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20. Guérison des dix lépreux. 17, 11-19

11Et il arriva, tandis qu’il allait à Jérusalem, qu’il passa par les confins de la Samarie et de la Galilée. 12Et comme il entrait dans un village, dix lépreux vinrent au-devant de lui ; et, se tenant éloignés, 13ils élevèrent la voix, en disant : Jésus, maître, ayez pitié de nous. 14Lorsqu’il les eut vus, il dit : Allez, montrez-vous aux prêtres. Et comme ils y allaient, ils furent guéris. 15Or l’un d’eux, voyant qu’il était guéri, revint, glorifiant Dieu à haute voix. 16Et il se jeta le visage contre terre aux pieds de Jésus, lui rendant grâces, et celui-là était Samaritain. 17Alors Jésus, prenant la parole, dit : Est-ce que les dix n’ont pas été guéris ? où sont donc les neuf autres ? 18Il ne s’en est pas trouvé qui soit revenu, et qui ait rendu gloire à Dieu sinon cet étranger. 19Et il lui dit : Lève-toi, va ; ta foi t’a sauvé.

Luc chap. 17 verset 11. - Et il arriva, tandis qu’il allait à Jérusalem, qu’il passa par les confins de la Samarie et de la Galilée. - Le miracle est introduit dans ce verset par une notice qui n'est pas sans importance au point de vue des voyages de Notre-Seigneur. Les premiers mots, tandis qu'il allait à Jérusalem, nous ramènent à 9, 51, 13, 22, et renouent le fil interrompu du récit. Les suivants, il passa par les confins de la Samarie et de la Galilée, ont autrefois occasionné des divergences parmi les commentateurs, qui les traduisaient tantôt par : Il traversait la Samarie et la Galilée, tantôt par : Il passait entre la Samarie et la Galilée. La seconde interprétation est aujourd'hui presque universellement adoptée, et à bon droit d'après la topographie. En effet, puisque Jésus se rendait alors de Galilée à Jérusalem, et que la Samarie est située juste entre ces deux termes, si l'évangéliste eût simplement voulu dire que Notre-Seigneur traversa par le milieu le territoire Samaritain, il aurait dû, pour parler exactement, ne mentionner la Samarie qu'en second lieu : « Il allait par le milieu de la Galilée et de la Samarie ». Voyez R. Riess, Atlas historiq. et géogr. de la Bible ; pl. 4 ; V. Ancessi, Atlas géogr., pl. 16. Si l'on retient la signification « entre », tout s'explique aisément. Arrivé sur les confins de la Galilée et de la Samarie, Jésus, au lieu de continuer sa marche vers le Sud de manière à gagner Jérusalem par la voie directe, tourna subitement vers l'Est, du côté du Jourdain et de la Pérée, longeant selon toute vraisemblance l'ouadi de Bethséan ; de la sorte, il voyageait précisément « entre » les deux provinces, se tenant sur leur zône limitrophe, ayant à sa droite la Samarie, à sa gauche la Galilée. Son but était sans doute d'éviter le territoire inhospitalier des Samaritains. Cfr. 9, 52 et ss.

Luc chap. 17 verset 12. - Et comme il entrait dans un village, dix lépreux vinrent au-devant de lui ; et, se tenant éloignés, - Le village auprès duquel eut lieu la scène qui va suivre était vraisemblablement sur la rive cis-jordanienne. - Dix lépreux… Séparés du reste des hommes par leur horrible infirmité, ils avaient trouvé quelque consolation à mettre en commun leurs souffrances et leurs modiques ressources ; Voyez 4 Reg. 7, 3, un antique exemple d'une association semblable. - Se tenant éloignés. La loi interdisait aux lépreux soit l'entrée des lieux habités, soit l'approche des personnes saines, de crainte qu'ils ne communiquassent leur mal. Cfr. Lev. 13, 45 et s. Pour ce dernier point, les règlements rabbiniques avaient même essayé de préciser la distance à laquelle devaient se tenir les lépreux : mais ils varient de 4 à 1200 coudées. Cfr. Lightfoot, Hor. Hebr. in Evang h. l. Tout ce que touchait un lépreux était pollué.

Luc chap. 17 verset 13. - ils élevèrent la voix, en disant : Jésus, maître, ayez pitié de nous. - Ils élevèrent la voix : Trait pittoresque. Reconnaissant Jésus, et pleins de confiance en sa bonté toute-puissante, ils poussent tous ensemble ce cri lamentable : Jésus, maître, ayez pitié de nous. Cfr. 5, 5 ; 8, 24, 45 ; 9, 33, 49.

