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2° Les trois paraboles. 15, 4-32

a. La brebis égarée. vv. 4-7

4Quel est l’homme parmi vous qui a cent brebis, et qui, s’il en perd une, ne laisse les quatre-vingt-dix-neuf autres dans le désert, pour s’en aller après celle qui est perdue, jusqu’à ce qu’il la trouve ? 5Et lorsqu’il l’a trouvée, il la met sur ses épaules avec joie ; 6et venant dans sa maison, il appelle ses amis et ses voisins, et leur dit : Réjouissez-vous avec moi, car j’ai trouvé ma brebis qui était perdue. 7Je vous le dis, il y aura de même plus de joie dans le ciel pour un seul pécheur qui fait pénitence, que pour quatre-vingt-dix-neuf justes qui n’ont pas besoin de pénitence.

S. Matthieu aussi, 18, 12 et ss., a conservé cette délicieuse histoire d'une brebis mystique perdue et retrouvée ; mais la place qu'il lui assigne, et divers traits secondaires du fond et de la forme, ne coïncidant pas avec le récit de S. Luc, il en résulte que notre parabole fut exposée au moins deux fois par Notre-Seigneur en des circonstances différentes. Voyez l'explication du premier Évangile, p. 356.

Luc chap. 15 verset 4. - Quel est l’homme parmi vous qui a cent brebis, et qui, s’il en perd une, ne laisse les quatre-vingt-dix-neuf autres dans le désert, pour s’en aller après celle qui est perdue, jusqu’à ce qu’il la trouve ? - Comme précédemment, 14, 28, Jésus met ses auditeurs en scène, afin de les frapper davantage. - S'il en perd une. La perte n'est en aucune façon imputable au propriétaire, qui n'est autre que le Bon Pasteur par antonomase (« Le Père divin, dont nous ne sommes tous que la centième partie », S. Ambr.) ; mais la brebis s'est égarée par sa propre faute. Pour figurer les coupables égarements des pécheurs, il n'était pas possible de choisir une comparaison plus exacte, car une brebis éloignée du troupeau dont elle fait partie manque tout ensemble et de sagesse pour retrouver sa route, et de force pour se défendre.  - Ne laisse les quatre-vingt dix-neuf autres… Mais, demande S. Cyrille (in Cat. D. Thom.), est-ce qu'en voulant être compatissant pour la brebis perdue, le pasteur n'a pas été cruel pour les autres ? Nullement, répond-il aussitôt, car elles sont en sûreté, protégées par une main toute-puissante. En effet, rien n'oblige de supposer qu'elles courussent des périls sérieux en son absence. De plus, avant de partir il a pourvu à leur nourriture, puisqu'il les laisse dans le désert, c'est-à-dire, d'après le sens habituel de cette expression dans la Bible, au milieu de savanes riches en pâture, et simplement appelées « désert » parce qu'on ne rencontre ni villes ni villages aux alentours. Voyez Trench, Notes on the Parables, h. l. - Pour s'en aller après celle qui est perdue. Il daigne se charger en personne de cette tâche pénible, et il est décidé à chercher la pauvre égarée jusqu'à ce qu'il l'ait retrouvée. Quelle délicatesse dans ces traits, et comme ils conviennent bien à Jésus ! Aux pasteurs spirituels du peuple juif, les prophètes adressaient au contraire ce sanglant reproche : « Vous n'êtes pas allés à la recherche des brebis perdues ». Ezech. 34, 4.

