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9. L'arrestation de Jésus. 22, 47-53. - Parall. Matth. 26, 47-56 ; Marc. 14, 43-52 ; Joan. 18, 2-11.

47Comme il parlait encore, voici qu’une troupe parut, et celui qui s’appelait Judas, l’un des douze, marchait devant elle ; et il s’approcha de Jésus pour le baiser. 48Jésus lui dit : Judas, tu trahis le Fils de l’homme par un baiser ? 49Ceux qui étaient autour de lui, voyant ce qui allait arriver, lui dirent : Seigneur, frapperons-nous de l’épée ? 50Et l’un deux frappa le serviteur du grand prêtre, et lui coupa l’oreille droite. 51Mais Jésus, prenant la parole, dit : Restez-en là. Et ayant touché l’oreille de cet homme, il le guérit. 52Puis Jésus dit à ceux qui étaient venus vers lui, princes des prêtres, magistrats du temple, et anciens : Vous êtes sortis avec des épées et des bâtons, comme contre un brigand. 53Quand j’étais tous les jours avec vous dans le temple vous n’avez pas étendu les mains sur moi ; mais c’est ici votre heure, et la puissance des ténèbres.

Luc chap. 22 versets 47 et 48. - Comme il parlait encore, voici qu’une troupe parut, et celui qui s’appelait Judas, l’un des douze, marchait devant elle ; et il s’approcha de Jésus pour le baiser. 48Jésus lui dit : Judas, tu trahis le Fils de l’homme par un baiser ? - C'est la description de l'infâme baiser de Judas. Le récit de S. Luc est pittoresque, rapide. Cette bande de loups furieux, comme on l'a justement appelée, qui tomba tout à coup sur le divin Agneau, était composée de soldats romains, de sergents d'armes du grand Conseil, de curieux, de fanatiques, et même de Sanhédristes. Voyez le v. 52. - Il s'approcha pour le baiser. Judas baisa en réalité Notre-Seigneur, ainsi qu'il ressort du contexte et des deux autres synoptiques. - Juda… S. Luc seul mentionne ces paroles de Jésus. Voir dans Matth. 26, 50, une autre petite allocution qui dut précéder celle-ci. - Tu trahis… par un baiser : frappant contraste. Le baiser, signe ordinaire de l'affection, devenu le signal de la trahison la plus noire, à l'égard de la personne sacrée du Messie !

Luc chap. 22 verset 49. - Ceux qui étaient autour de lui, voyant ce qui allait arriver, lui dirent : Seigneur, frapperons-nous de l’épée ? - Les détails de ce verset sont propres à S. Luc. - Deux incidents consécutifs retardèrent l'arrestation du Sauveur : les quatre évangélistes racontent de concert le premier (vv. 49-51) ; nous trouverons le second dans S. Jean, 18, 3-9. - Ceux qui étaient autour de lui : c'est-à-dire les onze apôtres fidèles, qui s'étaient groupés autour de leur Maître à l'approche des sbires de Judas. - Frapperons-nous de l'épée ? Cfr. 13, 23 ; Act. 1, 6 ; 19, 2 ; 21, 37, etc. Les disciples se souviennent de « l'entretien du glaive », et croient le moment venu de faire usage de leurs armes. « Les Galiléens avaient l'âme guerrière », comme le rappelle à propos D. Calmet (Cfr. Jos. Bell. Jud. 3, 3).

Luc chap. 22 verset 50. - Et l’un deux frappa le serviteur du grand prêtre, et lui coupa l’oreille droite. - L'un d'eux frappa le serviteur… Quoique inutile, cet acte était plein de vaillance. On avait demandé l'avis du Sauveur ; mais l'ardent et généreux S. Pierre (Cfr. Joan. 18, 10) frappa sans attendre la réponse. - Et lui coupa l'oreille droite. Le mot grec désigne l'oreille entière, et pas seulement le lobe charnu qui la termine. Voyez Bretschneider, Lex. Man. s. v. - Droite est un trait propre à S. Luc et à S. Jean.

