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6° Les Sadducéens défaits à leur tour. 20, 27-40. - Parall. Matth. 22, 23-33 ; Marc. 12, 18-27.

27Quelques-uns des sadducéens, qui nient qu’il y ait une résurrection, s’approchèrent ensuite, et l’interrogèrent, 28en disant : Maître, Moïse a écrit pour nous : Si le frère de quelqu’un, ayant une femme, meurt sans laisser d’enfants, son frère épousera sa femme, et suscitera une postérité à son frère. 29Or il y avait sept frères ; et le premier épousa la femme, et mourut sans enfants. 30Le second la prit, et mourut lui-même sans enfants. 31Le troisième la prit aussi, et de même tous les sept ; et ils ne laissèrent pas de postérité, et ils moururent. 32Enfin, après eux tous, la femme mourut aussi. 33A la résurrection donc, duquel d’entre eux sera-t-elle l’épouse ? car les sept l’ont eue pour femme. 34Jésus leur dit : Les enfants de ce siècle se marient et sont donnés en mariage ; 35mais ceux qui seront jugés dignes du siècle à venir et de la résurrection des morts ne se marieront pas, et ne prendront pas de femme ; 36car ils ne pourront plus mourir, parce qu’ils sont égaux aux anges, et qu’ils sont fils de Dieu, étant fils de la résurrection. 37Mais que les morts ressuscitent, Moïse le montre lui-même, à l’endroit du Buisson, lorsqu’il appelle le Seigneur le Dieu d’Abraham, le Dieu d’Isaac, et le Dieu de Jacob. 38Or Dieu n’est pas le Dieu des morts, mais des vivants ; car tous sont vivants pour lui. 39Alors quelques-uns des scribes, prenant la parole, lui dirent : Maître, vous avez bien répondu. 40Et ils n’osaient plus lui faire aucune question.

Semblable aux deux autres pour la plupart des détails, la relation de S. Luc contient plusieurs particularités importantes. Cfr. vv. 34-38.

Luc chap. 20 verset 27. - Quelques-uns des sadducéens, qui nient qu’il y ait une résurrection, s’approchèrent ensuite, et l’interrogèrent - Quelques-uns des Sadducéens. Sur cette secte du Judaïsme, voyez l'Evang. selon S. Matth., p. 71. Jusqu'ici les Sadducéens s'étaient montrés beaucoup moins hostiles à Jésus que le parti pharisaïque, car « la mondanité épicurienne est plus tolérante que le fanatisme » (Farrar) ; mais aujourd'hui tous les chefs de la nation juive luttent contre le Messie.

Luc chap. 20 verset 28. - en disant : Maître, Moïse a écrit pour nous : Si le frère de quelqu’un, ayant une femme, meurt sans laisser d’enfants, son frère épousera sa femme, et suscitera une postérité à son frère. - Moïse à écrit… Les Sadducéens exposent d'abord le principe sur lequel ils appuieront ensuite leur objection. Ce principe consiste en une loi édictée par Moïse et connue sous le nom de loi du lévirat. Cfr. Deut. 25, 5 et 6. - Ayant une femme, meurt sans laisser d'enfants… Comparez les nuances d'expression dans les trois récits.

Luc chap. 20 versets 29-32. - Or il y avait sept frères ; et le premier épousa la femme, et mourut sans enfants. 30Le second la prit, et mourut lui-même sans enfants. 31Le troisième la prit aussi, et de même tous les sept ; et ils ne laissèrent pas de postérité, et ils moururent. 32Enfin, après eux tous, la femme mourut aussi. - Exposé de la difficulté, sous la forme d'un cas de conscience probablement imaginaire, quoique possible (Cfr. Tob. 6, 14), et présenté de manière à jeter du ridicule sur le dogme de la résurrection. Voyez notre commentaire sur S. Matthieu, p. 429 et s. - Il existe d'assez nombreuses variantes dans les anciens manuscrits à propos des vv. 30 et 31. Les deux leçons qui présentent le plus de garanties paraissent être celle de Lachmann, assez conforme à la Vulgate.

Luc chap. 20 verset 33. - A la résurrection donc, duquel d’entre eux sera-t-elle l’épouse ? car les sept l’ont eue pour femme. - C'est la conclusion de toute l'argumentation qui précède, vv. 28-32. - Duquel sera-t-elle l'épouse ? Le verbe est au présent dans la plupart des manuscrits grecs.

Luc chap. 20 verset 34. - Jésus leur dit : Les enfants de ce siècle se marient et sont donnés en mariage - A la question des Sadducéens un Rabbin vulgaire aurait répondu (car les Docteurs juifs avaient examiné le cas) en affirmant que la femme appartiendrait dans l'autre monde à son premier mari. Solution bien mesquine à côté de celle de Jésus, qui ouvre en partie pour nous les portes du ciel et nous permet de jeter sur l'état futur des prédestinés un regard ravi. - Les enfants de ce siècle : Hébraïsme pour désigner les hommes tels qu'ils vivent présentement sur la terre. Ailleurs (par ex. 16, 8 ; voyez le commentaire) cette locution est employée au point de vue moral et signale la partie la plus dépravée du genre humain ; mais tel n'est pas ici le cas. - Se marient et sont donnés en mariage (les femmes qui sont données en mariage par leurs parents). Plus haut, 17, 27, ce même détail était noté comme l'indice d'une vie sensuelle et mondaine ; il apparaît simplement en ce passage comme une nécessité de la condition actuelle des hommes, par opposition à l'état des bienheureux (vv. 35 et 36). Le verbe grec correspondant à donnée en mariage (littéralement : être donnée en mariage au dehors) ne se trouve pas ailleurs dans le Nouveau Testament.