Luc chap. 15 verset 5. - Et lorsqu’il l’a trouvée, il la met sur ses épaules avec joie. - Lorsqu'il l'a trouvée. Dans le premier Évangile, Notre-Seigneur exprimait cette pensée sous une forme hypothétique : « s'il parvient à la trouver ». - Il la met sur ses épaules. Doux et glorieux trophée de la victoire du Bon Pasteur. Un mercenaire aurait maltraité la brebis coupable, qui lui avait causé tant de fatigues : quelle différence dans la conduite du céleste berger ! « Il ne punit pas la brebis,  ne la ramena pas à la hâte dans le bercail. C’est en la mettant sur ses épaules et en la portant avec douceur qu’il la réunit au troupeau », S. Grég. de Nysse, Cat. graec. Patr. Tout autre sentiment disparaît devant sa joie et son amour. Quoique si riche en traits inimitables, l'histoire évangélique n'en offrirait pas beaucoup qui fussent plus dignes du Cœur sacré de Jésus. Aussi « n'est-il pas d'image que l'ancienne Église ait chérie autant que celle-ci, comme le prouve la multitude de gemmes, de sceaux, de fragments de verre, etc., conservés jusqu'à nous, sur lesquels nous trouvons le Christ ainsi représenté. Elle apparaît très fréquemment aussi dans les bas-reliefs des sarcophages et dans les fresques des catacombes. Quelquefois, d'autres brebis sont aux pieds de Jésus, regardant avec un plaisir manifeste le pasteur et son doux fardeau. Le plus souvent Notre-Seigneur tient dans sa main droite la flûte de Pan, symbole des attraits du divin amour, tandis que, du bras gauche, il porte sa chère brebis. De temps à autre il est assis, comme s'il était fatigué d'une longue marche. Cette représentation occupe toujours la place d'honneur, le centre de la voûte ou du tombeau ». Trench, l. c. Cfr. Didron, Iconographie chrétienne, p. 346 ; Northcote et Brownlow, Rome souterraine, trad. De Paul Allard, 2è édit. p. 347 et ss. Voyez aussi l'hymne gracieux que notre parabole a inspiré au poète Prudence. - Au moral, selon la délicate réflexion de S. Augustin, « la brebis égarée retourne au bercail, non par ses propres forces, mais sur les épaules du pasteur qui la rapporte. Elle a bien pu s’égarer au gré de ses caprices, mais elle ne pourrait se retrouver elle-même, elle n’est retrouvée que par la bonté du pasteur qui la recherche ». Enarrat. In Ps. 77, 19. Ou encore, d'après S. Ambroise : « Les bras de la croix du Christ sont ses épaules. C’est là qu’il a déposé mes péchés; et sur la nuque de ce noble gibet, je me suis reposé. ».

Luc chap. 15 verset 6. - Et venant dans sa maison, il appelle ses amis et ses voisins, et leur dit : Réjouissez-vous avec moi, car j’ai trouvé ma brebis qui était perdue. - Nouveaux traits destinés à mettre en relief l'amour incomparable du bon Pasteur. Sa joie, comme toutes les grandes joies, demande à être communiquée. A peine rentré chez lui il réunit donc ses amis et ses voisins pour leur faire part de son succès, pour recevoir leurs félicitations. Les mots ma brebis qui était perdue sont pleins d'emphase, surtout dans le texte grec.

Luc chap. 15 verset 7. - Je vous le dis, il y aura de même plus de joie dans le ciel pour un seul pécheur qui fait pénitence, que pour quatre-vingt-dix-neuf justes qui n’ont pas besoin de pénitence. - Par la formule solennelle je vous le dis, Jésus introduit l'application qu'il va faire de sa parabole. - De la terre nous passons au ciel, où nous voyons se reproduire la scène joyeuse décrite au précédent verset. Seulement, c'est la chose signifiée qui nous est désormais présentée à la place du signe. - Pour un seul pécheur qui fait pénitence : telle est l'occasion qui apporte au ciel un surcroît de félicité. L'idée qui suit, … plus que pour quatre vint dix neuf justes..., est plus étonnante encore. Quelques commentateurs, désireux d'en faciliter l'intelligence, ont pris les dernières paroles dans un sens ironique, comme si le Sauveur eût voulu dire qu'une seule vraie conversion suscite dans le ciel plus de joie que la sainteté apparente d'un grand nombre de soi-disant justes, tels qu'étaient les Pharisiens. Nous préférons, à la suite des Pères et d'après le contexte (v. 4), voir là une de ces locutions orientales que l'on doit bien se garder de trop presser, et qu'il est du reste aisé de justifier par quelques comparaisons. « Un chef préfère dans la bataille le soldat qui, revenu après s’être enfui, charge l’ennemi avec vigueur, à celui qui n’a jamais tourné les talons devant l’ennemi, mais ne l’a jamais non plus vraiment combattu avec courage. Ainsi, le paysan préfère la terre qui, après les épines, porte des fruits abondants, à celle qui n’a jamais eu d’épines, mais ne produit jamais non plus de riche moisson ». S. Grégoire, Hom. 34 in Evang. De même, une mère qui vient de perdre un de ses fils semble oublier tous les autres dans l'excès de sa douleur. Cfr. S. Bernard, In cantic. Serm. 29.

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