44Et il leur dit : C’est ce que je vous disais lorsque j’étais encore avec vous, qu’il fallait que s’accomplît tout ce que a été écrit de moi dans la loi de Moïse, dans les prophètes et dans les psaumes. 45Alors il leur ouvrit l’esprit, afin qu’ils comprissent les Ecritures. 46Et il leur dit : C’est ainsi qu’il est écrit, et c’est ainsi qu’il fallait que le Christ souffrît, et qu’il ressuscitât d’entre les morts le troisième jour, 47et qu’on prêchât en son nom la pénitence et la rémission des péchés dans toutes les nations, en commençant par Jérusalem. 48Or vous êtes témoins de ces choses. 49Et moi, je vais envoyer en vous le don promis par mon Père ; mais demeurez dans la ville, jusqu’à ce que vous soyez revêtus de la force d’en haut.
Ce récit tout entier est propre au troisième Évangile.
Luc chap. 24 verset 44. - Et il leur dit : C’est ce que je vous disais lorsque j’étais encore avec vous, qu’il fallait que s’accomplît tout ce que a été écrit de moi dans la loi de Moïse, dans les prophètes et dans les psaumes. - S. Luc ne donnant plus aucune indication chronologique jusqu'à la fin du chapitre, un lecteur superficiel pourrait supposer d'abord que tous les détails racontés dans les vv. 44-53 se passèrent au soir même de la Résurrection. Cfr. vv. 13, 33, 36, 43. Mais cela est évidemment impossible pour l'Ascension de Jésus, vv. 50 et ss., qui eut lieu seulement quarante jours plus tard, ainsi que l'affirme explicitement notre évangéliste lui-même au livre des Actes, 1, 3. Cela est impossible aussi pour la parole du v. 49, « mais demeurez dans la ville », puisqu'elle interdit aux disciples de quitter Jérusalem, tandis que d'autres sources authentiques nous apprennent qu'ils allèrent en Galilée entre la Résurrection et l'Ascension (Cfr. Matth. 28, 16 et ss. ; Joan. 21, 1 et ss.). D'autre part, les recommandations contenues dans les vv. 47, 48 et 49a se retrouvent d'une manière équivalent au début des Actes des apôtres, 1, 8, où elles sont rattachées au jour de l'Ascension : elles ont en outre toute l'apparence d'une parole d'adieu, ce qui nous conduit à la même conclusion. Or, il est bien difficile de les séparer de celles qui précèdent, vv. 44-46, car elles leur sont étroitement liées et pour le fond et pour la forme. Nous sommes ainsi amenés à croire, et c'est aussi l'avis de plusieurs excellents commentateurs (entre autres Maldonat), que ces instructions finales de Jésus ne furent prononcées que peu de temps avant son Ascension. Ici comme en maint autre endroit de l'histoire évangélique, les questions de temps et de lieu auront été négligées parce qu'elles n'avaient qu'une importance secondaire. D'autres critiques cependant placent au moins les vv. 44-47 au soir de la Résurrection. Voyez dans Stier, Reden des Herrn Jesu, h. l., une intéressante discussion de ce petit problème exégétique. - C'est ce que je vous disais… Jésus jette en ce moment un regard rétrospectif sur sa vie mortelle, pour rappeler aux disciples les prophéties qu'il leur faisait alors et leur montrer, maintenant que ces prédictions sont accomplies, l'harmonie parfaite qui règne entre elles et les saintes Écritures. Ainsi avaient fait naguère les anges parlant aux saintes femmes 24, 6-8. - Lorsque j'étais encore avec vous. Pensée profonde. Jésus n'était plus présent aux disciples de la même manière qu'autrefois. Cfr. S. Grégoire, Hom. 24 in Evang. - Il fallait que s’accomplît… Ces mots retombent directement sur « ce que je vous disais ». Jésus avait donc dit aux siens, de la façon la plus formelle et à bien des reprises, que les divins oracles contenus en si grand nombre dans les SS. Livres sur sa personne et sur son œuvre devaient nécessairement et intégralement s'accomplir. Notre-Seigneur désigne ici la Bible par une périphrase dont on trouve plusieurs exemples dans la littérature juive : la loi de Moïse, les prophètes et les psaumes. La loi de Moïse, c'est le Pentateuque, la Thôrah comme disent les Juifs. Les prophètes ou Nebiim qui se divisaient en prophètes antérieurs et postérieurs correspondent à la seconde partie du canon hébreu, laquelle comprenait Josué, les Juges, les livres des Rois, Isaïe, Jérémie, Ezéchiel et les douze petits Prophètes. Enfin les Psaumes représentent les Ketoubim ou Hagiographes, troisième section biblique qu'ils ouvraient et dont ils étaient la portion la plus riche et la plus célèbre. Comp. Josèphe, c. Appion. 1, 8. Voyez Lightfoot, Hor. hebr. h. l.
