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Jean chap. 6 verset 35. - Jésus leur dit : Je suis le pain de vie ; celui qui vient à moi n'aura jamais faim, et celui qui croit en moi n'aura jamais soif.  Tout à coup (et nous avons dit que cette idée forme une gradation importante dans l’entretien ; voyez la note du verset 24) N.-S. Jésus-Christ s’identifie lui-même, versets 35 et suivants, au pain dont il avait parlé. Les identifications de ce genre sont un des caractères particuliers du quatrième évangile. Voyez 8, 12 : Je suis la lumière du monde ; 10, 7 : Je suis la porte des brebis ; 10, 11 : Je suis le bon pasteur ; 11, 25 : Je suis la lumière du monde ; 14, 6 : Je suis la voie, la vérité et la vie ; 15, 1 : Je suis la véritable vigne. - Je suis le pain de vie. Jésus dut appuyer fortement sur ce “ je ”, que nous entendrons encore aux versets 48 et 51, et dont les Juifs furent si frappés (Cf. verset 41). Il rappelle le passage 4, 56. - Le pain de vie, c’est-à-dire, qui donne la vie (verset 33). Comparez, Gen. 2, 9 ; 3, 22, 24, l’expression analogue “ l’arbre de vie ”, et, Apoc. 21, 6, “ l’eau de la vie ”. Plus loin, verset 51, il y aura, avec une légère modification, “ le pain vivant ”. - Mais comment s’approprier ce pain sacré qui est le Christ lui-même ? De la façon la plus simple : en allant à Jésus (celui qui vient à moi), et c’est par la foi, continue-t-il, qu’on vient à lui, qu’on se rapproche intimement de lui (celui qui croit en moi). Remarquez le parallélisme des membres, selon la mode hébraïque ; la seconde assertion (celui qui croit en moi n’aura jamais soif) explique et complète la première. “ Vient ” désignait la foi mise en œuvre au dehors ; “ croit ” l’envisage au-dedans, comme un fait intime. - Aura faim était plus en rapport avec le pain que promettait Notre Seigneur ; mais un festin serait incomplet sans breuvage ; de là le “ aura soif ” qui sera, du reste, commenté vers la fin du discours, verset 53. - Les deux participes présents du texte grec (“ venant, croyant ”) et les négations, doublées d’abord puis triplées relèvent fortement d’une part l’universalité de la promesse, de l’autre sa certitude absolue. Quiconque viendra, quiconque croira, verra ses besoins spirituels immédiatement et à tout jamais satisfaits. Voyez 4, 14 et le commentaire. La manne ne nourrissait que pour un jour (verset 43), et il n’avait été donné qu’à un petit nombre d’hommes de la goûter.

 

Jean chap. 6 verset 36. - Mais, je vous l'ai dit, vous m'avez vu et vous ne croyez pas. - Les Juifs n’avaient donc qu’à saisir le pain de vie placé à la portée de leurs mains, et qu’à se l’assimiler ensuite ; malheureusement, comme Jésus le leur dit ici avec tristesse, ils refusaient de le toucher ; ils refusaient de croire, malgré tous les moyens employés par Dieu pour faciliter leur foi. - Mais je vous l’ai dit… Cette ligne ne se trouvant pas dans les pages qui précèdent, Ewald a conclu, bien à tort, qu’une feuille du manuscrit aurait été perdue entre les chapitres 5 et 6 ! Mais Notre Seigneur ne prétend pas citer textuellement une de ses paroles antérieures ; il se contente de rappeler à son auditoire l’esprit et le sens du langage qu’il avait tenu au début de l’entretien actuel. En effet, au verset 26, il accusait formellement les Juifs de voir les miracles qu’il opérait, et néanmoins de ne pas croire en lui. - Vous m’avez vu… Lé répétition de “ et ” renforce l’idée, et met en relief le “ contraste choquant ” qui existe entre les deux faits rapprochés l’un de l’autre. Ne point connaître seulement par ouï-dire, mais avoir contemplé de ses propres yeux, jouir par conséquent de la plus parfaite évidence, et ne pas croire, c’est le comble de la perversité. Et voici que naguère, verset 30, ils promettaient d’avoir la foi à la condition qu’il leur fût donné de voir ! - Et vous ne croyez pas. Cf. 5, 38, 40, 43. Ce reproche n’était que trop légitime : la masse du peuple juif demeurait incrédule.

