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ÉVANGILE SELON SAINT LUC - CHAPITRE 12

 

Jésus donne divers avertissements à ses disciples (vv. 1-12). - Étrange interruption qui occasionne la parabole du riche insensé (vv. 13-21). - Nouvelle série d'avertissements aux disciples (vv. 22-53). - Grave leçon pour tout le peuple (vv. 54-59).

9. Divers enseignements adressés par Jésus aux disciples et au peuple 12, 1-59.

Il est aisé de dire, avec Rosenmüller et d'autres exégètes protestants, à propos de ce chapitre :  « Luc regroupe plusieurs choses qui ont été dites à des époques diverses,  dont il n’est pas nécessaire de démontrer l’enchaînement : ce sont des sortes d’aphorisme ». Qu'importe que les éléments dont il se compose apparaissent pour la plupart en d'autres parties de l'histoire évangélique ? Nous avons admis à la suite des meilleurs interprètes que Notre-Seigneur a dû répéter en différentes circonstances plusieurs de ses principaux enseignements, et l'étude approfondie des textes sacrés nous confirme de plus en plus dans cette opinion. Il nous répugnera toujours de croire que les évangélistes ont fait des compilations arbitraires des paroles de Jésus, que telle partie de leur récit, donnée par eux comme un discours suivi, n'est en réalité qu'une simple recueil de morceaux choisis. Au reste, pour ce qui est de ce passage, S. Luc démontre par deux notes historiques (vv. 22, 54) qu'il ne l'a nullement arrangé à sa guise, mais qu'il a raconté les faits et les discours d'après leur réalité objective. De plus, si un certain nombre des pensées se retrouvent ailleurs, elles sont diversement combinées, elles subissent des variations pour le fond et pour la forme : et cela suffit pour prouver la non-identité. - Les formules d'introduction et de transition mentionnées plus haut divisent ce chapitre en quatre parties : vv. 1-12, première série d'avertissements aux disciples ; vv. 13-21, la parabole du riche insensé ; vv. 22-53, seconde série d'avertissements aux disciples ; vv. 54-59, une grave leçon pour le peuple.

1° Première série d'avertissements aux disciples. 12, 1-12.

1Or des foules nombreuses s’étant assemblées autour de Jésus, à ce point qu’on marchait les uns sur les autres, il commença à dire à ses disciples : Gardez-vous du levain des pharisiens, qui est l’hypocrisie. 2Il n’y a rien de secret qui ne doive être découvert, ni rien de caché qui ne doive être connu. 3Car, ce que vous avez dit dans les ténèbres, on le dira dans la lumière ; et ce que vous avez dit à l’oreille, dans les chambres, sera prêché sur les toits. 4Je vous dis donc à vous, qui êtes mes amis : ne craignez pas ceux qui tuent le corps, et qui, après cela, ne peuvent rien faire de plus. 5Mais je vous montrerai qui vous devez craindre : craignez celui qui, après avoir tué, a le pouvoir de jeter dans la géhenne. Oui, je vous le dis, celui-là, craignez-le. 6Cinq passereaux ne se vendent-ils pas deux as ? Et pas un d’eux n’est en oubli devant Dieu. 7Les cheveux même de votre tête sont tous comptés. Ne craignez donc pas ; vous valez plus que beaucoup de passereaux. 8Or, je vous le dis, quiconque me confessera devant les hommes, le Fils de l’homme le confessera aussi devant les anges de Dieu. 9Mais celui qui m’aura renié devant les hommes sera renié devant les anges de Dieu. 10Et à quiconque prononcera une parole contre le Fils de l’homme, il sera pardonné ; mais à celui qui aura blasphémé contre le Saint-Esprit, il ne sera pas pardonné. 11Lorsqu’on vous conduira dans les synagogues, et devant les magistrats et les autorités, ne vous inquiétez pas de quelle manière ou de ce que vous répondrez, ni de ce que vous direz ; 12car l’Esprit-Saint vous enseignera, à l’heure même, ce qu’il faudra que vous disiez.

