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Jean chap. 10 verset 11. - Je suis le bon berger. Le bon berger donne sa vie pour ses brebis. - 2° Le bon berger, vv. 11-18. Deux qualités spéciales du berger sont d'abord relevées : son admirable esprit de sacrifice, vv. 10-13 ; la parfaite connaissance qu'il a de ses brebis, vv. 14-16. Les versets 17 et 18 montrent l'union intime qui existe entre le bon berger et son Père céleste. - Je suis (même emphase que précédemment) le bon berger : ό ποιμην ό καλος, avec deux articles, “ C’est comme s’il disait : il est l’unique, le promis, le seul vrai berger ”, Maldonat. Cf. v. 8. La formule suppose en effet l'existence d'autres bergers, qui ne peuvent remplir qu'imparfaitement l’œuvre accomplie par Jésus d'une manière si adéquate. Remarquez le choix de l'épithète καλος, que nous ne saurions traduire en un seul mot, car elle réunit les concepts de beauté, de bonté, de noblesse. Elle dit beaucoup plus que αγαθος. Donc N.-S. Jésus-Christ est un berger parfait : et nous allons voir en quoi consiste son admirable perfection.  - Le bon berger (de nouveau ό ποιμην ό καλος) donne sa vie... La leçon grecque la mieux autorisée est τίθησιν, “ dépose ”, comme aux vv. 15, 17 et 18. Cf. aussi 13, 37, 38 ; 15, 13 ; 1 Joan. 3, 16. Les manuscrits à, D et l'Itala ont comme la Vulgate. Cf. Matth. 20, 28 ; Marc. 10, 45. “ Déposer sa vie ” marque mieux l'aspect libre et volontaire du sacrifice. Ce sacrifice, le plus généreux qui se puisse accomplir, caractérise si bien le bon berger, qu'on le signale coup sur coup jusqu'à cinq fois dans les vv. 11-18.  - Pour (ύπερ, pour l'avantage de) ses brebis. Dans nos contrées, il est plus rare que les brebis occasionnent à leurs pasteurs de sérieux dangers ; en Orient il n'en est pas de même, car il faut souvent les défendre contre les agressions redoutables des bêtes fauves et des voleurs. Cf. Gen. 13, 5 ; 14, 12 ; 31, 39 et s. ; Job. 1,17 ; 1 Reg. 34, 35 ; Am. 3, 12, etc.

Jean chap. 10 verset 12. - Mais le mercenaire, et celui qui n'est pas berger, à qui les brebis n'appartiennent pas, voit venir le loup, et abandonne les brebis, et s'enfuit ; et le loup s’en empare et disperse les brebis. - Nouvelle antithèse. Le nom grec μισθωτος (mercenaire) n'est employé qu'ici et Marc. 1, 2, dans le Nouveau Testament ; il est tristement significatif dans l'allégorie du bon berger, comme le prouvent les détails suivants.  - Et celui qui n’est pas berger (και ούκ ων ποιμήν, sans article). Le mercenaire est ainsi caractérisé négativement. S'il était pasteur, sa conduite ne serait pas seulement inexplicable, mais impossible.   - À qui (en avant avec l'accent) les brebis n’appartiennent pas. Cf. v. 3. Troisième répétition emphatique de la même pensée. Il ne prend aucun intérêt personnel aux brebis confiées à sa garde.  - Voit (θεωρει, verbe expressif) venir le loup : τον λύκον avec l'article. Le loup, cet ennemi perpétuel et universel des brebis sans défense. Au moral, quiconque est ennemi de Notre Seigneur Jésus-Christ et des âmes rachetées par lui : démons, faux prophètes, hérétiques, corrupteurs de tout genre. Cf. v. 28 ; Matth. 7, 15 ; Act. 20, 29.  - Et abandonne les brebis ; άφίησιν, il les laisse-là, sans défense. La description est rapide et tout à fait vivante ; cinq verbes au présent, simplement unis par la conjonction και: θεωρει…, και άφίησιν.., και φεύγει: και ό λύκος άρπάζει αύτά, και σκορπίζει.   - Et s’enfuit. Il pense tout d'abord à son propre salut, sans s'inquiéter de ce qui arrivera aussitôt après son lâche départ.  - Et le loup s’en empare et disperse... Autre tableau dramatique, qui nous rend témoins des ravages opérés dans le troupeau. Un double malheur atteint les brebis : quelques-unes sont saisies individuellement et deviennent la proie du loup, les autres se dispersent dans leur effroi.  - Le mot πρόβατα, brebis, est omis dans les manuscrits à, B, D, L, et compensé par le pronom αυτα après άρπάζει.