Luc chap. 24 verset 45. - Alors il leur ouvrit l’esprit, afin qu’ils comprissent les Ecritures. - Alors il leur ouvrit l’esprit : en cet instant même, à la suite de l'instruction qui précède. C'est la même figure qu'au v. 32 ; mais elle indique ici quelque chose de plus. Jésus avait « ouvert » les Écritures aux deux disciples d'Emmaüs en les leur expliquant (Cfr. Act. 17, 3) : actuellement c'est l'esprit de ses amis qu'il ouvre pour qu'ils sachent désormais interpréter d'eux-mêmes les sens les plus profonds de la parole inspirée. Don magnifique, que l'Esprit-Saint viendra compléter bientôt, et en vertu duquel nous les verrons commenter la Bible d'une manière lumineuse, rapportant tout à Jésus-Christ. Cfr. Act. 1, 16, 20 ; 2, 16, 25 et cent autres endroits du livre des Actes et des Épîtres. Don magnifique, qui fut ensuite transmis à l'Église, devenue l'unique dépositaire du vrai sens des livres sacrés. Don qui nous a valu les interprétations incomparables des SS. Pères, notamment des Jérôme, des Augustin, des Chrysostome, des Grégoire, et de nos grands exégètes catholiques. Don auquel nous voudrions avoir une humble part, et que le pieux lecteur voudra bien demander à Dieu pour nous. Ce n'est en effet qu'à la clarté d'en haut que l'on peut comprendre et expliquer les SS. Livres. La science humaine aide peu, souvent même elle égare : on ne le voit que trop quand on lit les commentaires des Juifs, des rationalistes, et même des protestants qui croient à l'inspiration. « et aujourd’hui encore, quand les fils d’Israël lisent les livres de Moïse, un voile couvre leur cœur », 2 Cor. 3, 15. Souvent ce sont « de grands pas, mais en dehors de la voie ».
Luc chap. 24 versets 46 et 47. - Et il leur dit : C’est ainsi qu’il est écrit, et c’est ainsi qu’il fallait que le Christ souffrît, et qu’il ressuscitât d’entre les morts le troisième jour, 47et qu’on prêchât en son nom la pénitence et la rémission des péchés dans toutes les nations, en commençant par Jérusalem. - Et il leur dit. Cette formule renoue le fil du discours, interrompu par le grand prodige du v. 45. Désormais la parole de Jésus va tomber sur un terrain fertile : jamais les disciples n'auront si bien compris les allusions bibliques du divin Maître. - C'est ainsi qu'il est écrit… La réflexion antérieure (v. 44) se rapportait au passé : Rappelez-vous tout ce que je vous disais et admirez-en la parfaite réalisation ! Celle-ci s'applique soit au passé (v. 46) soit à l'avenir (v. 47). La répétition de ainsi est pleine d'emphase. L'omission des mots et c'est ainsi qu'il fallait par les manuscrits Sinait., B, D, L, ne prouve rien contre leur authenticité, car on les trouve partout ailleurs. - Qu’il ressuscitât d’entre les morts le troisième jour. A propos de ce troisième jour voyez F. de Hieronymo Jovino, S. J., Critico-biblical Disquisition on the time during which Christ lay in the tomb (texte latin-anglais), Woodstock 1875. - Et qu'on prêchât. Telle avait été la prédication du Précurseur, 3, 3 et parall., et celle du Seigneur Jésus lui-même, Marc. 1, 15 : le premier sermon de S. Pierre n'aura pas d'autre thème. Cfr. Act. 2, 38. Les deux choses énoncées sont corrélatives : la pénitence produit la rémission des péchés ; la pénitence est la part de l'homme, et le pardon la part de Dieu. - Dans toutes les nations. Cfr. Matth. 28, 19 ; Marc. 16, 15 ; Act. 1, 8. C'est la catholicité de la prédication, par conséquent de l'Église. - En commençant par Jérusalem. Déjà Isaïe l'avait prophétisé, 1, 3 : « la loi sortira de Sion, et de Jérusalem, la parole du Seigneur ». Cfr. Mich. 4, 2. En tant qu'elle était la métropole du Judaïsme, la capitale du roi Jéhova, le foyer antique de la vraie religion, Jérusalem avait droit à ce privilège, et les apôtres ne le lui enlevèrent pas, car c'est à Jérusalem qu'ils se mirent tout d'abord à prêcher. Voyez les premiers chapitres des Actes. Tacite lui-même est témoin de ce fait : « La superstition qui avait pour auteur un certain Christus, qui souffrit sous Ponce-Pilate, se répandit rapidement, non seulement à travers la Judée, où le mal prit son origine, mais encore...etc. » Ann. 15, 44.
