12Ceci est mon commandement : que vous vous aimiez les uns les autres, comme je vous ai aimés. 13Personne ne peut avoir un plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis. 14Vous êtes mes amis, si vous faites ce que je vous commande. 15Je ne vous appellerai plus serviteurs, parce que le serviteur ne sait pas ce que fait son maître ; mais je vous ai appelés amis, parce que tout ce que j'ai appris de mon Père, je vous l'ai fait connaître. 16Ce n'est pas vous qui m'avez choisi, mais c'est moi qui vous ai choisis, et je vous ai établis afin que vous alliez, et que vous portiez du fruit, et que votre fruit demeure ; afin que tout ce que vous demanderez au Père en mon nom, il vous le donne. 17Ce que je vous commande, c'est de vous aimer les uns les autres.
L’idée mère de ce passage est placée en avant (verset 12) et à la fin (verset 17) comme une sorte de cadre : de beaux développements forment le centre.
Jean chap. 15 verset 12. - Ceci est mon commandement : que vous vous aimiez les uns les autres, comme je vous ai aimés. - Ceci est mon commandement : le commandement qui est mien. C’est, ainsi que Jésus l’a déjà dit un peu plus haut, 13, 34, son précepte spécial, essentiel, distinctif ; celui qui comprend tous les autres, à l’exécution desquels il tenait tant. Cf. verset 10. - Que vous vous aimiez les uns les autres comme je vous ai aimés. Voyez le verset 9. Dans un instant le Sauveur va commenter ce “ comme je vous ai aimés ” (versets 13-15).
Jean chap. 15 verset 13. - Personne ne peut avoir un plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis. - Personne ne peut avoir un plus grand amour… Quelle est, parmi les hommes, la preuve la plus parfaite de la charité fraternelle, et celle qui réalise le suprême idéal, de sorte que “ personne ” ne puisse aller au-delà ? - Que de donner sa vie pour ses amis. En effet, nous n’avons rien de plus précieux que notre vie, et nous ne pouvons pas faire de plus grand sacrifice que de la donner pour ses amis. Cf. Rom. 5, 6-8. Ce sacrifice, N.-S. Jésus-Christ allait l’accomplir le lendemain.
Jean chap. 15 verset 14. - Vous êtes mes amis, si vous faites ce que je vous commande. - Vous (pronom très accentué) êtes mes amis. Jésus applique d’une manière particulière aux apôtres le principe général énoncé au verset 13 ; comme s’il disait : Quand je parle d’amis, c’est vous surtout que j’ai directement en vue. - Si vous faites ce que je vous commande. Mais il signale de nouveau la condition “ sine qua non ”, l’obéissance courageuse à tous ses ordres.
Jean chap. 15 verset 15. - Je ne vous appellerai plus serviteurs, parce que le serviteur ne sait pas ce que fait son maître ; mais je vous ai appelés amis, parce que tout ce que j'ai appris de mon Père, je vous l'ai fait connaître. - Le divin Maître insiste sur ce nom d’amis, dont il relève la dignité, la beauté. D’une part, il montrera ainsi combien ses disciples lui sont redevables, à lui qui les a choisis par pure bonté ; d’autre part, ce sera un argument très fort pour sa thèse (verset 12) : ceux qu’il a tant aimés, confondus dans une même affection, ne devront-ils pas s’entr’aimer mutuellement à leur tour ? Ce qu’il a fait pour eux, il faut qu’ils le reproduisent les uns pour les autres. - Je ne vous (avec emphase : vous, mes disciples de prédilection) appellerai plus serviteurs. A différentes reprises, Jésus avait donné aux apôtres ce nom (cf. 12, 26 ; 13, 13), qui exprimait fort bien la nature de leurs relations à son égard, et qu’ils continuèrent longtemps de prendre eux-mêmes comme un titre de gloire (Cf. Rom. 1, 10 ; 2 Petr. 1, 1 ; Apoc. 1, 1, etc.) : mais il daigne affirmer qu’il ne leur convient plus aussi bien désormais. - Et il s’explique : Le serviteur ne sait pas ce que fait son maître (inversion grecque pleine d’emphase, “ son maître ”, le maître dont il dépend). En effet, un serviteur n’est point admis à l’intimité. Il ne voit que l’extérieur de la conduite de son maître ; mais il en ignore les motifs secrets, les desseins. Il est lui-même un simple instrument, que l’on paie et dont on use pour son argent. - Mais je vous ai appelés... Antithèse très forte : il n’en est pas ainsi de vous, qui êtes admis aux secrets les plus intimes de votre maître. - Amis. Remarquez le parfait : le titre d’amis est à tout jamais confirmé aux disciples. Jésus le leur avait adressé déjà avant cette circonstance (Cf. Luc. 12, 4), mais point avec la solennité et la vigueur du moment actuel. - Parce que introduit de nouveau le motif. - Tout ce que... Le serviteur ne sait pas ce “ tout ” sans exception, car l’on dit tout à un ami intime. Sans doute, un peu plus loin (16, 12), Notre Seigneur dira qu’il aurait encore beaucoup à ajouter pour que l’instruction des apôtres fût parfaite ; mais sa réflexion portera sur le développement de ses révélations antérieures, et non sur des révélations nouvelles. Voyez 14, 26 et le commentaire. Ils connaissent l’essentiel, tout ce qu’ils étaient alors en état de porter. - … J’ai appris de mon Père. Cf. 6, 26, 28 et l’explication. - Je vous l’ai fait connaître. En un mot, Jésus a témoigné à ses disciples la plus entière confiance ; il les a réellement traités en amis. - Notez le rythme solennel qui règne dans ce verset : le parallélisme est aussi parfait que possible.