Jean chap. 10 verset 13. - Le mercenaire s'enfuit, parce qu'il est mercenaire, et qu'il ne se soucie pas des brebis. - Jésus insiste encore sur le motif d'une manière de faire si indigne : parce qu’il est mercenaire ; son seul nom dit tout, il ne pense qu'à son salaire et il est sans cœur pour les brebis ; il ne se soucie pas (ού μέλει αύτω; il ne se soucie point) des brebis. L'application se fait d'elle-même, et le nom de mercenaire a passé dans le langage chrétien pour stigmatiser ces prêtres, rares aujourd'hui, grâce à Dieu, qui négligent le soin sacré des âmes pour s'occuper avant tout de leurs intérêts privés. Comparez au contraire 1 Petr. 5, 7.  - Les mots le mercenaire s’enfuit, placés en tête  de ce verset, n'ont rien qui leur corresponde dans les manuscrits à, B, D, L et dans plusieurs versions ; ils pourraient bien avoir été ajoutés au texte.

Jean chap. 10 verset 14. - Je suis le bon berger, et je connais mes brebis, et mes brebis me connaissent. - Je suis le bon berger. On dirait que Jésus veut faire oublier ce sombre et sinistre portrait du pasteur mercenaire, en réitérant sa douce assertion du v. 11.  - Et je connais mes brebis (τα έμά). Il parle d'abord de la connaissance intime qu'il a de son troupeau ; en effet, il connaît ses brebis avant que celles-ci ne le connaissent elles-mêmes. Mais cette harmonieuse réciprocité ne tarde pas à s'établir : et mes brebis me connaissent (la Recepta porte, au passif : και γινώσκομαι  ύπο των έμων; toutefois la vraie leçon paraît être : και γινώσκουσι με τα έμά, d'après la Vulgate et les manuscrits à, B, D, L, etc.). Le point qui se trouve dans nos éditions latines après “ mes brebis ” a été placé d'une façon très malencontreuse ; il faudrait tout au plus une simple virgule, car les mots qui suivent se rattachent étroitement aux verbes “ connais ” et “ me connaissent ” : Je connais les miennes, et les miennes me connaissent, de même que mon père me connaît et que je connais mon Père. II y a une grande emphase sur ce verbe quatre fois répété.

Jean chap. 10 verset 15. - Comme le Père me connaît et que je connais le Père ; et je donne ma vie pour mes brebis. - Comme (Καθως dit beaucoup plus que ωσπερ) le Père me connaît... Les relations de N.-S. Jésus-Christ avec les siens sont tellement intimes, qu'il peut les comparer à celles qui l'unissent à son Père céleste. Cf. 14, 20 ; 15, 10 ; 17, 8 ; 10, 18, 21. Rapprochement sublime, qui nous confère un si grand honneur. - Et je donne ma vie... Ce beau refrain avait sa place toute marquée après une pareille assertion. Voyez la note du v. 11.

Jean chap. 10 verset 16. - J'ai encore d'autres brebis, qui ne sont pas de cette bergerie ; celles-là aussi, il faut que je les amène, et elles écouteront ma voix, et il n'y aura qu'une seule bergerie et qu'un seul berger. - La vue anticipée de la mort qu'il subira si généreusement pour le bien de ses brebis ouvre tout à coup au berger suprême des horizons plus étendus : J’ai encore d’autres brebis. Elles sont à lui, il les possède (εχω) ces “ autres brebis ”, ainsi nommées pour les distinguer de celles que contient le bercail juif (de cette bergerie, έκ της αύλης ταύτης) ; mais elles sont disséminées, égarées à travers le monde païen, et il faudra un travail spécial pour les grouper autour du bon berger. Notez qu'ici comme partout ailleurs, les Juifs conservent leurs droits de priorité pour l'appel à la foi et au salut par le Messie mais ils ne sont pas les seuls appelés. Cf. Matth. 10, 5, 6.  -  Celles-là aussi... Pronom très emphatique, en grec κάκεινά exprime l'éloignement.  - Il faut que je les amène. δει, car c'était réellement un devoir du Christ d'après le plan divin ; άγαγειν, les amener à la bergerie.  - Et elles écouteront ma voix. Premier résultat des démarches du bon pasteur : ces brebis, qui lui appartiennent quoiqu'elles soient momentanément égarées, reconnaîtront sa voix comme les autres, vv. 3 et 4, et elles le suivront avec docilité.  - Et il n’y aura... Second résultat, principal, définitif. Il est exprimé en termes simples et majestueux tout ensemble. Le grec emploie le pluriel, και γενήσεται (“ et fient ”), ce qui montre mieux la manière dont les brebis éparses se réuniront pour former une seule bergerie sous un seul berger ; μία ποίμνη, είς ποιμήν. On le voit, le texte original omet la conjonction και, ce qui donne plus d'énergie à la phrase, et, au lien du substantif αυλη, il a ici une expression toute nouvelle, ποίμνη, qui désigne non plus le bercail, mais le troupeau. D'anciens textes latins (notamment les manuscrits a, b, c, e de l'Itala, S. Cyprien parfois S. Augustin et S. Jérôme) le traduisent très bien par “ troupeau ” ; seulement, ils n'ont pu reproduire l'allitération du grec, qui est d'un si bel effet. - Magnifique prophétie de l'unité de l’Église du Christ ! Le mur de séparation qui séparait les Juifs et les païens sera renversé ; toutes les nations pourront se réunir en une seule sous la douce houlette du bon berger.

