54Se saisissant alors de lui, ils l’emmenèrent dans la maison du grand prêtre ; et Pierre suivait de loin. 55Or, ayant allumé du feu au milieu de la cour, ils s’assirent autour ; et Pierre était au milieu d’eux. 56Une servante, qui le vit assis devant le feu, le fixa attentivement, et dit : Celui-ci était aussi avec lui. 57Mais il renia Jésus, en disant : Femme, je ne le connais pas. 58Un peu après, un autre, le voyant, dit : Toi aussi, tu es de ces gens-là. Mais Pierre dit : O homme, je n’en suis pas. 59Et environ une heure plus tard, un autre affirmait la même chose, en disant : Certainement cet homme était aussi avec lui ; car il est Galiléen. 60Et Pierre dit : Homme, je ne sais pas ce que tu dis. Et aussitôt, comme il parlait encore, le coq chanta. 61Et le Seigneur, se retournant, regarda Pierre. Et Pierre se souvint de la parole que le Seigneur avait dite : Avant que le coq chante, tu me renieras trois fois. 62Et Pierre, étant sorti dehors, pleura amèrement.
Les quatre récits ont une ressemblance générale très frappante ; mais chacun d'eux a pareillement « ses nuances délicates et ses traits particuliers… S. Matthieu est celui qui fait le mieux ressortir la gradation des trois reniements », Godet. Voyez l'explication détaillée dans l'Évangile selon S. Matth. p. 526 et ss.
Luc chap. 22 verset 54. - Se saisissant alors de lui, ils l’emmenèrent dans la maison du grand prêtre ; et Pierre suivait de loin. - Se saisissant alors de lui. Le verbe grec correspondant a ici, comme en beaucoup d'autres passages, le sens de saisir violemment, d'emmener prisonnier. - Dans la maison du grand-prêtre. S. Luc est seul à dire que Jésus fut conduit dans la « maison » du prince des prêtres. Elle était située sur la déclivité septentrionale de la colline de Sion. Le prince des prêtres en question était Caïphe, d'après Matth. 26, 57. Sur la contradiction apparente qui existe entre S. Jean et les synoptiques, voyez notre explication du quatrième Évangile, l. c. - Pierre suivait de loin : « pour voir comment cela finirait », ajoute S. Matthieu.
Luc chap. 22 verset 55. - Or, ayant allumé du feu au milieu de la cour, ils s’assirent autour ; et Pierre était au milieu d’eux. - Ayant allumé du feu : un feu de charbon de bois, peut-être dans un « brasero » à la façon orientale. - Au milieu de la cour : c'est-à-dire au milieu de la cour quadrangulaire, à ciel ouvert, qui occupe le centre des riches habitations de l'Orient. Voyez A. Rich, Dictionn. des antiquités rom. et grecq., aux mots Atrium et Domus. - Ils s'assirent autour : nouveau détail graphique. « Ils » désigne d'après le contexte les valets du Sanhédrin. - Pierre était au milieu d'eux : dans le grec, « il était assis ».
Luc chap. 22 versets 56 et 57. - Une servante, qui le vit assis devant le feu, le fixa attentivement, et dit : Celui-ci était aussi avec lui. 57Mais il renia Jésus, en disant : Femme, je ne le connais pas. - Premier reniement. Les quatre narrateurs sont d'accord pour dire qu'il fut occasionné par la question d'une servante. - Assis devant le feu, c'est-à-dire auprès du feu, dont l'éclat dessinait fortement les profils de ceux qui se chauffaient alentour. - Le fixa : le verbe grec indique un regard prolongé, pénétrant. Cfr. 4, 20. - Lui aussi : Les quatre évangélistes emploient cette forme emphatique, quoiqu'ils diffèrent pour la suite des paroles de la servante. L'apostrophe « Femme » n'a été conservée que par S. Luc.
Luc chap. 22 verset 58. - Un peu après, un autre, le voyant, dit : Toi aussi, tu es de ces gens-là. Mais Pierre dit : O homme, je n’en suis pas. - Second reniement. Le détail chronologique par lequel il est introduit, un peu après, est propre au troisième Évangile. - Un autre, le voyant… C'était sans doute quelqu'un des valets du grand Conseil. Les autres récits parlent encore d'une servante. Voyez la conciliation dans l'Evang. selon S. Matth., l. c., et dans notre commentaire sur S. Jean, 18, 27. - O homme : trait spécial, comme précédemment « femme ».
