c. Les discours d'après la cène. 13, 31-16, 33.
“ Incomparable entretien, qui est bien ce que la terre a jamais entendu de plus sublime, de plus bienfaisant et de plus tendre. Nous y voyons éclater, comme elle ne l'avait pas encore fait, l'adorable beauté du Fils de l'homme ”. Bougaud, Jésus-Christ, 4e édit., p. 502 et 514. C'est vraiment ici le cœur de l'évangile, le cœur de toute la Bible ; c'est aussi un sanctuaire où l'on s'agenouille pour adorer et pour aimer. - Il règne dans ces pages un étonnant mélange de douce simplicité, d'élévation toute divine. La plupart des détails sont d'une intelligence facile : on les saisit sans peine, ou du moins on croit les saisir à une simple lecture, mais, quand on essaie de pénétrer plus avant, on y découvre toute la hauteur du ciel, et l'on se convainc que Dieu seul a pu tenir un tel langage. Même dans le quatrième évangile, où l'on découvre tant de sublimités, nulle part, si ce n'est au prologue (1, 1-18), on ne trouve des passages qu'on puisse comparer à ce discours d'adieu et à la prière qui le suit (chap. 17). Les richesses théologiques abondent, et surtout les preuves de la divinité de N.-S. Jésus-Christ. Voyez Corluy, Commentarius in Evangel. S. Joannis, 2e édit., p. 392 et ss. ; Scholion dogmaticum. - “ Discours d'adieu ”, ou Testament de Jésus : ces noms expriment assez bien l'idée dominante autour de laquelle se groupent d'elles-mêmes toutes les autres pensées. Dans quelques heures le divin Maître va mourir ; avant de se séparer de ses apôtres il leur adresse ses dernières paroles, sous forme de consolations, d'avertissements, de recommandations. Durant ces rapides moments d'intimité qui ne reviendront plus dans des conditions semblables, les sentiments se pressent à son cœur, et, comme un mourant, il les épanche avec une ineffable suavité sur ceux qu'il aime. De là ce va-et-vient mouvementé des pensées et ce manque apparent de suite qui frappent à première vue, mais que l'on a eu tort d'appeler du “ décousu ” (Vinet va jusqu'à parler de “ divine confusion ” !). Sans doute l'analyse est plus difficile qu'en d’autres discours, mais cela tient aux circonstances mêmes. En réalité le ton est très soutenu. Quoique l'enchaînement logique ne se montre jamais à découvert, il n'est pas un seul instant rompu, et on suit avec bonheur “ cette douce ondulation de la pensée qui caractérise d'une manière unique la parole de Jésus dans ce morceau ” (Godet). C'est le mouvement en spirale, dont il a été question à propos du Prologue (voyez la note qui précède le commentaire de 1, 1. Jésus parle cinq fois du Paraclet : 14, 16-17 ; 25-26 ; 15, 26 ; 16, 8-15 ; 23-25 ; trois fois des relations de l’Église avec le monde : 14, 22-24 ; 15,18-25 ; 16, 1-3. Il en est de même de son propre départ et de son retour qu'il mentionne d'abord simplement, pour y revenir encore un peu plus loin, et d'autres fois encore). - L'idée mère et centrale de tout ce passage est donc celle de la prochaine séparation : les autres pensées viennent se greffer pour ainsi dire sur elle. Rien de plus naturel que l'ordre d'après lequel le tout est exposé. Après avoir prononcé le triste mot de départ (13, 31-38 ; plus spécialement, v. 33), le divin Maître se hâte de consoler ses disciples en leur dévoilant les heureuses conséquences qui résulteront pour eux et pour lui-même de la séparation (14, 1-31) ; il les exhorte ensuite à se tenir intimement unis soit à lui, soit les uns aux autres par les liens d'une charité indéfectible (15, 127) ; enfin, il les instruit de ce qui les attend dans l'avenir, et il contrebalance les prédictions douloureuses par les brillantes promesses de succès et de bonheur (16, 1-33). C'est donc la foi qui est le nœud du discours au chap. 14, l'amour au chap. 15, l'espérance au chap. 16. - Au point de vue purement extérieur, les mots Levez-vous, allons, 14, 31, partagent le discours en deux parties : il y a d'abord l'entretien du Cénacle, 13, 31-14, 31, puis l'entretien sur la route de Gethsémani, 14, 1-16, 33. La première partie a quelque chose de plus familier : c'est une sorte de dialogue entre les disciples. Tour à tour S. Pierre (13, 36), S. Thomas (14, 5), S. Philippe (14, 8), S. Jude (14, 22), posent à leur Maître des questions auxquelles il répond avec bonté et qui servent de thème à ses explications subséquentes. La deuxième partie est plus grave et plus solennelle ; à part deux interruptions des apôtres (Cf. 16, 17 et 18, 29 et 30), c'est un discours soutenu. Durant tout le cours de l'entretien, Jésus contient son émotion ; mais on la sent vibrer, vive et profonde, à travers chaque ligne. Plus que jamais le commentateur est à plaindre ; car son rôle de grammairien et de critique lui paraît froid et monotone, parmi de telles splendeurs dont un cœur croyant et aimant est le meilleur interprète.
