ÉVANGILE SELON SAINT JEAN CHAPITRE 10
L'allégorie du bon pasteur (vv. 1-18). - Nouvelle discussion parmi les Juifs au sujet de Jésus (vv. 19-21). - N.-S. Jésus-Christ à Jérusalem pour la fête de la Dédicace (vv.22-39). - Séjour en Pérée (vv. 40-42).
En vérité, en vérité, je vous le dis, celui qui n'entre pas par la porte dans la bergerie des brebis, mais qui escalade par un autre endroit, est un voleur et un bandit. 2Mais celui qui entre par la porte est le berger des brebis. 3A celui-ci le portier ouvre, et les brebis entendent sa voix ; il appelle ses propres brebis par leur nom, et il les fait sortir. 4Et lorsqu'il a fait sortir ses propres brebis, il va devant elles ; et les brebis le suivent, parce qu'elles connaissent sa voix. 5Elles ne suivent pas un étranger, mais elles le fuient ; car elles ne connaissent pas la voix des étrangers. 6Jésus leur dit cette parabole, mais ils ne comprirent pas de quoi il leur parlait. 7Jésus leur dit donc encore : En vérité, en vérité, je vous le dis, je suis la porte des brebis. 8Tous ceux qui sont venus sont des voleurs et des bandits, et les brebis ne les ont pas écoutés. 9Je suis la porte. Si quelqu'un entre par moi, il sera sauvé ; il entrera, et il sortira, et il trouvera des pâturages. 10Le voleur ne vient que pour voler, égorger et détruire. Moi, je suis venu pour que les brebis aient la vie, et qu'elles l'aient avec plus d’abondance. 11Je suis le bon berger. Le bon berger donne sa vie pour ses brebis. 12Mais le mercenaire, et celui qui n'est pas berger, à qui les brebis n'appartiennent pas, voit venir le loup, et abandonne les brebis, et s'enfuit ; et le loup s’en empare et disperse les brebis. 13Le mercenaire s'enfuit, parce qu'il est mercenaire, et qu'il ne se soucie pas des brebis. 14Je suis le bon berger, et je connais mes brebis, et mes brebis me connaissent, 15comme le Père me connaît et que je connais le Père ; et je donne ma vie pour mes brebis. 16J'ai encore d'autres brebis, qui ne sont pas de cette bergerie ; celles-là aussi, il faut que je les amène, et elles écouteront ma voix, et il n'y aura qu'une seule bergerie et qu'un seul berger. 17C'est pour cela que le Père m'aime, parce que je donne ma vie pour la reprendre de nouveau. 18Personne ne me la prend, mais je la donne de moi-même. J'ai le pouvoir de la donner, et j'ai le pouvoir de la reprendre : tel est le commandement que j'ai reçu de mon Père.
Allégorie, et non parabole, ainsi qu'on le dit trop souvent d'une manière inexacte. La parabole suppose une narration fictive ; dans l'allégorie la figure est plus simplement et plus directement exposée, et l'application se fait aussitôt comme d'elle-même. Le quatrième évangile ne contient pas une seule parabole proprement dite ; bien plus, S. Jean n'emploie jamais le mot παραδολή. Voyez l’Évangile selon S. Matth. p. 257 et ss. En revanche, seul il expose tout au long deux touchantes allégories de N.-S. Jésus-Christ ; ici celle du bon pasteur, plus loin (chap. 15) celle de la vigne. Toutefois, cette image du pasteur nous a déjà été plusieurs fois présentée dans les autres évangiles pour décrire la conduite de N.-S. Jésus-Christ envers les âmes. Cf. Matth. 9, 36 ; 15, 24 ; 18, 12-13 ; Luc. 15, 4-7. Elle n'est pas moins familière aux écrits de l'Ancien Testament, où Dieu est souvent mentionné comme le pasteur dévoué d'Israël. Voyez surtout Ps. 22, Ezech. 34, Zach. 11, etc. Rien de plus touchant que cette page de S. Jean, qui nous montre à découvert le cœur aimant et généreux du Sauveur. Rien de plus calme aussi ; pas d'interruption haineuse comme dans plusieurs discours antérieurs. Cf. chap. 7 et 8. Enfin, rien de plus clair : le Pasteur suprême, les pasteurs secondaires qui travaillent fidèlement sous ses ordres, les pasteurs mercenaires, les voleurs, les loups qui déchirent, les brebis, le bercail, tous ces détails sont aisés à comprendre, et l'interprétation se fait spontanément à une simple lecture. - Les versets 1-5 exposent le caractère général du bon pasteur ; puis, après une courte, transition (v. 6), Jésus déclare et démontre qu'il remplit lui-même toutes les conditions d'un bon pasteur (vv. 7-18).
