10Or Jésus enseignait dans leur synagogue les jours de sabbat. 11Et voici qu’il y vînt une femme, possédée d’un esprit qui la rendait infirme depuis dix-huit ans ; et elle était courbée, et ne pouvait pas du tout regarder en haut. 12Jésus, la voyant, l’appela auprès de lui et lui dit : Femme, tu es délivrée de ton infirmité. 13Et il lui imposa les mains ; et aussitôt elle redevint droite, et elle glorifiait Dieu. 14Mais le chef de la synagogue prit la parole, indigné de ce que Jésus avait opéré cette guérison un jour de sabbat ; et il disait à la foule : Il y a six jours pendant lesquels on doit travailler ; venez donc en ces jours-là, et faites-vous guérir, et non pas le jour du sabbat. 15Le Seigneur lui répondit, en disant : Hypocrites, est-ce que chacun de vous, le jour du sabbat, ne délie pas son bœuf ou son âne de la crèche, et ne les mène pas boire ? 16Et cette fille d’Abraham, que Satan avait liée voilà dix-huit ans, ne fallait-il pas la délivrer de ce lien le jour du sabbat ? 17Tandis qu’il parlait ainsi, tous ses adversaires rougissaient ; et tout le peuple se réjouissait de toutes les choses glorieuses qu’il accomplissait.
Luc chap. 13 verset 10. - Or Jésus enseignait dans leur synagogue les jours de sabbat. - Jésus termine son ministère comme il l'avait commencé. Cfr. Marc. 1, 21 et ss. Au début et à la fin de sa vie publique nous le voyons prêchant l'Évangile dans les synagogues, aux jours de sabbat. Le divin Sauveur ne se lasse pas de jeter dans les cœurs le bon grain de l'Évangile.
Luc chap. 13 verset 11. - Et voici qu’il y vînt une femme, possédée d’un esprit qui la rendait infirme depuis dix-huit ans ; et elle était courbée, et ne pouvait pas du tout regarder en haut. - Si l'historien sacré n'a désigné que d'une manière générale le lieu et la date du prodige, le « très cher médecin » décrit fort bien l'état pathologique de la malade. - Possédée d'un esprit qui la rendait infirme, un esprit de débilité, de faiblesse. Cette expression sera commentée plus loin (v. 16) par Notre-Seigneur : elle désigne la cause du mal, et cette cause était toute morale et spirituelle. L'infirmité provenait d'une possession de l'esprit mauvais. Comparez Marc. 9, 25. - Le caractère particulier de la maladie est ensuite indiqué. Depuis dix-huit ans, la pauvre femme sur laquelle Jésus venait de jeter un regard de miséricorde était toute courbée, repliée sur elle-même, à tel point, ajoute S. Luc pour mieux montrer combien elle était digne de pitié, qu'elle ne pouvait pas du tout regarder en haut. Le mal n'avait donc pas seulement son siège dans le cou, mais il affectait aussi le dos et les reins, en un mot toute l'épine dorsale. - Les saints Pères, dans leurs paraphrases morales, regardent ce triste état comme la figure des âmes qui sont, suivant le mot du poète, courbées vers la terre, tandis qu'il convient si bien à l'homme (la forme de son corps ne le lui dit-elle pas sans cesse?) de « chercher les choses du ciel et d'élever ses regards au-dessus de la terre ». S. Basil., Hom. 9 in Hexam. Cfr. S. August. Enarrat. 2 in Psalm. 68, 24 ; Théophylacte h. l.
