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15. Jésus meurt sur la croix. 23, 33-46. - Parall. Matth. 27, 34-50 ; Marc. 15, 27-37 ; Joan. 19, 18-30.

1° Le crucifiement. vv. 33 et 34.

33Et lorsqu’ils furent arrivés au lieu appelé Calvaire, ils l’y crucifièrent, ainsi que des voleurs, l’un à droite et l’autre à gauche. 34Et Jésus disait : Père, pardonnez-leur, car ils ne savent ce qu’ils font. Partageant ensuite ses vêtements, ils les tirèrent au sort.

Luc chap. 23 verset 33. - Et lorsqu’ils furent arrivés au lieu appelé Calvaire, ils l’y crucifièrent, ainsi que des voleurs, l’un à droite et l’autre à gauche. - Les trois autres évangélistes donnent le nom hébreu du célèbre monticule (Golgotha) ; S. Luc se borne à le traduire en grec (Crâne). Sur cette dénomination voyez l'Evang. selon S. Matth. p. 545. - Ils l'y crucifièrent. D'après une fable talmudique (Gem. Bab., Sanh. 6), Jésus aurait été d'abord lapidé suivant les prescriptions de la loi juive, et les Romains n'auraient attaché à la croix qu'un corps sans vie. Le supplice subi par le divin Maître passait pour si humiliant que les Pères eurent plus d'une fois à répondre à des objections que les Juifs et les païens en tiraient contre sa dignité messianique ou sa nature divine. « Quelqu’un dira peut-être : S’il était Dieu et s’il a voulu mourir, pourquoi n’a-t-il pas au moins choisi un genre de mort honorable ?  Pourquoi de préférence la croix ? Pourquoi un supplice infâme indigne d’un honnête homme, même coupable ? », Lactant. Inst. 4, 26. Mais, selon la belle parole de S. Ambroise (citée par Wordsworth, h. l.) : « Nous avons déjà vu le trophée de la croix. Que le triomphateur monte sur son char, et sur la croix triomphale qu’il suspende les dépouilles des captifs du siècle ». La croix si méprisée est devenue un ornement glorieux, dont les rois eux-mêmes veulent parer leur diadème, et que les braves portent sur leur poitrine comme un signe d'honneur. - Ainsi que des voleurs… Les quatre évangélistes ont relevé ce trait, dont nous avons indiqué ailleurs le caractère ignominieux (Evang. selon S. Marc, p. 216). Une antique tradition attribue au bon larron la place de droite et celle de gauche au mauvais. - « Trois croix, l'une près de l'autre, écrivait S. Augustin, Epist. 93, alias 48 ; sur la première nous voyons le malfaiteur qui fut sauvé, sur la seconde le malfaiteur qui fut réprouvé, sur celle du milieu le Christ qui absout l'un et qui condamne l'autre. En apparence, qu'y a-t-il de plus semblable que ces trois croix ? Mais qu'y a-t-il de plus dissemblable que les hommes attachés à leurs bras ? »

Luc chap. 23 verset 34. - Et Jésus disait : Père, pardonnez-leur, car ils ne savent ce qu’ils font. Partageant ensuite ses vêtements, ils les tirèrent au sort. - Le premier hémistiche de ce verset (Jésus disait… ils font) manque dans les manuscrits B, D, ainsi que dans les versions copte et sahidiq. ; mais cette omission doit être purement accidentelle, car on le trouve partout ailleurs. Il est cité par S. Irénée et par les Homélies Clémentines, 10, 20. - Père, pardonnez-leur… Ces mots furent sans doute prononcés au moment où les clous pénétraient dans la chair sacrée de Jésus. Sous la pression de la douleur la douce Victime rompit de nouveau son majestueux silence, non pour se plaindre, mais pour pardonner à ses bourreaux. « Ce fut la première des paroles de Jésus pendant son agonie. L'humanité les a comptées. Il y en a sept, marquées au coin d'une élévation, d'une force, d'une tendresse, d'une douceur infinies. Ces sept paroles terminent la vie de Jésus comme les huit Béatitudes l'avaient ouverte, par la révélation d'une grandeur qui n'est pas de la terre. Seulement, il y a ici quelque chose de plus beau, de navrant, de poignant, de plus divin ». Bougaud, Jésus-Christ, 2è édit., p. 548. Des sept paroles du Christ mourant (chantées dans une musique sublime par des compositeurs célèbres, surtout par Haydn), trois, dont elle-ci, ne nous ont été conservées que par S. Luc, trois autres que par S. Jean, la septième est commune à la rédaction de S. Matthieu et de S. Marc. Les voici avec leur ordre probable : 1° Luc. 23, 34, «  Père, pardonnez-leur, car ils ne savent pas ce qu’ils font » ; 2° Luc 23, 43, « En vérité, je te le dis, tu seras aujourd’hui avec moi dans le paradis. » ; 3° Joan. 19, 26 et 27, « Femme, voici ton fils… Voici ta mère » ; 4° Matth. 27, 46 et Marc. 15, 34, « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné » ; 5° Joan. 19, 28, « J'ai soif » ; 6° Joan. 19, 30, « Tout est consommé » ; 7° Luc. 23, 46, «  Père, je remets mon esprit entre vos mains ». Elles concernent les ennemis de Jésus, les pécheurs pénitents, Marie et le disciple bien-aimé, les angoisses intérieures du divin patient, ses souffrances physiques, son œuvre et son Père céleste. La première et la dernière commencent par l'appellation filiale de « Père ». S. Bernard (cité par Schegg, Evang. Nach. Luk, t. 3, p. 321) les nomme gracieusement  « les sept feuilles toujours vertes que Notre vigne produisit quand elle fut élevée sur la croix ». - Pardonnez-leur. « Il demandait  déjà le pardon pour ceux de qui il était en train de recevoir des injures. Car il ne considérait pas que c’était par eux qu’il mourait, mais pour eux », S. August. Tractat. 31 in Joan. Les exégètes diffèrent d'avis sur l'application du pronom « leur ». Suivant les uns (Kuinoel, Ewald, Plumptre, etc.), il désignerait spécialement les soldats romains qui remplissaient l'office de bourreaux. Nous préférons admettre, à la suite du plus grand nombre, qu'il se rapporte en général à tous les ennemis de Notre-Seigneur, et surtout aux Juifs qui étaient les vrais instigateurs de sa mort. Nous obtenons ainsi un sens plus large et plus profond pour cette parole aimante. Telle paraît d'ailleurs avoir été l'interprétation de S. Pierre et de S. Paul, qui y font une allusion manifeste, le premier dans un discours consigné au livre des Actes, 3, 17, le second dans sa deuxième épître aux Corinthiens, 2, 8. -  Car ils ne savent ce qu’ils font. Jésus motive ainsi et appuie fortement sa demande de pardon. Il a toujours été reçu en effet, devant Dieu comme devant les hommes, que l'ignorance diminue d'ordinaire la malice du péché. Or, les Juifs, au moins pour la plupart, ne comprenaient certainement pas toute l'énormité du crime qu'ils commettaient en crucifiant Notre-Seigneur. Ils ne pensaient pas mettre à mort leur Messie et leur Dieu, quoique leur erreur fût loin d'être exempte de péché. - Partageant ensuite ses vêtements. Voyez les détails plus complets dans S. Jean, 19, 23 et 24. Les condamnés, avant d'être attachés à l'arbre de la croix, étaient dépouillés de leurs vêtements, que la loi romaine adjugeait aux licteurs ou à ceux qui en faisaient l'office.

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