1° Discours dans le Cénacle. 13, 31-14, 31.
Après quelques paroles qui forment l'exorde du discours et qui en contiennent le thème principal, 13, 31-38, Jésus, voyant les Onze extrêmement troublés par l'annonce d'une séparation imminente, suggère à leur foi divers motifs de consolation, que l'on peut ranger sous les trois chefs suivants : le Christ et Dieu le Père, 14, 1-12a ; le Christ et les apôtres, 14, 12b-24 ; la paix dans l'Esprit Saint, 14, 25-31.
31Lorsqu'il fut sorti, Jésus dit : Maintenant, le Fils de l'homme a été glorifié, et Dieu a été glorifié en Lui. 32Si Dieu a été glorifié en Lui, Dieu Le glorifiera aussi en Lui-même ; et c'est bientôt qu'Il Le glorifiera. 33Mes petits enfants, Je ne suis plus que pour peu de temps avec vous. Vous me chercherez, et, ce que j ai dit aux Juifs : Là ou je vais, vous ne pouvez venir, je vous le dis aussi maintenant. 34Je vous donne un commandement nouveau : que vous vous aimiez les uns les autres ; que vous vous aimiez les uns les autres comme je vous ai aimés. 35C'est en cela que tous connaîtront que vous êtes mes disciples, si vous avez de l'amour les uns pour les autres. 36SimonPierre lui dit : Seigneur, où allez-vous ? Jésus répondit : Là où je vais, tu ne peux me suivre maintenant ; mais tu me suivras plus tard. 37Pierre lui dit : Pourquoi ne pourrais-je pas vous suivre maintenant ? Je donnerai ma vie pour vous. 38Jésus lui répondit : Tu donneras ta vie pour moi ? En vérité, en vérité, je te le dis, le coq ne chantera pas avant que tu ne m'aies renié trois fois.
On pourrait intituler ce passage : La séparation et ses résultats. II débute par une glorieuse prophétie (vv. 31-32), la glorification du Christ produite par ses humiliations mêmes. A la nouvelle de son départ (v. 33), Jésus rattache, pour les disciples, la pressante recommandation de l'union fraternelle (vv. 34-35) ; il faudra qu'ils s'appuient les uns sur les autres. Une seconde prophétie, bien triste cette fois, montre aux apôtres jusqu'à quel point leur courage est faible encore, et quelle épreuve sera pour eux cette séparation inévitable (vv. 36-38).
Jean chap. 13 verset 31. - Lorsqu'il fut sorti, Jésus dit : Maintenant, le Fils de l'homme a été glorifié, et Dieu a été glorifié en Lui. - Lorsqu’il fut sorti... Courte introduction historique. Certaines versions ont quand donc au lieu de lorsque, la particule donc rattache à l'éloignement de Judas comme à leur cause les libres épanchements de Jésus. Cf. v. 30 : Judas...sortit aussitôt... Lorsqu’il fut sorti, Jésus dit. Jusqu'alors la présence du traître avait oppressé, gêné pour ainsi dire le cœur sacré du Sauveur ; il retrouve tout à coup sa liberté et il éclate en un transport sublime. “ C’est comme si, une fois la digue rompue, des torrents de grâce s’écoulaient des lèvres de Jésus ”, dit un ancien commentateur (Lampe). - Maintenant ouvre l'entretien d'une manière significative et vraiment sublime. Maintenant, en cet instant même ! Moment que Jésus avait attendu avec tant d'impatience : “ J’ai à être baptisé d’un baptême, et comme je me sens pressé jusqu’à ce qu’il s’accomplisse ! ”, Luc. 12, 50. - Judas exécutait son horrible démarche, qui allait livrer le Sauveur à la mort ; mais la passion, déjà virtuellement achevée, devait produire un triomphe infaillible, que Jésus mentionne comme un résultat également atteint : le Fils de l’homme a été glorifié. C'était un fait accompli dans le domaine logique. Cf. 12, 28, 32. - Fils de l’homme. Voyez la note de 1, 52. Nom d'humilité associé à une ineffable glorification. Nom important, du reste, pour l'interprétation de ces pages, où il est aussi souvent question des rapports du “ Fils de l'homme ” avec Dieu que du Fils avec le Père. - Et Dieu a été glorifié en lui. C'est un résultat parallèle au premier. Si un simple disciple est capable de glorifier le Seigneur en donnant sa vie pour lui (21, 19), combien plus le Verbe incarné ! Cf. 17, 1.