Luc chap. 24 verset 48. - Or vous êtes témoins de ces choses. - Ce verset exprime le rôle des disciples relativement au plan de salut qui vient d'être décrit. Ils seront des témoins de la vie, de la résurrection, de la divinité de Jésus, témoins de l'exacte conformité de son caractère et des ses œuvres avec tout ce que les Écritures avaient prédit du Messie, témoins qui se feront égorger. De nombreux passages des Actes (2, 32 ; 3, 15 ; 4, 33 ; 5, 30-32, etc.) montrent combien les apôtres avaient pris au sérieux cette noble fonction de témoins du Christ.
Luc chap. 24 verset 49. - Et moi, je vais envoyer en vous le don promis par mon Père ; mais demeurez dans la ville, jusqu’à ce que vous soyez revêtus de la force d’en haut. - Et moi : avec emphase : moi, de mon côté. Jésus annonce maintenant à ses témoins ce qu'il fera pour rendre leur ministère fructueux. - Je vais envoyer en vous le don promis par mon Père. Dans ce « promis du Père », ou, d'après le grec, dans cette « promesse du Père », il est évident qu'il faut voir l'Esprit-Saint, comme il est dit si nettement au livre des Actes, 1, 5, 8. Cfr. Gal. 3, 14. Ce nom lui vient soit des passages de l'Ancien Testament qui avaient prédit sa descente merveilleuse (Joël, 2, 28 ; Is. 44, 3 ; Ezech. 36, 26), soit des promesses plus récentes encore de Jésus lui-même. Cfr. Joan. 14, 16 et ss. ; 15, 26 ; 16, 7, etc. Remarquez le présent dans le texte latin, qui exprime une prompte et certaine effusion du divin Esprit. De la part que Notre-Seigneur Jésus-Christ s'attribue dans ce mystérieux envoi, la théologie a justement conclu que le Saint-Esprit procède du Fils aussi bien que du Père. Ce passage fait aussi autorité pour prouver l'existence et la distinction des trois personnes divines. - Mais demeurez dans la ville. Cfr. Act. 1, 4. Le verbe ne désigne ici qu'un séjour temporaire, dont la durée est déterminée d'une manière générale par les dernières paroles de Jésus, jusqu’à ce que vous soyez revêtus de la force d’en haut. Ce « revêtus » contient une forte et vive image, aimée de S. Paul (Cfr. 1 Cor. 15, 53, 54 ; Gal. 3, 27 ; Col. 3, 12 ; Eph. 4, 24 ; Rom. 13, 13, etc.), comme des classiques, (voyez Wetstein, h. l.), et fréquemment employée déjà par les écrivains de l'Ancien Testament. Comparez Is. 51, 9 (revêts-toi de force) ; Jud. 6, 34 ; 1 Par. 13, 18 ; 2 Par. 6, 41 ; 24, 20 ; Ps. 109 (hébr.), 18 ; 132 (hébr.) 9, 16, etc. Il signifie que la vertu d'en haut (hébraïsme pour « venant du ciel ») pénétrera jusqu'au fond de l'âme des disciples afin d'en prendre possession.