Luc chap. 12 verset 1. Or des foules nombreuses s’étant assemblées autour de Jésus, à ce point qu’on marchait les uns sur les autres, il commença à dire à ses disciples : Gardez-vous du levain des pharisiens, qui est l’hypocrisie. - Le chapitre commence par la locution « or » (pendant ce temps), qui établit une connexion étroite entre la scène qui précède et tout ce discours. Tandis que Jésus était à table avec les Pharisiens et les accablait de si justes reproches, un concours énorme de peuple s'était donc fait non loin de là, et le Sauveur, dès qu'il sortit (11, 53), fut entouré par cette foule avide de le voir et de l'entendre. La petite description de S. Luc est vraiment dramatique ; mais il faut se reporter au texte primitif pour en saisir toute la force. Au lieu de foules nombreuses nous y lisons les myriades de la foule, et au lieu d'assemblées, un verbe qui indique une affluence grossissant de minute en minute. - A ce point qu'on se marchait les uns sur les autres : détail pittoresque, analogue à plusieurs traits de S. Marc, 1, 33 ; 2, 2 ; 3, 9 ; 6, 31. - Il commença à dire à ses disciples. Ces mots déterminent la portion spéciale de son immense auditoire à laquelle Jésus adressa d'une manière directe ses premiers avertissements : il avait surtout en vue les disciples, rangés autour de lui comme une garde d'honneur. Toutefois ses paroles devaient également profiter à la foule ; c'est pourquoi il les prononçait devant toute l'assistance. Elles se ramènent à trois graves leçons : Fuyez l'hypocrisie pharisaïque, ne craignez pas les persécutions humaines, soyez fermes dans la foi ! La première est contenue dans les vv. 1-3. - Gardez-vous du levain des Pharisiens : voilà contre quoi les disciples doivent se mettre en garde avec la plus grande vigilance, et Jésus exprime aussitôt ce qu'il entend par le levain des Pharisiens : qui est l'hypocrisie… Défiez-vous, veut-il dire, de ces loups revêtus de peaux d'agneaux, et n'allez pas imiter leur conduite. Voyez dans S. Matthieu, 16, 6, et dans S. Marc. 8, 15, la même idée reproduite antérieurement par Notre-Seigneur.

Luc chap. 12 verset 2. - Il n’y a rien de secret qui ne doive être découvert, ni rien de caché qui ne doive être connu. - Un jour viendra où tout sera dévoilé ; les actions les plus secrètes, les desseins les mieux dissimulés seront mis en pleine lumière, et alors les hypocrites seront démasqués. Jésus se sert à bon droit de ce motif pour presser plus fortement les siens d'éviter l'hypocrisie pharisaïque.

Luc chap. 12 verset 3. - Car, ce que vous avez dit dans les ténèbres, on le dira dans la lumière ; et ce que vous avez dit à l’oreille, dans les chambres, sera prêché sur les toits. - Le rideau sera donc tiré de dessus toutes choses. Mais la publicité, terrible pour les uns (les Pharisiens), auxquels elle apportera la honte, sera glorieuse pour les autres (les disciples), car elle proclamera la vérité de leur prédication, la légitimité de leur conduite. Les expressions proverbiales employées par Notre-Seigneur désignent d'une manière pittoresque les commencements timides du ministère apostolique, comme le prodigieux éclat donné ensuite à l'Évangile. A propos de la locution toute orientale « sera prêché sur les toits », rappelons que les toits des maisons en Palestine sont généralement plats. Du haut de ces terrasses, qui sont d'ailleurs peu élevées, on se fait très bien entendre des gens groupés dans les rues, sur les places, ou sur les toits voisins, et une nouvelle ainsi publiée obtient en un clin d’œil du retentissement dans toute une ville. - S. Matthieu, 10, 26 et 27 (voyez le commentaire), place également sur les lèvres de Jésus, mais d'après une liaison toute différente et avec quelques modifications dans la forme, les aphorismes des vv. 2 et 3. Notez la tournure poétique de ces proverbes ; le parallélisme des mots s'y dessine clairement :

Rien n’est voilé qui ne sera dévoilé,

rien n’est caché qui ne sera connu.

