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Jean chap. 6 verset 30. - Ils lui dirent : Quel miracle faites-vous donc, afin que nous voyions et que nous croyions en vous ? Que faites-vous ? - Troisième dialogue, versets 30-33, un peu plus long que les deux précédents. Jésus y expose la nature du don céleste que chacun peut s’approprier par la foi. - Ils lui dirent. Ces fréquentes interruptions de l’auditoire montrent jusqu’à quel point l’entretien présenta de vie et d’intérêt : à peine une réponse a-t-elle été sommairement donnée, que de nouvelles questions se précipitent. - Quel miracle faites-vous donc… “ donc ”, car c’est une conclusion que la foule prétend tirer en ce moment. Elle a compris que Jésus parlait de lui-même et se donnait personnellement comme l’envoyé de Dieu (verset 29) : elle lui demande maintenant ses titres. Le pronom “ tu ” fut prononcé avec emphase : toi qui as de telles prétentions. - Quel miracle faites-vous ? Comme si ceux de la veille et des jours antérieurs (Cf. verset 2) ne suffisaient pas pour l’accréditer ! On voit à merveille, dans le récit, le va-et-vient perpétuel de ces esprits mobiles, qui auraient voulu de leur Messie des prodiges sans fin, et sans autre raison que leurs désirs de plus en plus exaltés. Hier ils étaient satisfaits ; ils parlent aujourd’hui comme si Jésus n’eût accompli aucun miracle. - Afin que nous voyions et que nous croyions. Ils verront et, bien entendu, ils se réservent d’apprécier le signe, de juger s’il répond à leur attente et à l’idée qu’ils se font de la puissance du Messie. Au verset précédent, Jésus avait employé l’expression plus forte “ croire en celui... ”, avoir foi en la personne et au caractère de quelqu’un ; ils se servent de l’expression plus faible “ croire quelqu’un ”, croire au témoignage d’un individu. Voyez 4, 20 ; 5, 24, 38, 46 ; 14, 11, etc., des changements analogues. - Que faites-vous ? demandent-ils encore en insistant. Il est à noter qu’ils retournent insolemment contre Jésus ce verbe (verset 27). Tu nous as recommandé l’action ; agis toi-même pour te manifester !

 

Jean chap. 6 verset 31. - Nos pères ont mangé la manne dans le désert, ainsi qu'il est écrit : Il leur a donné à manger le pain du ciel. - Nos pères ont mangé. Ils insinuent, par un rapprochement emprunté aux débuts de la théocratie, quelle sorte de miracle pourrait les satisfaire, et en même temps ils opposent à Jésus l’autorité de Moïse, qu’ils croient, jusqu’à preuve contraire, bien supérieure à la sienne. - La manne dans le désert. Sur ce célèbre prodige, voyez Ex. 16, 4 et ss. ; Num. 11, 6 et ss. ; Sap. 16, 20 et 21 ; F. Vigouroux, la Bible et les découvertes modernes, t. 2, p. 489 et ss. de la 4ème éd. - Ainsi qu’il est écrit. Ils relèvent la grandeur du prodige au moyen d’une citation biblique tirée du psaume 78, verset 24 (Cfr. Neh. 9, 15). - Il leur a donné à manger le pain du ciel (pour marquer le lieu d’origine de la manne). Tandis que le pain de Jésus, tout miraculeux qu’il fût, provenait de la terre comme les autres pains. S’il désire gagner leur foi, qu’il leur donne un signe du ciel, lui aussi ! Il n’est pas sans intérêt d’ajouter que, d’après l’enseignement rabbinique,  Moïse étant le type du Messie, ce dernier devait renouveler en leur donnant plus d’éclat tous les miracles de Moïse, et en particulier celui de la manne. “ Tel fut le premier rédempteur, tel fut le dernier. Le premier a fait descendre la manne, le dernier la fera descendre aussi ”, Midrasch Koheleth, ap. Lightfoot, Horae hebr. Et tal. in h.l. Les anciens écrivains juifs parlent d’ailleurs très volontiers de la manne : par exemple Philon, De Profugis, § 25. Cf Siegfried, Philo d’Alexandrie, p. 229.

