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3° Seconde phase du jugement devant Pilate. vv. 13-25.

13Or Pilate, ayant convoqué les princes des prêtres, les magistrats et le peuple, 14leur dit : Vous m’avez présenté cet homme comme portant la nation à la révolte ; et voici que, l’interrogeant devant vous, je ne l’ai trouvé coupable d’aucun des crimes dont vous l’accusez. 15Ni Hérode non plus ; car je vous ai renvoyés à lui, et on n’a rien fait à l’accusé qui montre qu’il mérite la mort. 16Je le renverrai donc, après l’avoir châtié. 17Or il était obligé de leur délivrer un prisonnier le jour de la fête. 18Et la foule tout entière s’écria : Fais mourir celui-ci, et délivre-nous Barabbas. 19Cet homme avait été mis en prison, à cause d’une sédition qui avait eu lieu dans la ville, et d’un meurtre. 20Pilate leur parla de nouveau, voulant délivrer Jésus. 21Mais ils criaient plus fort, disant : Crucifie-le, crucifie-le ! 22Il leur dit pour la troisième fois : Mais quel mal a-t-il fait ? Je ne trouve en lui rien qui mérite la mort ; je vais donc le châtier, et je le renverrai. 23Mais ils insistaient à grands cris, demandant qu’il fût crucifié ; et leurs clameurs redoublaient. 24Alors Pilate ordonna que ce qu’ils demandaient fût exécuté. 25Il leur délivra celui qu’ils réclamaient, qui avait été mis en prison pour meurtre et sédition, et il livra Jésus à leur volonté.

Après avoir comparu successivement devant Anne, Joan. 18, 13, devant le Sanhédrin, Matth. 26, 57 et parall., une seconde fois devant le Sanhédrin, Luc. 22, 66 et ss., devant Pilate, 23, 1-7, devant Hérode Antipas, 23, 8-12, le divin Maître est de nouveau conduit au tribunal du gouverneur romain. Nous allons assister à l’issue cruelle de son procès.

Luc chap. 23 verset 13. - Or Pilate, ayant convoqué les princes des prêtres, les magistrats et le peuple - Ayant convoqué les princes des prêtres… Détail pittoresque. Pilate fait grouper autour de son tribunal, dressé en plein air, soit les accusateurs principaux de Jésus (par magistrats, il faut entendre les deux autres sections du Sanhédrin, c'est-à-dire les Scribes et les notables. Cfr. 24, 20), soit les masses populaires. Il comptait sur ces dernières pour le succès du plan qu'il avait déjà formé en vue de délivrer Jésus. C'est elles surtout qu'il va tâcher de convaincre et d'émouvoir, n'osant toujours pas faire acte d'autorité et prononcer un verdict d'acquittement.

Luc chap. 23 verset 14. - ...leur dit : Vous m’avez présenté cet homme comme portant la nation à la révolte ; et voici que, l’interrogeant devant vous, je ne l’ai trouvé coupable d’aucun des crimes dont vous l’accusez. - Le procurateur commence par résumer les débats en tant qu'il y a joué un rôle direct, v. 14 ; il rappelle ensuite quelle a été la conduite d'Hérode, v. 15 ; enfin il propose une sorte d'arrangement à l'amiable, v. 16. Cette petite allocution est vivante et très habile. Elle est presque tout entière propre à notre évangéliste. -  Vous m’avez présenté cet homme comme portant la nation à la révolte. Telle avait été en effet la première charge des Sanhédristes ; ils y étaient même revenus une seconde fois, v. 5, en voyant Pilate favorable à l'accusé. -  Et voici que, l’interrogeant devant vous… L'interrogatoire privé que S. Jean a raconté tout au long, 18, 33 et ss., n'exclut pas la possibilité d'une enquête publique. On ne saurait donc légitimement opposer « devant vous » du troisième Évangile à la narration du quatrième. Voyez D. Calmet, h. l. - Je ne l’ai trouvé coupable d’aucun des crimes…, comme au v. 4.

