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Le Benedictus (vv. 67-79)

67Et Zacharie, son père, fut rempli du Saint-Esprit, et il prophétisa, en disant : 68Béni soit le Seigneur, le Dieu d’Israël, de ce qu’il a visité et racheté son peuple, 69et nous a suscité un puissant Sauveur dans la maison de David, son serviteur, 70ainsi qu’il a dit par la bouche de ses saints prophètes des temps anciens, 71qu’il nous délivrerait de nos ennemis et de la main de tous ceux qui nous haïssent, 72pour exercer sa miséricorde envers nos pères, et se souvenir de son alliance sainte, 73selon le serment qu’il a juré à Abraham, notre père, de nous accorder cette grâce, 74qu’étant délivrés de la main de nos ennemis, nous le servions sans crainte, 75marchant devant lui dans la sainteté et la justice, tous les jours de notre vie. 76Et toi, petit enfant, tu seras appelé le prophète du Très-Haut : car tu marcheras devant la face du Seigneur, pour préparer ses voies, 77afin de donner à son peuple la connaissance du salut, pour la rémission de leurs péchés, 78par les entrailles de la miséricorde de notre Dieu, grâce auxquelles le soleil levant nous a visités d’en haut, 79pour éclairer ceux qui sont assis dans les ténèbres et à l’ombre de la mort, pour diriger nos pas dans la voie de la paix.

Luc chap. 1 verset 67. - Et Zacharie, son père, fut rempli du Saint-Esprit, et il prophétisa, en disant.  - Ces mots nous ramènent au v. 64 auquel ils servent de développement. Nous allons apprendre en effet la manière dont Zacharie, après avoir recouvré l'usage de la parole, se mit à louer et à remercier le Seigneur. Mais, ajoute l’évangéliste pour caractériser d'avance le « Benedictus », ses remerciements, ses louanges furent bien plus l’œuvre de Dieu que la sienne propre : ils lui furent inspirés d'en haut, il fut rempli du Saint-Esprit. De tous les membres de cette sainte famille il est dit qu'ils furent tour à tour remplis de l'Esprit-Saint. Comp. Les vv. 15 et 41. - Il prophétisa. Ce verbe désigne ici tout à la fois un oracle prophétique et un chant lyrique, enflammé, jaillissant du cœur comme les sources jaillissent des montagnes. Voyez Gesenius, Thesaurus, t. 2, p. 838. Et tel est bien le cantique de Zacharie. C'est d'une part une prédiction surnaturelle, relative au rôle du Christ et de son Précurseur, et dans laquelle, a-t-on dit justement, « le père s'efface derrière le prophète », derrière le prêtre. C'est d'autre part un bel hymne religieux, une poésie sacrée en tous points conforme, comme le « Magnificat », aux lois de la versification hébraïque. Son style est aussi complètement hébreu, même sous le manteau grec dont S. Luc l'a revêtu ; à tel point que le plus modeste hébraïsant pourrait sans peine le reconstituer à peu près tel qu'il dût être prononcé. La construction est donc naturellement peu élégante dans nos traductions grecque et latine ; elle paraît même au premier regard assez enchevêtrée, les propositions étant rattachées l'une à l'autre par des infinitifs et des cas d'apposition, de manière à former seulement deux longues phrases continues. Mais, avec un peu d'attention, la clarté ne tarde pas à se faire ; il n'y a qu'à bien suivre chaque anneau de la chaîne. Le « Benedictus » a deux parties nettement indiquées. Dans la première, vv. 68-75, Zacharie remercie Dieu de l'avènement du Christ ; dans la seconde, vv. 76-79, il expose le rôle de son fils à l'égard de ce divin Rédempteur. Chaque partie peut se subdiviser en deux strophes : vv. 68-70, 71-75 ; 76-77, 78-79.