Jean chap. 10 verset 1. - En vérité, en vérité, je vous le dis, celui qui n'entre pas par la porte dans la bergerie des brebis, mais qui escalade par un autre endroit, est un voleur et un bandit. - Le vrai début de ce nouveau chapitre serait à 9, 39, selon la juste réflexion de Maldonat ; mais on a voulu, par la division actuelle, attirer davantage l'attention sur l'allégorie du Bon Pasteur. - En vérité, en vérité. Cette double affirmation, propre au style de S. Jean, introduit comme toujours une idée importante. Jamais on ne la trouve au commencement d'un discours ; aussi n'avons-nous ici, comme il vient d'être dit, que la continuation de 9, 39-41. Cf. 10, 21, où les auditeurs établissent eux-mêmes l'enchaînement. - Je vous le dis. Jésus s'adresse aux Pharisiens. Cf. 9, 40-41. A ces “ guides aveugles ” (Matth. 23, 16), qui égaraient le troupeau de Jéhova, Notre Seigneur oppose le portrait du vrai pasteur. - Celui qui n’entre pas par la porte... Nous aurons bientôt l'explication authentique de ce premier trait de l'allégorie (vv. 7 et 9). - Dans la bergerie des brebis, είς την αύλην των προβάτων (avec deux articles qui supposent un bercail et un troupeau bien connus). Le mot grec αύλην désigne une de ces bergeries en plein air si fréquentes en Orient. C'est un espace plus ou moins considérable, qu'entoure un grossier mur en pierres ou une palissade ; au fond de la cour se trouve habituellement une petite étable basse, fermée d'un seul côté, sous laquelle les brebis peuvent s'abriter un peu. Cf. Num. 31, 16 ; 1 Reg. 24, 4 ; Luc. 2, 8 Thomson, The Land and the Book, Londres, 1876, p. 201 et ss., et notre Atlas archéologique de la Bible, pl. 30, fig. 6. Les troupeaux y sont renfermés durant la nuit. - Mais qui escalade par un autre endroit (άλλαχόθεν, ici seulement dans le Nouveau Testament). Ailleurs que par la véritable entrée, c'est-à-dire en escaladant les murs, à la manière des voleurs, qui évitent d'ordinaire la porte avec un grand soin, craignant d'être surpris par le gardien (v. 31). Ainsi faisaient les Pharisiens ! - Celui, έκεινος, reprend le sujet avec emphase, selon le genre de notre évangéliste. Cf. I, 18, 33; V, 41, 39; VI, 57, etc. - Est un voleur et un bandit, κλέπτης έστιν και ληστής. Les deux expressions sont associées pour renforcer l'idée ; de plus, elles sont mises en gradation ascendante. Le κλέπτης n'est qu'un voleur vulgaire, dont l'art consiste surtout à employer la ruse (12, 6 ; 1 Thess. 5, 2 et ss.) ; le ληστής est un brigand qui aime la violence brutale (18, 40 ; Matth. 26, 55).
Jean chap. 10 verset 2. - Mais celui qui entre par la porte est le berger des brebis. - Beau contraste. Le bon pasteur entre par la porte, lui seul est autorisé à entrer. Cf. v. 9. - Le berger des brebis. Dans le grec, il n'y a pas d'article devant ποιμήν. La pensée est générale : un berger de brebis. Voilà donc le signe distinctif du vrai pasteur : il entre par la porte dans la bergerie. Mais comme Jésus lui-même est cette porte (vv. 7 et 9), au moral cela signifiera la nécessité d'une vocation vraiment divine pour devenir pasteur des âmes. Entrer dans le sacerdoce sans vocation, c'est escalader par un autre endroit, à la façon du voleur et du bandit.
