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Jean chap. 16 verset 5a. - Je ne vous les ai pas dites dès le commencement, parce que j'étais avec vous.  - Dès le commencement : aussitôt après leur vocation à l'apostolat (15, 25). D'assez bonne heure, cependant, et à différentes reprises N.-S. Jésus-Christ avait annoncé aux disciples les souffrances qu'ils auraient à endurer  pour lui. Cf. Matth. 5, 10, et ss. ; 10,16, et ss. ; Luc. 6, 22-23, etc. Mais alors il parlait seulement de l'avenir en général, et les apôtres avaient à peine remarqué ces prédictions douloureuses, tant leurs espérances messianiques étaient brillantes soit pour leur Maître, soit pour eux-mêmes : en ce moment la prophétie est nette, catégorique ; il n'y a pas d'erreur possible. De plus, au côté triste se joint ici la consolante promesse du Paraclet. Le Seigneur exprime donc vraiment des choses neuves sous divers aspects, et c'est à tort que les rationalistes ont essayé de mettre ce passage en contradiction avec ceux des synoptiques que nous venons de citer. - Parce que j’étais avec vous. Détail touchant. Aussi longtemps que Jésus était avec ses disciples, ceux-ci n'avaient rien à craindre, car sa douce et divine présence suffisait pour les réconforter : il n'était donc pas nécessaire qu'il insistât d'avance sur les persécutions de l'avenir.

Jean chap. 16 verset 5b. - Et maintenant, je vais à celui qui m'a envoyé, et aucun de vous ne me demande : Où allez-vous ? -  C'est ici que commence, et très justement, le v. 5 dans le texte grec. Il inaugure une nouvelle série de pensées, que S. Thomas appelle “ les raisons qui consolaient de l’éloignement du Seigneur ”, et que nous avons intitulée plus haut : La venue et l’œuvre de l'Esprit Saint (vv. 5-15). Nous trouvons en tête une idée générale, vv. 5b-7 ; après quoi, le monde et le collège apostolique sont présentés tour à tour (vv. 8-11, 12-15) comme une double sphère d'activité pour l'Esprit Saint. Le v. 7 contient l'idée principale du prélude (vv. 5b-7) ; les vv. 5b-6 sont une transition.  - Et maintenant. Expression solennelle. La particule établit une forte antithèse entre le prochain départ de Notre Seigneur (“ je vais ”) et les années qu'il avait passées auprès de ses apôtres (“ j’étais avec vous ”). - A celui qui m’a envoyé. il s'en retourne au ciel, sa mission d'ambassadeur étant achevée sur la terre. - Et (et pourtant) aucun de vous ne me demande : Où allez-vous ? C'est la question si naturelle des enfants, des amis, au père ou à l'ami qui leur fait part d'un projet de voyage. Sans doute, au début du discours, deux apôtres l’avaient coup sur coup posée à Jésus dans le cénacle (S. Pierre, 13, 36, et S. Thomas, 14, 5), mais d'une manière tout extérieure et superficielle, car ils n'avaient désiré connaître que le terme de son voyage mystérieux. Or, le Sauveur aurait voulu qu'ils la réitérassent maintenant (notez l'emploi du présent, “ demande ”) avec des vues plus hautes, et d'après le sens plus profond qu'ils pouvaient entrevoir à la suite de ses explications. “ Comme s'il disait : Vous ne songez point où je vais ; en quel lieu, à quelle gloire, à quelle félicité ; mais sans songer où je vais et ce que je vais y faire, vous vous affligez. En quoi il les reprend secrètement du peu d'attention qu'ils ont à ce qu'il fait, et du peu d'amour qu'ils ont pour lui, puisqu'ils ne songent qu'à eux-mêmes, et ne s'occupent que de leur tristesse ”. Bossuet, Médit. sur l’Évangile, 2e partie, 18e jour. Voyez aussi Cornelius a Lapide, h. l. “ Jésus aurait aimé trouver en ce moment chez eux le joyeux élan de cœurs qui s'ouvrent aux perspectives d'une époque nouvelle, et qui ne tarissent pas en confiantes questions sur ce qu'il leur promet ” (Godet, d'après  Hengtenberg).

Jean chap. 16 verset 6. - Mais, parce que je vous ai dit ces choses, la tristesse a rempli votre cœur.  - Ces choses : les désolantes paroles des versets 1-5, relatives soit aux persécutions dont les disciples étaient menacés, soit au propre départ du Maître.  - La tristesse a rempli votre cœur. Le langage est très énergique, comme l'était d'ailleurs la réalité.

