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Jean chap. 14 verset 15. - Si vous m'aimez, gardez mes commandements. - Seconde promesse, vv. 15-17 : Jésus enverra aux apôtres son divin Esprit, qui demeurera perpétuellement avec eux. - Si vous m’aimez. La consolation précédente, vv. 12b-14, devait être accordée aux disciples en récompense de leur foi (v. 12, “ celui qui croit en moi ”) ; celle-ci suppose un plus grand mérite de leur part, un amour sincère et généreux.  - Gardez… : L'obéissance, et non de fades sentiments, voilà en effet la vraie pierre de touche de l'affection. - Mes commandements, littéralement : “ les commandements qui sont miens ” : Il appelait de ce nom les préceptes qu'il leur avait personnellement imposés. Jésus ne mentionne ainsi ses propres commandements que dans ce discours d'adieu. Cf. v. 21 ; 15, 10, 12, etc.

Jean chap. 14 verset 16. - Et moi, je prierai le Père, et il vous donnera un autre Consolateur, afin qu'il demeure éternellement avec vous. - Et moi... Moi de mon côté. “ Acquittez-vous de vos fonctions ici-bas, et moi je remplirai mon rôle dans le ciel. ” Plummer. - Je prierai le Père. Jésus n'emploie plus le verbe αιτειν, “ demander ”, maintenant qu'il est question de sa propre prière (voyez les versets 13 et 14) ; il se sert de l'expression plus relevée ερωταν, qui ne marque pas autant la supplication. Cf. 11, 9,2 et le commentaire ; 16, 26 ; 17, 9, 15, 20. - La conjonction et introduit le résultat de cette puissante intercession.  - Il vous donnera un autre Consolateur. Dans un instant (v. 17) le Sauveur nous dira lui-même quel est cet “ autre Paraclet ” ; nous n'avons donc qu'à expliquer ce nom, calqué par la Vulgate (et aussi par le syriaque, l'arabe, l'éthiopien, etc.) sur le grec παρακλητος. S. Jean est le seul écrivain du Nouveau Testament qui en fasse usage : quatre fois dans son évangile (ici, au v. 26, 15, 26 et 16, 7, et c'est toujours Jésus qui le prononce), une fois dans sa première épître, 2, 1. La racine consiste dans les deux mots παρα, καλεω, j'appelle auprès ; la signification littérale et classique est donc avocat (Cf. I Joan. II, 1, dans la Vulgate), l’avocat, un homme qui est appelé auprès d'un autre pour lui venir en aide, principalement devant une cour de justice. Et tel est le sens que lui donnent non seulement un certain nombre de Pères, entre autres Tertullien, S. Augustin, S. Hilaire, etc., mais aussi les Rabbins, car ils l'emploient assez fréquemment dans leurs écrits sous la forme à peine modifiée de  מילכרפ   (Paraklît). Voyez Buxtorf, Lexic. talmud., p. 1843. Et cette acception cadre pour le mieux avec les cinq passages bibliques cités plus haut. Il est vrai qu'un certain nombre d'auteurs anciens (en particulier les Pères grecs) traduisent παρακλητος  par Consolateur ; mais c'est là restreindre un peu trop la pensée, car la consolation n'est qu'un des rôles multiples de l'avocat. Du reste, il faudrait la forme active παρακλητωρ pour que cette interprétation fût exacte. - Jésus dit “ un autre Consolateur ”, un second Paraclet ; il avait été en effet lui-même le premier. Philon donne également au λογοσ le titre de παρακλητος. - Il vous donnera est une locution beaucoup plus expressive que “ il vous enverra ”. Je vous donnerai en propre ce divin avocat. - Pour qu’il demeure éternellement avec vous. Les manuscrits א, L, Q, X et. l'Itala (a, c, f) lisent  “ soit ”, au lieu de  “ demeure ”. Cette deuxième leçon est la mieux garantie (A, D, Γ, Δ, Λ, Π, Vulgate, etc.). - Éternellement : à tout jamais, car on a besoin d'avoir toujours son avocat auprès de soi. Jésus était obligé de quitter ses apôtres ; l'Esprit Saint demeurera à côté d'eux et de leurs successeurs pour les assister. Voyez plus bas, 16, 8-11, des détails plus complets sur son divin concours.