Jean chap. 13 verset 32. - Si Dieu a été glorifié en Lui, Dieu Le glorifiera aussi en Lui-même ; et c'est bientôt qu'Il Le glorifiera. - Jésus insiste, mais dans l'ordre inverse, sur cette double gloire qui sera le fruit de ses souffrances et de sa mort. - Si Dieu... La conjonction “ si ” exprime une relation de causalité, elle équivaut à “ parce que ” (“ Cette façon de s’exprimer ne réfère pas à une condition, mais à une cause ”, Maldonat). Quoique cette ligne entière, si Dieu a été glorifié en Lui, manque dans les manuscrits א, B, C, D, L, X, on a de fortes raisons de la croire authentique. Sans elle, le rythme si admirable des versets 31 et 32 serait en partie effacé :
Maintenant, le Fils de l'homme a été glorifié,
et Dieu a été glorifié en Lui.
Si Dieu a été glorifié en Lui,
Dieu Le glorifiera aussi en Lui-même ;
et c'est bientôt qu'Il Le glorifiera.
On voit, par ce tableau, combien la répétition des mots “ si Dieu... ” ajoute de vigueur à la pensée. Leur disparition s'explique sans peine par une distraction de copiste, la ligne précédente étant presque identique. - Dieu le glorifiera. Dieu aussi, Dieu à son tour. Admirable échange d'honneurs et de glorification. En Lui-même correspond à “ en lui ” : le Fils de l'homme sera glorifié en Dieu, de même que Dieu aura été glorifié dans le Fils de l'homme. Mais, pour Dieu, “ Le glorifier aussi en Lui-même ” ce sera s'associer N.-S. Jésus-Christ de la façon la plus intime, faire asseoir à sa droite le Fils de l'homme pour régner et gouverner avec lui à tout jamais. Belle observation d'Origène : le Père donne plus au Fils de l'homme qu'il n'en a reçu. - Et c’est bientôt... Avec emphase : sans aucun retard. En effet, l'heure du triomphe de Jésus était proche. - Remarquez ces nuances délicates : au verset 31, le Sauveur envisageait son triomphe comme accompli déjà ; il le place maintenant dans un très prochain avenir ; plus loin, 17, 1, il en demandera la réalisation. Au fond cela revient au même.
Jean chap. 13 verset 33. - Mes petits enfants, Je ne suis plus que pour peu de temps avec vous. Vous me chercherez, et, ce que j ai dit aux Juifs : Là ou je vais, vous ne pouvez venir, je vous le dis aussi maintenant. - Jésus descend tout à coup de ces hauteurs sublimes auxquelles il s'était élevé par anticipation. Pour aller jouir là-haut d'une si noble gloire, il lui faudra quitter ses bien-aimés disciples, et il les prépare à cette séparation. - Mes petits enfants : suave appellation de sollicitude et de tendresse, qu'on ne retrouve nulle part ailleurs dans l'évangile ; mais S. Jean l'emploie lui-même plusieurs fois dans ses épîtres. Cf. 1 Joan. 2, 1, 12, 28 ; 3, 7, 18 ; 4, 4 ; 5, 21. Ici elle s'échappe spontanément du cœur de N.S. Jésus-Christ, au souvenir de ceux qu'il va bientôt laisser orphelins. - Je ne suis plus que pour peu de temps avec vous. Jésus n'avait guère qu'une heure ou deux à passer dans la compagnie du collège apostolique avant l'agonie de Gethsémani. - Vous me chercherez. Ils le cherchèrent en effet d'une manière anxieuse, non seulement après sa Passion, et sa Résurrection, mais même après avoir été témoins de son Ascension. Cf. Act. 1, 10, 11. - Et ce que j’ai dit aux Juifs. Ce nom de “ Juifs ” est assez rare sur les lèvres de Notre Seigneur Cf. 4, 22 ; 18, 20, 36. La parole qu'il rappelle en ce moment remontait à la fête des Tabernacles. Voyez 7, 34, et l'explication (Cf. 8, 21, 24). Il la cite dans les mêmes termes, mais en lui donnant une autre signification. Là, il s'agissait d'une séparation définitive et absolue ; ici les mots là où je vais... n'expriment qu'un éloignement temporaire et relatif. Là, Jésus disait aux Juifs : Vous ne pouvez venir, sous forme de terrible menace ; ici, c'est un délicat euphémisme pour préparer ses disciples à sa mort. Aussi n'ajoute-t-il pas, comme il l'avait fait précédemment : “ et vous ne me trouverez pas ”. - Et je vous le dis aussi maintenant. Le pronom est accentué, et aussi le mot maintenant : en cet instant même, car il est temps que vous soyez avertis.