Jean chap. 10 verset 3. - A celui-ci le portier ouvre, et les brebis entendent sa voix ; il appelle ses propres brebis par leur nom, et il les fait sortir. - Ce verset et le suivant décrivent la conduite du bon berger. - Celui-ci (Τούτω) est fortement accentué. - Le portier ouvre. Ce portier est le gardien laissé la nuit auprès des brebis pour les défendre. Naturellement, il n’ouvre la porte qu'à bon escient. Qui représente-t-il dans l'application de l'allégorie ? C'est le seul point sur lequel les interprètes ne soient pas d'accord. Dieu, selon les uns ; mais ce serait peu naturel et peu digne : Dieu est le propriétaire du bercail, et non un humble θυρωρος. Selon d'autres, Moïse ou Jean-Baptiste : le premier parce qu'il donna la Loi, laquelle conduit au Christ (Gal. III, 24) ; le second en sa qualité de Précurseur. Peut-être est-il mieux de négliger ce détail, comme accessoire et simple ornement : nous préférons ce sentiment de divers commentateurs. - Description de ce qui se passe entre les brebis et le berger : elles le reconnaissent à l'instant, il les appelle lui-même, et les conduit à de bons pâturages. 1° Les brebis entendent sa voix : l’entendant tous les jours, elles savent le distinguer entre cent autres, au seul son de sa voix. - 2° Ses propres brebis (B, D, L ajoutent παντα, “ toutes ”)... D'ordinaire, en Orient, plusieurs troupeaux, appartenant à divers propriétaires et confiés à plusieurs bergers, sont réunis le soir dans une même bergerie ; le matin chaque berger vient prendre ses brebis spéciales : de là ιδια mis en avant. - Il appelle… (φωνει : d'après à, A, B, D, L ; καλει dans la Recepta) par leur nom (κατ’ ονομα, “ chacune par son nom ”). Trait délicat, car il marque ici la connaissance intime et une vraie affection. Cf. Ex. 33, 12, 17 ; Is. 43, 6; XLV, 3 ; 49, 9 ; Apoc. 3, 5. En outre, fait historique, attesté tout ensemble par la Bible et par les classiques. Corrippus : “ Il rassemble ses agneaux en un seul troupeau, en les appelant par leur nom ”. Longus, 4 : τους αιγασ προσειπε και τους τραγους εκαλεσεν ονομαστι. Cf. Théocrite, v. 102. - 3° Et il les fait sortir (εξαγει). Il les fait sortir du bercail, pour les mener au pâturage.
Jean chap. 10 verset 4. - Et lorsqu'il a fait sortir ses propres brebis, il va devant elles ; et les brebis le suivent, parce qu'elles connaissent sa voix. - Tableau gracieux et pittoresque, encore plus beau quand il se réalise au moral. - Il a fait sortir ses propres brebis (à, B, D, L ont τα ιδια παντα, “ toutes les siennes ”), έκβάλη : expression étonnante au premier regard, car elle dépeignait plus haut (9, 34, 35) la violence des Pharisiens envers l'aveugle guéri par Jésus : elle est exacte, pourtant, puisqu'il faut toujours presser un troupeau de brebis pour le faire sortir du bercail et le conduire ; ici, d'ailleurs, elle ne suppose rien de brutal. - Il va devant elles. Détail graphique. C'est le genre oriental ; les bergers précèdent leur troupeau plutôt qu'ils ne le suivent. Le pasteur spirituel doit de même précéder ses ouailles par les exemples parfaits qu'il leur donne. - Les brebis le suivent : avec une grande docilité. Cela, du reste, leur est facile, parce qu’elles connaissent sa voix (οιδασιν au pluriel, quoique άκούει au v. 3 et άκολουθει fussent au singulier). “ Connaître ” dit plus que “ entendre ” du v. 3. “ Tandis que nous prenions notre repas, raconte un célèbre palestinologue anglais (Porter, cité par L. Abbott, h. l.), les silencieuses collines qui nous entouraient se remplirent tout à coup de bruit et de mouvement. Les bergers faisaient sortir leurs troupeaux des portes de la cité. La scène était parfaitement visible, et nous regardions et nous écoutions avec un vif intérêt. Des milliers de brebis et de chèvres étaient là, groupées en masses denses et confuses. Les bergers se tinrent groupés ensemble jusqu'à ce qu'elles fussent toutes sorties. Alors ils se séparèrent, prenant chacun un sentier différent, et poussant, tout en continuant d'avancer, un cri aigu d'un genre particulier. Les brebis les entendirent. D'abord les masses s'agitèrent comme si quelque commotion intime les ébranlait ; puis des pointes se formèrent dans les directions prises par les bergers ; ces pointes devinrent de plus en plus allongées, jusqu'à ce que les masses confuses eussent été séparées en des flots vivants, qui coulaient à la suite de leurs guides. Ce spectacle n'était pas nouveau pour moi, mais il n'avait rien perdu de son premier intérêt. C'était peut-être l'une des illustrations les plus nettes que des yeux humains pussent contempler de ce magnifique discours du Sauveur rapporté par S. Jean ”.