Jean chap. 14 verset 17. - l'Esprit de vérité, que le monde ne peut recevoir, parce qu'il ne Le voit pas, et qu'il ne Le connaît pas. Mais vous, vous Le connaîtrez, parce qu'Il demeurera avec vous, et qu'Il sera en vous. - Jésus va indiquer en termes plus précis quel est ce Paraclet, et à qui il le destine. - 1° C'est l'Esprit Saint en personne qu'il appelle ici l’Esprit de vérité, soit à cause des vérités qu'il viendra manifester (Cf. 15, 16 ; 16, 13), soit par opposition au démon, l'“ esprit d'erreur ” (1 Joan. 4, 6). Ce passage (vv. 16 et 17) est justement classique dans le traité de la Sainte Trinité : il nous présente clairement le Père qui donne, le Fils qui demande, l'Esprit Saint qui est donné. - 2° Ceux auxquels est destiné ce céleste don sont mentionnés d'abord négativement, puis en termes positifs. Négativement: le monde ne peut le recevoir. Le monde (Cf. 1, 10 et la note) ne saurait recevoir l'Esprit Saint (dans le texte grec, λαβειν, prendre, saisir : expression qui suppose une certaine activité). Et Jésus en explique aussitôt la cause (parce que...) : c'est qu'il n'y pas d'affinité entre le Paraclet et ce monde incrédule. - Il ne le voit pas. Les hommes pervertis n'ont pas d'yeux spirituels pour contempler le Saint-Esprit. - Par conséquent, il ne Le connaît pas. Ce n'est pourtant, pas l'intelligence, ni l'amour de la science qui manque au monde : chaque siècle ajoute au nombre de ses connaissances, dont il est justement fier ; mais jamais il n'a su et n'a voulu percevoir le divin.  - Au contraire, c'est pour les disciples et les croyants que viendra le Paraclet : Vous Le connaîtrez. Assurément les apôtres ne connaissaient encore l'Esprit Saint que d'une manière imparfaite, mais ses révélations devaient bientôt compléter leur science. - De nouveau, la particule parce que  introduit un motif. - Il demeurera avec vous. Il y a un renversement remarquable de la pensée. Au premier hémistiche, le Saint-Esprit n'était pas donné au monde, parce que celui-ci refusait de le reconnaître ; les disciples le connaissent parce qu'ils le possèdent. Autres nuances délicates : les locutions “ avec vous ”, “ en vous ”, marquent les différents modes dont le Paraclet assistera les apôtres. Il sera leur compagnon fidèle, leur vaillant défenseur, une force irrésistible pour chacun d'eux pris individuellement.

Jean chap. 14 verset 18. - Je ne vous laisserai pas orphelins, je viendrai à vous. - Troisième promesse, vv. 18-24. Non content de leur procurer son Esprit, Jésus viendra lui-même mystiquement demeurer avec ses disciples. - Je ne vous laisserai pas (dans le texte grec, expression énergique : laisser aller) orphelins. Mot calqué sur le grec ορφανος, qu'on trouve seulement deux fois dans le Nouveau Testament. Cf. Jac. 1, 27. Jésus venait d'appeler les apôtres ses “ petits enfants ” (Cf. 13 34) : “ il continue à parler en père ”, Bossuet.  - Je viendrai à vous. Ou plutôt, d'après le texte original : Je viens à vous. Preuve qu'il ne s'agit pas de la fin des temps (S. Augustin, le Vén. Bède, Maldonat, etc.), époque trop lointaine et tardive pour réaliser une promesse dans le temps présent. Il n'est pas probable non plus que le Sauveur fasse allusion par cette parole à sa résurrection et aux entrevues si rares qu'il eut avec ses amis avant l'Ascension (S. Jean Chrysost., Théophylacte, etc.) : c'est trop restreindre la consolation promise. Le mieux est donc de donner à ces mots l'interprétation mystique qui est indiquée par le contexte : cet avènement de Jésus aura lieu en même temps que celui du divin Paraclet (S. Cyrille, Rupert de Deutz, etc.).

Jean chap. 14 verset 19. - Encore un peu de temps, et le monde ne me verra plus. Mais vous, vous me verrez, parce que je vis, et que vous vivrez. - Plus qu'un peu de temps ! Cf. 13, 33 ; 16, 16. - Le monde ne me verra plus. C'est le présent de la réalisation anticipée. Dans quelques heures, Jésus aura disparu d'au milieu du monde ; les hommes ordinaires cesseront donc de le voir corporellement. Quant à ses disciples (“ mais vous, vous... ”, forte antithèse comme au v. 18), étant doués d'un regard spirituel et mystique, ils continueront de le contempler auprès d'eux, même après sa mort et son ascension. Le même verbe “ voir ” doit donc s'entendre tour à tour de la vision physique et de la vision spirituelle.  - Parce que... Jésus veut expliquer pourquoi ses amis ne cesseront pas de le voir, même après qu'il leur aura retiré sa présence extérieure. Il vivra toujours, et eux aussi ils vivront d'une vie supérieure. - Je vis. Lui qui devait mourir le lendemain ! Allusion solennelle à sa vie ressuscitée. - Et vous vivrez. Cette fois Jésus parle au futur, car la nouvelle et complète existence des apôtres ne devait commencer qu'après la Pentecôte. Si le Maître et les disciples vivent toujours, et d'une manière transfigurée, rien ne les empêchera de demeurer présents les uns aux autres, et de se contempler mutuellement.

Jean chap. 14 verset 20. - En ce jour-là, vous connaîtrez que je suis en mon Père, et vous en moi, et moi en vous. - En ce jour-là (avec emphase). Cf. 16, 23, 26. Au jour ou ils recevront l'Esprit Saint, qui leur communiquera cette plénitude de vie ; et constamment ensuite, à partir de ce grand jour.  - Vous connaîtrez. Le pronom est accentué (Cf. v. 17). Dans le texte grec, le verbe γνώσεσθε marque, selon l'ordinaire, une connaissance qui provient d'une expérience personnelle. - Que je suis en mon Père. Voyez les versets 10 et 11. - Et vous en moi, et moi en vous. Douce et glorieuse union ; sorte d’existence commune et réciproque analogue à celle des personnes divines. Jésus et ses disciples ne forment qu'un organisme unique ; il est la tête, ils sont les membres. Cf. 15, 4, 5 ; 17, 21, 23 ; 1 Joan. 3, 24 ; 4, 13, 15, 16.

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