Luc chap. 23 verset 15. - Ni Hérode non plus ; car je vous ai renvoyés à lui, et on n’a rien fait à l’accusé qui montre qu’il mérite la mort. - Ni Hérode non plus. Nouvelle emphase. Hérode, l'un des vôtres, qui est très au courant de vos affaires. La phrase est elliptique. Au lieu de « car je vous ai renvoyés à lui », les manuscrits Sinait., B, K, L, M, T, H, etc., les versions sahid. et copte, ont « il nous l'a renvoyé » ; mais c'est là vraisemblablement une correction postérieure, car la leçon de la Vulgate et de la Recepta est mieux garantie. Voyez Keil, Commentar, h. l. - On n'a rien fait à l'accusé… Chez le tétrarque, on n'a rien fait à Jésus qui marque qu'on l'ait jugé digne de mort (D. Calmet, Fr. Luc, etc.). Mais le texte grec se prête à une autre traduction, qui est plus généralement adoptée de nos jours : Et voici que Jésus n'a rien fait qui mérite la mort. Voyez Winer, Grammat. p. 196.

Luc chap. 23 verset 16. - Je le renverrai donc, après l’avoir châtié. - Après l'avoir châtié. Ce mot grec, que S. Luc est seul à employer dans le N. Testament (ici et 16, 22), signifie en premier lieu « former les enfants » ; puis « réprimander », comme on fait les enfants : de là, par euphémisme, et c'est actuellement le cas, « battre de verges ». Cfr. Bretschneider, s. v. Sur l'horrible supplice de la flagellation, voyez l'Evang. selon S. Matth. p. 541 ; Keim, Gesch. Jesu von Nazara, t. 3, p. 391 et ss. - Donc. Conclusion à laquelle on était loin de s'attendre, après de telles prémisses. Pourquoi punir Jésus s'il est innocent ? Mais Pilate veut faire une concession à la faveur populaire, en même temps qu'il espère épargner à Jésus, par ce moyen terme, les rigueurs d'une condamnation à mort.

Luc chap. 23 verset 17. - Or il était obligé de leur délivrer un prisonnier le jour de la fête. - Plusieurs critiques ont révoqué en doute l'authenticité de ce verset, qu'omettent les célèbres manuscrits A, B, K, L, les versions copte, sahidiq., et au sujet duquel il existe une grande confusion dans les divers textes qui le contiennent. Griesbach, Tischendorf et Tregelles le suppriment comme un emprunt fait à Matth. 27, 15. Néanmoins, sa présence dans la plupart des documents anciens (en particulier dans le Cod. Sinait.) nous empêche de croire à une interpolation. - Il était obligé… est une locution propre à S. Luc. S. Matthieu et S. Jean parlent d'une coutume ; S. Marc mentionne simplement le fait. Celui qu'ils voulaient, ajoute S. Matthieu, pour montrer que le droit de grâce était exercé par les Juifs. - Le jour de la fête : comme dans les deux autres synoptiques, c'est-à-dire à chaque retour de la solennité pascale. Sur cet antique usage, voyez l'Evang. selon S. Matth. p. 536.

Luc chap. 23 verset 18. - Et la foule tout entière s’écria : Fais mourir celui-ci, et délivre-nous Barabbas. - La foule tout entière s'écria… Expression très forte. Le terme grec a le sens de « à l'unanimité ». Cfr. H. Stephanus, Thesaurus, t. 3, p. 380. S. Matthieu et S. Marc racontent la pression que les princes des prêtres avaient exercée sur le peuple pour obtenir ce vote infâme. - Faites mourir celui-ci. De même dans S. Jean, 19, 18. C'est, aux mauvais jours, l'horrible demande des foules surexcitées : A mort ! Les païens criaient de même, quand ils demandaient la mort des premiers chrétiens. Cfr. Euseb. Hist. Eccles. 4, c. 14 ; Suicer, Thesaur. t. 1, p. 134.

Luc chap. 23 verset 19. - Cet homme avait été mis en prison, à cause d’une sédition qui avait eu lieu dans la ville, et d’un meurtre. - L'évangéliste caractérise en quelques mots l'homme qui eut l'honneur d'être préféré à Jésus. Sa description est la plus complète de toutes. Elle ajoute même à celle de S. Marc un détail intéressant : « dans la ville ». C'est donc à Jérusalem qu'avait eu lieu la tentative de soulèvement.