Jean chap. 16 verset 7. - Cependant, je vous dis la vérité : il vous est utile que je m'en aille ; car, si je ne m'en vais pas, le Défenseur ne viendra pas à vous ; mais, si je m'en vais, je vous l'enverrai.  -  De nouveau Notre Seigneur va les consoler en leur promettant le divin Paraclet. Cf. 14, 16, 26 ; 15, 26.  - Cependant, je vous dis la vérité. Le pronom est accentué : Moi qui connais toutes choses, moi qui ne vous ai jamais trompés. Jésus appuie également sur l'expression la vérité. Le trouble dans lequel étaient tombés les apôtres était pour eux une source d'erreur ; leur Maître infaillible allait leur proposer la vérité toute simple.  - Il vous est utile que je m’en aille. “ Vous ” et “ je ” sont mis en contraste. Plus haut, 14, 28, Jésus avait parlé des avantages que lui procurerait à lui-même son retour auprès de son Père ; il signale ici celui qu'en retireront à leur tour les disciples. - Si je ne m’en vais pas. Le départ du Sauveur est, d'après le plan divin, une condition indispensable de l'envoi du Paraclet. Voyez 7, 39 ; 14, 16. - Après avoir exprimé cette condition en termes négatifs (le Défenseur ne viendra pas), Jésus la répète sous une forme positive (si... je vous l’enverrai).

Jean chap. 16 verset 8. - Et lorsqu'il sera venu, il convaincra le monde en ce qui concerne le péché, la justice et le jugement. - A partir de cet endroit, nous apprenons quel sera le rôle de l'Esprit Saint, soit par rapport au monde si coupable, soit par rapport aux apôtres et à leurs successeurs. - 1° Le monde et le Paraclet, vv. 8-11. Beau et profond passage, quoiqu'il paraisse de prime abord un peu énigmatique. Il résume admirablement, dans le mot Victoire, l'action de l'Esprit Saint au  milieu du monde incrédule.   - Et lorsqu’il sera venu, il convaincra... Expression très significative. On la traduit ordinairement par “ rendre manifeste quelque chose à quelqu’un par des raisons : convaincre ” ; mais il faut en outre le prendre en mauvaise part, car il s'y ajoute une idée de blâme : convaincre quelqu'un de ses torts, lui donner sur tel ou tel point une démonstration si forte de la vérité, qu'il soit obligé de reconnaître qu'il est dans l'erreur. Ce rôle convient à merveille au Paraclet, à l'avocat céleste (voyez la note de 14, 16). Comparez aussi 1 Tim. 5, 20 ; 2 Tim. 4, 2 ; Tit. 1, 9, 13 ; 11, 15, où le verbe “ convaincre ” sert à décrire le rôle des évêques à l'égard des fidèles imparfaits et des ennemis déclarés de l’Église. - La réfutation du Saint-Esprit aura un triple objet : le péché, la justice et le jugement. Trois choses si graves, dont le monde corrompu refusait d'admettre l'existence, du moins dans sa conduite pratique. Aucun des substantifs n'est précédé de l'article dans le texte grec, ce qui laisse chaque fois à l'idée sa généralité. “ Il convaincra le monde de péché, de justice, de jugement. ”  - Dans les trois versets suivants (9-11) Jésus reprend solennellement chacune de ces expressions, pour la commenter lui-même. Remarquez encore la cadence et le parallélisme des périodes :

En ce qui concerne le péché,

parce qu'ils n'ont pas cru en moi ;

En ce qui concerne la justice,

parce que je m'en vais à mon Père, et que vous ne me reverrez plus ;

En ce qui concerne le jugement,

parce que le prince de ce monde est déjà jugé.

 

On a dit à juste titre que le quatrième évangile, agissant à la façon du S. Esprit, convainc alternativement le monde de péché (3, 19-21 ; 5, 28-29, 38-47 ; 8, 21 et ss., 34-47 ; 9, 41 ; 14, 27 ; 15, 18-24), de justice (5, 30 ; 7, 18, 24 ; 8, 28, 46, 50, 54 ; 12, 32 ; 14, 31 ; 18, 37), de jugement (12, 31 ; 14, 30 ; 17, 15). Voyez Kœstlin, Lehrbegriff, p. 205. La lecture de ces divers passages serait une excellente explication des vv. 9-11.

