démontrée sous un nouvel aspect, versets 48-59. Le tout est en effet présenté sous la forme extérieure d’une allégorie, mais de manière à écarter peu à peu le vêtement figuré, pour passer à la pleine réalité.

 

Jean chap. 6 verset 25. - Et l'ayant trouvé de l'autre côté de la mer, ils lui dirent : Maître, quand êtes-vous venu ici ? - Première partie de l’entretien, versets 25-34. C’est une conversation rapide et animée, qui se compose de plusieurs questions de l’auditoire et de plusieurs réponses de Jésus. Nous avons dans les versets 25-27 le premier de ces petits dialogues. - Et l’ayant trouvé. D’après le verset 60, ils le rejoignirent dans la synagogue de Capharnaüm. - De l’autre côté de la mer doit encore être interprété au point de vue de la multitude (comparez la note du verset 22). - Maître, lui demandent-ils respectueusement et familièrement tout ensemble, quand êtes-vous venu ici ? Ils ignoraient la marche miraculeuse de Jésus sur les eaux, et ils ne pouvaient comprendre, eux qui avaient constaté l’absence de bateau et surveillé toute la nuit la rive septentrionale du lac, à quel moment et de quelle manière Notre Seigneur s’était transporté à Capharnaüm. Leur “ quand ” implique évidemment un “ comment ” tacite.

 

Jean chap. 6 verset 26. - Jésus leur répondit : En vérité, en vérité, je vous le dis, vous me cherchez, non parce que vous avez vu des miracles, mais parce que vous avez mangé des pains, et que vous avez été rassasiés. - Ce verset et le suivant contiennent l’exorde et le thème général de tout le discours. Jésus nous y apparaît déjà avec sa majesté accoutumée, comme un noble prince qui renverse les préjugés de ses admirateurs, dut-il ainsi perdre tous les suffrages. Mais en même temps, et c’est son but principal durant tout l’entretien, avec quelle bonté il éclaire cette pauvre foule ignorante, lui montrant dans sa personne et dans ses institutions célestes un sûr moyen d’arriver au salut ! Selon sa coutume, il va rattacher à un très simple incident les instructions les plus élevées. Cf. 4, 10 ; Matth. 11, 7 ; 16, 6 ; Luc. 13, 1 ; 14, 7. - Jésus leur répondit. Il ne répond pas directement à la question qu’on lui posait, n’ayant point à satisfaire une vaine curiosité ; mais il entre à fond dans la pensée qui avait inspiré cette question. Cf. 4, 16, etc. - En vérité, en vérité, je vous le dis. Sa formule solennelle, bien digne d’inaugurer ce beau discours. Nous la retrouverons trois fois encore : versets 32, 47, 54. - Vous me cherchez. Ce profond scrutateur des esprits et des cœurs va montrer  aux Galiléens combien il les connaît : il leur révélera tout ce qu’il y a de charnel, d’extérieur dans  l’enthousiasme qui les fait courir à sa suite. - Non parce que vous avez vu des miracles. “ Miracles ” est un pluriel de catégorie, si ce mot retombe seulement sur le miracle de la veille ; sinon, il désigne tous les prodiges antérieurement opérés en Galilée par  Notre Seigneur d’après S. Jean, IV, 47-54, et les synoptiques. Le substantif  grec σημεια est très significatif à cet endroit, et il serait mal traduit par “ miracles ”. Jésus, en effet, reproche à ses auditeurs d’avoir vu ses prodiges, mais de ne les avoir pas regardés comme des “ signes ” de sa mission. Ces hommes superficiels s’en étaient tenus aux dehors, aux apparences ; ils n’avaient pas pénétré au fond des choses : c’est pourquoi ils ignoraient la signification supérieure des pouvoirs surnaturels de Jésus. - Mais parce que vous avez mangé et que avez été rassasiés. Ils le cherchaient donc “ poussés par la chair, et non par l’esprit ”, dit excellemment S. Augustin. Ils couraient moins après sa personne qu’après ses dons, espérant encore de lui d’autres bienfaits temporels. Et combien de chrétiens leur ressemblent ! “ Combien cherchent Jésus seulement en raison du bien qu’ils désirent recevoir de lui suivant les circonstances!... C’est à peine si quelqu’un cherche Jésus pour lui-même ”, S. Augustin, Traité 25 sur S. Jean, 10. - Des pains. Dans le texte grec, l’article souligne l’allusion aux pains miraculeux du désert. - Et avez été rassasiés. Expression d’une grande énergie, qui se dit habituellement des animaux gorgés de nourriture. Cf. Luc. 15, 16 ; 16, 21 ; Apoc. 19, 21. Toutefois, S. Matthieu, 14, 20, et les récits parallèles l’emploient sans y attacher aucune idée de blâme.

