36Or, pendant qu’ils parlaient ainsi, Jésus parut au milieu d’eux et leur dit : La paix soit avec vous ! C’est moi, ne craignez pas. 37Mais, troublés et épouvantés, ils croyaient voir un esprit. 38Et il leur dit : Pourquoi vous troublez-vous ? et pourquoi de telles pensées s’élèvent-elles dans vos cœurs ? 39Voyez mes mains et mes pieds ; c’est bien moi ; touchez et voyez : un esprit n’a ni chair ni os, comme vous voyez que j’en ai. 40Et après avoir dit cela, il leur montra ses mains et ses pieds. 41Mais comme ils ne croyaient pas encore et qu’ils s’étonnaient, transportés de joie, il dit : Avez-vous ici quelque chose à manger ? 42Ils lui présentèrent un morceau de poisson rôti et un rayon de miel. 43Et après qu’il en eut mangé devant eux, prenant les restes, il les leur donna.
C'est « la couronne » des apparitions de cette journée grandiose. Toutes les autres avaient été individuelles : celle-ci a lieu en faveur de l'Église naissante du Sauveur. Les détails conservés par S. Luc sont nouveaux pour la plupart. Quelques-uns, par leur précision, qui donne à ces lignes l'aspect d'une constatation médicale, forment un argument invincible en faveur de la réalité du fait de la Résurrection.
Luc chap. 24 verset 36. - Or, pendant qu’ils parlaient ainsi, Jésus parut au milieu d’eux et leur dit : La paix soit avec vous ! C’est moi, ne craignez pas. - Pendant qu'ils parlaient, Jésus parut… Début des plus pittoresques. Le récit tout entier est d'ailleurs un vivant tableau. - La paix soit avec vous ! C'est la salutation accoutumée des Juifs ; mais quelle force particulière n'avait-elle pas sur les lèvres de Jésus ressuscité ! - Les mots suivants, c'est moi, ne craignez pas, sont omis dans le texte grec : on les trouve néanmoins dans presque toutes les versions anciennes (ital., vulg., syr., arab., armén., pers., copt., éthiop.). Il est difficile de se prononcer à leur sujet. Ils s'harmonisent du moins parfaitement avec la scène si bien décrite au v. 37.
Luc chap. 24 verset 37. - Mais, troublés et épouvantés, ils croyaient voir un esprit. - Troublés et épouvantés : deux expressions synonymes, et toutes les deux très fortes, pour mieux représenter l'effroi de l'assemblée. - Un esprit : un fantôme, un revenant. Cfr. Matth. 14, 26 ; Act. 23, 8 et 9 ; Hebr. 12, 23. L'apparition si subite et si imprévue du Sauveur (« alors que les portes du lieu où se trouvaient les disciples étaient verrouillées », Joan. 20, 19) favorisait cette supposition.
Luc chap. 24 verset 38. - Et il leur dit : Pourquoi vous troublez-vous ? et pourquoi de telles pensées s’élèvent-elles dans vos cœurs ? - Jésus rassure d'abord doucement ses amis, v. 38 ; puis il leur démontre que c'est bien lui en personne qui se trouve auprès d'eux, v. 39. - De telles pensées : des raisonnements, pour signifier toute sorte de pensées étranges, notamment celle qui vient d'être signalée. - S'élèvent-elles dans vos cœurs. Expression hébraïque pittoresque, cfr. Jer. 3, 16 ; 4, 15, 17 ; 44, 21, etc. Le cœur est mentionné au lieu de l'esprit, conformément aux règles de la psychologie des Hébreux.
Luc chap. 24 verset 39. - Voyez mes mains et mes pieds ; c’est bien moi ; touchez et voyez : un esprit n’a ni chair ni os, comme vous voyez que j’en ai. - Voyez mes mains et mes pieds. Ces mots supposent de la façon la plus évidente que les mains et les pieds du Sauveur portaient encore, même après la Résurrection, les empreintes des clous qui les avaient percés : autrement, on ne voit pas ce qu'il y aurait eu de caractéristique dans ces parties du corps sacré de Jésus pour prouver son identité (c'est bien moi, avec emphase sur les pronoms). Il est probable que Notre-Seigneur gardera éternellement ces glorieux stigmates, comme l'ont pensé les Pères. Concluons encore de ce passage que les pieds de Jésus n'avaient pas été seulement attachés à la croix avec des cordes, ainsi qu'on l'a parfois affirmé. - Touchez. « Que vos mains vous persuadent si vos yeux mentent ». S. August. Serm. 69 de Divers. La certitude obtenue par le sens du toucher était en effet plus forte encore que celle que procurent les yeux. - Un esprit n'a ni chair ni os. Comparez Homère, Od. 11, 218. Ovide, Metam. 4, 443. « Des ombres exsangues, sans corps ni os ». Voir Wetstein, Hor. Hebr. h. l.
