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ÉVANGILE SELON SAINT LUC - CHAPITRE 21

L'obole de la veuve (vv. 1-4). - Jésus prédit la ruine du temple de Jérusalem (vv. 5 et 6). - Sur la demande de ses disciples il annonce les divers signes qui précéderont soit la fin de l'État juif, soit la fin du monde (vv. 7-33). - Exhortation à la vigilance (vv. 34 à 36). - Coup d’œil d'ensemble sur les derniers jours du Sauveur (vv. 37-38).

9° L'obole de la veuve. 21, 1-4. - Parall. Marc. 12, 41-44.

1Jésus, regardant, vit les riches qui mettaient leurs offrandes dans le tronc. 2Il vit aussi une pauvre veuve, qui y mit deux petites pièces de monnaie. 3Et il dit : En vérité, je vous le dis, cette pauvre veuve a mis plus que tous les autres. 4Car tous ceux-là ont donné de leur superflu, pour faire des offrandes à Dieu ; mais celle-ci a donné de son indigence, tout ce qu’elle avait pour vivre.

Vraie « rose au milieu d'un champ d'épines » ! S. Luc partage avec S. Marc l'honneur d'en avoir conservé le souvenir, quoique sa relation soit un peu moins complète. Voyez l'explication détaillée dans notre commentaire du second Évangile, p. 179 et s.

Luc chap. 21 verset 1. - Jésus, regardant, vit les riches qui mettaient leurs offrandes dans le tronc. - Regardant : Ayant levé les yeux pour contempler la scène nouvelle qui se passait autour de lui. S. Marc raconte en effet qu'après avoir maudit les Pharisiens et les Scribes, Jésus était venu s'asseoir contre le trésor du temple, et c'est là que nous le retrouvons après un court intervalle. Le trésor du temple est un mode hybride, comme le disaient déjà S. Cyrille et Quinte-Curce (3, 13), dérivé du persan et du grec, et servant à désigner ici les treize troncs en forme de trompettes dans lesquels les Juifs jetaient les aumônes qu'ils destinaient aux frais du culte, à l'embellissement du temple, etc. Cfr. Otho, Lex. Rabbin. s. v. Gaza ; Lightfoot, Hor. hebr., Decas chorogr. i­n Marc. c. 3. Dans le texte latin, le mot riches est renvoyé d'une manière emphatique à la fin de la phrase.

Luc chap. 21 verset 2. - Il vit aussi une pauvre veuve, qui y mit deux petites pièces de monnaie. - Il vit aussi une pauvre veuve. Dans le texte grec, pauvre est un diminutif plein de délicatesse, qui n'est pas employé ailleurs dans le Nouveau Testament. - Deux petites pièces de monnaie. C'était un peu plus qu'un de nos centimes. Les prescriptions talmudiques ne permettaient pas d'offrir une seule pièce.

Luc chap. 21 versets 3 et 4. - Et il dit : En vérité, je vous le dis, cette pauvre veuve a mis plus que tous les autres. 4Car tous ceux-là ont donné de leur superflu, pour faire des offrandes à Dieu ; mais celle-ci a donné de son indigence, tout ce qu’elle avait pour vivre. - Plus d'un spectateur dut sourire dédaigneusement quand l'humble veuve glissa son offrande dans le tronc : Jésus loue au contraire publiquement cet acte, dont il dévoile toute la générosité. - En vérité… Affirmation solennelle, pour mieux relever le grand principe qui va suivre. - Elle a mis plus que tous les autres. Et pourtant, d'après S. Marc, « de nombreux riches avaient donné beaucoup ». Mais Dieu juge parfois autrement que les hommes. « Car s’il y a de l’ardeur, on est bien reçu avec ce que l’on a, peu importe ce que l’on n’a pas. », 2 Cor. 8, 12. Les païens eux-mêmes admettaient ce juste critère. « Ce n'est pas la somme qui détermine le plus ou le moins, mais la condition de celui qui donne », Xénoph. Anab. 7, 7, 36. cfr. Memorab. 1, 3, 3. « La magnanimité ne se mesure pas d'après la grandeur du don, mais d'après le rapport qui existe entre lui et la fortune du donataire », Aristote, Ethic. 4, 2. Le Talmud raconte (ap. Wetstein, Horae in Marc. 12, 43) qu'un grand-prêtre, ayant durement refusé une poignée de farine qu'une pauvre femme lui offrait pour le temple, fut réprimandé par Dieu dans une vision et obligé d'accepter ce modeste sacrifice. « Et quel mérite y a-t-il à cela ? » nous disait un jour un gentilhomme aussi généreux que riche. - Celle-ci a donné de son indigence : l'acte de cette femme était donc vraiment héroïque. « La petite somme d’argent est celle qui a le plus de valeur parce que le montant d’argent dépensé ne se calcule pas d’après ce qui est donné mais d’après ce qui reste. Personne n’a plus donné que celle qui ne s’est rien réservé », S. Ambr. De viduis, c. 5. Les anges seuls, avec Dieu, sont capables de supputer les gros intérêts qu'a produits l'obole de la pauvre veuve.

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