Luc chap. 22 versets 59 et 60. - Et environ une heure plus tard, un autre affirmait la même chose, en disant : Certainement cet homme était aussi avec lui ; car il est Galiléen. 60Et Pierre dit : Homme, je ne sais pas ce que tu dis. Et aussitôt, comme il parlait encore, le coq chanta. - Troisième reniement. Environ une heure plus tard est encore une précieuse particularité de S. Luc. - Un autre affirmait : c'était un parent de Malchus, d'après S. Jean ; d'autres se joignirent bientôt à lui, d'après S. Matthieu et S. Marc. Le mot grec correspondant à « affirmait » est très énergique, on ne le trouve qu'ici et Act. 12, 15. - Certainement est mis en avant par emphase : certainement cet homme est un disciple de Jésus ; le motif de certitude est ensuite exprimé : car il est Galiléen. C'est aussi, comme la plupart des partisans de Jésus, un Galiléen. S. Pierre avait trahi sa nationalité par son accent. Voyez Matth. 26, 73 et le commentaire. - Je ne sais pas ce que tu dis. Cette troisième protestation fut accompagnée de serments et d'anathèmes destinés à la rendre plus éclatante, Matth. 26, 74. - Et aussitôt : les quatre récits notent cette circonstance ; mais S. Luc ajoute seul d'une manière emphatique : comme il parlait encore.
Luc chap. 22 verset 61. - Et le Seigneur, se retournant, regarda Pierre. Et Pierre se souvint de la parole que le Seigneur avait dite : Avant que le coq chante, tu me renieras trois fois. - Détail bien touchant que S. Luc a le mérite d'avoir seul conservé. Mais n'est-ce-pas en affaiblir la portée, la beauté, que de dire avec S. Augustin : « Ces paroles désignent uniquement un acte intérieur qui s'accomplit dans l'intelligence et dans la volonté. Dans son infinie miséricorde le Seigneur vint secrètement au secours de son apôtre, toucha son cœur, réveilla son souvenir, le visita par une grâce intérieure, l'émut jusqu'à lui faire verser des larmes extérieures et l'enflamma d'un immense repentir » (Grâce de Jésus-Christ et péché originel, Livre 1, 49) ? ou avec S. Laurent Justinien (Lib. de triumphali Christi agone, c. 8) : « Il regarda Pierre non avec les yeux du corps mais avec le regard de sa piété » (de même Nicolas de Lyre, etc.) ? Nous le craignons. Les verbes grecs correspondant à regarder désignent des faits extérieurs, et nous n'avons ici aucun motif de leur attribuer un sens métaphorique. Luc de Bruges objecte, il est vrai, que le Seigneur n'a pu voir Pierre avec ses yeux corporels, vu que le premier se trouvait dans l'intérieur du palais, l'autre dans la cour. Mais l'objection tombe d'elle-même si nous admettons, comme on le fait généralement, que cette scène émouvante et rapide eut lieu au moment où, après son premier interrogatoire devant le Sanhédrin, Jésus était conduit à l'appartement qui devait lui servir de prison jusqu'au matin. Traversant alors l'atrium, il se retourna lorsqu'il passa près de l'apôtre infidèle, et fixa sur lui un regard pénétrant, pour lui reprocher tacitement sa faute. Comp. S. Jean Chrysostome, Théophylacte, etc. - Et Pierre se souvint. « Car il n’était pas possible qu’il demeurât dans les ténèbres de la négation celui que la lumière du monde regardait », S. Jérôme, in Matth. 26. Quoi d'étonnant que le cœur de S. Pierre ait été transpercé par ce regard de Jésus ! - Au moral, d'après la belle application de S. Ambroise, il pleura en sanglotant. La faute le méritait bien. Si nous la considérons à la lumière de la vocation de S. Pierre, elle est inexcusable ; néanmoins, rapprochée du caractère de l'apôtre, elle s'explique ; rapprochée des circonstances du moment, elle perd de sa gravité ; enfin, si nous la rapprochons de nos propres péchés, l'accusation n'expirera-t-elle pas sur nos lèvres coupables ? (van Oosterzee)