21Jésus leur dit encore : Je m'en vais, et vous me chercherez, et vous mourrez dans votre péché. Là où je vais, vous ne pouvez venir. 22Les Juifs disaient donc : Est-ce qu'il se tuera lui-même, puisqu'il dit : Là où je vais, vous ne pouvez venir ? 23Et il leur dit : Vous, vous êtes d'en bas ; moi, je suis d'en haut. Vous êtes de ce monde ; moi, je ne suis pas de ce monde. 24Je vous ai donc dit que vous mourrez dans vos péchés ; car, si vous ne croyez pas à ce que je suis, vous mourrez dans votre péché. 25Ils lui dirent donc : Qui êtes-vous ? Jésus leur répondit : Je suis le principe, moi qui vous parle. 26J'ai beaucoup de choses à dire de vous et à juger en vous. Mais celui qui m'a envoyé est véridique, et ce que j'ai appris de lui, je le dis dans le monde. 27Ils ne comprirent pas qu'il disait que Dieu était son Père. 28Jésus leur dit donc : Quand vous aurez élevé le Fils de l'homme, alors vous connaîtrez ce que je suis, et que je ne fais rien de moi-même, mais que je parle selon ce que le Père m'a enseigné. 29Et celui qui m'a envoyé est avec moi, et il ne m'a pas laissé seul, parce que je fais toujours ce qui lui est agréable. 30Comme il disait ces choses, beaucoup crurent en lui.
Jean chap. 8 verset 21. - Jésus leur dit encore : Je m'en vais, et vous me chercherez, et vous mourrez dans votre péché. Là où je vais, vous ne pouvez venir. - Jésus leur dit encore (personne ne l’ayant arrêté) Cf. 8, 12. Sans doute dans le même lieu, et devant le même auditoire (leur), et au même jour, après une courte interruption. Jésus est omis par les meilleurs manuscrits (N, B, D, L, T, etc). - Je m’en vais, et vous me chercherez. Peu de jours auparavant, Jésus avait proféré ces mots gros de menaces. Voyez 7, 33-34 et le commentaire. Mais il les reproduit avec plus de vigueur et de netteté. Bientôt il aura disparu, car il retournera vers son Père ; et alors on le cherchera (c’est l’expression principale) dans la souffrance et dans l’agonie, comme un Sauveur vivement désiré. - Et (malgré vos recherches) vous mourrez dans votre péché. Horrible résultat, expliqué en termes clairs et positifs (au lieu de et vous ne me trouverez pas, 7, 34). Ce sera trop tard alors, le temps de la grâce étant passé, et d’ailleurs ils ne chercheront point le Christ avec un vif sentiment de foi, mais par un sentiment de désespoir. Mourir dans le péché équivaut à mourir sans contrition et sans pardon, dans l’impénitence finale. - Où je vais, vous ne pouvez venir. Le contraste des pronoms je, vous est plus que jamais accentué, pour bien mettre en relief l’idée d’une éternelle séparation. L’emploi du temps présent indique en effet une chose fixe, qui demeure.
Jean chap. 8 verset 22. - Les Juifs disaient donc : Est-ce qu'il se tuera lui-même, puisqu'il dit : Là où je vais, vous ne pouvez venir ? - Les Juifs disaient donc (à cause de cette parole qui les avait profondément irrités)… - Est-ce qu’il se tuera… Voyez plus haut, 7, 35, l’hypothèse analogue que la même menace du Sauveur avait occasionnée ; celle-ci est plus méchante encore. Comme on l’a dit, ces Pharisiens travestissent odieusement l’élément le plus sublime de l’Évangile. - Puisqu’il dit : Où je vais… D’après l’enseignement des Juifs, les suicidés étaient aussi coupables que les homicides, et la partie la plus sombre de l’enfer leur était réservée : “ Ceux ... dont les mains insensées se sont tournées contre eux-mêmes, le plus sombre enfer reçoit leurs âmes, et Dieu, le père commun, venge sur leurs enfants l'offense des parents ” (Josèphe, Bell. Jud. Livre 3, 8, 5). Et l’on conçoit que les Pharisiens ne voulussent pas suivre Jésus jusque là.