Luc chap. 23 versets 20 et 21. - Pilate leur parla de nouveau, voulant délivrer Jésus. 21Mais ils criaient plus fort, disant : Crucifie-le, crucifie-le ! - Pilate leur parla de nouveau… Dans le grec, le verbe indique une allocution proprement dite. Cfr. Act. 21, 40. Quand le tumulte se fut un peu apaisé, Pilate essaya de faire quelques représentations à la foule touchant la monstruosité de son choix ; mais en vain : ce fut plutôt de l'huile jetée sur le feu. - Mais ils criaient plus fort : L'imparfait fortifie l'idée. Cette fois-ci, la foule désigne le genre de mort qu'elle désire pour Jésus, le cruel supplice de la croix, généralement usité dans les provinces romaines. Ce n'est pas sans une vive émotion que nous venons d'en relire les détails complets, empruntés aux classiques, dans Keim, l. c., p. 409 et ss. Voyez aussi l'Evang. selon S. Matth. p. 546 et ss.

Luc chap. 23 verset 22. - Il leur dit pour la troisième fois : Mais quel mal a-t-il fait ? Je ne trouve en lui rien qui mérite la mort ; je vais donc le châtier, et je le renverrai. - Comparez les vv. 4 et 14. Ces efforts réitérés de Pilate pour sauver Notre-Seigneur sont vraiment remarquables, selon la belle réflexion de Luc de Bruges : « Alors que les autres évangélistes présentent avec soin l’innocence du Seigneur, Luc insiste sur elle tout particulièrement. Car la narration de tout le procès de Pilate et toutes les tentatives de relâchement ont pour but de nous faire comprendre l’innocence de Jésus… que c’était plutôt pour les autres qu’il s’était offert ».

Luc chap. 23 verset 23. - Mais ils insistaient à grands cris, demandant qu’il fût crucifié ; et leurs clameurs redoublaient. - Description tout à fait dramatique, avec emphase sur la plupart des mots. Pilate ne réussit donc qu'à déchaîner un véritable orage de protestations, au milieu desquelles retentissaient comme un refrain sinistre les mots cent fois répétés « crucifie-le ! ». - A la fin du verset, la Recepta grecque indique que les princes des prêtres eux-mêmes, oublieux de tout décorum, auraient mêlé leurs cris homicides à ceux de la foule. Mais ce n'est peut être là qu'une glose apocryphe.

Luc chap. 23 verset 24. - Alors Pilate ordonna que ce qu’ils demandaient fût exécuté. - Alors Pilate ordonna… Pilate aurait dû se souvenir en cet instant solennel d'une belle recommandation de la loi des douze Tables : « Les vaines paroles du peuple ne méritent pas d’être entendues quand elles désirent absoudre un criminel ou condamner un innocent », Lex 12, de poenis. Mais au contraire il finit par céder honteusement. Une expérience antérieure avait appris aux Juifs qu'on pouvait, en insistant avec force, triompher de ses volontés les plus opiniâtres. « Il craignait, dit Philon, Legat. ad Caium, p. 38, qu'ils n'envoyassent une ambassade (à Rome) pour dénoncer ses actes de mauvaise administration, ses extorsions, ses décrets injustes, ses châtiments inhumains, et cette crainte le réduisait à la plus grande perplexité. » C'est par conséquent l'intérêt personnel qui lui fit sacrifier Notre-Seigneur avec une lâcheté que les Constitutions apostoliques stigmatisent à bon droit.

Luc chap. 23 verset 25. - Il leur délivra celui qu’ils réclamaient, qui avait été mis en prison pour meurtre et sédition, et il livra Jésus à leur volonté. - Il leur délivra celui… Au lieu de nommer simplement Barabbas, S. Luc (et ce trait lui est propre) rappelle d'une manière emphatique les antécédents du criminel que les Juifs avaient osé préférer à Jésus. Cfr. v. 190 ; Act. 3, 16. C'est une manière saisissante de mettre en relief toute l'horreur du forfait qu'il raconte. Après dix-neuf siècles, on sent encore, sous ces trois lignes, la vive émotion du narrateur. - Qu'ils réclamaient. Comme d'ordinaire en pareil cas, l'imparfait est pittoresque et marque la continuité. - Il livra Jésus à leur volonté. Autre locution énergique (S. Matthieu et S. Marc se contentent d'écrire : « il leur livra »). Nous savons quelle était, relativement à Jésus, la volonté de la foule en fureur !

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