Luc chap. 22 verset 51. - Mais Jésus, prenant la parole, dit : Restez-en là. Et ayant touché l’oreille de cet homme, il le guérit. - Restez-en là. Cette parole, un peu ambiguë dans le texte grec, a reçu des interprétations bien diverses. Plusieurs pensent que Jésus l'adressait aux Juifs venus pour l'arrêter. Ils la traduisent tantôt par « excusez cette résistance » ; tantôt par « permettez que je m'approche du blessé pour le guérir » ; tantôt par « laissez-moi libre un instant pour que je le guérisse ». Mais ces explications sont recherchées, peu naturelles, et d'ailleurs réfutées par les mots Jésus prenant la parole, qui prouvent que Notre-Seigneur voulait alors parler à ses disciples (Cfr. v. 49). Relativement aux apôtres un double sens est possible : « laissez faire mes ennemis » (« ne vous opposez pas à ce qui va arriver, car je dois permettre à mes ennemis de pousser la haine envers moi, jusqu'à s'emparer de ma personne, afin que les Écritures s'accomplissent », S. August., de cons. Evang. l. 3, c. 5, 47. Cfr. Maldonat, Luc de Bruges, Cajetan, etc.), ou bien : « ne résistez pas davantage » (Corn. a Lap., Noël Alexandre, Érasme, etc.). Nous adoptons de préférence cette dernière interprétation, qu'on trouve déjà dans la version syriaque. S. Luc omet ici une courte allocution que Jésus prononça dans le but d'expliquer aux siens pourquoi il se livrait sans résistance. Cfr. Matth. 26, 52-54. - Ayant touché l'oreille de cet homme… Particularité médicale, qui méritait bien d'être relevée par S. Luc. La manière dont le fait est exposé semble indiquer que l'oreille n'avait pas été complètement détachée, mais qu'elle tenait encore par quelque lambeau de chair. Cette cure, unique en son genre, fut le dernier miracle de guérison opéré par Jésus : la bonté du divin Maître s'y manifeste admirablement.

Luc chap. 22 versets 52 et 53. - Puis Jésus dit à ceux qui étaient venus vers lui, princes des prêtres, magistrats du temple, et anciens : Vous êtes sortis avec des épées et des bâtons, comme contre un brigand. 53Quand j’étais tous les jours avec vous dans le temple vous n’avez pas étendu les mains sur moi ; mais c’est ici votre heure, et la puissance des ténèbres. - Tout en refusant de répondre à la violence par la violence, le Sauveur proteste avec une noble fermeté contre les procédés aussi lâches qu'injustes de ses adversaires. Dans ce passage, commun aux évangélistes synoptiques, trois traits sont propres à S. Luc. 1° au v. 52, la présence, parmi les rangs des soldats, des valets et de la foule fanatique, d'un certain nombre de princes des prêtres, de capitaines des lévites (cf. note du v. 4) et d'anciens du peuple. C'est sur eux que retombe directement le fier reproche du Sauveur. Quelques rationalistes (Bleek, Meyer, etc.) ont trouvé cette présence peu naturelle : nous trouvons au contraire très naturel que des Sanhédristes et d'autres personnages influents soient venus surveiller une opération délicate, qui avait pour eux une si grande importance. 2° au v. 53, les mots pittoresques vous n'avez pas étendu les mains sur moi, au lieu de « vous ne m’avez pas arrêté » (S. Matth. et S. Marc). Cfr. Jer. 6, 12. 3° La phrase finale mais c'est ici votre heure, qui est d'une si grande énergie, en quelque sens du reste qu'on la prenne. Il est en effet deux manières de l'interpréter, au propre ou au figuré. Au propre, elle signifierait que les Sanhédristes, en venant arrêter Jésus au milieu de la nuit, se conduisaient comme les bandits et autres malfaiteurs, qui profitent ordinairement des ténèbres pour perpétrer leurs crimes. Cfr. Joan. 3, 20. Au figuré, d'après une signification plus relevée, les mots la puissance des ténèbres, qui se rattachent à « votre heure » sous forme d'apposition, désigneraient Satan avec son ténébreux empire (Cfr. Col. 1, 13). Votre heure, telle serait alors la pensée de Jésus, est l'heure même du démon ; mon Père lui a concédé ce temps pour me nuire, et voici que vous vous faites ses complices ! Comparez Joan. 8, 34, 44. Nous nous rangeons de préférence à cette explication, à la suite d'Euthymius, de Maldonat, de D. Calmet, de Keil, etc.

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