8Hérode, voyant Jésus, en eut une grande joie ; car il désirait depuis longtemps le voir, parce qu’il avait entendu dire beaucoup de choses de lui, et il espérait lui voir faire quelque miracle. 9Il lui adressait donc de nombreuses questions ; mais Jésus ne lui répondit rien. 10Cependant les princes des prêtres et les scribes étaient là, l’accusant sans relâche. 11Or Hérode, avec ses gardes, le méprisa, et il se moqua de lui en le revêtant d’une robe blanche ; puis il le renvoya à Pilate. 12Hérode et Pilate devinrent amis en ce jour même, d’ennemis qu’ils étaient auparavant.
Luc chap. 23 verset 8. - Hérode, voyant Jésus, en eut une grande joie ; car il désirait depuis longtemps le voir, parce qu’il avait entendu dire beaucoup de choses de lui, et il espérait lui voir faire quelque miracle. - Hérode… en eut une grande joie : beau détail psychologique, qui ouvre très bien cette nouvelle scène. Le monarque blasé se promet, à la vue de Notre-Seigneur, un plaisir d'un genre particulier. - Il désirait depuis longtemps. Cette tournure dénote des désirs d'autant plus vifs qu'ils étaient demeurés plus longtemps inassouvis. Voyez 9, 7 et ss., les premières traces de ce désir d'Hérode. - Il avait entendu dire beaucoup de choses… Motif qui avait ainsi piqué la curiosité du tétrarque. Ayant appris que Jésus était un grand thaumaturge, cet homme frivole espérait en avoir quelques preuves « de visu », car il ne doutait pas que l'accusé n'essayât de gagner par tous les moyens la faveur du juge dont son sort dépendait.
Luc chap. 23 verset 9. - Il lui adressait donc de nombreuses questions ; mais Jésus ne lui répondit rien. - Il lui adressait de nombreuses questions. Cet imparfait, qui exprime déjà si bien la durée, la répétition, est encore renforcé par les mots nombreuses questions. Il n'a pas plu à l'Esprit-Saint qui, lorsqu'il inspirait les écrivains sacrés, avait en vue notre utilité et non pas notre curiosité, de conserver une seule des vaines questions adressées par Antipas à Notre-Seigneur. Au reste, la majestueuse attitude du Sauveur nous montre suffisamment le cas que nous devons en faire : il ne lui répondit rien (notez ce nouvel imparfait). Jésus avait répondu à Caïphe et à Pilate : il ne juge pas Hérode digne d'une seule parole, et se renferme dans un noble silence.
Luc chap. 23 verset 10. - Cependant les princes des prêtres et les scribes étaient là, l’accusant sans relâche. - Les ennemis de Notre-Seigneur ne se taisent pas. Dans cet admirable tableau nous les voyons debout, l'accusant sans relâche, car ils l'avaient accompagné chez le tétrarque, poussés par Pilate lui-même (Cfr. v. 15) et encore davantage par leur haine implacable. Les Sanhédristes en seront pour leurs frais de zèle, car Hérode ne tiendra aucun compte de leurs accusations.
Luc chap. 23 verset 11. - Or Hérode, avec ses gardes, le méprisa, et il se moqua de lui en le revêtant d’une robe blanche ; puis il le renvoya à Pilate. - Pourtant il tiendra compte de son amour-propre blessé, et il se vengera de la manière la plus mesquine de la déception, de l'humiliation que lui avait occasionnées le divin accusé. - Le méprisa : expression très forte, littéralement : l'ayant réduit à néant. Cfr. Is. 53, 3. - Avec ses gardes. C'est là une expression hyperbolique, que la version syrienne rend justement par « avec ses officiers et ses gardes ». Suivant la coutume des princes orientaux, qui ne voyagent jamais sans un grand déploiement de luxe et de faste, Hérode avait amené à Jérusalem une suite considérable, en partie composée de soldats. - Il se moqua de lui. Le texte primitif emploie encore une expression énergique. Comparez 22, 63 ; voyez aussi 18, 32, où Jésus lui-même s'en est servi pour prédire les scènes humiliantes de sa Passion. - Le revêtant d'une robe blanche. Ces mots complètent ceux qui précèdent, en déterminant par un trait spécial, caractéristique, la nature des outrages que Notre-Seigneur eut à subir chez Hérode. On voulut tourner en dérision sa dignité royale. Les interprètes discutent, il est vrai sur le sens précis du qualificatif grec (proprement : éclatant, lumineux, brillant ; voyez Bretschneider, s. v.), que plusieurs traduisent par brillant, à la suite de la Peschito syrienne ; mais on préfère généralement l'acception dans laquelle le prend la Vulgate, et à bon droit, car il est notoire 1° que telle est d'ordinaire la signification de l'adjectif dans les écrits du N. Testament, 2° que dans l'antiquité les vêtements blancs étaient portés comme habits de gala par les plus illustres personnages. Cfr. Act. 10, 30 ; 26, 13 ; Apoc. 15, 6 ; 19, 8 ; 22, 16 ; Tacite, Hist. 2, 89 ; Jos. Ant. 8, 7, 3 ; Bell. Jud. 2, 1, 1. Voyez Rosenmüller, Alt. u. neues Morgenland, t. 5, p. 219 ; D. Calmet, h. l. ; J. Langen, die letzten Lebenstage Jesu, p. 270 ; Keim, Geschichte Jesu von Nazara, t. 3, 2, p. 380. - M. Reuss, Hist. Évangélique, p. 676 et 677, fait à propos de ce verset, comme du reste beaucoup d'autres rationalistes, une étrange réflexion : « Les scènes insultantes et les mauvais traitements que la soldatesque fait essuyer à Jésus sont transportés par Luc dans le palais d'Hérode, tandis que, d'après les deux autres auteurs (S. Matth. et S. Marc), tout cela se passa dans le prétoire romain. L'une de ces versions est tout aussi plausible que l'autre ; toujours est-il qu'il y en a deux ». Certainement, il y en a deux, et, l'aveu est précieux à recueillir, elles sont toutes deux très plausibles ; mais se contredisent-elles, comme on voudrait l'insinuer ? Pas le moins du monde, puisqu'elles correspondent à des épisodes complètement distincts, qui n'eurent lieu ni au même endroit, ni devant les mêmes personnages, ni à la même heure, ni de la même manière. Le troisième synoptique raconte un fait que les deux premiers avaient omis ; puis, à son tour, il omet des détails exposés par eux. Les historiens profanes se conduisent tous les jours de cette façon : leur reprochera-t-on de se contredire ?
Luc chap. 23 verset 12. - Hérode et Pilate devinrent amis en ce jour même, d’ennemis qu’ils étaient auparavant. - S. Luc termine par un trait psychologique digne de lui le récit de la comparution du Sauveur devant Hérode : Hérode et Pilate devinrent amis en ce jour même, d'ennemis qu'ils étaient... Il y a dans ce « même » une emphase évidente. On a parfois pensé que leur inimitié avait éclaté à la suite de l'incident mentionné plus haut, 13, 1 ; d'autres l'ont rattachée aux dénonciations secrètes ou publiques qu'Antipas s'était permis de faire à Tibère contre Pilate (Jos. Ant. 18, 4, 5) : mais on ne peut rien déterminer de certain sur ce point. Entre le gouverneur romain de la Judée et le tétrarque de la Galilée il existait des occasions perpétuelles de froissement ; le moindre conflit de juridiction avait pu rompre violemment des relations qui n'avaient jamais été bien intimes. Mais voici qu'aujourd'hui Jésus réconcilie ces deux hommes !