Jean chap. 8 verset 23. - Et il leur dit : Vous, vous êtes d'en bas ; moi, je suis d'en haut. Vous êtes de ce monde ; moi, je ne suis pas de ce monde. - Et il leur dit. Jésus ne répond pas à ce grossier sarcasme, et il garde son calme majestueux ; mais il rétablit, par une antithèse saisissante, la vérité des faits. C’est pour des causes bien différentes de celle qu’ils ont indiquée que ses ennemis seront incapables de le suivre. - Première cause : la diversité d’origine. Eux et lui appartiennent à des sphères totalement distinctes. Ils sont, eux, d’en bas, et terrestres comme le lieu si bas si vil, si corrompu de leur origine. Cf. 3, 6. Il est, lui, d’en haut, et aussi élevé au-dessus d’eux que le ciel l’est au-dessus de la terre. Cf. 3, 31. - Deuxième cause : la diversité non moins saillante de leurs natures morales. Eux, ils sont de ce monde, et presque partout dans le quatrième évangile cette expression est prise en mauvaise part, pour marquer l’éloignement de Dieu, le siège et le centre du péché. Lui au contraire, il n’a rien de commun avec le monde : je ne suis pas … ; il y a plutôt entre le monde et lui une guerre à outrance.
Jean chap. 8 verset 24. - Je vous ai donc dit que vous mourrez dans vos péchés ; car, si vous ne croyez pas à ce que je suis, vous mourrez dans votre péché. - Je vous ai donc dit (Cf. verset 21) : à cause de leur origine et de leur nature si mauvaises, ils ne pourront échapper au péché, et ils mourront impénitents. - Que vous mourrez dans vos péchés. Plus haut nous lisions le singulier dans le péché, parce que Jésus considérait le péché collectivement dans son affreux ensemble ; ici, le pluriel exprime les manifestations diverses du crime, ses actes spéciaux individualisés dans chaque homme. - Car si vous ne … Notre Seigneur explique sa pensée. Il n’était que trop en droit de parler comme il venait de le faire, car il ne restait à ses ennemis qu’une seule ressource pour obtenir le pardon de leurs péchés, et ils semblaient si peu disposés à en profiter. - Vous ne croyez pas à ce que je suis. Cette unique ressource, c’était la foi à son caractère messianique, à sa divinité. - Vous mourrez dans votre péché. Le grec a le pluriel comme au premier hémistiche.
Jean chap. 8 verset 25. - Ils lui dirent donc : Qui êtes-vous ? Jésus leur répondit : Je suis le principe, moi qui vous parle. - Ils lui dirent donc : Qui êtes-vous ? Ils durent appuyer avec dédain sur le pronom “ vous ”. Toi qui fais dépendre la rémission des péchés et le salut éternel de la croyance en ta mission, qui es-tu donc ? - Jésus leur répondit. La réponse de Jésus, si simple en apparence, est d’une interprétation très difficile, comme on le voit en parcourant les principaux commentaires, où tant de sens divers sont exposés. Dans le texte grec, que nous devons parfois prendre pour base de nos explications, tous les mots, à part le dernier, ont été l’objet de discussions particulières. Nous ne voulons pas entrer à fond dans ce dédale d’opinions ; néanmoins il nous faudra bien indiquer les plus suivies, afin de choisir ensuite en pleine connaissance de cause. - Les anciens exégètes grecs et la plupart des auteurs modernes s’accordent à prendre adverbialement l’accusatif άρχην (en premier). Mais deux sens demeurent encore possibles : “ en premier ” (avec ses différentes nuances de traduction ; de toute éternité, d’abord, avant tout), et “ tout à fait, précisément, etc ”. - L’expression suivante est également susceptible de recevoir deux significations distinctes, suivant qu’on lit ο τι (ce que), le neutre du pronom grec ou οτι (parce que), comme portent d’anciens manuscrits de la Vulgate. On préfère généralement la leçon “ ce que ”. - La particule grecque και ne doit pas être négligée dans cette proposition, car elle ajoute certainement à la force de la pensée ; elle équivaut plus probablement à “ même si, quand même ”. - Enfin λαλω n’est pas un simple synonyme de “ dire ” : la Vulgate a bien traduit ce verbe solennel par parler. - Cela posé, la critique des interprétations les plus en vogue devient relativement facile. 1° Quoique si belle et si profonde, celle de notre version latine n’est malheureusement pas admissible, car elle ne correspond pas au texte original. Le pronom qui ne peut s’expliquer en aucune manière ; de même, la locution grecque Την άρχην ne saurait être représentée par principium au nominatif (Je suis le principe, le commencement ; par conséquent, l’Éternel. Cf. S. Augustin, h. l.). 