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ÉVANGILE SELON SAINT JEAN CHAPITRE 14

 

Suite du discours d'adieu : - Le Christ et Dieu le Père (vv. 1-12a). - Le Christ et ses apôtres (vv. 12b-24).

- De la paix dans l'Esprit Saint (vv. 25-31).

 

β. Le Christ et Dieu le Père.  14, 1-12.

 

1Que votre cœur ne se trouble pas. Vous croyez en Dieu, croyez aussi en moi. 2Dans la maison de mon Père, il y a de nombreuses demeures. Si cela n'était pas, je vous l'aurais dit ; car je vais vous préparer une place. 3Et lorsque je m'en serai allé, et que je vous aurai préparé une place, je reviendrai, et je vous prendrai avec moi, afin que là où je suis, vous y soyez aussi. 4Vous savez où je vais, et vous en savez le chemin. 5Thomas lui dit : Seigneur, nous ne savons pas où vous allez ; comment pourrions-nous en savoir le chemin ? 6Jésus lui dit : Je suis la voie, la vérité et la vie. Personne ne vient au Père, si ce n'est par moi. 7Si vous m'aviez connu, vous auriez aussi connu mon Père ; et bientôt vous le connaîtrez, et vous l'avez déjà vu. 8Philippe lui dit : Seigneur, montrez-nous le Père, et cela nous suffit. 9Jésus lui dit : Il y a si longtemps que je suis avec vous, et vous ne me connaissez pas ? Philippe, celui qui me voit, voit aussi le Père. Comment peux-tu dire : Montrez-nous le Père ? 10Ne croyez-vous pas que je suis dans le Père, et que le Père est en moi ? Les paroles que je vous dis, je ne les dis pas de moi-même ; mais le Père, qui demeure en moi, fait lui-même mes œuvres. 11Ne croyez-vous pas que je suis dans le Père, et que le Père est en moi ? 12Croyez-le du moins à cause de ces œuvres. En vérité, en vérité, je vous le dis, celui qui croit en moi fera lui-même les œuvres que je fais, et il en fera de plus grandes, parce que je m'en vais auprès du Père.

“ Lisez le chapitre 14, a dit Bossuet, et vous y trouverez des profondeurs à faire trembler ”. Méditations sur l’Évangile, 77e jour. Profondeurs étonnantes, en effet, sur l'éternité bienheureuse, sur l'auguste Trinité, sur la nature divine de Jésus-Christ. Pour rassurer et consoler les apôtres, que l'annonce de la séparation a vivement émus, Jésus va exciter de toutes manières leur espérance. Il le fait “ avec un accent de tendresse non moins saisissant que l'élévation de la pensée... Le développement est d'une incomparable beauté ”. Le Camus, La vie de N.-S. Jésus-Christ, t. 2, p. 244. Il leur donne d'abord, dans ce paragraphe, la certitude d'une réunion future. C’est au ciel, auprès de son Père, qu'il retourne, et il préparera là-haut une place à ses disciples : d'ailleurs, il viendra lui-même un jour les chercher individuellement pour les introduire à cette place d'honneur. Après avoir exposé ces pensées (vv. 1-4), il les développe en répondant à deux questions posées par S. Thomas (vv. 5-7), et par S. Philippe (vv. 8-12a).

Jean chap. 14 verset 1. - Que votre cœur ne se trouble pas. Vous croyez en Dieu, croyez aussi en moi. - Que votre cœur ne se trouble pas : expression très énergique. Plusieurs incidents étaient venus coup sur coup alarmer, bouleverser les disciples depuis quelques instants : la dénonciation du traître, la nouvelle du départ de leur Maître, la prédiction du reniement de S. Pierre. Ils pressentaient enfin que des événements tragiques étaient imminents. Le cœur, ce siège perpétuel des angoisses et des troubles. - Vous croyez en Dieu. Premier motif de calme : une parfaite confiance, soit en Dieu, soit en lui-même. Beaucoup d'anciens interprètes grecs (notamment S. Cyrille, Nonnus, Théophylacte, Euthymius), et des commentateurs modernes, traduisent deux fois de suite le verbe à l'impératif : croyez en Dieu et croyez en moi. Et rien de plus légitime au point de vue du contexte et de la grammaire. Néanmoins, la traduction de la Vulgate donne plus de force et plus de solennité à la pensée. Jésus établit d'abord un fait : Vous croyez en Dieu ; puis il en tire cette juste conséquence : croyez aussi en moi. Comme s'il disait : Mon Père et moi nous sommes solidaires l'un de l'autre, à cause de notre parfaite unité. Si vous avez confiance en lui, vous pouvez pareillement vous fier à moi, car notre puissance est la même.