Jean chap. 13 verset 34. - Je vous donne un commandement nouveau : que vous vous aimiez les uns les autres ; que vous vous aimiez les uns les autres comme je vous ai aimés. - Je vous donne un commandement nouveau. Ainsi séparés de leur Maître, les disciples devront se soutenir mutuellement, en redoublant d'amour les uns pour les autres. Jésus leur laisse donc ce magnifique précepte de la charité fraternelle comme une sorte de compensation (vv. 34 et 35). Il insiste d'une manière étonnante, commençant par intimer l'ordre (v. 34a), puis le répétant pour en préciser le mode (v. 34b), et le réitérant encore pour en faire remarquer l'extrême importance (v. 35). - Que vous vous aimiez les uns les autres. Voilà le commandement nouveau ! Non qu'il fût absolument neuf en lui-même ; car il faisait partie intégrante de la loi mosaïque, et on le trouve en toutes lettres au Lévitique, 19, 18 (Cf. Matth. 22, 37 et ss.). Mais, dans la pratique et la réalité de la vie juive, il ne dépassa guère les limites d'une bienveillance restreinte, tandis qu'il est ici élargi, complété, par conséquent tout à fait renouvelé. Voyez le beau commentaire de Jésus lui-même dans la parabole du bon Samaritain, Luc. 10, 30 et ss. Surtout, et c'est en cela véritablement que consiste la nouveauté mise en relief par le législateur de la Nouvelle Alliance, Notre Seigneur y ajoute un motif et un mode d'accomplissement inconnus jusqu'alors, lorsqu'il dit : comme je vous (avec emphase) ai aimés. Nous entr'aimer parce qu'il nous a aimés, et comme il nous a aimés : sublime idéal de la charité fraternelle. “ Puisque Dieu nous a tellement aimés, nous devons, nous aussi, nous aimer les uns les autres ”, 1 Joan. 4, 11. “ Non pas de la manière dont s’aiment ceux qui se corrompent, non pas de la manière dont s’aiment les hommes, parce qu’ils sont hommes ; mais de cet amour qu’ils doivent avoir parce qu’ils sont tous des dieux et les fils du Très-Haut, et qu’ils veulent être les frères de son Fils unique ”. S. Aug., Traité sur S. Jean, 65, 1. Voyez d'autres explications du mot nouveau dans Maldonat, Tolet, Meyer, etc. Elles sont recherchées pour la plupart. Remarquez l'emploi du passé : je vous ai aimés. Jésus, comme en d'autres nombreux passages de ce discours, parle au point de vue de sa carrière terrestre, qu'il regardait comme terminée.
Jean chap. 13 verset 35. - C'est en cela que tous connaîtront que vous êtes mes disciples, si vous avez de l'amour les uns pour les autres. - En cela. Ce pronom est fortement accentué. L'affection si profonde et si parfaite que Jésus impose à ses disciples les uns envers les autres sera le signe caractéristique de son église. - Tous reconnaîtront (dans le texte grec : parviendront à reconnaître) : tous, quels qu'ils soient, Juifs et païens : le monde entier, malgré son hostilité, sera forcé d'admirer. - Si vous avez de l’amour. En somme, les chrétiens ont fidèlement accompli ce noble précepte. Cf. Act. 3, 44 et ss. ; 4, 32 et ss. Tertullien, Apol. 39, cite ce témoignage des païens : “ Vois, disent-ils, comme ils s’aiment les uns les autres… et comme ils sont prêts à mourir les uns pour les autres… Car eux (les païens), se haïssaient entre eux… et ils étaient plus que prêts à se tuer les uns les autres ”. La parole de Minutius Félix est également bien connue : “ Les chrétiens s'aiment même avant de se connaître ”. Par contre, S. Jean Chrysost., Com. in Joan. 71, se plaint des divisions entre chrétiens, dont le résultat, dit-il, est d'empêcher les païens de se convertir. Voyez dans la Préface, § 1, l'anecdote touchante qui montre combien S. Jean avait pris à cœur ce commandement du Maître.