2° S. Jean Chrysostome, Théophylacte, Euthymius, de nos jours Lücke, Corluy, et les célèbres critiques Lachmann, Tischendorf, Westcott et Hort, mettent un point d’interrogation à la fin de la phrase, et traduisent : “ A quoi bon vous parler, à vous qui refusez constamment de me croire ? Mais l’interrogation enlève à la pensée une grande partie de sa force. 3° D’autres remplacent par une virgule le point qui termine le verset 25, de manière à n’avoir ensuite qu’une phrase continue. Mais alors Jésus ne ferait aucune réponse, et surtout ce sens est vague et peu naturel. 4° Maldonat traduit et commente ainsi la pensée du Sauveur : “ Je suis celui que je vous ai dit être, depuis le début ; que je vous dis toujours, que je vous ai toujours dit : le Christ ”. Tholuck et d’autres se rangent à cette interprétation, qui nous paraît supérieure à toutes les précédentes, et dont on peut rapprocher le passage analogue de Plaute, Captiv. 3, 4, 91 : “ Qui est donc celui-ci ? Celui que je t’ai dit dès le début ”. 5° S. Cyrille, et de nos jours Fritzsche, Stier, etc., se rapprochent davantage de ce qui nous paraît être la meilleure explication. “ Je suis, depuis le début des choses, de la nature que je déclare être ”. 6° Nous croyons, avec un certain nombre d’interprètes contemporains, que pour recevoir sa véritable et complète signification, cette ligne profonde et délicate demande à être traduite comme il suit : “ Je suis tout à fait cela même que je déclare ”. Comme si Jésus disait : Vous me demandez qui je suis. Mais rien de plus facile à connaître. Écoutez ma parole ; elle me révèle absolument, car je suis tout ce que renferment mes propres discours : ma personne est identique à ma doctrine. Ainsi donc, “ il en appelle à ses témoignages comme à l’expression adéquate de son être. Ils n’ont qu’à sonder la série de ses déclarations sur lui-même ; ils y trouveront l’analyse complète de son essence et de sa mission ”, Godet, h. l. Ce sens est justifié, et par la situation saillante de Την άρχην, et par le pronom significatif “ tout ce que ”, et par l’insertion de “ aussi, même ” qui appuie sur l’identité de la personne et de la parole du Sauveur, enfin par l’emploi du temps présent, duquel il ressort que les témoignages de Jésus ne sont pas encore à leur terme. Cf. Westcott, h. l.
Jean chap. 8 verset 26. - J'ai beaucoup de choses à dire de vous et à juger en vous. Mais celui qui m'a envoyé est véridique, et ce que j'ai appris de lui, je le dis dans le monde. - Après avoir ainsi nettement répondu à la question de ses adversaires, Notre Seigneur Jésus-Christ revient sur son assertion du verset 24, afin de légitimer le droit qu’il avait d’adresser aux Juifs de sévères reproches. - J’ai beaucoup de choses… en avant et au pluriel. Ce n’est seulement pas pour une chose, mais pour des fautes multiples qu’il peut les blâmer. - À dire de vous et à juger en vous. Le second verbe explique le premier et en détermine le sens exact : parler d’eux, c’est les condamner aussitôt, tant leur conduite est manifestement coupable. - La particule adversative mais n’est pas sans quelque obscurité dans ce passage. D’après le sens le plus probable, Jésus opposerait vivement et fortement à l’incrédulité des Juifs le témoignage véridique de Celui qui l’a envoyé, par conséquent sa propre vérité. Même quand je parle contre vous je suis véridique, comme mon Père dont je consulte constamment la pensée. - Ce que j’ai appris de lui, je le dis. Le pronom grec correspondant à ce que est très emphatique. Ce que j’ai vu, et seulement cela ! - Je le dis dans le monde. Par cette dernière expression Notre Seigneur relève de nouveau l’universalité de son enseignement ; il prêche pour le monde entier et pas seulement pour les Juifs. Cf. Matth. 28, 19-20. “ Monde ” n’est pas pris ici en mauvaise part, comme au verset 23.
Jean chap. 8 verset 27. - Ils ne comprirent pas qu'il disait que Dieu était son Père. - Douloureuse réflexion de l’évangéliste. Malgré tant de preuves ils ne comprirent point, aveugles volontaires qu’ils étaient. - Qu’il disait que Dieu était son Père. Court et saisissant commentaire de S. Jean : lorsque Jésus parlait de celui qui l’avait envoyé, il désignait clairement Dieu, dont il procédait par une génération éternelle.