Jean chap. 14 verset 2. - Dans la maison de mon Père, il y a de nombreuses demeures. Si cela n'était pas, je vous l'aurais dit ; car je vais vous préparer une place. - Pour faire pénétrer cette confiance plus avant dans leurs cœurs troublés, il leur rappelle la vraie signification de sa mort : pour lui, mourir c'est aller prendre possession du ciel. - Dans la maison de mon Père. Plus haut, 2, 16, Jésus employait la même locution pour désigner le temple de Jérusalem, qui était en réalité le palais de Jéhova sur la terre ; ici, c'est évidemment le ciel qu'il désigne, le lieu du divin séjour. Cf. Ps. 2, 4, 32, 13, 14, Is. 68, 15 ; Matth. 5, 34 ; 6, 9. - De nombreuses demeures. Détail pittoresque. Quelle simplicité de langage pour exprimer les idées les plus hautes ! La résidence du Seigneur ressemble à ces résidences princières où il y a beaucoup d'appartements, où l'on est sûr, par conséquent, de trouver de la place pour tous. Que les apôtres demeurent donc dans la paix ! Déjà Tertullien ajoutait cette autre déduction “ Comment y a-t-il plusieurs demeures auprès du Père, si ce n’est à cause de la diversité des mérites ? Comment, dans la gloire,  une étoile sera-t-elle plus brillante qu’une autre, si ce n’est à cause de la diversité de leurs rayons ? ”. L'idée est belle et exacte, et les anciens écrivains ecclésiastiques l'ont souvent répétée à propos de ce passage mais elle n'y est pas directement contenue. La pensée principale est bien marquée par le substantif demeure, de demeurer (d'où nous avons fait “ maison ”) : il s'agit avant tout d'une demeure permanente. Demeure n'apparaît qu'ici et au v. 23 dans le Nouveau Testament.  - Si cela n’était pas... Cette ligne est un peu obscure, et elle a reçu un assez grand nombre d'explications diverses. 1° C'est de la particule οτι, (que, parce que) que vient principalement la difficulté, et tel est le motif préalable de sa disparition dans quelques manuscrits grecs (N, Γ, Δ, Λ, etc., et la Recepta) : on l'aura supprimée pour alléger la phrase ; mais elle est aussi bien garantie que possible, car on la trouve dans les meilleurs documents (א, A, B, C, D, K, L, X, Π, les versions,  etc.). 2° Quelques commentateurs donnent un tour interrogatif : S'il n'en était pas ainsi, vous aurais-je dit que je vais vous préparer une place ? Dans ce cas, Jésus ferait allusion à une parole qu'il avait antérieurement prononcée. Mais où est cette parole ? On ne la trouve ni dans S. Jean ni dans les synoptiques. 3° Selon d'autres, le  οτι  est récitatif, à la façon hébraïque, ainsi qu'il arrive si souvent dans le quatrième évangile. “ S’il n’y avait pas plusieurs demeures dans la maison de mon Père, je vous l’aurais dit. Il faut que je m’en aille pour vous préparer une place, de peur qu’elle soit occupée ”. C'est le sentiment de S. Augustin, du V. Bède, etc. Toutefois, Maldonat a raison de dire que, d'après cette opinion, “ C’était un lieu difficilement praticable ”. 4° Nous préférons donc, avec Bossuet, Patrizi, Schanz, et presque tous les modernes, laisser à οτι sa signification plus habituelle de “ parce que ”. Jésus veut démontrer qu'il y a au ciel suffisamment de place pour tous ses amis. “ S'il en était autrement, je vous l'aurais dit, afin de vous éviter une désillusion cruelle ; mais il en est réellement ainsi, et la preuve, c'est que je vais vous préparer une place ”. - Vous préparer une place. Promesse bien douce ! Cf. Hebr. 4, 14 et 6, 30, où il est dit que Jésus est monté au ciel comme notre précurseur. Auparavant le séjour bienheureux nous était entièrement fermé. “ Le ciel était inaccessible aux hommes, et jamais une chair n’avait auparavant foulé le lieu pur et très saint des anges.  Mais le Christ fut le premier à nous donner accès à ce lieu, et il livra à la chair le secret d’y monter en s’offrant à Dieu Père comme prémisses de ceux qui sont morts et qui gisent dans la terre.  Et il fut le premier homme à se montrer à ceux qui sont au ciel ”. S. Cyrille d'Alex., h. l.

