Jean chap. 14 verset 21. - Celui qui a mes commandements et qui les garde, c'est celui-là qui m'aime. Or celui qui m'aime sera aimé de mon Père, et je l'aimerai aussi, et je me manifesterai à lui. - Un amour efficace et généreux est de nouveau demandé aux apôtres comme condition de cette union parfaite. Cf. v. 15. - Celui qui a mes commandements et qui les garde. Remarquez l'emploi du temps présent, qui a dans le texte grec une énergie particulière. S. Augustin exprime très bien les nuances des verbes “ avoir ” et “ garder ”, Traité 75 sur S. Jean, 5 : “ Celui qui les a dans la mémoire et qui les garde dans sa manière de vivre, qui les a dans ses discours, et qui les garde en ses mœurs ; qui les a en les écoutant et qui les garde en les pratiquant, ou qui les a en les pratiquant, et qui les garde en y persévérant ”. Le premier désigne une possession plus passive, le second une obéissance active. - C’est celui-là... avec beaucoup d'emphase. Celui-là, et pas un autre. - Qui m’aime. Voilà mon véritable ami ! Au v. 15, l'obéissance était présentée comme une conséquence de l'amour ; ici, elle en est donnée comme la démonstration. - Celui qui m’aime... “ Si tu veux être aimé, aime ”, dit le proverbe. Le saint amour des disciples obtiendra infailliblement ce résultat : ils trouveront en Dieu une admirable correspondance à leur affection. - Sera aimé de mon Père : le Père, en effet, regardera comme accompli pour lui-même tout ce qu'on aura fait envers son Fils. Il daignera donc aimer divinement les amis de Jésus. - Et je l’aimerai aussi. Jésus lui-même, de son côté, ne saurait rester en retard. Quel suave échange d'affection ! Mais l'on recevra bien plus que l'on aura donné. - Et je me manifesterai à lui. Dans le texte grec, le verbe έμφανίσω ne se rencontre qu'en ce passage du quatrième évangile (ici et au v. 22) ; il désigne une manifestation très noble, très intime, bien que cette manifestation ne soit pas toujours extérieure, comme c'est ici le cas. D'après la traduction des Septante, Moïse demande à Dieu, Ex. 33, 13 “ fais-moi connaître ton chemin, et je te connaîtrai, je saurai que j’ai trouvé grâce à tes yeux ”. Ce souhait sera bien autrement réalisé pour les apôtres que pour le législateur juif.
Jean chap. 14 verset 22. - Judas, non pas l'Iscariote, lui dit : Seigneur, d'où vient que vous vous manifesterez à nous, et non pas au monde ? - Le Sauveur est interrompu pour la quatrième fois. Cf. 13, 36 ; 14, 5, 8. S. Jude, ou Lebbée, ou Thaddée, “ l'apôtre aux trois noms ” (voyez l'Evang. selon S. Matthieu, commentaire de 10, 3), n'est mentionné qu'en cet endroit par S. Jean. - Les mots significatifs non pas l’Iscariote semblaient inutiles après la note 13, 30, qui avait annoncé le départ du traître : c'est comme un cri de légitime horreur échappé au cœur du disciple bien-aimé. - D’où vient que... Que s'est-il donc passé pour que ...? Quel événement vous a porté à modifier le plan messianique ? - Vous vous manifesterez à nous. Jude se sert de la même expression que son Maître, έμφανιζειν. La promesse “ je me manifesterai à lui ” l'a vivement frappé ; mais il a compris que Jésus parlait d'une manifestation restreinte, qu'il réservait à ses seuls disciples, par opposition au monde ; or, rempli comme les autres de nombreux préjugés relativement au Messie, il croyait que Notre Seigneur devait se révéler au monde entier et de la manière la plus éclatante. Pourquoi donc tout à coup des limites si étroites ? - A nous (avec emphase : à nous seuls), et non pas au monde. Voyez les vv. 17 et 19, où Jésus avait lui-même établi cette antithèse. - Cette interruption aura ses avantages aussi bien que les précédentes ; car elle nous obtiendra du Sauveur de précieux développements sur la nature toute spirituelle de la manifestation promise.