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2° La marche triomphale. vv. 36-44

36Et tandis qu’il avançait, le peuple étendit ses vêtements sur le chemin. 37Et lorsqu’il approchait déjà de la descente de la montagne des Oliviers, toutes les foules des disciples, transportées de joie, se mirent à louer Dieu à haute voix pour toutes les merveilles qu’ils avaient vues, 38en disant : Béni soit le roi qui vient au nom du Seigneur ! Paix dans le ciel, et gloire au plus haut des cieux ! 39Alors quelques-uns des pharisiens, du milieu de la foule, lui dirent : Maître, reprenez vos disciples. 40Il leur répondit : Je vous dis, s’ils se taisent, les pierres crieront. 41Et comme il approchait, voyant la ville, il pleura sur elle, en disant : 42Si tu connaissais, toi aussi, au moins en ce jour qui t’est donné, ce qui te procurerait la paix ! Mais maintenant cela est caché à tes yeux. 43Il viendra sur toi des jours où tes ennemis t’environneront de tranchées, ou ils t’enfermeront et te serreront de toutes parts ; 44et ils te renverseront à terre, toi et tes enfants qui sont au milieu de toi, et ils ne laisseront pas en toi pierre sur pierre, parce que tu n’as pas connu le temps où tu as été visitée.

Après quelques traits rapides sur cette marche solennelle du Messie vers sa capitale, vv. 36-38, S. Luc relève deux épisodes caractéristiques, vv. 39 et 40, 41-44, qu'on rencontre uniquement dans sa narration.

Luc chap. 19 verset 36. - Et tandis qu’il avançait, le peuple étendit ses vêtements sur le chemin. - Remarquez l'emploi de l’imparfait, qui indique un acte constamment renouvelé au fur et à mesure que Jésus avançait. - Le peuple étendit ses vêtements : et, avec leurs vêtements, des branches qu'ils coupaient aux arbres plantés le long du chemin (Cfr. S. Matth. et S. Marc).

Luc chap. 19 verset 37. - Et lorsqu’il approchait déjà de la descente de la montagne des Oliviers, toutes les foules des disciples, transportées de joie, se mirent à louer Dieu à haute voix pour toutes les merveilles qu’ils avaient vues. - Précieuse note topographique, spéciale à S. Luc. « Trois chemins conduisent de Béthanie à Jérusalem. L'un d'eux se glisse entre les pointes septentrionale et centrale du mont des Oliviers ; un autre gravit sa cime la plus élevée, pour descendre ensuite en traversant le village moderne d'El-Tour ; le troisième, qui est et doit toujours avoir été la route proprement dite, contourne la masse du centre, passant entre elle et le mont du Scandale. Les deux autres sont plutôt des sentiers de montagne que de vrais chemins, et, comme Jésus était accompagné d'un si grand nombre de disciples, il est clair qu'il dut prendre cette route, la plus commode des trois », Farrar, Life of Christ, 23è éd., t. 2, p. 195 et s. Voyez Riess, Atlas de la Bible, pl. 6. C'est donc au moment où le cortège, après avoir franchi le versant oriental du mont des Oliviers, arrivait à l'endroit où le chemin débouche tout à coup sur le flanc occidental, que les acclamations de la foule commencèrent. Là en effet, la ville, auparavant cachée par la cime de la colline, apparaissait subitement dans toute sa splendeur. Si, maintenant qu'elle n'est plus qu'un pâle reflet de son ancienne beauté, elle présente encore de ce lieu aux regards du pèlerin un magnifique panorama, qu'il lui impossible de jamais oublier, que n'était-ce pas dans ces temps, où on la regardait à juste titre comme une des merveilles du monde (Tacite, Hist. 5, 8) ? Le temple surtout se montrait de là tout rayonnant de grâce. Voyez l'Evang. selon S. Matth., p. 454 ; Porter, Handbook for Syria and Palestine, p. 138. On conçoit donc qu'en face de ce spectacle admirable, rehaussé à cette époque de l'année par les charmes du printemps, qu'en face de la capitale et du palais du Messie, l'enthousiasme de la multitude qui escortait Jésus n'ait pu se contenir. - Les foules des disciples : des disciples dans le sens le plus large de cette expression. - Se mirent à louer… Ce trait, propre au troisième Évangile, fait déjà ressortir d'une manière générale le caractère religieux de cette belle manifestation populaire. - A haute voix est pittoresque. - Pour toutes les merveilles (voyez l'Evang. selon S. Matth. p. 151) : c'est-à-dire, à propos des nombreux miracles du Sauveur dont ils avaient été témoins, mais spécialement, ajoute S. Jean, 12, 17, à propos de la résurrection de Lazare.