Jean chap. 14 verset 3. - Et lorsque je m'en serai allé, et que je vous aurai préparé une place, je reviendrai, et je vous prendrai avec moi, afin que là où je suis, vous y soyez aussi. - Je vous aurai préparé une place. Jésus réitère cette pensée consolante, pour y rattacher une autre perspective d'avenir plus consolante encore. La conjonction et est certainement authentique, quoique omise par les manuscrits A, Δ, etc. - Je reviendrai. Le présent est pittoresque et ajoute à la certitude de la promesse. De nouveau fait allusion à l'avènement antérieur de l'Incarnation. - Et je vous prendrai. “ Remarquez le changement de temps. Les mots avec moi marquent une union à la personne même de Jésus, idée que contenait déjà le verbe  je prendrai. Après une courte séparation, les apôtres devaient donc retrouver, et d'une façon beaucoup plus intime, cette présence bien aimée dont ils avaient goûté les charmes durant trois ans. On voit par là que la promesse “ Je reviendrai ” ne doit pas s'entendre de la fin des temps, mais d'un avenir rapproché : à la mort de chacun des disciples (voyez une bien belle réalisation pour S. Étienne, Act. 7, 55). Et cela est précisément indiqué par le futur : Jésus vient sans cesse et il est perpétuellement présent à son Église ; mais il introduit ses amis au ciel l'un après l'autre, au temps voulu par la Providence. - Afin que... Motif pour lequel il viendra chercher ses disciples, et résultat final obtenu pour eux. - Là où je suis (l'adverbe et le pronom sont très accentués) : au ciel, dans la maison de son Père (v. 2). - Vous y soyez aussi (nouvelle emphase). II ne veut pas jouir sans eux de sa gloire et de son bonheur. Actuellement il ne saurait les conduire au ciel avec lui, mais alors il se les réunira pour toujours.

Jean chap. 14 verset 4. - Vous savez où je vais, et vous en savez le chemin. - Jésus insiste sur cette idée souverainement consolante du ciel, où il va et où les apôtres le rejoindront plus tard ; mais il ajoute ici un détail important, relatif au chemin qui y conduit. - Vous en savez... En effet, “ Les disciples savaient, mais ils ne savaient pas qu’ils savaient ” (S. Augustin, h. l.), par suite de leur embarras et de leur trouble. Cf. v. 5. - Le chemin. La Recepta et les manuscrits A, Δ, etc., ont la même leçon que la Vulgate pour tout ce verset. D'autres nombreux témoins (א, B, C, L, Q, X, etc.) ont la variante qui suit, très énergique dans sa brièveté “ où je vais vous savez le chemin ”.

Jean chap. 14 verset 5. - Thomas lui dit : Seigneur, nous ne savons pas où vous allez ; comment pourrions-nous en savoir le chemin ? - Thomas lui dit. Le narrateur omet cette fois l'épithète accoutumée de Didyme. Cf. 11, 16 ; 20, 24 ; 21, 2. Quelle étonnante simplicité dans la question de S. Thomas ! Jusqu'à la fin les apôtres demeurent imbus de leurs préjugés messianiques ; ils ont la plus grande peine à croire que leur Maître va mourir. - Sous le couvert du titre accoutumé, Domine (Cf. 13, 36 ; 14, 8, 22), c'est un démenti formel qu'il donne à Notre Seigneur : nous ne savons pas où vous allez. Parlant au nom de tous, il affirme qu'ils ignorent le terme de ce mystérieux voyage sur lequel Jésus était revenu déjà plusieurs fois : comment donc connaîtraient-ils la route ? C'est une pure impossibilité : comment pourrions-nous savoir le chemin ? - Quelques auteurs ont vu, non sans quelque raison, dans l'interrogation de S. Thomas, un reflet de sa nature sceptique.

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