Je ne vous appellerai plus serviteurs,
parce que le serviteur ne sait pas ce que fait son maître.
Mais je vous ai appelés amis,
parce que tout ce que j'ai appris de mon Père, je vous l'ai fait connaître.
Jean chap. 15 verset 16. - Ce n'est pas vous qui m'avez choisi, mais c'est moi qui vous ai choisis, et je vous ai établis afin que vous alliez, et que vous portiez du fruit, et que votre fruit demeure ; afin que tout ce que vous demanderez au Père en mon nom, il vous le donne. - Dans cette noble et sainte amitié, Jésus a naturellement eu le plus beau rôle : c’est de lui qu’est venue l’initiative. - Ce n’est pas vous qui m’avez choisi. Le premier pronom est très accentué. D’ordinaire, les disciples font choix par eux-mêmes du maître dont ils désirent suivre les leçons, et tel était le cas relativement aux Rabbins juifs. - Mais c’est moi qui vous ai choisis, Comp. 7, 71 ; 13, 18 ; Luc. 6, 13, et surtout Marc. 3, 13 : “ il appela ceux qu’il voulait ”. Grâce ineffable, s’écrie S. Augustin. Cette vocation à l’apostolat avait eu lieu par pure bonté, sans mérite antérieur de la part des élus : circonstance qui rehausse la divine amitié du sauveur. Et dans quelle intention Jésus les a-t-il choisis entre mille ? Il le leur dit pour leur bien et pour le nôtre. C’est, en effet, la fin du sacerdoce qui est ici marquée. - Et je vous ai établis (répétition emphatique du pronom). Le verbe grec est très expressif : Je vous ai institués. Cf. 2 Tim. 1, 11, et Hebr. 1, 2, où il est employé dans le même sens. Il n’a pas ici la signification de “ planter ”, que lui donnent à tort quelques interprètes. - Afin que vous alliez, (en grec avec une nouvelle répétition du pronom “ vous ”). Littéralement : pour qu’ils s’en aillent au loin sur le théâtre de leur apostolat. - Et que vous portiez du fruit … Ces mots nous ramènent à l’allégorie de la vigne. Ils se rapportent aux conversions nombreuses que les disciples devaient opérer bientôt dans le monde entier. Les âmes gagnées au verbe, voilà par excellence le fruit que Dieu demande à ses apôtres ; mais cela demande évidemment des fruits personnels de vertu et de perfection. - Et que votre fruit demeure. Les fruits de la terre ne durent qu’une courte saison ; l’Église fondée, le salut éternel procuré par la prédication apostolique, ce sont des fruits qui ne sauraient périr. - Afin que tout ce que vous demanderez... Jésus a donc institué ses apôtres en vue d’une double fin : pour qu’ils portent des fruits durables et pour qu’ils jouissent de “ la toute-puissance suppliante ”. Ces deux choses vont ensemble : de quoi seraient capables les ministres de l’Évangile sans les grâces de Dieu, grâces qu’ils obtiennent par leurs ferventes prières ? D’où il suit que sans une intercession constante, le zèle le plus actif ne saurait être béni. - Il vous le donne. Sur cette promesse, qui revient à plusieurs reprises dans le discours d’adieu, voyez 14, 13, 14 et l’explication.
Jean chap. 15 verset 17. - Ce que je vous commande, c'est de vous aimer les uns les autres. - Après les beaux développements (versets 13-16) donnés au précepte de l’amour fraternel (verset 12), Jésus réitère avec vigueur ce précepte : Ce que je vous commande... Dans le texte grec, le pronom traduit par ce que est cette fois au pluriel, parce qu’il ne retombe pas sur les mots qui suivent (de vous aimer les uns les autres), mais sur les détails donnés précédemment, versets 12-16. La vraie traduction est donc : Je vous prescris ces choses, afin que vous vous aimiez les uns les autres. - “ Luthardt fait observer que, dans les dix-sept premiers versets de ce chapitre, il ne se rencontre pas une seule particule de liaison, ce qui confère au texte une solennité particulière. C’est ici la dernière volonté de Jésus parlant aux siens… Un tel style ne saurait appartenir à un auteur grec ; cette parole est sortie d’une pensée hébraïque. ” Godet, h. l. C’est donc là une de ces preuves intrinsèques d’authenticité qui sont répandues à travers toute la narration de S. Jean.