Luc chap. 1 verset 68. - Béni soit le Seigneur, le Dieu d’Israël, de ce qu’il a visité et racheté son peuple. - Première strophe de la première partie : Béni soit le Seigneur qui daigne enfin nous envoyer le Libérateur promis depuis longtemps. vv. 68-70. A l'Epepheta divin Zacharie répond par un joyeux Alléluia. Et cet alléluia, qu'il emprunte aux doxologies par lesquelles se terminent plusieurs livres du Psautier (comp. Ps. 40 ; héb. 41, 14 ; 71, héb. 72, 18 ; 105, héb. 106, 48), il l'adresse à Jéhovah, le Dieu d'Israël. Rien de plus naturel qu'une telle dédicace, puisque c'est Jéhovah qui envoie le Messie, puisque Israël doit jouir en premier lieu de la délivrance opérée par le Christ, enfin puisque c'est un prêtre juif qui chante ce cantique. Du reste, dans le « Benedictus », le salut messianique est envisagé exclusivement au point de vue de la nation privilégiée : il n'y est qu'indirectement question de la rédemption des païens. - Motif pour lequel le Seigneur est béni : Il a visité son peuple : par cette expression les écrivains de l'Ancien Testament désignent souvent un gracieux et puissant secours venu du ciel. Voir Gésénius, Thesaurus. Il a délivré son peuple : littéralement d'après le grec, il a  fait une rançon pour son peuple. Comparez Matth. 20, 28, où Jésus dira lui-même qu'il est venu pour donner sa vie en rançon pour plusieurs. Les prétérits « a visité », « a racheté », « a suscité » sont à remarquer. Il semble en effet que le futur ou le présent conviendrait mieux, puisque la naissance du Précurseur est bien loin d'avoir accompli le salut d'Israël. Mais, dans cette naissance, Zacharie voit d'une manière anticipée la réalisation de l’œuvre entière du Messie. Ce sont donc là des « prétérits prophétiques », comme les nomment les grammairiens. Comp. le v. 54.

Luc chap. 1 verset 69. - Et nous a suscité un puissant Sauveur dans la maison de David, son serviteur. - Le poète inspiré expose comment a eu lieu la rédemption de la nation choisie : Dieu lui a envoyé un protecteur invincible dans la personne du Messie. Littéralement : Dieu nous a suscité une corne de délivrance. La force de plusieurs espèces d'animaux réside en effet dans leurs cornes : munis de ces armes offensives et défensives, ils ne craignent aucun ennemi et affrontent tous les dangers. Cette métaphore revient assez fréquemment dans les saints Livres. Comp. 1 Reg. 2, 10;Ps. 17, 3 ; 88, 18 ; 148, 16 ; Eccli. 47, 8, etc. Voir aussi Schoettgen, Hor. heb. p. 258 et s. ; Horace, Carm. 3, 21, 18 ; Jahn, Arch. Bibl. § 47. - Dans la maison de David son serviteur. Comme au v. 54, cfr. Act. 4, 25. Dans un psaume messianique, 131, 17, le Seigneur promet de susciter « une corne » à David. Zacharie annonce que Dieu a tenu sa promesse : il nous montre la corne de salut érigée dans la maison, en d'autres termes, parmi les descendants du saint roi. De part et d'autre la corne symbolise le Christ.

Luc chap. 1 verset 70. - Ainsi qu’il a dit par la bouche de ses saints prophètes des temps anciens. - Mais ce n'est pas seulement à David que le Seigneur avait promis la rédemption de la nation juive par le Messie ; tous les prophètes avaient successivement prédit cette merveille de la miséricorde divine, comme le rappelle le père de S. Jean. En réalité, l'Ancien Testament, et surtout sa partie prophétique, se résume dans l'idée du Messie.

Luc chap. 1 verset 71. - Qu’il nous délivrerait de nos ennemis et de la main de tous ceux qui nous haïssent. - Les vv. 71-75 qui forment la seconde strophe de la première partie du Bénédictus, décrivent l’œuvre du Messie d'après ses traits principaux. Le salut chanté par Zacharie vient donc du Christ, et c'est à la nation juive qu'il est accordé. Mais quels sont les ennemis dont le Sauveur par excellence délivrera les Juifs ? Notons bien que l'auteur du cantique est un prêtre et non un simple patriote. Il ne serait donc pas naturel de supposer qu'il avait spécialement en vue les ennemis extérieurs et politiques de son peuple, les Romains par exemple ; sa pensée se portait d'une manière directe sur les ennemis spirituels des Juifs, les démons, le péché sous toutes ses formes. Voyez Théophylacte, Maldonat, etc. Ce n'est d'ailleurs qu'en ce sens que la prophétie de Zacharie s'est accomplie. Les mots ceux qui nous haïssent sont synonymes de nos ennemis. Cette répétition, due au parallélisme poétique, est très fréquente dans les écrits de l'Ancien Testament. Comp. Pas. 17, 18, 41 ; 20, 9 ; 43, 11 ; 54, 13 ; 67, 2 ; 88, 24 ; 105, 10, etc.