 

Jean chap. 6 verset 32. - Jésus leur dit : En vérité, en vérité, je vous le dis, ce n'est pas Moïse qui vous a donné le pain du ciel, mais c'est mon Père qui vous donne le vrai pain du ciel. - Jésus leur dit. Dans sa réponse, Jésus-Christ fera voir à ses interlocuteurs qu’il a parfaitement compris l’insinuation par laquelle ils le plaçaient au-dessous de Moïse. Il n’aura, pour cela, qu’à opposer son propre pain à la manne. - En vérité, en vérité, je vous le dis. Sous la sauvegarde de cette formule solennelle il place deux dénégations successives. - Ce n’est pas Moïse qui vous a donné. En réalité, la manne ne provenait pas de Moïse, mais de Dieu : le grand législateur n’était personnellement pour rien dans ce don céleste. Cf. Ex. 16 ; 4 et ss. Le pronom “ vous ” identifie aux anciens Hébreux du désert les Galiléens qui écoutaient Notre Seigneur à Capharnaüm : ancêtres et descendants ne formaient qu’un peuple unique. - Mais c’est mon père qui vous donne… La manne n’avait eu qu’une durée limitée ; elle cessa de tomber quand les Israélites arrivèrent dans la Terre promise : le pain céleste donné aux hommes par l’intermédiaire du Sauveur ne connaîtra aucune limite de ce genre. De là l’emploi du présent, par opposition au parfait, lequel marquait un fait qui avait pris fin depuis longtemps. - Le vrai pain du ciel. Avec deux articles grecs pleins d’emphase. Ce pain nouveau est le seul vrai, c’est-à-dire le seul parfait, le seul qui corresponde à l’idéal qu’on peut se former d’un aliment supérieur. La manne n’était qu’un symbole et un type, et point une complète vérité.

 

Jean chap. 6 verset 33. - Car le pain de Dieu est celui qui descend du ciel, et qui donne la vie au monde. - Car le pain… Jésus revient sur les mots “ Mon Père qui vous donne ” pour les développer et les expliquer. -  Dieu est ici le terme principal de la phrase : Dieu par contraste avec Moïse, le pain de Dieu par contraste avec la manne que les Juifs prétendaient venir de Moïse. - Le “ vrai pain ” est ensuite défini de deux manières : par son origine et par ses effets. Son origine est réellement céleste, beaucoup plus que celle de la manne : celui qui descend du ciel. Remarquez que plus loin, verset 41, lorsque Jésus sera regardé comme une seule et même chose avec ce pain, nous lirons le parfait, qui marquera un fait accompli, tandis qu’en cet endroit, où le pain demeure impersonnel, c’est le participe présent qui est employé. - Les effets du “ pain véritable ” sont ramenés au principal et au plus grand de tous : qui donne la vie, et cette vie spirituelle n’est plus l’apanage d’un seul peuple, choisi parmi tous les autres ; elle est donnée au monde entier, tout particularisme religieux étant désormais supprimé. Ces deux derniers versets (32 et 33) nous ont introduits au cœur du discours qui traite si noblement de Jésus en tant que pain de vie, soit au figuré par la foi, soit au propre par la divine Eucharistie.

 

Jean chap. 6 verset 34. - Ils lui dirent donc : Seigneur, donnez-nous toujours ce pain. - Quatrième dialogue, encore un peu plus long que le troisième, versets 34-40. Il éclaircit et développe de plus en plus l’idée dominante : le Sauveur donnera toutes choses à ceux qui croiront fermement en lui. - Ils lui dirent…  Nous n’admettons pas, avec quelques commentateurs, que ce serait là une prière ironique, toute marquée au coin du scepticisme ; ni, à la suite d’autres interprètes, que les interlocuteurs de Jésus auraient compris la portée entière de ses paroles. Ils n’étaient ni si méchants, ni si profonds. Comme autrefois la Samaritaine (Cf. IV, 15), quoique superficiels ils voyaient dans l’aliment proposé par Jésus quelque chose d’utile, de désirable, et ils le demandaient avec une bonne foi naïve, mais avec des aspirations égoïstes d’un ordre peu élevé. Ils songeaient avant tout à satisfaire des espérances matérielles. - Seigneur. Plus haut, verset 25, ils avaient dit “ Rabbi ”. - Donnez-nous toujours ce pain. C’est d’une manière également emphatique que l’adverbe toujours est mis en avant de la phrase grecque, et le pronom ce à la fin. Non pas une fois en passant, mais toujours ; ce pain de beaucoup supérieur à la manne, tel que tu viens de le décrire.

 

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