44Or Jésus s'écria, et dit : Celui qui croit en moi, ne croit pas en moi, mais en celui qui m'a envoyé. 45Et celui qui me voit, voit celui qui m'a envoyé. 46Je suis venu dans le monde, moi qui suis la lumière, pour que quiconque croit en moi ne demeure pas dans les ténèbres. 47Et si quelqu'un entend mes paroles, et ne les garde pas, ce n'est pas moi qui le juge ; car je ne suis pas venu pour juger le monde, mais pour sauver le monde. 48Celui qui me méprise, et qui ne reçoit pas mes paroles, a son juge : la parole même que j'ai annoncée le jugera au dernier jour. 49Car je n'ai pas parlé de moi-même ; mais le Père qui m'a envoyé m’a commandé lui-même ce que je dois dire, et comment je dois parler. 50Et je sais que son commandement est la vie éternelle. C'est pourquoi, les choses que je dis, je les dis comme le Père me les a dites.
A l'incrédulité des Juifs, dont il a tracé un si vivant portrait (vv. 37-43), S. Jean oppose Jésus-Christ s'affirmant lui-même comme la lumière du monde, et proclamant bien haut la nécessité de la foi en sa personne et en sa doctrine. Ces deux points sont en effet relevés tour à tour : la personne de Jésus, si intimement unie à celle de Dieu, vv. 44-46 ; l'enseignement de Jésus, qui est un enseignement divin, vv. 47-50. De part et d'autre, les paroles du Sauveur mettent en relief l'énorme responsabilité des Juifs et les funestes résultats de leur conduite ; car, en rejetant leur Messie, c'est Dieu même qu'ils ont rejeté. “ Il appelle à grands cris, et ils allèguent toutes les excuses d’ignorance qu’ils peuvent trouver ”.
Jean chap. 12 verset 44. - Or Jésus s'écria, et dit : Celui qui croit en moi, ne croit pas en moi, mais en celui qui m'a envoyé. - Or Jésus s’écria, et dit (redondance pleine de solennité). Les exégètes ont beaucoup discuté touchant l'époque de ce petit discours du Sauveur ; elle crée réellement quelque difficulté. Plus haut, v. 36, l'évangéliste a dit en termes très nets que Jésus avait mis fin à son enseignement public ; il n'est donc pas possible que ce soit un nouveau discours, prononcé plus tard, ainsi que l'ont pensé plusieurs commentateurs. Le verbe si expressif s’écrier (Cf. 7, 28 ; 37) contredit de son côté l'opinion d'après laquelle Notre Seigneur n'aurait prononcé les paroles qui suivent que devant le cercle étroit de ses disciples. Sous prétexte qu'on ne rencontrerait ici que des réminiscences empruntées à des discours plus anciens, un assez grand nombre d'interprètes contemporains ont supposé que S. Jean donnerait en ce lieu comme une récapitulation de l'enseignement qu'il avait lui-même si souvent entendu. Il nous répugne d'accepter ces sortes d'arrangements factices, et cette liberté qu'auraient prise les écrivains sacrés à l'égard de la prédication de leur Maître. Nous dirons donc, ou bien que les vv. 44-50 remontent à une circonstance antérieure, ou qu'ils sont vraiment à leur place historique, Jésus les ayant prononcés immédiatement après la séparation (Lampe, Bengel), ce qui pourrait s'accorder avec le v. 36 interprété d'une manière moins stricte. - Celui qui croit en moi... Cf. 10, 38 ; 13, 20. N.-S. Jésus-Christ fait ressortir la haute importance de la foi. Croire en lui, c'est croire directement en Dieu. - Ne croit pas en moi, mais... C'est-à-dire : pas uniquement en moi comme si j'étais seul et séparé de Dieu, mais en Dieu et en moi par un acte unique. De Jésus, la foi remonte aussitôt à celui qui l'a divinement accrédité. Cf. 5, 24 ; 7, 16 ; 8, 47, Marc. 9, 37.
Jean chap. 12 verset 45. - Et celui qui me voit, voit celui qui m'a envoyé. - Autre conséquence non moins évidente, et non moins douce pour les âmes croyantes : voir Jésus, c'est aussi voir le Seigneur lui-même. Cf. 14, 19-20. - Celui qui me voit. Dans le grec, ό θεωρων, ce verbe aimé de S. Jean. Contemplation interne, assurément, qui a lieu par les yeux de la foi. - Voit celui qui m’a envoyé… : la foi enlevant le voile qui cache Dieu ; d'ailleurs N.-S. Jésus-Christ n'est-il pas l’image de la substance du Père éternel, qui non seulement le représente, mais encore en exprime toute l’essence ? Cf. 8, 19 ; 10, 30,38.
