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12. Jésus devant le Sanhédrin. 22, 66-71. - Parall. Matth. 27, 1 ; Marc. 15, 1a

66Lorsqu’il fit jour, les anciens du peuple, les princes des prêtres et les scribes s’assemblèrent ; et l’ayant fait venir dans leur conseil, ils dirent : Si tu es le Christ, dis-le-nous. 67Il leur répondit : Si je vous le dis, vous ne me croirez pas ; 68et si je vous interroge, vous ne me répondrez pas, et vous ne me relâcherez pas. 69Mais désormais le Fils de l’homme sera assis à la droite de la puissance de Dieu. 70Alors tous dirent : Tu es donc le Fils de Dieu ? Il répondit : Vous le dites, je le suis. 71Et ils dirent : Qu’avons-nous encore besoin de témoignage ? Nous l’avons entendu nous-mêmes de sa bouche.

Luc chap. 22 verset 66. - Lorsqu’il fit jour, les anciens du peuple, les princes des prêtres et les scribes s’assemblèrent ; et l’ayant fait venir dans leur conseil, ils dirent : Si tu es le Christ, dis-le-nous. - Divers auteurs (Maldonat, Corn. a Lapide, Jansenius, etc.) identifient ce passage de S. Luc avec Matth. 26, 57-66 et Marc. 14, 53-64 ; mais l'opinion commune des exégètes est que notre évangéliste parce ici d'un second interrogatoire de Jésus devant le Sanhédrin. Le premier jugement, raconté tout au long par les autres synoptiques, avait eu lieu pendant la nuit et peu de temps après l'arrestation du Sauveur : il correspond au v. 54, bien qu'il n'y soit pas mentionné formellement. Mais, d'après les lois alors en vigueur, il était nul et invalide (voyez l'Evang. selon S. Matth. p. 529). Pour lui donner un semblant de légalité, le grand Conseil tint de grand matin une nouvelle séance, on ignore en quel local, et se mit en devoir de ratifier sa sentence nocturne. S. Matthieu (26, 57, 59 ; 27, 1) et S. Marc (14, 53, 55 ; 15, 1) distinguent nettement les deux sessions du Sanhédrin ; S. Luc, s'il ne dit rien de la première, a seul conservé les détails de la seconde, de sorte qu'en réunissant les trois récits nous obtenons un exposé assez complet de la conduite du grand tribunal juif envers Notre-Seigneur. - Les anciens du peuple. Cfr. Act. 22, 5. D'ordinaire, les anciens du peuple ne sont nommés qu'après les deux autres sections du Sanhédrin ; ils ouvrent la liste en cet endroit. - L'ayant fait venir en leur conseil. Le verbe grec (litt. Ils conduisirent en haut) ferait allusion, d'après quelques commentateurs, à la situation élevée du local où l'assemblée se réunit ; mais il n'est pas nécessaire de presser ainsi le sens, ce verbe désignant parfois simplement l'action de conduire un prisonnier devant ses juges. - Si tu es le Christ… Dans le grec : Es-tu le Christ ? Dis-le nous. Les juges de Jésus, qui sont en même temps ses accusateurs, vont droit au point principal dans cette séance du matin. Ils veulent faire vite, on le voit au premier coup d’œil, quoiqu'une des fameuses « Prescriptions des Pères » fût : Agissez avec lenteur dans les jugements ; Pirké Aboth, 1, 1. Le Sanhédrin était en général renommé pour sa douceur (Cfr. Salvador, Institut. de Moïse, 2 ; Vie de Jésus, t. 2, p. 108) ; mais actuellement une rage farouche et aveugle le pousse.