Jean chap. 16 verset 9. - En ce qui concerne le péché, parce qu'ils n'ont pas cru en moi ; - Ce sera la première conviction produite par le Paraclet : il démontrera au monde qu'il est “ le monde entier est au pouvoir du Mauvais ” (1 Joan. 5, 19), plongé constamment dans toutes sortes de péchés. - Parce que... Ces trois “ parce que ” sont remarquables. Ils introduisent “ trois faits distincts, qui correspondent au caractère spirituel du monde (v. 9), du Christ (v. 10), du démon (v. 11), et qui forment tour à tour la base de l'action du Saint Esprit ”, Westcott. - Or la base des péchés multiples du monde, c'est son incrédulité si complète et si inexcusable : ils n’ont pas cru en moi. Cf. 15, 22, 24. Le Paraclet le prouvera. Dans le grec, on lit “ ils ne croient pas ”  au temps présent.

 Jean chap. 16 verset 10. - En ce qui concerne la justice, parce que je m'en vais à mon Père, et que vous ne me reverrez plus. - La justice. S. Jean n'emploie ce substantif qu'ici et au v. 8. D'après l'interprétation la plus vraisemblable, admise par la plupart des Pères grecs et des interprètes contemporains, la justice en question n'est autre que celle de N.-S. Jésus-Christ lui-même. Les mondains avaient refusé de la reconnaître, maltraitant le juste par excellence (Act. 3, 14), comme s'il eût été le dernier des scélérats ; mais le Paraclet leur en fournira une preuve incontestable. - Parce que je m’en vais à mon Père. Ce fait parlera de lui-même, hautement et suffisamment. L'entrée triomphale de N. S. Jésus-Christ dans le ciel comme Fils de Dieu démontrera sans réplique qu'il possédait, ou plutôt qu'il était la parfaite innocence. - Et que vous ne me verrez plus. (en grec, encore le temps présent, par anticipation). Trait délicat ; même en faisant mention de sa gloire consommée auprès du Père, Jésus n'oublie point la tristesse que la séparation devait causer à ses meilleurs amis. Toutefois, il y a plus que cela ; car, avant tout, ce détail est un développement des mots Je m’en vais à mon Père. En conséquence de son départ et de la nouvelle forme d'existence qu'il aura prochainement, Jésus cessera d'être visible aux regards matériels et physiques des apôtres. Cf. 14, 19 et le commentaire. - S. Augustin et un certain nombre d’exégètes qui l'ont suivi entendent ici par justice non pas l'innocence du Sauveur lui-même, mais celle des vrais croyants. “ De quelle façon le monde sera-t-il donc  convaincu touchant la justice ? Il le sera touchant la justice de ceux qui croient ; il est convaincu touchant le péché, parce qu'il ne croit pas en Jésus-Christ ; et il est convaincu touchant la justice de ceux qui croient. Car, pour être condamnés, il suffira aux infidèles d'être comparés aux fidèles ”, S. Aug. Traité 95 sur S. Jean, 2. Mais ce sens est moins net et ne cadre pas bien avec le contexte. Nous jugeons identiquement l'opinion d'après laquelle il s'agirait de la nature de la vraie justice en général.

Jean chap. 16 verset 11. - En ce qui concerne le jugement, parce que le prince de ce monde est déjà jugé. - En ce qui concerne le jugement : désigne ici un jugement de condamnation, porté par l'Esprit Saint contre le monde. Cf. 3, 18. - Parce que introduit pour la troisième fois le motif. Et ce motif est tout à fait péremptoire : le prince de ce monde (c'est-à-dire, Satan. Cf. 12, 31 ; 14, 30) est déjà jugé. Notez l'emploi du parfait. Déjà la chose est accomplie pour ainsi dire, tant elle est certaine à l'avance. En Satan s'était concentré l'esprit du monde ; or Satan verra son règne renversé par la prédication de l’Évangile : son jugement et sa condamnation sont le gage d'un jugement analogue pour les mondains, ses sujets. Que le monde ne se croie donc pas victorieux parce que Jésus va mourir sur la croix. - Faisons encore une rapide synthèse (voyez la note du v. 8). Au verset 9, il a été question de l'homme en général ou du monde ; les versets 10 et 11 nous ont ensuite présenté les deux princes spirituels qui ont influencé les hommes de manières si différentes : N.-S. Jésus-Christ et le chef des démons. L'homme est mis en corrélation avec le péché, Jésus-Christ avec la justice, Satan avec la damnation. Ces idées ne sont-elles pas aussi belles que profondes ?

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