Luc chap. 1 verset 72. - Pour exercer sa miséricorde envers nos pères, et se souvenir de son alliance sainte. - Pour exercer sa miséricorde envers nos pères : Hébraïsme que nous avons déjà rencontré au v. 58. En envoyant son Christ sur la terre, Dieu manifestera sa bonté infinie à l'égard du peuple juif, et particulièrement à l'égard des saints patriarches qui avaient été les fondateurs de la nation théocratique, nos pères (cfr. v. 55). Ceux-ci en effet, du fond des limbes où ils vivaient, désiraient ardemment la venue du Messie, soit pour eux-mêmes, afin de pouvoir jouir complètement de Dieu dans le ciel, soit pour leurs descendants, dont les intérêts n'avaient pas cessé de leur être chers. Le Seigneur exercera donc envers eux une miséricorde réelle et personnelle. Luc de Bruges nous paraît exprimer l'idée de Zacharie d'une manière incomplète, lorsqu'il dit : « Je ne crois pas qu’il s’agisse ici du salut propre des pères.  Mais, en regardant les pères,  il a voulu montrer sa bienveillance sur leurs descendants. » - Et se souvenir de son alliance sainte. Le testament dont Dieu veut bien se souvenir pour en exécuter les clauses n'est autre que l'alliance solennellement contractée par lui avec Abraham, Isaac et Jacob, ainsi qu'il est dit au verset suivant.

Luc chap. 1 verset 73. - Selon le serment qu’il a juré à Abraham, notre père, de nous accorder cette grâce. - Zacharie fait ici allusion à la circonstance racontée dans la Genèse, 22, 16-18. Comp. Hebr. 6, 13 et 14.

Luc chap. 1 versets 74-75. - Qu’étant délivrés de la main de nos ennemis, nous le servions sans crainte, marchant devant lui dans la sainteté et la justice, tous les jours de notre vie. - Ces deux versets expriment le but principal de la Rédemption, qui était la gloire de Dieu procurée par des hommes menant une vie sainte et parfaite. - Sans crainte, mis en avant d'une manière emphatique, est ensuite développé par les mots délivrés de la main... (voyez le v. 71 et l'explication). - Servions désigne le culte divin dans son ensemble, ainsi qu'il ressort de l'expression plus énergique du texte grec. Quand on est sous l'impression de la crainte, en butte aux attaques incessantes de dangereux ennemis, généralement on ne sert pas aussi bien le Seigneur qu'au milieu du calme et de la paix. Mais le Messie apportera précisément cette paix et ce calme, de sorte qu'on pourra se livrer en toute liberté aux choses de Dieu. - La première partie du v. 75 désigne la manière dont les Juifs délivrés par le Christ pourront servir Jéhovah. La seconde partie indique la durée de ce service. Les mots sainteté et justice sont à peu près synonymes, bien qu'ils représentent des nuances différentes. Ces nuances sont assez difficiles à déterminer. D'après les uns, il faudrait voir dans la sainteté une qualité purement négative, l'absence de souillure, et dans la justice une qualité positive, le culte proprement dit. Selon d'autres, le premier substantif correspondrait à une disposition intérieure, le second à la conduite extérieure. Ou bien encore, la sainteté se rapporterait aux relations des hommes avec Dieu, la justice aux relations des hommes entre eux.

Luc chap. 1 verset 76. - Et toi, petit enfant, tu seras appelé le prophète du Très-Haut : car tu marcheras devant la face du Seigneur, pour préparer ses voies. - Avec cette belle apostrophe commence la seconde partie du cantique. - Première strophe, vv. 76 et 77 : rôle de S. Jean. - Et toi, petit enfant. Zacharie a attendu jusqu'à ce moment pour parler de son fils ; c'est que, dans les événements qu'il décrit, Jean ne doit paraître qu'au second plan, n'avoir qu'un rôle secondaire. - Tu seras appelé le prophète du Très-Haut. De Jésus il avait été dit « il sera appelé Fils du Très-Haut », v. 32 ; à Jean on n'assigne que la fonction de prophète. Noble fonction pourtant, dont le fidèle accomplissement lui valut un magnifique éloge de Jésus, Matth. 11, 9, et la confiance de toute la nation juive. - Tu marcheras devant la face du Seigneur. Zacharie indique par ces paroles la manière spéciale dont son fils sera le prophète du Très-Haut. Il sera prophète en tant qu'il sera le précurseur du Messie, en tant qu'il annoncera la prochaine manifestation du divin Rédempteur et que, à la façon de l'Orient, il marchera devant lui comme un héraut, lui préparant en tous lieux une voie royale. Comp Is. 40, 3 ; Matth. 3, 3 et le commentaire. Du titre « Seigneur » attribué ici au Christ, on a légitimement conclu à la divinité de Jésus.