Luc chap. 20 verset 35. - mais ceux qui seront jugés dignes du siècle à venir et de la résurrection des morts ne se marieront pas, et ne prendront pas de femme - Le monde à venir est mis en contraste avec « de ce siècle ». Notre-Seigneur ne parlait alors que des élus. Cfr. 11, 36 ; 2 Thess. 1, 5 ; Apoc. 3, 4. Comparez aussi la locution rabbinique : « digne du siècle futur ». - Ne se marieront pas… Les verbes sont au présent dans le texte grec, de même qu'au v. 34.

Luc chap. 20 verset 36. - car ils ne pourront plus mourir, parce qu’ils sont égaux aux anges, et qu’ils sont fils de Dieu, étant fils de la résurrection. - Jésus explique pourquoi il n'y aura plus de mariages dans le ciel. Il existe, tel est son raisonnement, une étroite corrélation entre la mort et la génération charnelle, celle-ci n'ayant d'autre but que de réparer les brèches produites par celle-là. Quand la mort sera détruite le mariage cessera de même. Actuellement il faut des naissances quotidiennes, sans quoi l'espèce humaine ne tarderait pas à disparaître : quand l'espèce sera devenue immobile, immortelle, il n'y aura plus besoin d'individus nouveaux. « L'arbre de l'humanité ne poussera plus de branches fraîches, sa croissance étant complète » (Schegg, h. l.). - Ils sont égaux aux anges. Le Seigneur, poursuivant son argumentation, indique les motifs pour lesquels les ressuscités ne sauraient mourir. Leur nature sera transformée, car 1° ils participeront à l'état angélique (voyez l'Evang. selon S. Matth. p. 431), 2° ils seront fils de Dieu, par là-même qu'ils seront fils de la résurrection (hébraïsme qui équivaut à « ressuscités »). Nos pères mortels ne peuvent nous communiquer qu'une vie mortelle ; Dieu, lorsqu'il deviendra notre père d'une manière toute admirable par le grand acte de la résurrection, lequel est « une espèce de génération nouvelle pour l'immortalité » (D. Calmet, h. l.), fera passer dans nos membres transfigurés quelque chose de son essence spirituelle, et dès lors ils ne pourront plus mourir. - On le voit, si S. Luc a omis le début de la réponse du Sauveur (Cfr. Matth. 22, 29 ; Marc. 12, 24), en revanche quelles particularités précieuses n'a-t-il pas conservées !

Luc chap. 20 verset 37. - Mais que les morts ressuscitent, Moïse le montre lui-même, à l’endroit du Buisson, lorsqu’il appelle le Seigneur le Dieu d’Abraham, le Dieu d’Isaac, et le Dieu de Jacob. - Après avoir réfuté les idées préconçues des Sadducéens sur la condition des bienheureux dans l'autre vie (vv. 34 à 36), Notre-Seigneur, dans cette seconde partie de sa démonstration (vv. 37 et 38), leur prouve par les saintes Écritures la certitude de la résurrection. Voyez l'explication détaillée dans l'Evang. selon S. Matth., p. 432. - Moïse le montre lui-même : Moïse lui-même sur qui vous prétendez vous appuyer pour nier la résurrection des morts. - A l'endroit du buisson. Ainsi que nous l'avons montré dans notre commentaire du second Évangile, p. 175, cette locution désigne le chap. 3è de l'Exode, où est racontée l'apparition de Dieu à Moïse auprès du buisson ardent. Comparez les exemples suivants empruntés au Talmud : Berach. Fol. 2, 1, c'est-à-dire Is. 6, 6 ; fol. 4, 2, c'est à dire Dan. 9, 21. Voyez dans le commentaire de Fritzsche sur l'épître aux Rom. 11, 2, l'emploi de formules analogues chez les écrivains romains et grecs. - Les deux autres synoptiques citent directement les paroles du Seigneur à Moïse ; S. Luc se sert du langage indirect, pour abréger.

Luc chap. 20 verset 38. - Or Dieu n’est pas le Dieu des morts, mais des vivants ; car tous sont vivants pour lui. - Quelle force, quelle profondeur, et en même temps quelle simplicité de raisonnement ! - Tous sont vivants pour lui. Ces mots, propres à S. Luc, sont destinés à démontrer que Jéhova est par excellence le Dieu des vivants. Cfr. Rom. 14, 8, 9.

Luc chap. 20 verset 39. - Alors quelques-uns des scribes, prenant la parole, lui dirent : Maître, vous avez bien répondu. - Ce trait n'est raconté que par S. Luc. - Les Scribes étaient généralement hostiles à Jésus ; ils ne purent néanmoins s'empêcher d'admirer la sagesse avec laquelle il avait réfuté les sceptiques Sadducéens : quelques-uns d'entre eux lui adressèrent même un éloge public : vous avez bien répondu. - Notre évangéliste omet ici, probablement parce qu'il en avait raconté plus haut (10, 25 et ss.) un semblable, l'épisode relatif au plus grand commandement, qui eut lieu, suivant les deux autres synoptiques (Matth. 22, 34-40 ; Marc. 12, 28-34), aussitôt après que Jésus eut réduit les Sadducéens au silence.

Luc chap. 20 verset 40. - Et ils n’osaient plus lui faire aucune question. - Cfr. Matth. 22, 46 ; Marc. 12, 34. Le texte grec peut être interprété selon deux nuances de la même pensée. D'après la première leçon, les Scribes louent Jésus, mais se gardent bien de le questionner davantage ; d'après la seconde, qui est plus expressive, leurs louanges avaient pour but de masquer leur retraite.

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