Luc chap. 22 versets 67 et 68. - Il leur répondit : Si je vous le dis, vous ne me croirez pas ; 68et si je vous interroge, vous ne me répondrez pas, et vous ne me relâcherez pas. - Dans cette première partie de la réponse de Jésus brillent un sagesse et un calme vraiment divins. C'est un dilemme auquel les membres du grand Conseil auraient eu de la peine à répondre ! Aussi n'y répondirent-ils pas. Les deux parties de l'argument n'étaient que trop bien basées sur une expérience récente. - Si je vous le dis, vous ne croirez pas. Cfr. Joan. 8, 59 ; 10, 31 ; Matth. 26, 63-66. Si je vous interroge, vous ne répondrez pas. Cfr. 20, 1-8 ; Matth. 22, 41-46. Ainsi donc, soit que Jésus eût ouvertement fait connaître aux magistrats juifs, sur leur demande, sa mission céleste, soit qu'il eût essayé d’argumenter avec eux, il n'avait trouvé auprès de ces hommes passionnés, haineux, que l'endurcissement volontaire. Il y a, dans ces paroles de Jésus, une protestation énergique, quoique indirecte, contre les procédés iniques de ses juges. Les mots et vous ne me relâcherez pas sont omis par plusieurs manuscrits et versions qui font autorité. S'ils sont authentiques ils expriment un « a fortiori » : Non seulement vous ne me répondrez pas, mais vous me relâcherez bien moins encore.

Luc chap. 22 verset 69. - Mais désormais le Fils de l’homme sera assis à la droite de la puissance de Dieu. - Jésus accorde toutefois, quoique en termes menaçants, ce qu'il avait paru tout d'abord refuser. Comme à la fin du premier interrogatoire (Cfr. Matth. 26, 64, Marc, 14, 62 ; voyez le commentaire), il évoque devant ses ennemis l'image glorieuse et terrible du Fils de l'homme, assis à la droite de Dieu, et muni d'une puissance à laquelle rien ne pourra résister.

Luc chap. 22 verset 70. - Alors tous dirent : Tu es donc le Fils de Dieu ? Il répondit : Vous le dites, je le suis. - Tous alors dirent. Cette locution est emphatique et pittoresque tout ensemble. En un mot : d'une façon tumultueuse. - Tu es donc le Fils de Dieu ? Ils ont compris, et ce n'était pas chose difficile, que Jésus avait voulu se désigner lui-même en parlant du Fils de l'homme. Comp. le Ps. 109, où le Messie est représenté comme trônant à la droite de Dieu son Père. - Vous le dites, je le suis. Formule orientale qui équivaut à une affirmation solennelle. Cfr. Schoettgen, Hor. Hebr. p. 225.

Luc chap. 22 verset 71. - Et ils dirent : Qu’avons-nous encore besoin de témoignage ? Nous l’avons entendu nous-mêmes de sa bouche. - Le récit n'est pas moins dramatique que la scène elle-même. - Qu’avons-nous encore besoin de témoignage ? Il ne semble pas que le Sanhédrin ait fait comparaître des témoins à charge durant cette séance du matin : ces paroles font donc allusion à la session nocturne, durant laquelle de nombreuses dépositions avaient été reçues contre Jésus. Cfr. Matth. 26, 60 et ss. ; Marc. 14, 56 et ss.. Quant aux témoins à décharge, le Talmud a beau dire que, pendant quarante jours consécutifs, on fit inviter par des hérauts tous ceux qui croiraient pouvoir maintenir l'innocence de Jésus à se présenter devant le Sanhédrin, sans que personne répondît à l'appel : ces fables grossières dépassent le but. - On le voit, l'assemblée du matin ressembla beaucoup à celle de la nuit par ses divers détails : nous trouvons de part et d'autre à peu près les mêmes questions, les mêmes réponses, finalement la même condamnation ; ici et là les juges ont recours aux procédés les plus odieux, ici et là le divin accusé  a une attitude digne du Messie : seulement, dans la dernière session les choses se passent avec une plus grande rapidité. Il n'y a pas de discussion proprement dite : on se borne à faire répéter au Sauveur ses paroles incriminées précédemment, et à ratifier l'arrêt de mort.

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