 

Jean chap. 6 verset 27. - Travaillez en vue d'obtenir, non la nourriture périssable, mais celle qui demeure pour la vie éternelle, et que le Fils de l'homme vous donnera ; car c'est lui que Dieu le Père a marqué de son sceau. - Après le reproche, une exhortation pressante. Du pain matériel, Jésus passe tout à coup à l’aliment spirituel de l’âme, et il invite ses auditeurs à se le procurer. - Travaillez  est le mot dominant de tout ce passage (versets 27-30) ; il est très classique et très expressif. Sa signification exacte est “ acquérir une chose par le travail ” ; il désigne donc la mise en œuvre des énergies de notre nature, en vue d’un certain but à réaliser. Jésus l’oppose à vous me cherchez du verset précédent, qui supposait un moindre développement de forces. - Non la nourriture périssable Il nomme ainsi la nourriture matérielle, dont l’usage et les effets sont si transitoires. Promptement détruite par le phénomène de la manducation et de la digestion, elle a besoin d’être renouvelée sans cesse. Cf. Matth. 15, 17 ; 1 Cor. 6, 13. non qu’il ne faille s’en inquiéter ; une telle apathie serait contraire aux lois providentielles (Cf. Act. 18, 3 ; Eph. 4, 28 ; 1 Thess. 4, 10-12) : l’antithèse qui suit montre que Dieu condamne simplement des préoccupations exclusives, exagérées, qui nuiraient à l’entretien beaucoup plus important de l’âme. - Mais celle qui demeure… Cet autre aliment diffère essentiellement du premier : il est incorruptible et contient en soi un principe de vie éternelle. A plus forte raison faut-il se donner de la peine pour l'acquérir, car :

 

Il ne donnera pas de mets éternels sans peine,

celui qui commande de manger son pain

quotidien dans la sueur. J. Owen, 165

 

Voyez des pensées analogues, Matth. 6, 25, et dans l’entretien avec la Samaritaine, 4, 13-14. - Et que le fils de l’homme vous donnera. Jésus dira bientôt, et de deux manières, quelle sera la nature de ce pain précieux. Il se contente pour le moment d’en indiquer l’origine céleste : c’est le Fils de l’homme, le Messie (Cf. 5, 27), qui le procurera à tous ceux qui s’en rendront dignes par un travail personnel d’appropriation. - Vous donnera. Des manuscrits ont le présent mais le futur est beaucoup mieux garanti. - Car c’est lui que Dieu le Père a marqué de son sceau. Ce verbe fait image et exprime très fortement la pensée. Dieu le Père a marqué le Messie de son sceau, l’accréditant ainsi auprès des hommes, se faisant garant de sa mission. Cf. 3, 33. L’idée est toute orientale : c’est de leur cachet, non d’une signature, que les Orientaux ont presque toujours muni les documents de quelque importance. Voyez  3 Reg. XXI, 8 ; Esth. 3, 12 ; 8, 8, 10 ; Jer. 32, 10, etc. Les Rabbins disent que le sceau de Dieu est le mot hébreu אמת, qui signifie vérité : ici, le sceau dont il avait marqué son Fils consiste dans les miracles antérieurs de Jésus. - Dieu le Père. Dieu est une apposition à Père : le Père l’a marqué de son cachet, lui qui est Dieu. Ce mot ajouté à la fin de la phrase acquiert une plus grande force : Dieu, qui est la suprême  garantie et la plus haute autorité.

 

Jean chap. 6 verset 28. - Ils lui dirent donc : Que ferons-nous pour faire les œuvres de Dieu ? - Deuxième petit dialogue : versets 28 et 29. Le premier avait opposé l’une à l’autre les deux intentions avec lesquelles on peut chercher Jésus, la charnelle et la spirituelle ; il ne s’agit maintenant que de cette dernière, qui est plus nettement déterminée : elle s’appelle la foi (verset 29), et elle contraste avec les œuvres purement extérieures (verset 28). - Ils lui dirent donc. La foule interrompt déjà Notre Seigneur A coup sûr, elle n’a pas compris toute la signification de sa précédente parole : mais des Juifs ne pouvaient manquer d’être frappés, dès lors qu’il était question d’œuvres à accomplir. - Que ferons-nous pour faire les œuvres de Dieu ? Mieux, d’après le grec au subjonctif délibératif : Que pourrions-nous bien faire ? Cf. verset 5. - Pour faire les œuvres de Dieu ? C’est-à-dire, des œuvres qui plaisent à Dieu. Les interlocuteurs de Jésus pensaient sans doute à des œuvres légales, telles que des aumônes, des jeûnes, des sacrifices.

 

Jean chap. 6 verset 29. - Jésus leur répondit : L'œuvre de Dieu est que vous croyiez en celui qu'il a envoyé. - L’œuvre de Dieu. (et non, comme le veulent S. Augustin, S. Thomas d’Aquin, etc., l’œuvre que fait Dieu). La foule demandait des œuvres à accomplir ; Jésus en signale une seule, l’œuvre par excellence, celle qui est, d’après l’enseignement du Concile de Trente, Sess. 6, cap. 8, le principe, le fondement et la source du salut. La foi réunit toutes nos actions isolées et en peut former un agrégat parfait. Cf. Jac. I, 25. - Que vous croyiez.  Selon les manuscrits au présent ou au futur ; cependant l’emploi du présent marque mieux la nécessité d’une foi constante et invariable. Cf. Act. 16, 31. - L’objet de cette foi est ensuite marqué ; c’est la personne même de Jésus : en celui qu’il a envoyé. (Cf. 5, 24). Évidemment, la meilleure manière de plaire à Dieu, de faire “ son œuvre ”, consiste à croire en son envoyé, lequel n’est autre que son divin Fils.

 

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