Jean chap. 12 verset 46. - Je suis venu dans le monde, moi qui suis la lumière, pour que quiconque croit en moi ne demeure pas dans les ténèbres. - Moi qui suis la lumière... Cf. vv. 35, 36 ; 1, 5, 9 ; 8, 12 ; 12, 35 et 36. Ce pronom est emphatique : moi, et pas un autre. - Je suis venu dans le monde : έλήλυθα au parfait, parce que Jésus envisage un fait passé et qui demeure ; au v. 47, nous trouverons l'aoriste, ηλθον, parce qu'il mentionnera un but spécial. Rôle admirable du Christ : illuminer le monde plongé dans les ténèbres ! - Pour que quiconque croit en moi... Tous sans distinction, dès là que la condition sera posée, la foi. Cf. 1, 7 ; 3, 15 ; 11, 26. - Ne demeure pas dans les ténèbres : les ténèbres morales qui, sans N.-S. Jésus-Christ, seraient l'état normal de la pauvre humanité ; les ténèbres dans lesquelles sont misérablement plongés tous ceux qui ne croient pas en lui. Cf. vv. 35 et 36.
Jean chap. 12 verset 47. - Et si quelqu'un entend mes paroles, et ne les garde pas, ce n'est pas moi qui le juge ; car je ne suis pas venu pour juger le monde, mais pour sauver le monde. - De sa personne, le Sauveur passe maintenant à sa doctrine. Il fait d'abord deux suppositions : les uns écouteront son enseignement, mais ne s'y conformeront pas dans la pratique ; v. 47 ; d'autres iront jusqu'à refuser de l'entendre, ils le mépriseront, v. 48. Quel sera le sort des uns et des autres ? - Si quelqu’un entend mes paroles. La phrase grecque est beaucoup plus énergique, avec le pronom placé en avant. - Et ne les garde pas. Entendre la divine parole serait loin de suffire (Cf. Matth. 13, 18 et ss.) : il faut de plus la conserver au fond de son cœur, pour qu'elle devienne le mobile perpétuel d'une sainte vie. - Ce n’est pas moi qui le juge. De nouveau Jésus appuie sur moi (Cf. v. 46). Ce n'est pas moi qui le juge. Et il ajoute aussitôt la cause de cette abstention : Je ne suis pas venu pour juger..., mais...Voyez 3, 17 ; 5, 25-27 ; 8, 15, et les commentaires.
Jean chap. 12 verset 48. - Celui qui me méprise, et qui ne reçoit pas mes paroles, a son juge : la parole même que j'ai annoncée le jugera au dernier jour. - Celui qui me méprise. S. Jean n'emploie pas ailleurs cette expression. Cf. Luc. 10, 16. - Les mots et ne reçoit pas mes paroles déterminent la nature spéciale du mépris auquel Jésus avait fait allusion. - A son juge. Les deux verbes sont au présent : Déjà il a son juge ! Cf. 3, 18 : 5, 45. On peut bien refuser de prêter l'oreille à la prédication divine, mais on ne saurait échapper à la responsabilité d'avoir pu l'entendre. - La parole (ό λόγος)... Les paroles isolées sont groupées ici dans le message universel qu'avait apporté le Christ. Notez le majestueux pléonasme que j’ai annoncée, et aussi le pronom le, si pittoresque et si terrible tout ensemble sur les lèvres de Notre Seigneur On croirait voir sa parole méprisée, qui se tient comme un juge inexorable en face des coupables. - Au dernier jour. Cf. 6, 39, etc. Locution propre au quatrième évangile.
Jean chap. 12 verset 49. - Car je n'ai pas parlé de moi-même ; mais le Père qui m'a envoyé m’a commandé lui-même ce que je dois dire, et comment je dois parler. - Jésus fait un dernier appel à la mission et à l'autorité dont Dieu lui-même l'a revêtu. - Car... Pourquoi donc l'enseignement du Messie jouira-t-il d'une telle puissance ? Parce qu'il ne provient pas d'un homme, mais de Dieu. - Je n’ai pas parlé de moi même. Expression analogue (Cf. 5, 30 ; 7, 17, 28 ; 8, 28, 42 ; 14, 10, etc.), mais d'une plus grande force. Cf. 7, 16 et 17. - Mais le Père qui m’a envoyé... (avec emphase) m’a commandé... N.-S. Jésus-Christ n'a donc pas tiré de son propre fond la doctrine qu'il prêchait ; il a docilement enseigné ce que Dieu lui dictait. Or tout était très précis dans les communications de son Père céleste : Ce que je dois dire, c'est-à-dire, la prédication d'après la variété de ses manifestations extérieures par le langage humain. Nuance délicate, qui marque jusqu'où allait l'obéissance de Jésus.
Jean chap. 12 verset 50. - Et je sais que son commandement est la vie éternelle. C'est pourquoi, les choses que je dis, je les dis comme le Père me les a dites. - Et je sais : je sais avec la plus parfaite certitude. - Son commandement... : le précepte ci-dessus mentionné, qui réglait soit le fond, soit la forme de l'enseignement du Christ. - Est la vie éternelle. Cf. 6, 63. Non seulement le moyen d'arriver à la vie éternelle, mais cette vie même, prise en soi. Remarquez la force du présent. - C’est pourquoi... Le divin Maître conclut en répétant que sa parole est en conformité parfaite avec les ordres de son Père. L’ adverbe comme porte l'idée principale. Le temps présent je les dis dénote l'habitude.