Jean chap. 13 verset 36. - Simon-Pierre lui dit : Seigneur, où allez-vous ? Jésus répondit : Là où je vais, tu ne peux me suivre maintenant ; mais tu me suivras plus tard. - S. Pierre, si ardent et si aimant, est demeuré tout absorbé par les douloureuses paroles du v. 33, qui annonçaient le prochain départ de Jésus. Il oublie le reste, et se permet d'interrompre pour obtenir un éclaircissement : Seigneur, où allez-vous ? Un autre “ Seigneur, où allez-vous ? ” de S. Pierre revient à la pensée quand on lit ce passage. Sur cet incident si délicat, qui se serait passé à Rome quelques heures avant la mort de S. Pierre, quand il essayait d'échapper au supplice par la fuite, voyez Tillemont, Mémoires, t. 1, p. 187 et 555 ; Hilgenfeld, Nov. Testam. extra canonem, t. 4, p. 72. - Jésus répondit. Quoique la question eût été inspirée par un généreux amour, Jésus refuse d'y répondre directement ; il renvoie S. Pierre à l'avenir, par lequel il ne tardera pas d'être instruit. - Là où je vais tu ne peux me suivre. Les mots “ je ” et “ maintenant ” sont l'un et l'autre pleins d'emphase. Au v. 33, c'était la même pensée et presque les mêmes termes, appliqués à tous les apôtres. - Tu me suivras plus tard. “ Plus tard ” est opposé à “ maintenant ” : quand S. Pierre aura rempli sa mission ici-bas. Jésus fait sans doute allusion dès cet endroit au crucifiement du prince des apôtres. Voyez 21, 18, 19 et le commentaire.
Jean chap. 13 verset 37. - Pierre lui dit : Pourquoi ne pourrais-je pas vous suivre maintenant ? Je donnerai ma vie pour vous. - Pierre lui dit. Il insiste, trouvant l'explication trop vague. Le Seigneur permettait aux siens une si grande familiarité ! - Pourquoi ne pourrais-je pas… maintenant ? (dans le texte grec : sur l'heure. Cf. 2, 10). Il appuie à son tour sur “ maintenant ”. Puis il ajoute avec l'énergie qui le caractérise, comprenant que le départ de Jésus n'est autre que la mort : Je donnerai ma vie pour vous. Il se déclare prêt à mourir avec son Maître. Admirable générosité, mais trop d'empressement, dit S. Augustin, Traité sur S. Jean 66, 1 : “ Pierre, pourquoi te hâtes-tu ? La Pierre ne t’a pas encore affermi en te communiquant son esprit ; ne te laisse pas entraîner par la présomption. Tu ne peux venir maintenant ; mais ne te laisse point abattre par le désespoir, tu me suivras un jour ”. Sur l'expression “ donner sa vie ” voyez 10, 11 et la note.
Jean chap. 13 verset 38. - Jésus lui répondit : Tu donneras ta vie pour moi ? En vérité, en vérité, je te le dis, le coq ne chantera pas avant que tu ne m'aies renié trois fois. - Jésus lui répondit. “ Il était malade, et il vantait sa bonne volonté ; mais le médecin voyait sa faiblesse ”, dit encore S. Augustin, Traité sur S. Jean 66, 1, et c'est une chose bien triste que Jésus va prédire. - Tu donneras ta vie pour moi... ? Il reprend d'une manière emphatique les paroles de l'apôtre ; puis, en termes solennels et en attestant la divine vérité (en vérité...), il annonce qu'avant peu S. Pierre l'aura lâchement renié jusqu'à trois fois. - Le coq ne chantera pas... C'est-à-dire : avant la prochaine aurore, dans cette nuit même. Voyez l’Évangile selon S. Matth., p. 511. S. Luc, 22, 34, suppose également que cette prophétie fut proférée au cénacle ; S. Matthieu, 26, 30-35, et S. Marc, 14, 26-30, la placent sur le chemin de Gethsémani. Il est possible qu'elle ait été réitérée deux fois (voyez l’Évangile selon S. Luc, p. 370). - S. Pierre ne prendra plus la parole durant la suite de l'entretien. On conçoit sans peine que la tristesse et l'effroi se soient emparés de son âme, et l'aient rendu muet.