Jean chap. 10 verset 5. - Elles ne suivent pas un étranger, mais elles le fuient ; car elles ne connaissent pas la voix des étrangers. - Elles ne suivent pas un étranger (même opposition qu'au v. 2). La négation est très forte dans le texte grec, ou l'on remarque aussi l'emploi du futur : ού μη άκολουθήσωσιν, jamais elles ne le suivront ! Cf. 4, 14, 48 ; 6, 35, 37 ; 8, 12, 51, 52, etc. Et pourtant cet étranger n'est pas ici nécessairement un voleur ; mais il n'est pas le berger, et les brebis sont inquiètes, et elles le fuient (encore le futur dans le grec, και φεύξονται). - Car elles ne connaissent pas la voix des étrangers. Cf. v. 4. “ En Orient, le berger rappelle de temps en temps aux brebis sa présence en poussant un cri aigu. Elles connaissent sa voix et le suivent ; mais si un étranger pousse ce même cri, elles s'arrêtent net et lèvent la tête avec alarme : si ce cri est répété, elles se retournent et prennent la fuite, car elles ne connaissent point la voix d'un étranger. Cela n'est point un ornement d'imagination dans l'allégorie ; c'est un simple fait ”. Thomson, The Land and the Book, p. 205. On raconte qu'un Écossais qui visitait la Palestine changea d'habits avec un berger de Jérusalem, et essaya d'entraîner les brebis à sa suite. Mais le troupeau se mit à suivre la voix du vrai berger, non ses habits. Plummer, h. l.
Jean chap. 10 verset 6. - Jésus leur dit cette parabole, mais ils ne comprirent pas de quoi il leur parlait. - Note explicative de l'évangéliste. Elle ménage une transition de la figure à la réalité. - Cette parabole, Ταύτην την παροιμίαν. Le mot παροιμίαν, employé quatre fois seulement dans le Nouveau Testament (ici ; 16, 25, 29 et 2 Petr. 2, 22), désigne d'après l'étymologie une chose qui se trouve “ à côté du chemin ” (παρα et οιμος), par conséquent un langage figuré, symbolique. Il équivaut à l'hébreu ìùî (maschal). - Jésus leur dit : aux Pharisiens mentionnés plus haut, 9, 40-41. - Mais ils (avec insistance sur le pronom) ne comprirent pas... Dans le grec : τίνα ην α έλάλει αύτοις, “ ce que c’était qu’il leur disait ”. Ils ne comprirent donc pas le sens de l'allégorie. Comment ces hommes superbes auraient-ils reconnu leur portrait dans la conduite des voleurs qui ravagent le bercail ?
Jean chap. 10 verset 7. - Jésus leur dit donc encore : En vérité, en vérité, je vous le dis, je suis la porte des brebis. - Puisqu'ils n'ont pas compris, Jésus va développer et expliquer sa. pensée par une application directe, du moins en ce qui le concerne personnellement ; car il évitera de nouveau toute allusion explicite à leur propre conduite. Cette application porte sur deux points principaux : vv. 7-10, la porte de la bergerie ; vv. 11-16, le bon berger. - 1° La porte de la bergerie. Ce passage correspond aux versets 1-3. L'assertion majestueuse En vérité, en vérité je vous le dis annonce comme de coutume un progrès dans la marche des pensées. - Je suis. Le pronom est très accentué. C'est moi qui suis... - La porte des brebis, ή θύρα των προβάτων. Deux interprétations sont possibles et ont de tout temps partagé les exégètes : la porte par laquelle passent les brebis ; ou, la porte par laquelle on arrive auprès d'elles. Le contexte nous paraît favoriser davantage ce second sens. Cf. vv. 1, 2, 3, 8.
Jean chap. 10 verset 8. - Tous ceux qui sont venus sont des voleurs et des bandits, et les brebis ne les ont pas écoutés. - Tous ceux qui sont venus (Πάντες οσοι) : tous, sans aucune exception. C'est en outre une expression pittoresque, qui nous montre les faux pasteurs arrivant l'un après l'autre à la bergerie pour la dévaster. Cf. 1, 12 et le commentaire. Les plus anciens manuscrits grecs ajoutent προ εμου, avant moi. - Ce passage n'est pas sans quelque difficulté ; car, à première vue et si on le prenait absolument à la lettre, il semblerait condamner tous les anciens envoyés de Dieu sous l'Ancien Testament : patriarches, prophètes, Jean-Baptiste lui-même. Aussi les gnostiques en abusaient-ils à leur façon ordinaire, prétendant qu'il était “ antinomique ”, directement opposé à la théocratie. De là la suppression du mot “ tous ” par quelques copistes qu'avait embarrassés cette objection. Mais il est bien évident qu'il faut restreindre le fait en question à l'époque même de N.-S. Jésus-Christ : Πάντες ne désigne donc que les Pharisiens et leurs semblables. - Sont des voleurs et des bandits (même expression qu'au v. 1). L'emploi du temps présent confirme ce que nous venons de dire. Du reste, au v. 16, le troupeau figure également la génération actuelle, et rien ne nous invite à remonter en arrière dans le cours de l'histoire juive. - Et les brebis ne les ont pas écoutés. Ils étaient pour elles des étrangers qu'elles redoutaient. Cf. v. 5.