Jean chap. 10 verset 17. - C'est pour cela que le Père m'aime, parce que je donne ma vie pour la reprendre de nouveau. - Dans ce verset et le suivant toute figure disparaît ; mais ils appartiennent néanmoins à l'allégorie, dont ils réitèrent l'idée principale et à laquelle ils servent de conclusion. Plus haut, v. 15, Jésus décrivait les relations pour ainsi dire intellectuelles qui l'unissent à son Père : ils ont l'un de l'autre une complète connaissance. Il passe maintenant à des rapports beaucoup plus intimes : il est aimé du Père, et il nous dira pour quel motif. - C’est pour cela... Δια τουτο, avec emphase (Cf. 5, 16 ; 7, 21, etc.) : à cause de son généreux dévouement, déjà mentionné plusieurs fois et sur lequel il va insister encore. - ...Que le Père m’aime (pronom très accentué). La première Personne de la sainte Trinité aime nécessairement le Fils ; mais il s'agit en cet endroit d'une affection spéciale, de celle que Dieu porte au Verbe fait chair, et il la lui porte pour la raison suivante : parce que je donne ma vie. “ Cela est dit avec force et autorité ”, Maldonat. Ce pronom avait été omis au v. 15 ; mais le Sauveur veut marquer davantage la spontanéité, le mérite de son sacrifice. Voyez Eph. 5, 2, où la mort volontaire de N.-S. Jésus-Christ est représentée comme étant à Dieu “ un parfum d’agréable odeur ”. Cf. Phil. 2, 8-9. Il n'est pas étonnant, après cela, que Dieu ait pour Jésus une affection si tendre.  - Pour la reprendre de nouveau. Notez toute la force de la particule ινα, “ pour que ”. Assurément Jésus est mort en premier lieu pour nous sauver et pour restituer à Dieu la gloire que nos péchés lui avaient enlevée ; mais il est mort aussi pour ressusciter : le but final de sa mort était sa glorification éternelle.

Jean chap. 10 verset 18. - Personne ne me la prend, mais je la donne de moi-même. J'ai le pouvoir de la donner, et j'ai le pouvoir de la reprendre : tel est le commandement que j'ai reçu de mon Père. - Personne (avec emphase) ne me la prend (αιρει au présent ; c'est à tort que divers manuscrits ont ηρεν à l'aoriste). Quelle est la puissance humaine qui eût été capable de faire mourir le Verbe incarné, sans son acquiescement plein et entier ? S'il perd la vie, ce n'est point par impuissance de se défendre. - Mais je la donne de moi-même. (nouvelle emphase sur les deux pronoms). Même idée, reproduite sous une forme positive. Voyez le beau commentaire contenu dans l'histoire même de la mort de N.-S. Jésus-Christ. Luc. 23, 46: “ Père, entre tes mains je remets mon esprit ”. Cf. Matth. 27, 50 ; Joan. 19, 30 et parall. Aucun des quatre narrateurs ne dit que Jésus “ mourut ” ; tous ils évitent cette expression qui eût été inexacte relativement à lui. - J’ai le pouvoir de la donner... Autre point sur lequel le divin Maître veut nous éclairer : sa mort et sa résurrection auront lieu en vertu d'un mandat spécial de son Père. Sur le nom grec 'ξουσίαν, voyez 1, 12, et le commentaire. - Et j’ai le pouvoir de la reprendre. La formule έξουσίαν εχω est répétée d'une manière solennelle. Reprendre sa vie ; c'est ressusciter après la mort : preuve d'une puissance divine.  - Tel est le commandement, Ταύτην την έντολην (avec l'accent sur le pronom) : le double mandat de sacrifier sa vie et de la reprendre ensuite.  - Que j’ai reçu de mon Père. La volonté de Dieu, le plan providentiel, tel est, enfin de compte, le motif pour lequel le bon Pasteur se sacrifie pour ses brebis ; mais entre cette volonté du Père et la sienne il existe la plus parfaite harmonie. Beau trait pour terminer ce passage admirable. - Sur les représentations artistiques du Bon Pasteur dans l'antiquité, voyez l'Evang. selon S. Luc, p. 278.

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