Luc chap. 24 verset 40. - Et après avoir dit cela, il leur montra ses mains et ses pieds. - Le Sauveur joint aussitôt l'acte à la parole et montre, c'est-à-dire fait voir et fait toucher aux disciples ses mains et ses pieds. De Wette est-il de bonne foi quand il prétend que les apparitions de Jésus ressuscité ont, dans les récits de S. Luc et de S. Jean, « un caractère qui sent le spectre » ? Nous l'excuserions si les Évangiles contenaient des fables analogues à la suivante, citée par Clément d'Alexandrie : S. Jean ayant voulu profiter de la permission que lui donnait le divin Maître, sa main passa à travers le corps de Jésus sans rencontrer la moindre résistance ! - L'omission de ce verset par le Cod. D. et par quelques copies de l'Itala n'est pas une raison suffisante pour douter de son authenticité.
Luc chap. 24 verset 41. - Mais comme ils ne croyaient pas encore et qu’ils s’étonnaient, transportés de joie, il dit : Avez-vous ici quelque chose à manger ? - Comme ils ne croyaient pas encore. Cette incrédulité paraît bien étonnante, surtout après le v. 34 qui nous a montré les disciples pleins de foi ; elle est pourtant très naturelle au point de vue psychologique. L'ensemble du récit a mis constamment en relief la difficulté qu'avaient les amis de Jésus à croire en sa Résurrection. Maintenant même que le Seigneur est auprès d'eux, ils osent s'abandonner au doute. Mais la joie rend quelquefois sceptique. « Les miséreux ont ce travers de ne jamais croire aux choses joyeuses », Sénèque, Thyestr. « C’est à peine s’ils croyaient à eux-mêmes à cause de la joie inopinée », Tite-Live, 39, 49. Et S. Luc relève précisément cette circonstance avec sa délicatesse accoutumée : « Ne croyant pas à cause de la joie, et s’étonnant ». Voyez W. J. Walsh, Harmony of the Gospel Narratives…, p. 165 et ss. Au reste, dit S. Léon, Serm. 71, ce doute avait pour but providentiel de multiplier en notre faveur les preuves de la Résurrection : « Ils doutèrent pour que nous ne doutions pas ». - Jésus va donner en effet une autre démonstration péremptoire de ce grand prodige (Cfr. Act. 1, 3 et 4 ; 10, 40 et 41) : Avez-vous ici quelque chose à manger ?
Luc chap. 24 verset 42. - Ils lui présentèrent un morceau de poisson rôti et un rayon de miel. - Les disciples offrent à Jésus les restes de leur frugal souper : un morceau de poisson rôti et un rayon de miel. Le premier de ces mets ne nous oblige pas, quoi que dise M. Renan, à transporter la scène sur les bords du lac de Tibériade, car il est certain d'après le Talmud qu'il y avait de grands arrivages de poisson à Jérusalem au temps des fêtes ( voyez Farrar, Life of Christ, t. 1, p. 142) ; le second est tout à fait palestinien, la Terre promise ayant toujours été décrite comme un pays où coulent le lait et le miel. Bien qu'ils soient omis par quelques manuscrits importants (Sinait., A, B, D, L, etc.), les mots et un rayon de miel sont certainement identiques, attendu 1° qu'on les trouve partout ailleurs, 2° que S. Justin et S. Cyrille de Jérusalem y font allusion, 3° qu'on ne peut découvrir aucun motif d'interpolation. Ils auront disparu de quelques copies par la négligence des copistes.
Luc chap. 24 verset 43. - Et après qu’il en eut mangé devant eux, prenant les restes, il les leur donna. - Il mangea sous leurs yeux afin de les mieux convaincre. Sans doute, un corps ressuscité n'a nul besoin de nourriture ; mais il conserve néanmoins la faculté de recevoir les aliments et de les absorber en quelque manière. Voyez S. Augustin, de Civitate Dei, 13, 22, Théophylacte, Euthymius, et D. Calmet, h. l. S. Jean, 21, 6, signale une autre circonstance où Notre-Seigneur prit de la nourriture après sa résurrection.