Luc chap. 19 verset 41. - Et comme il approchait, voyant la ville, il pleura sur elle, en disant : - Comme il approchait. Quand il fut parvenu à son tour au lieu décrit plus haut, v. 37. - C'est à bon droit qu'on a regardé cette scène touchante comme « un des joyaux de notre Évangile » (Godet). En contemplant Jérusalem, Jésus en embrassa toute l'histoire passée, présente et future : histoire du divin amour qui s'était manifesté avec des tendresses sans pareilles, histoire de l'ingratitude humaine poussée à son comble, histoire des vengeances célestes les plus terribles. Ce douloureux tableau excita en lui une vive émotion, à laquelle il donne un libre cours au plus beau moment de son triomphe ! Deux fois seulement nous lisons dans sa vie qu'il pleura, ici et avant de ressusciter Lazare, sur son ingrate patrie et sur l'ami de son cœur. Mais là il n'était question que de larmes silencieuses, tandis qu'ici il pleure à haute voix et sanglote. Qu'il est beau et divin, le Fils de Dieu pleurant ! Et toutefois S. Épiphane raconte qu'il s'était trouvé de son temps des hommes qui, trouvant ce trait indigne de Jésus, l'avaient retranché d'une main aussi brutale qu'inintelligente. Cfr. D. Calmet, h. l.
Luc chap. 19 verset 42. - Si tu connaissais, toi aussi, au moins en ce jour qui t’est donné, ce qui te procurerait la paix ! Mais maintenant cela est caché à tes yeux. - Jésus va motiver ses pleurs. Il gémit sur l'endurcissement de sa chère patrie et sur les maux affreux qui en seront la conséquence inévitable : Si tu connaissais… Toi aussi (avec emphase), comme mes disciples fidèles. La répétition fréquente des pronoms toi, tu, te, … dans les vv. 42-44 (quatorze fois) est du plus bel effet. - Au moins en ce jour. Chaque mot porte. Ce jour-là avait été donné à Jérusalem pour se repentir et pour croire à Jésus : mais c'était un jour décisif. - Ce qui te procurerait la paix (Cfr. 14, 32) : c'est-à-dire les conditions auxquelles Dieu est disposé à t'accorder la paix, le salut. Peut-être y a-t-il dans ces mots une paronomase, par laquelle le Sauveur jouerait, suivant un usage aimé des Orientaux, sur le nom de Jérusalem (lieu ou vision de la paix). - Mais maintenant… La phrase qui précède n'est pas achevée, comme le notait déjà Euthymius : « La phrase est inachevée. C’est ce qui arrive à ceux qui pleurent. Ils abrègent les mots sous le coup de l’émotion ». On la compléterait en ajoutant : « tu te conduirais bien autrement » ou quelque autre idée analogue. Jésus laisse donc tout à coup, pour revenir à la triste réalité, ce bel idéal qu'il avait un instant contemplé. - Cela est caché à tes yeux. Aveuglement tout à fait volontaire de la part de Jérusalem : elle a d'elle-même fermé les yeux à la lumière (comparez la fin du v. 44).
Luc chap. 19 versets 43 et 44. - Il viendra sur toi des jours où tes ennemis t’environneront de tranchées, ou ils t’enfermeront et te serreront de toutes parts ; 44et ils te renverseront à terre, toi et tes enfants qui sont au milieu de toi, et ils ne laisseront pas en toi pierre sur pierre, parce que tu n’as pas connu le temps où tu as été visitée. - Description magnifique tout ensemble. La plupart des expressions du texte grec sont techniques, tout à fait nobles, et propres au troisième Évangile. Jésus passe aux affreux châtiments que Jérusalem attirera sur elle par une conduite si coupable. Il viendra, mis à dessein en tête de la phrase, indique la certitude des malheurs prophétisés. - Tes ennemis t'environneront… Chacun des horribles détails tour à tour signalés par Jésus est introduit d'une manière emphatique, qui les met tristement en relief. - Tranchées : Retranchement ou rempart artificiel destiné soit à protéger un camp, soit à investir une ville. « C'était ordinairement une vaste levée de terre, surmontée de palissades et protégée extérieurement par un fossé » A. Rich, Dictionn. des antiq. rom. et grecq, aux mots Agger et Vallum. Les Juifs, dans une habile sortie, ayant incendié le rempart que les Romains avaient établi autour de Jérusalem, Titus en construisit rapidement un second, mais en maçonnerie, qui n'avait rien à craindre du feu. - Ils te serreront de toutes parts. Accumulation énergique de synonymes. Mais ce ne sont pas de vaines paroles. La circonférence de Jérusalem était de 33 stades : le retranchement de Titus n'en avait que 39. - Ils te renverseront à terre. Image d'une ruine universelle. La ville sera rasée ; ses fils (ses habitants) seront massacrés sans pitié. - Ils ne laisseront pas en toi… Voyez Matth. 24, 2, où Jésus lance en particulier cette sombre prophétie contre le temple. Et tout s'est réalisé à la lettre : Comparez Josèphe, de Bell. Jud. 7, 1, 1. Aussi, un jour que Frédéric-le-Grand demandait à Gellert ce qu'il pensait du Christ, ce célèbre professeur se contenta de lui répondre : Que pense Votre Majesté de la destruction de Jérusalem ? (Stier, Reden des Herrn Jesu, h. l.). - Parce que tu n'as pas connu le temps… Jésus termine comme il avait commencé (v. 2), en reprochant à la cité juive son triste aveuglement. Le temps où elle a été visitée et qu'elle a méconnu n'est autre que le temps de la vie publique du Sauveur, durant lequel elle avait reçu de lui tant de visites pacifiques (sur le mot visite, voyez 1, 68 et le commentaire).