Ce que je vous dis dans les ténèbres, dites-le en pleine lumière,

ce que vous entendez au creux de l’oreille, proclamez-le sur les toits

Or, c'est justement en cela que consiste le caractère principal de la poésie hébraïque.

Luc chap. 12 versets 4 et 5. - Je vous dis donc à vous, qui êtes mes amis : ne craignez pas ceux qui tuent le corps, et qui, après cela, ne peuvent rien faire de plus. 5Mais je vous montrerai qui vous devez craindre : craignez celui qui, après avoir tué, a le pouvoir de jeter dans la géhenne. Oui, je vous le dis, celui-là, craignez-le. - Deuxième leçon, vv. 4-7 : Dieu vous protège, ne craignez pas les hommes ! - Jésus vient de prédire la publicité qui sera donnée plus tard à l'Évangile. Mais cette publicité même devait attirer de terribles persécutions sur les prédicateurs de la bonne nouvelle : c'est pourquoi le divin Maître les rassure. - A vous, qui êtes mes amis. Quelle tendresse dans cette appellation ! Nulle part ailleurs, dans les Évangiles synoptiques, les disciples ne reçoivent de Jésus le doux nom d'amis. Mais nous retrouverons ce titre dans le quatrième Évangile, 15, 15. - Ne craignez pas… Le Sauveur affirme d'abord à ses chers disciples qu'ils n'ont rien à craindre des hommes, alors même que ceux-ci les condamneraient aux derniers supplices ; car, ajoute-t-il pour motiver son assertion, quand les hommes ont donné la mort à ceux qu'ils persécutent, ils ont épuisé toute leur puissance. - Mais je vous montrerai… Mais si les hommes, fussent-ils des bourreaux, n'ont rien de vraiment redoutable, il est quelqu'un qui est formidable jusqu'au-delà du trépas : c'est Dieu, car il a le pouvoir d'envoyer à tout jamais dans l'enfer ceux qui l'ont offensé. Aussi Jésus répète-t-il sur un ton grave et solennel : celui-là, craignez-le. Voyez d'ailleurs, sur ces deux versets, Matth. 10, 28 et le commentaire. - S. Luc n'emploie qu'en cet endroit le mot géhenne pour désigner l'enfer.

Luc chap. 12 versets 6 et 7. - Cinq passereaux ne se vendent-ils pas deux as ? Et pas un d’eux n’est en oubli devant Dieu. 7Les cheveux même de votre tête sont tous comptés. Ne craignez donc pas ; vous valez plus que beaucoup de passereaux. - Après avoir rassuré ses disciples en face des dangers à venir, en leur montrant l'impuissance de leurs persécuteurs, Jésus les rassure encore par une touchante peinture des bontés paternelles de Dieu à leur égard. Deux exemples, choisis à dessein dans le domaine des plus petites choses, sont apportés à preuve. 1° Qu'y a-t-il de moins précieux que les vulgaires passereaux ? Ils tombent si nombreux dans les pièges de divers genres que leurs dressent les oiseleurs orientaux, qu'on peut, aujourd'hui comme au temps de Notre-Seigneur, en livrer cinq à l'acheteur pour la modique somme de deux sous. Et pourtant, chacun d'eux est l'objet d'une providence très particulière. Quelle gracieuse variante du passage parallèle de S. Matthieu, 10, 29 : « Deux moineaux ne sont-ils pas vendus pour un sou ? ». - En oubli devant Dieu est un hébraïsme. Cette locution a d'ailleurs une excellente base psychologique, les personnes dont nous nous souvenons étant en quelque sorte présentes à notre esprit et à notre cœur. - 2° Les cheveux mêmes… Même nos cheveux, et ils ont encore beaucoup moins de valeur qu'un humble passereau, attirent l'attention de la divine providence. Dieu en connaît le nombre (on dit qu'il est de 140000!) et pas un seul ne tombera sans sa permission. Grand motif de confiance, dit Jésus en tirant la conclusion de son raisonnement : Ne craignez donc pas ! Combien de passereaux, ajoute-t-il avec une charmante simplicité, ne faudrait-il pas pour valoir un homme ! Cfr. Matth. 10, 30, 31 et le commentaire.

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