Luc chap. 13 versets 12 et 13. - Jésus, la voyant, l’appela auprès de lui et lui dit : Femme, tu es délivrée de ton infirmité. 13Et il lui imposa les mains ; et aussitôt elle redevint droite, et elle glorifiait Dieu. - Maldonat fait à ce propos une excellente réflexion : « Il fit preuve doublement de bienveillance et de libéralité envers cette femme, en l’assainissant, et en l’incitant en premier lieu à recouvrer la santé. Jésus n’avait guère coutume de guérir quelqu’un sans être sollicité. Mais cette femme, non seulement il la guérit sans qu’elle l’ait demandé, mais, d’une certaine façon, il la prie de vouloir bien être guérie. ». - Tu es délivrée de ton infirmité. « Parole tout à fait digne de Dieu, s'écrie S. Cyrille, et remplie d'une majesté céleste ». L'emploi du parfait est à noter : Tu as été déliée ! Avant même d'être énoncé, le résultat était déjà opéré dans la volonté du Thaumaturge. Notons aussi la belle métaphore, toute classique d'ailleurs, par laquelle la maladie est assimilée à des liens qui retiennent captif : dans le cas présent elle était d'une justesse particulière. - Et il lui imposa les mains. Ce geste, signe de la toute-puissance de Jésus, accompagna probablement sa parole toute-puissante (S. Cyrille, Euthymius, Trench). L'effet produit fut instantané. Immédiatement aussi l'humble femme, délivrée tout ensemble de ses liens spirituels et corporels, se mit à proclamer avec effusion la louange de Dieu. - Elle glorifiait… Ce temps indique la continuité : elle glorifiait et glorifiait encore l'auteur de tout don parfait.
Luc chap. 13 verset 14. - Mais le chef de la synagogue prit la parole, indigné de ce que Jésus avait opéré cette guérison un jour de sabbat ; et il disait à la foule : Il y a six jours pendant lesquels on doit travailler ; venez donc en ces jours-là, et faites-vous guérir, et non pas le jour du sabbat. - La scène change subitement. Des paroles de colère, d'indignation interrompent bruyamment celles de l'action de grâces, et c'est le président de l'assemblée qui les profère. Et pourquoi donc cet homme s'indigne-t-il ? Parce que Jésus avait opéré cette guérison un jour de sabbat : Voilà tout son motif ! « C’est bien fait pour eux de se scandaliser qu’elle ait été redressée, eux qui étaient courbés », S. Augustin, l. c. Esclave, comme tant d'autres, de traditions insensées, il prenait pour une œuvre servile l'acte que Jésus venait d'accomplir. Les Rabbins n'enseignent-ils pas que, s'il est permis à un médecin de soigner en un jour de sabbat une maladie subite et dangereuse, il est absolument interdit de traiter une infirmité chronique ? Toutefois, le chef de la synagogue n'ose interpeller directement Notre-Seigneur : c'est sur la foule innocente, dont il sait n'avoir rien à redouter, que retombent tout d'abord ses amers reproches. Mais, comme le font remarquer les exégètes, quelles inconséquences, quel ridicule, dans son langage dicté par un zèle aveugle et par la haine ! La remontrance commence pourtant par une phrase qui est presque une citation littérale de la Loi : Il y a six jours pendant lesquels on doit travailler. Cfr. Ex. 20, 9, 10 ; Deut. 5, 15 et ss. Mais elle s'achève de la façon la plus étrange : Venez-donc en ces jours-là, et faites-vous guérir. Qu'est-ce que cela veut dire ? La malade avait-elle donc demandé sa guérison ? Et, alors même qu'elle l'eût demandée, et que Jésus eût été coupable en l'accordant, où était la faute du peuple, qui avait simplement joué le rôle de témoin ? Un malade à qui le Sauveur offrait miraculeusement la santé devait-il la refuser, si c'était le sabbat ? M. Farrar l'a dit à bon droit (Life of Jesus, 23è éd., t. 2, p. 115), « la série entière des Évangiles ne fournit pas d'autres exemples d'une ingérence aussi illogique, ou d'une sottise aussi incurable ». Cela rappelle la conduite de ce pilote juif qui lâcha tout à coup le gouvernail au beau milieu d'une tempête, parce que le jour du sabbat venait de commencer !