Luc chap. 17 verset 14. - Lorsqu’il les eut vus, il dit : Allez, montrez-vous aux prêtres. Et comme ils y allaient, ils furent guéris. - Rien n'est plus propre à exciter la pitié que la vue d'un lépreux ; aussi le cœur compatissant du Sauveur accédait-il toujours immédiatement aux demandes de ce genre. Mais nous savons que Jésus aimait d'ordinaire à exercer la foi des suppliants, et c'est pour ce motif qu'il se borne à répondre dans la circonstance présente : allez, montrez-vous aux prêtres. C'était du moins promettre implicitement une prompte guérison, puisqu'il appartenait aux prêtres, d'après les dispositions de la loi (Cfr. Lev. 13, 2 ; 14, 2 ; Matth. 7 , 3 et le commentaire), de constater officiellement la disparition de la lèpre. Pleins de foi, ils se mettent en chemin, et voici que leur obéissance est tout à coup récompensée : ils furent guéris ! (Sur cette expression, qui était technique chez les Juifs pour désigner la cure de la lèpre, voyez l'Evang. selon S. Matth. p. 153).

Luc chap. 17 versets 15 et 16. - Or l’un d’eux, voyant qu’il était guéri, revint, glorifiant Dieu à haute voix. 16Et il se jeta le visage contre terre aux pieds de Jésus, lui rendant grâces, et celui-là était Samaritain. - Jusqu'alors la conduite des dix avait été identique ; nous les trouvons désormais divisés, neuf d'un côté, un seulement de l'autre. Hélas ! Ce dernier côté est celui de la reconnaissance. - L'un d'eux… revint. On voit par cette expression que la guérison ne s'était pas accomplie en la présence immédiate de Jésus ; peut-être avait-elle été opérée assez loin de lui : mais la distance ne fut pas un obstacle à la gratitude du lépreux samaritain. Comparez l'exemple de Naaman, qui vint aussi rendre grâces à Elisée, après avoir été guéri miraculeusement de la lèpre, 4 Reg. 5, 15. - Glorifiant Dieu à pleine voix. Il élève la voix pour remercier, comme précédemment pour implorer, v. 13. - Il se jeta le visage contre terre… De Dieu, l'auteur de tout don parfait, son action de grâces se reporte sur Jésus, son bienfaiteur immédiat. Or, ajoute S. Luc avec une intention qu'il est aisé de découvrir : celui-là était Samaritain, c'est-à-dire qu'il appartenait à une race abhorrée des Juifs, étrangère aux divines promesses, tandis que les neuf autres étaient de la nation choisie. N'était-ce pas affirmer tacitement, selon la teneur générale du troisième Évangile (voyez la Préface, §5), que les Israélites ne seraient pas seuls à participer au salut messianique, mais que les portes du royaume des cieux seraient également ouvertes pour les autres peuples, et que ces derniers pourraient même ravir à Israël ses privilèges, s'ils se montraient plus parfaits que lui ? Telle est, au point de vue théologique, la signification des touchants détails de ce miracle. Quant au fait même de la cohabitation d'un Samaritain avec des Juifs en dépit des haines nationales (Cfr. Joan. 10, 53 et le commentaire), il n'a rien d'extraordinaire dans le cas présent : le malheur avait renversé toutes les barrières. C'est ainsi qu'à Jérusalem, dans le Biut el Masakîn (« résidence des infortunés ») ou quartier des lépreux, on voit des Mahométans et des Juifs habiter ensemble, tandis qu'ils se détestent et se fuient partout ailleurs. Du reste, le miracle avait eu lieu sur les limites de la Samarie, ce qui rend une telle confraternité plus explicable encore.

Luc chap. 17 versets 17 et 18. - Alors Jésus, prenant la parole, dit : Est-ce que les dix n’ont pas été guéris ? où sont donc les neuf autres ? 18Il ne s’en est pas trouvé qui soit revenu, et qui ait rendu gloire à Dieu sinon cet étranger. - Quoique habitué à l'ingratitude des hommes, Jésus manifeste une sorte d'étonnement en voyant qu'un seul des lépreux, un seul sur dix, se montrait reconnaissant. - Où sont les neuf autres ? Le bienfait qu'ils avaient reçu était à peine inférieur à celui de la vie : comment n'avaient-ils aucune gratitude à témoigner ! Ainsi va le monde, s'écrie S. Bernard : « Ils sont importuns quand ils demandent, inquiets tant qu’ils n’ont pas reçu, et ingrats après avoir reçu ». On dirait que les faveurs divines « tombent dans un sépulcre profond et silencieux » (J. P. Lange). - C'est avec une vive tristesse que le Sauveur dut ajouter : Il ne s'en est pas trouvé… ; du moins lui était-il doux de faire ressortir la belle conduite du lépreux étranger (voyez 4 Reg. 17, 24, la justification de l'emploi de ce mot relativement aux Samaritains).

Luc chap. 17 verset 19. - Alors Jésus, prenant la parole, dit : Est-ce que les dix n’ont pas été guéris ? où sont donc les neuf autres ? 18Il ne s’en est pas trouvé qui soit revenu, et qui ait rendu gloire à Dieu sinon cet étranger. - Lève-toi (le lépreux était prosterné aux pieds de Jésus, v. 16) … ta foi t'a sauvé. Par cette parole de bonté Jésus confirma sa grâce antérieure, joignant peut-être en ce moment la guérison de l'âme à celle du corps, comme l'ont pensé quelques interprètes.

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