Jean chap. 10 verset 9. - Je suis la porte. Si quelqu'un entre par moi, il sera sauvé ; il entrera, et il sortira, et il trouvera des pâturages. - Je suis la porte. Répétition emphatique (Cf. v. 7), avec un commentaire cette fois. La suppression des mots “ des brebis ” ouvre en même temps de plus larges horizons. - On trouve, dans les écrivains les plus anciens de l'ère chrétienne, des allusions intéressantes à ce passage. Saint Ignace, Ep. ad Philad. 9 : αυτος ων θυρα του Πατρος (cf. Apoc. 3, 8) ; Hégésippe, ap. Euseb. Hist. Eccl. 2, 23, 8 : τις η θυρα του ’Ιησου; Hermas, Sim. 9, 12 : η πυλη ο υιος του Θεου εστι. Etc. Voyez Luthardt, t. 2, p. 237. - Par moi est en avant, comme portant l'idée principale. - Si quelqu’un entre. “ Si quelqu'un”, qui que ce soit, pourvu qu'il remplisse la condition voulue ; aucune limite n'est tracée. Cf. 6, 51 ; 8, 51, etc. Mais les commentateurs sont encore partagés pour savoir s'il s'agit des bergers ou des brebis. S. Augustin applique la parole de Jésus tout à la fois à celles-ci et à ceux-là. L'analogie des versets 1, 2 et 8 est plus favorable aux pasteurs ; mais la fin du v. 9 convient davantage aux brebis, qui nous paraissent avoir occupé la place principale dans la pensée de Jésus. - Il sera sauvé : elles échapperont aux dangers extérieurs qui menacent un troupeau, v. 9. Mais il est bien évident qu'il est surtout question du salut dans le sens technique, c'est-à-dire du salut éternel. - Il entrera, et il sortira. Détails pittoresques. C'est du reste un hébraïsme fréquent dans les saints Livres, pour exprimer une parfaite liberté d'action et une grande sécurité dans les démarches. Cf. Num. 27, 17 ; Deut. 28, 6, 19 ; 31, 2 ; 1 Reg. 18, 16 ; 29, 6 ; Ps. 120, 8 ; Act. 1, 21, etc. - Et il trouvera des pâturages... Ainsi donc, la sécurité, la liberté, la subsistance : tout ce qu'il faut pour être heureux.
Jean chap. 10 verset 10. - Le voleur ne vient que pour voler, égorger et détruire. Moi, je suis venu pour que les brebis aient la vie, et qu'elles l'aient avec plus d’abondance. - Le voleur ne vient (au présent, ερχεται). Le v. 9 expliquait le v. 2 ; celui-ci nous ramène au v. 1. - Que pour voler, égorger et détruire. Terrible gradation : le vol, l'immolation, la destruction totale du troupeau. - Mais aussi, admirable antithèse : Moi (accentué) je suis venu pour que les brebis aient la vie. La conduite des mauvais bergers a pour mobile l'égoïsme le plus brutal, et elle ne sait produire que la ruine ; la conduite du bon berger est basée sur le plus généreux dévouement : le résultat, c'est la vie ; le bonheur. - Les mots et qu’elles l’aient en abondance sont souvent rattachés à la proposition qui précède (“ pour qu’elles aient la vie ”) comme un qualificatif : Je suis venu pour qu'elles aient la vie, et qu'elles l'aient plus abondamment. Mais, à la suite de S. Cyrille et de nombreux exégètes, nous croyons qu'il est mieux de les interpréter à part ; car, d'après le texte original, ils sont complets en eux-mêmes et expriment une idée nouvelle, indépendante. La locution περισσον εχωσιν (au positif, et non pas au comparatif signifie “ avoir du superflu ”. Cf. 2 Cor. 9, 1. Jésus affirme donc ici qu'il donne à ses brebis et la vie, et l'abondance de tous les biens en général.