Luc chap. 13 verset 15. - Le Seigneur lui répondit, en disant : Hypocrites, est-ce que chacun de vous, le jour du sabbat, ne délie pas son bœuf ou son âne de la crèche, et ne les mène pas boire ? - Le Seigneur s'indigne à son tour, réprouve à juste titre de pareils procédés. Quelle force dans l'apostrophe : Hypocrites, par laquelle il lève le masque de religion sous lequel s'abritait le dépit de ses adversaires ! Elle s'adresse à tous ceux des membres de l'assistance (et ils étaient assez nombreux, d'après le v. 17) qui partageaient les sentiments du chef de la synagogue. Quelle vigueur aussi dans la courte apologie qui suit ! Elle se compose de deux parties : il montre en v. 15 que ses adversaires ne sont pas cohérents avec leurs principes, et conclut « a fortiori » en v. 16. - Est-ce que chacun de vous… Êtes vous donc si rigoureux quand vos intérêts matériels sont en cause ? Hésitez-vous alors à vous livrer à des occupations qui constituent un véritable travail ? Et vous réprouvez en moi une parole et un geste ? On trouve formellement exprimée dans le Talmud la coutume que mentionne ici Notre-Seigneur. « Non seulement il est permis d’aller conduire à l’eau un animal le sabbat, mais même de puiser de l’eau pour lui, de façon cependant (étrange distinction où se trouve tout le caractère pharisaïque) à ce que la bête se rende à l’eau elle-même et boive, mais non que l’eau soit apportée à la bête », Tr. Erubhin, f. 20, 2. Mais, si l'on était si respectueux pour le repos du sabbat, que n'apportait-on dès la veille une provision d'eau dans l'étable ? Nous visitions un jour, en compagnie d'un ami, le cimetière juif de la ville de Lyon. Nous n'avions pas fait attention que c'était un samedi. Accueillis par la concierge avec une répugnance visible, nous reçûmes au départ ce petit avertissement : Messieurs, vous pourrez revenir tant que vous le voudrez, mais pas le samedi, pas le samedi ! Le samedi n'avait pas empêché le fossoyeur d'arroser auprès de nous, une heure durant, des fleurs peu altérées. Rien n'a changé ! - Voyez dans S. Matthieu, 12, 11, un raisonnement du même genre, quoique présenté sous une autre forme.
Luc chap. 13 verset 16. - Et cette fille d’Abraham, que Satan avait liée voilà dix-huit ans, ne fallait-il pas la délivrer de ce lien le jour du sabbat ? - Beau contraste, vigoureusement tracé. Qu'était la malade ? Une fille d'Abraham : titre glorieux qui disait beaucoup au cœur d'un Juif ! Cfr. Matth. 3, 9. Et Jésus oppose cette fille d'Abraham aux vils animaux mentionnés précédemment. Dans quel état se trouvait-elle ? Au pouvoir de Satan, qui l'avait liée (figure expressive et pittoresque) depuis des années. Fallait-il donc la laisser souffrir davantage, alors qu'on se refusait, légitimement du reste, à faire endurer la soif pendant quelques heures à des bêtes sans raison ? Assurément non. Ce serait aller contre toutes les intentions divines. « Cessez donc de manger et de boire et de parler et de chanter des psaumes le jour du sabbat, car tout cela aussi est un travail » (S. Cyrille, in Cat. D. Thom.). - S. Irénée, 4, 19, démontre qu'en opérant de fréquentes guérisons le samedi, Jésus rendait honneur au céleste instituteur du sabbat, qui aimait à répandre en ce jour sur son peuple ses faveurs les plus délicates.
Luc chap. 13 verset 17. - Tandis qu’il parlait ainsi, tous ses adversaires rougissaient ; et tout le peuple se réjouissait de toutes les choses glorieuses qu’il accomplissait. - Double effet produit par l'argumentation du Sauveur. Ses ennemis, couverts de honte, rougissaient (forte expression qui n'apparaît pas ailleurs dans l'Évangile), ne peuvent lui répondre. La masse de l'assemblée éprouve un vif sentiment de joie en voyant Jésus accomplir tant de merveilles.