Ressources Catholiques Missel Romain
2° Préludes propres à la ruine de Jérusalem. vv. 20-24.

Luc chap. 21 verset 20. - Lorsque vous verrez Jérusalem entourée par une armée, alors sachez que sa désolation est proche. - Lorsque sert de transition à cette nouvelle série de prédictions terribles. - Jérusalem entourée par une armée. Dans le grec, « par des armées » au pluriel, pour noter le grand nombre des assaillants. Et, en réalité, Jérusalem fut attaquée de trois côtés à la fois, par trois colonnes d'investissement qui formaient comme autant d'armées. S. Luc semble avoir remplacé à dessein par ce détail très clair l'expression toute judaïque « abomination de la désolation », qu'emploient S. Matthieu et S. Marc pour désigner les signes précurseurs de la ruine de Jérusalem. Il a du moins conservé le mot désolation à la fin de la phrase.

Luc chap. 21 verset 21. - Alors, que ceux qui sont dans la Judée s’enfuient dans les montagnes, et que ceux qui sont au milieu d’elle en sortent, et que ceux qui sont dans les environs n’y entrent pas. - C'est grâce à cette pressante recommandation de Jésus que les chrétiens de la Judée durent d'échapper aux horreurs indicibles du siège. - Ceux qui sont au milieu d'elle… il faut comprendre au milieu de Jérusalem, d'après le v. 20, et non au milieu de la Judée, ce qui serait une tautologie. Trait propre à S. Luc. - Ceux qui sont dans les environs : dans les campagnes, dans les districts ruraux, par opposition à la ville ; selon d'autres, mais moins bien, dans les provinces. C'est encore un trait propre à notre évangéliste. - N'y entrent pas. En temps de guerre, les habitants des campagnes sont portés, comme nos récentes et douloureuses expériences de 1870 le prouvent, à se réfugier dans les places fortes du voisinage à l'approche des armées ennemies. Cfr. Jer. 4, 5 et 6. Cette circonstance, à laquelle se joignit le pèlerinage annuel des fêtes pascales, accumula dans Jérusalem une multitude énorme de Juifs qui périrent misérablement. Plusieurs ayant essayé de s'enfuir, le farouche sicaire Simon de Gérasa les fit égorger sans pitié. Cfr. Jos. Bell. Jud. 4, 9, 10.

Luc chap. 21 verset 22. - Car ce seront des jours de vengeance, afin que s’accomplisse tout ce qui est écrit. - Nouvelle particularité de S. Luc. Jésus indique pourquoi on devra fuir alors bien loin de Jérusalem : ce sera pour ne pas s'exposer à partager la triste destinée de cette ville coupable. - Des jours de vengeance : les jours de la vengeance divine, la ruine de Jérusalem étant irrévocablement et depuis longtemps décrétée. - Afin que s'accomplisse tout ce qui est écrit. Les menaces du Seigneur avaient retenti aux oreilles des Juifs depuis les jours de Moïse, Deut. 28, et les derniers prophètes les avaient solennellement reproduites. Cfr. Dan. 9, 26 et s. ; Zach. 11 ; 14, 42.

Luc chap. 21 verset 23. - Malheur à celles qui seront enceintes et qui allaiteront en ces jours-là ! Car il y aura une grande détresse dans le pays, et de la colère contre ce peuple. - Comme dans les deux autres synoptiques, c'est là un Malheur plein de compassion. Ce « malheur » est motivé par de terribles détails, dont la mention est propre à S. Luc (vv. 23b et 24). - Une grande détresse : mots tout à faits expressifs dans le texte grec, pour désigner une angoisse suprême. - Sur la terre : plus probablement dans un sens restreint, c'est-à-dire, sur la terre juive, en Palestine, ainsi qu'il ressort des mots suivants, colère contre ce peuple. Le pronom « ce » est dédaigneux et terrible.

Luc chap. 21 verset 24. - Ils tomberont sous le tranchant du glaive, et ils seront emmenés captifs dans toutes les nations, et Jérusalem sera foulée aux pieds par les gentils, jusqu’à ce que le temps des nations soit accompli. - Jésus indique maintenant de quelle manière se manifestera la colère divine. - Ils tomberont sous le tranchant du glaive. Belle et forte figure, employée fréquemment dans les littératures sémitiques. Cfr. Gen. 34, 26 ; Deut. 13, 15 ; Jos. 8, 24 ; Hebr. 11, 34. - Et ils seront emmenés captifs. D'après l'historien Josèphe, Bell. Jud. 6, 9, 2, le nombre des Juifs qui périrent à Jérusalem fut de 1.000.000 ; celui des captifs, de 97000. « Après que le soldat fut las de tuer, Titus ordonna qu'on gardât les jeunes hommes les plus robustes et les mieux faits, pour orner son triomphe. Pour les autres qui étaient au-dessus de l'âge de 17 ans, il les envoya en Égypte pour y travailler au mines. Titus en distribua un grand nombre d'autres dans les provinces, pour servir dans les théâtres aux spectacles du peuple, pour être exposés aux bêtes, etc. Ceux qui n'avaient pas 17 ans furent vendus et menés pour esclaves en divers endroits ». D. Calmet, h. l. La prédiction se réalisa donc à la lettre. On eût dit que la nation entière s'était donnée rendez-vous dans sa capitale pour s'y faire égorger ou charger de chaînes. - Et Jérusalem sera foulée aux pieds… La tournure grecque (littéralement : sera étant foulée aux pieds) est plus expressive que le simple futur et dénote un fait permanent. Ici encore la prophétie s'est accomplie en toute rigueur : Jérusalem a été prise, saccagée, foulée aux pieds tout à tour par les Romains, par les Perses, par les Sarrasins, par les Francs, par les Turcs. Les Juifs, ses anciens maîtres, y sont simplement tolérés, moyennant une redevance qu'ils paient au sultan. Et cependant, après l'exil de Babylone, ils l'avaient précisément fortifiée « on édifia tout autour de la montagne de Sion un rempart élevé, avec de puissantes tours, de peur que les païens ne viennent piétiner ces lieux comme auparavant », 1 Mach. 4, 60. Cruelle ironie du sort ! - Jusqu'à ce que le temps des nations soit accompli. Ces derniers mots présentent quelque obscurité. Les exégètes ne sont pas d'accord sur ce qu'il faut entendre par les « temps des nations », dont l'accomplissement mettra un terme au châtiment d’Israël. Il est peu probable que ce soit « jusqu'à la fin du monde », comme l'ont pensé Euthymius, F. Luc, etc. Le délai ainsi accordé aux Gentils doit avoir des limites plus précises. Peut-être les temps en question représenteraient-ils l'époque où les peuples non-juifs seront à leur tour mûrs pour le jugement, ou bien celle durant laquelle ils continueront à être les exécuteurs des vengeances divines, ou mieux encore, croyons-nous, les jours qui leur seront accordés à eux-mêmes pour se convertir. Telle était déjà l'opinion du V. Bède : « Jusqu’à ce que la plénitude des Gentils entre dans l’Église du Christ », et un passage de l'épître aux Romains, 11, 25, « La cécité frappera en partie Israël jusqu’à ce que la plénitude des Gentils entre », semble la favoriser singulièrement. Mais l'expression demeure en partie mystérieuse, et il est difficile de la préciser davantage.

...suite