Luc chap. 19 verset 38. - En disant : Béni soit le roi qui vient au nom du Seigneur ! Paix dans le ciel, et gloire au plus haut des cieux ! - Les acclamations du peuple, d'abord conformes dans notre Évangile à celles des autres synoptiques (hormis l'addition de roi, qui correspond toutefois à une idée analogue de S. Marc, 11, 10), prennent ensuite un caractère particulier : Paix dans le ciel, et gloire au plus haut des cieux ! On croirait entendre un écho du cantique des anges, 2, 14. « Paix au ciel » : le ciel est en paix avec nous, grâce à la médiation, à l'oblation volontaire du Christ. Cfr. Rom. 5, 1 ; Col. 1, 20 ; 2, 14, 15.

Luc chap. 19 verset 39. - Alors quelques-uns des pharisiens, du milieu de la foule, lui dirent : Maître, reprenez vos disciples. - « La brièveté relative de la description de S. Luc est plus que compensée par l'intérêt des deux narrations qui suivent » (Cfr. vv. 41 et ss.), Plumptre, h. l. Elles furent sans doute fournies à l'évangéliste par les documents qu'il avait réunis avec tant de soin. La première, qui contient un dialogue rapide de Jésus avec les Pharisiens, a quelque analogie avec un fait relaté par le premier Évangile, 21, 15 et 16. - Quelques-uns des Pharisiens… Partout nous trouvons ces ennemis du Sauveur. Les voilà déjà répandus parmi les rangs de la foule qui honore Jésus comme le Messie. - Maître (équivalent de Rabbi) : derrière ce titre respectueux, qu'ils lui donnaient de temps à autre (Cfr. 10, 25 etc.) , ils dissimulent mal leur envie, leur mécontentement. - Reprenez vos disciples. « Vous n'entendez donc pas ce qu'ils disent : Par quelque réprimande sévère, arrêtez au plus tôt leurs blasphèmes ». Pour ces incrédules, le langage des disciples était en effet blasphématoire et ils rendaient le Maître responsable de la conduite des siens.

Luc chap. 19 verset 40. - Il leur répondit : Je vous dis, s’ils se taisent, les pierres crieront. - Grave et sublime réponse de Jésus. Non-seulement il accepte les hommages qu'on lui rend, mais il affirme avec une majesté digne du Messie, et en employant une locution proverbiale empruntée peut-être à la prophétie d'Habacuc (2, 11), que, si les hommes cessaient de l'acclamer, les pierres mêmes devraient le faire. C'était dire : « Vox populi, vox Dei ! » C'était reconnaître lui-même très explicitement sa dignité messianique. Sur une expression semblable de Virgile, Ecl. 5, 28, Servius a écrit ce juste commentaire : « C’est parler par hyperbole quand la chose est de nature à ne pouvoir en aucune façon être cachée, ou demeurer occulte ». Cfr. Ovide, Metam. 2, 697, et, dans le Talmud, le traité Chagigah, f. 16, 1 : « Ne dis pas : qui témoignera contre moi ? Les pierres et les solives de ta maison témoigneront contre toi ».

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