Luc chap. 1 verset 77. - Afin de donner à son peuple la connaissance du salut, pour la rémission de leurs péchés. - En préparant les voies du Messie selon ce qui vient d'être dit, Jean procurera aux Juifs, peuple privilégié du Seigneur, « la science du salut » ; il leur apprendra comment ils pourront être sauvés. - Pour la rémission de leurs péchés. Ici encore, l'on voit combien sont pures les idées messianiques de Zacharie. La rédemption qu'il annonce ne sera pas politique et sociale ; avant tout elle sera spirituelle et religieuse : elle aura pour fin la justification des pécheurs. Sur la réalisation de cette prédiction par S. Jean-Baptiste, comparez 3, 3 ; Matth. 3, 6 ; Marc. 1 , 4, 5. La strophe comprise dans les vv. 76 et 77 répond donc à cette question : Pourquoi le Messie devait-il avoir un Précurseur ? La nation théocratique avait été égarée ; mille préjugés régnaient parmi elle touchant la personne et l’œuvre du Christ ; le péché l'enlaçait de toutes parts. Il fallait donc qu'elle fût instruite et purifiée, afin de se trouver prête quand viendrait son Libérateur.

Luc Chap.1 versets 78-79. - Par les entrailles de la miséricorde de notre Dieu, grâce auxquelles le soleil levant nous a visités d’en haut, pour éclairer ceux qui sont assis dans les ténèbres et à l’ombre de la mort, pour diriger nos pas dans la voie de la paix. - Seconde strophe de la seconde partie : Effets produits par la venue du Messie. - Ici plus que jamais il est manifeste que « le Christ est l'objet principal, le commencement et la fin du cantique de Zacharie. S. Jean n'apparaît que d'une manière accessoire : on dit deux mots de lui, puis on revient immédiatement au Messie ». Munkel. Ces dernières paroles de Zacharie sont les plus belles et les plus fortes de son chant inspiré. - Par les entrailles de la miséricorde… se rattache à « la rémission de leurs péchés », et signale la cause efficiente de la rémission des péchés, la source d'où découlera la grâce qui sanctifiera tant de coupables. Le sens spécial du mot « entrailles » dans ce passage se retrouve chez tous les peuples. Voyez Gésénius, Thesaurus. Comp. Col. 3, 12. - Le soleil levant nous a visités d'en haut. Quel beau nom donné au Messie! Plus tard Jésus lui-même s'appellera la lumière, Joan. 8, 12 ; 9, 5 ; le quatrième Évangile (1, 9) dira de lui : « Cette lumière était la véritable lumière, qui, en venant dans le monde, éclaire tout homme ». Ici on nous montre le Sauveur à son début sous la noble et gracieuse figure d'un soleil levant, qui promet une radieuse journée. Cette métaphore remonte d'ailleurs à l'Ancien Testament, où le Messie est plusieurs fois comparé à une brillante lumière : « Le peuple qui marchait dans les ténèbres voit une grande lumière; Sur ceux qui habitaient le pays de l'ombre de la mort une lumière resplendit » (Is. 9, 2). L'astre du jour semble sortir de régions souterraines, mais le soleil de justice viendra d'en haut, du sein de Dieu.  - Ceux qui sont assis dans les ténèbres et à l'ombre de la mort représente d'une manière figurée les Juifs, dont l'état moral était alors si misérable. « L'ombre de la mort » est un synonyme énergique des ténèbres : les régions où règne la mort sont censées couvertes des ombres les plus noires. - Pour diriger nos pas… Continuation de l'image. Grâce au soleil du Messie, les pauvres voyageurs qui cherchaient jusque-là péniblement leur route la trouveront sans peine, et c'est une route qui les conduira à la paix, au bonheur. Zacharie termine son hymne sacerdotal par cette douce perspective du salut dans le Messie. Comme Marie, il a chanté un abrégé de l'Évangile ; comme Marie, il a résumé les idées les plus saillantes de l'Ancien Testament relatives au Christ. Pas un mot de son cantique n'est tombé à terre ; tout s'est passé ainsi qu'il le prédisait, et le prêtre chrétien peut dire chaque jour avec plus de vérité que le prêtre juif père du Précurseur : « Béni soit le Seigneur, le Dieu d'Israël qui visite et rachète son peuple ». - On a un beau « Benedictus » de Haydn.

 

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