Jean chap. 8 verset 28. - Jésus leur dit donc : Quand vous aurez élevé le Fils de l'homme, alors vous connaîtrez ce que je suis, et que je ne fais rien de moi-même, mais que je parle selon ce que le Père m'a enseigné. - Jésus leur dit donc. Parce que les Pharisiens n’avaient pas reconnu à son langage sa nature et sa mission divines, Jésus va leur indiquer des événements prochains qui leur dessilleront les yeux. - Quand vous aurez élevé... Nous avons vu plus haut (3, 14 ; voyez le commentaire, et comparez aussi 12, 32-33) que le Sauveur désigne par ce verbe son exaltation sur l’arbre de la croix. Il attribue sa mort aux Juifs, dont elle fut l’œuvre en réalité, les Romains n’ayant joué dans le crucifiement de Jésus que le rôle de bourreaux secondaires. Cf. Act. 3, 13-35. - Alors vous connaîtrez... met en contraste la science future des Pharisiens avec leur ignorance présente. - Ce que je suis : que je suis le Messie, le Fils de Dieu. Cf. verset 24. Notre Seigneur désigne-t-il ici une connaissance pratique, basée sur la foi, en d’autres termes une conversion réelle ? Beaucoup d’interprètes l’ont admis, et ils allèguent le passage Luc. 23, 48, où l’on voit en effet quelques Juifs croire en Jésus-Christ immédiatement après sa mort ; mais il nous semble plus conforme à l’ensemble du contexte de laisser au verbe “ connaître ” sa signification générale : Malgré vous, et forcés par les événements, vous reconnaîtrez alors qui je suis. Cf. 7, 33, 34 ; 8, 21. - La fin du verset, de moi-même dépend encore de connaîtrez - Je ne fais rien Cf. 5, 19. Nouvelle preuve de l’entière conformité qui existe entre la manière d’agir du Christ et celle de Dieu son Père. - Mais que je parle selon ce que le Père m’a enseigné. Cf. 7, 16. “ Ce que ” est en corrélation avec “ selon ”, et fortement accentué, comme au verset 26. De ses actes, accomplis en union avec Dieu, Jésus revient à sa prédication qui reflète intégralement la pensée divine. Mais il y a plus encore, ainsi que l’exprime si bien S. Augustin, Traité 40, 5 : Pour le Fils, être et savoir sont une seule et même chose: il tient donc la science de celui de qui il tient l’existence : il n’en a pas reçu, d’abord l’être, et ensuite le savoir ; mais, en l’engendrant il lui a communiqué la science, de la même manière qu’en l’engendrant il lui a communiqué l’existence ”.
Jean chap. 8 verset 29. - Et celui qui m'a envoyé est avec moi, et il ne m'a pas laissé seul, parce que je fais toujours ce qui lui est agréable. - Quelques commentateurs rattachent encore ce verset au verbe connaîtrez (verset 28) ; il est plus simple de commencer ici une nouvelle phrase. - Celui qui m’a envoyé… Le premier hémistiche (jusqu’après seul) concerne, d’après la majorité des anciens exégètes, l’union toute divine qui ne cessa d’exister entre le Père et le Verbe incarné. Même après les humiliations de ma naissance humaine, est avec moi, s’écrie le Logos en parlant de son divin Père : rien n’est changé dans nos relations intimes. - Il ne m’a pas laissé seul : la séparation que l’Incarnation semble avoir établie entre Dieu et son Fils n’est en effet qu’apparente. - Parce que introduit la démonstration d’un autre genre d’union, l’union que Jésus en tant qu’homme a perpétuellement avec Dieu. - Je fais toujours ce qui lui est agréable. Notre Seigneur dut appuyer sur tous les mots ; car ils ont tous ici une grande énergie, surtout fais toujours à la fin de la phrase. Quand on fait toujours ce qui plaît à quelqu’un, qu’on accomplit sa volonté dans les plus petits détails, cela ne prouve-t-il pas la plus parfaite harmonie ? Lebrun, dans son suave tableau de l’intérieur de Notre Seigneur Jésus-Christ, composé sous la direction de M. Olier, a traduit admirablement cette pensée de Jésus.
Jean chap. 8 verset 30. - Comme il disait ces choses, beaucoup crurent en lui. - Comme il disait ces choses, et en vertu même de ses paroles. Le narrateur, qui avait mentionné quelques lignes plus haut un résultat bien triste, verset 27, en signale maintenant un second, de tout autre nature : beaucoup crurent en lui. Il use de l’expression la plus forte pour marquer la foi (voyez le verset suivant). Partout, dans cet évangile, on voit la double catégorie des croyants et des incrédules relativement à Notre Seigneur Jésus-Christ. Voyez la Préface, § 5.