 

Jean chap. 6 verset 37. - Tout ce que le Père me donne viendra à moi, et celui qui vient à moi, je ne le jetterai pas dehors.  - Le défaut de liaison que l’on remarque entre ce verset et le 36e  indique une pause douloureuse après la constatation d’un phénomène si étrange. Toutefois, détournant son regard de la multitude infidèle, Jésus le repose avec joie sur tous ceux qui venaient à lui, qui croyaient  en lui, et sur les faveurs dont il se proposait de les combler, versets 37-40. - Tout ce que… Ce changement de genre, le neutre au lieu du masculin (Cf. versets 36 et 40), est significatif. Le genre humain est donné pour ainsi dire en bloc à N.-S. Jésus-Christ  par son père, comme une totalité impersonnelle ; au contraire, quiconque vient à lui le fait volontairement, librement, sous l’impulsion d’une foi personnelle. - Viendra à moi, et celui qui vient… Deux verbes différents, et aux nuances intéressantes, sont employés dans le texte original. Le premier signifie atteindre un but, et dénote l’arrivée ; le second ne désigne que la marche, l’action de s’acheminer vers le terme proposé. - Je ne le rejetterai pas dehors : hors du temple messianique, hors de l’Église. Belle et consolante litote du Sauveur ; car non seulement il ne rejettera pas quiconque se dirige vers lui, mais il l'introduira dans “ son sanctuaire inviolable, sa douce retraite ”, S. Augustin, Traité 25 sur S. Jean. Il le comblera de bonheur et de bénédiction. Cf. 10, 28, et la paraphrase de Nonnus.

 

Jean chap. 6 verset 38. - Car je suis descendu du ciel, pour faire, non ma volonté, mais la volonté de celui qui m'a envoyé. - Car… Jésus va maintenant expliquer la raison de cet aimable accueil qu’il doit faire à tous les croyants (versets 38-40). Comment pourrais-je les rejeter, dit-il, puisque je me suis incarné pour accomplir la volonté de  mon Père, et que cette volonté consiste précisément dans le salut de ceux qui croient en moi ? En cet endroit et en beaucoup d’autres de l’Évangile, le Verbe divin décrit l’attitude d’obéissance et d’humilité qu’il a prise à l’égard de son Père au moment où il se faisait chair. - Je suis descendu du ciel. On retrouve cette expression au v. 42. Le sens n’est pas tout à fait le même : ici l’idée proéminente est celle de quitter le ciel pour revêtir notre pauvre nature, là de posséder en propre la nature divine ; ce sont deux points divers qui sont marqués par les interlocuteurs. Jésus répète jusqu’à quatre fois dans ce discours qu’il est descendu des cieux en terre ; comparez les versets 50, 51, 58. - Pour faire non ma volonté, mais la volonté de celui qui m’a envoyé. Rien de plus vrai que cette parfaite et adorable soumission ; aussi Notre Seigneur y revient-il souvent. Cf. 4, 34 ; 7, 30, etc.

 

Jean chap. 6 verset 39. - Or la volonté du Père qui m'a envoyé, c'est que je ne perde rien de ce qu'il m'a donné, mais que je le ressuscite au dernier jour. - Or la volonté… Après le principe général, l’application détaillée. Quelle est-elle donc, la volonté du Père à l’égard de son Fils (du Père est omis par certains manuscrits) ? Elle est décrite coup sur coup en deux versets, et presque dans les mêmes termes, quoique avec de légères modifications utiles à signaler. - Ce qu’il m’a donné. Le neutre comme plus haut (verset 37) ; mais le temps parfait au lieu du présent, parce que la chose cesse d’être envisagée dans sa réalisation actuelle ou à venir, et qu’on la contemple comme un fait accompli. - Que je ne perde rien. Nouvelle litote délicate et touchante. Lui, qui ne pouvait laisser perdre de simples morceaux de pain, verset 12, comment tolérerait-il la ruine d’âmes fidèles et aimantes ? - Mais que je le ressuscite… C’est la même pensée en termes positifs. Douce et consolante perspective, que Jésus fera briller trois fois encore dans la suite de l’entretien (versets 40, 44, 54). Il avait déjà montré antérieurement (verset 29) la résurrection des morts comme la consommation de l’activité du Christ. - Au dernier jour. Expression  propre à S. Jean. Cf. versets 40, 44, 54 ;11, 24 ; 12, 48, etc.

 

Jean chap. 6 verset 40. - La volonté de mon Père qui m'a envoyé, c'est que quiconque voit le Fils, et croit en lui, ait la vie éternelle ; et moi-même je le ressusciterai au dernier jour. - La volonté… Le Sauveur continue de commenter les paroles du verset 38. - Que quiconque…  Sur l’emploi du masculin après celui du neutre, voyez l’explication du verset 37. Le Père a “ tout ” donné  à son Fils, mais il faut que “ chacun ” se présente individuellement et de lui-même pour être admis dans le royaume messianique. - Qui voit… et croit (au participe présent en grec. Cf. verset 35). Ici, l’idée de voir remplace celle de venir ; elle suppose donc qu’on est arrivé heureusement jusqu’au Christ. De plus, il ne s’agit pas d’une vue quelconque, mais d’une contemplation attentive et profonde, selon le sens complet du verbe grec θεωρω, si aimé de S. Jean. - Et moi-même je le ressusciterai. Nous n’avions pas au verset 39 ce “ moi-même ” énergique. C’est moi qui le ressusciterai !

 

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